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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 16:00
#MinistèreAMER / Beaucoup de gens sont sous pression, les apaiser est ma mission #5 20/10/2014

Beaucoup de gens sont sous pression, les apaiser est ma mission

Chp 5 / Les rates aiment les lascars

Un livre in progress de Grégory Protche (éd Gri Gri)

Retour 20 ans après sur le plus grand disque de rap français : 95200 de Ministère AMER.

La France des années 80 finissantes - aka les années 90 -, son rap yéyé et bégayant, ses médias incultes, sa gauche morte, sa communautarisation en germes, ses élites culturelles corruptrices, sa banlieue sublimement cous-cultivée, les maisons de disques, radio Nova, les débuts de la presse spé...

Et tant d'autres choses...

Grégory Protche a assisté au procès opposant Ministère AMER à plusieurs syndicats de policiers et au ministère de l'Intérieur...

À l'époque, il préparait un article sur les deux groupes de rap français les plus scandaleux : NTM et Ministère AMER.

Membre actif de Get Busy à partir de 2000, il a aussi écrit (collaboré) dans l'Affiche, Radikal et 5Styles.

Il livrera sur www.legrigriinternational.com, sur facebook et twitter les chapitres suivants du livre, si tout va bien, chaque semaine.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 14:00
Yvette Blé "Goudé" & Stanley "Koudou" Prager / Grégory Protche (version texte)

Hommage initialement paru le 13 octobre 2014 à Abidjan dans les colonnes du Nouveau Courrier.


Yvette Blé était une toute petite bonne femme et une très grande dame.

Je l'ai vue, saluée et admirée partout où la résistance ivoirienne m'aura emmenée. Qu'il soleille, pleuve, vente, gèle ou neige. Toujours d'humeur égale, c'est à dire survoltée. Révoltée. Scandalisée. Inexaucée. Humiliée au sens le plus haut et le plus noble du terme, et par là grande et exemplaire d'avoir su ne pas accepter. Ne jamais céder, rompre ou même plier. S'être levée. Une fois. Dix fois. Jusqu'à se tenir debout pour toujours et à jamais.
J'ai en tête la fraîcheur de ses joues lorsque nous nous faisions la bise. Ses yeux rieurs. Sa voix. Ses facéties. Sa constance, dans l'art délicat du tamponnage de passants à édifier sur ce qui se passe au pays. Son courage, assise sur l'asphalte parisien face à des compagnies plus de sécurité que républicaines.
Je n'avais jamais vu ou entendu avant la crise ivoirienne des femmes, je veux dire, des mamans, des dames en âge d'être ma mère, tout ce qu'il y a de polies et de respectueuses, capables, tout au bout du désespoir, lorsque l'injustice, l'immoralité et l'impossibilité se conjuguent et se combinent pour frapper les plus faibles toujours plus fort, d'insulter les policiers avec au fond des yeux la certitude justifiée d'un bon droit bafoué.
Yvette n'était certainement pas la plus injurieuse, mais je n'ai rien vu de plus violent, de plus brutal, de plus désespérant, ni avant, ni depuis.
Avait-il fallu qu'on les pousse…
Yvette Blé et ses soeurs me permettent d'enfin comprendre comment les femmes maliennes s'y prirent pour faire chuter Moussa Traoré.
J'aimerais en ces instants pouvoir calculer, à la seconde près, à l'euro près, à l'émotion près, ce qu'Yvette aura sacrifié, d'elle, de sa vie de femme, d'épouse, de citoyenne à la cause ivoirienne.
Ça ne consolerait personne, mais permettrait de mesurer que l'héroïsme n'a besoin ni d'armes ni de violence pour apparaître à nos yeux cyniques.
Je n'oublierai jamais sa petite silhouette électrique, avec toujours des vêtements près du corps, ceux de la militante parée à affronter le ciel, les crs gazeurs de Sarkozy ou les regards hagards d'incrédules badauds parisiens - pas toujours très concernés par ce que leur pouvoir commet en leurs noms - à qui, inlassable, avec humanisme, humanité et conviction, elle expliquait, disait, racontait ce qu'en Côte d'Ivoire la France a fait.
Les résistants ivoiriens (et sympathisants) la connaissent tous, Yvette Blé.
Et tous l'aiment autant que moi.
Car c'est au présent qu'on honore et célèbre les grands noms.
Si tu ne connais pas Yvette Blé, c'est que tu n'as pas résisté.
Moi, j'avoue, je connais plus son époux, à qui je pense tant et si fort aujourd'hui.
Stanley Koudou Prager, c'est son nom non pas de guerre mais de paix.
Car ces deux-là sont des anges de la paix.

Texte / Grégory Protche

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 13:00
Yvette Blé "Goudé" & Stanley "Koudou" Prager / Grégory Protche (version vidéo)

Mise en ligne le 14 octobre 2014

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 07:55
#CPI / À la Haye, c'est un juge en train de mourir qui fit le sale boulot contre Gbagbo

Initialement paru in Le Nouveau Courrier n°1118 en date du 25 septembre 2014 sous le titre :


L'avocat de Gbagbo demande une enquête sur la mort du juge allemand

La partie la plus informée de l'opinion publique ivoirienne s'en souvient. Le 25 juin dernier, la CPI annonçait la démission du juge allemand Hans-Peter Kaul à compter du 1er juillet. Le 21 juillet, ce magistrat mourait d'une «grave maladie». Troublant, très troublant quand l'on sait que c'est un «changement d'avis» de Hans-Peter Kaul qui a fait basculer le rapport de forces au sein de la Chambre préliminaire I et qui a ouvert la voie à un procès Gbagbo. En effet, en juin 2013, seule la juge-présidente, l'Argentine Silvia Fernandez de Gurmendi, considérait que la procureure Fatou Bensouda avait dans son escarcelle de quoi conduire à un procès. Un an plus tard, elle était rejointe par Hans-Peter Kaul alors même que dans son document contenant les charges (DCC) modifié, l'Accusation n'avait pas répondu aux questions qui lui avaient été posées par les juges. Seule la juge belge Christine Van den Wyngaert campait sur ses positions.

Forcément, les informations sur la maladie et sur la mort du juge allemand ouvrent la voie à des questionnements. Dans quel état physique et intellectuel se trouvait-il au moment de statuer sur le DCC modifié et de prendre une décision lourde de conséquences pour le président Laurent Gbagbo et la Côte d'Ivoire ? C'est ce mystère que Maître Emmanuel Altit, avocat principal de la Défense, veut éclairer en demandant une enquête à la CPI. Selon toute évidence, des langues se sont déliées. La Défense semble en mesure d'affirmer que la maladie fulgurante du magistrat allemand s'est déclenchée – selon les confidences de certains de ses amis – fin mars ou début avril 2014. Or les observations de la Défense ont été déposées le 17 mars et les soumissions finales le 14 avril ! Hans-Peter Kaul était-il en mesure de les prendre en compte de manière équilibrée alors qu'il luttait contre la mort ? A-t-il pu lire la masse incroyable de documents qui devaient fonder sa conviction (61 jeux d'écritures et des milliers de pages) en l'absence de toute audience publique ? Si la réponse est négative, cela signifie que les droits de la Défense ont été gravement violés. Maître Emmanuel Altit ne passe pas par quatre chemins : il demande la nomination par la présidence de la CPI d'un médecin expert indépendant qui prendra connaissance du dossier médical du juge Kaul, le transmettra aux parties ou en fera une synthèse qu'il transmettra aux dites parties. L'institution de La Haye, largement discréditée au sein des opinions africaines, acceptera-t-elle cette épreuve de la transparence ? Difficile de le dire. Pour l'Histoire, Le Nouveau Courrier, première publication à avoir révélé que la mort du juge Kaul suscitait la controverse dans les couloirs de La Haye sur la réalité de sa décision en âme et conscience, publie l'intégralité de la requête de l'avocat principal du président Gbagbo. Bon à savoir : la jurisprudence de la CPI permet la reconsidération des jugements dans certaines circonstances.

1. Le 17 janvier 2013, le Procureur dans son premier DCC se fondait sur 45 incidents qu’il indiquait être survenus pendant la crise postélectorale pour accuser le Président Gbagbo de crimes contre l’Humanité.
2. Du 19 au 28 février 2013 avait lieu l’audience de confirmation des charges.
3. A la suite de cette audience, les Juges de la Chambre préliminaire se prononçaient le 3 juin 2013.
4. Deux des trois Juges, la Juge Van den Wyngaert et le Juge Kaul rappelaient qu’au stade de la confirmation des charges il appartient aux Juges de la Chambre préliminaire de vérifier si les allégations du Procureur « are sufficiently strong to commit [the per- son] to trial ». Comment vérifier la consistance de la preuve du Procureur? Les deux Juges indiquaient que « Pre-Trial Chambers have consistently held that to meet the evidentiary burden of "substantial grounds to believe", the Prosecutor must "offer concrete and tangible proof demonstrating a clear line of reasoning underpinning [the] specific allegations"».
5. Or, ils relevaient que « in light of the above considerations, the Chamber notes with serious concern that in this case the Prosecutor relied heavily on NGO reports and press articles with regard to key elements of the case, including the contextual elements of crimes against humanity. Such pieces of evidence cannot in any way be presented as the fruits of a full and proper investigation by the Prosecutor in accordance with article 54(l)(a) of the Statute ».
6. Les Juges Van den Wyngaert et Kaul précisaient «during the Hearing, the Prosecutor made clear that besides the four charged incidents, she is relying upon further 41 incidents to establish her allegation for the existence of an "attack directed against any civilian population" under article 7 of the Statute. Of these 45 incidents, the majority of them are proven solely with anonymous hearsay from NGO Reports, United nations reports and press articles. As explained above, the Chamber is unable to attribute much probative value to these materials. Moreover, many of these incidents are described in very summary fashion, making it difficult for the Chamber to determine whether the perpetrators acted pursuant to or in furtherance of a policy to attack a civilian population as required by article 7(2)(a) of the Statute».
7. Ils ajoutaient «The Chamber is also presented with an incomplete picture as to: (i) the structural connections between the so-called "pro-Gbagbo forces" acting across the incidents; and (ii) the presence and activities of the armed forces opposing them. Ultimately, the Chamber is asked by the Prosecutor to draw numerous inferences from actions or conducts of Mr Gbagbo, his inner circles and the "pro-Gbagbo forces", but the Chamber does not have enough informations to determine whether these inferences are sufficiently supported by the evidence in order to meet the required threshold for confirmation».
8. Les Juges Van den Wyngaert et Kaul refusaient alors de confirmer les charges et décidaient d’ajourner l’audience de confirmation des charges pour permettre au Procureur de présenter d’éventuels autres éléments plus convaincants au soutien des allégations qu’il avait formulées dans le DCC du 17 janvier 2013.
9. Dans une opinion dissidente datée du même jour, la troisième Juge, Madame Fernandez de Gurmendi, exprimait son «désaccord » avec les deux autres Juges.
10. Le 13 janvier 2014, le Procureur déposait un DCC modifié.
11. Dans ses observations sur la preuve du Procureur déposées le 17 mars 2014 la Défense relevait que :

1- 22 des 45 incidents mentionnés par le Procureur à l’audience de confirmation des charges de février 2013 et présentés par lui à l’époque comme essentiels pour démontrer l’existence d’une attaque contre la population civile avaient disparu.
2- Ces incidents avaient été remplacés par 16 nouveaux incidents dont aucun ne reposait sur un témoignage direct.
3- Concernant les 23 incidents mentionnés en janvier et février 2013 que le Procureur avait conservés dans son DCC de 2014, le récit initial avait été transformé pour cinq d’entre eux, y compris trois des quatre incidents les plus importants. Dans ces cinq cas, l’allégation était présentée comme étant la même qu’en janvier 2013 mais sa substance avait changé. Ce qui signifie que le Procureur n’avait pas enquêté sur les incidents tels qu'initialement décrits.
4. Pour ce qui concerne les 17 incidents déjà formulés en janvier et février 2013 dont il conservait la substance, le Procureur ne présentait aucun nouveau témoin pour 10 de ces incidents. Le Procureur n'avait donc pas atteint le standard minimal que les Juges lu avaient demandé le 3 juin 2013 de respecter. Concernant six des sept incidents restant, le Procureur ne présentait qu'un seul nouveau témoin, indirect, celui du représentant d'une ONG, un étranger peu au fait de la situation dans le pays, arrivé sur le tard (en janvier 2011) en Côte d'Ivoire et qui n'y aura effectué que de courts séjours. Cette personne n'aura fait que recueillir des déclarations sans jamais mener de véritable enquête. Au final, le Procureur ne présentait pas un seul témoignage direct nouveau concernant 16 de ces 17 incidents formulés en janvier 2013 dont il avait conservé le récit. Pour le dernier incident, la marche des femmes, le Procureur ne présentait que 3 nouveaux témoins directs dont les déclarations étaient particulièrement douteuses et contradictoires.
5- A aucun moment, le Procureur ne présentait un seul élément permettant de croire que le Président Gbagbo aurait, d’une manière ou d’une autre, été impliqué dans la mise en œuvre d’un prétendu plan commun arrêté avant les élections dont le but aurait été son maintien au pouvoir à tout prix.
6- Le Procureur ne présentait qu’une version partielle et partiale de la crise postélectorale refusant obstinément par exemple d’examiner le rôle, pourtant essentiel, des Autorités et des forces armées françaises dans la crise. C’était un peu, soulignait la Défense, comme si le Procureur, enquêtant sur la guerre de Corée, avait refusé d’examiner le rôle de la Chine, de l’URSS et des Etats-Unis dans le conflit et avait refusé d’en tirer les conséquences.
7- Ce déni permanent de réalité avait conduit le Procureur à refuser de reconnaitre :
- Que les forces rebelles avaient été renforcées avant les élections présidentielles de 2010 par de nombreux mercenaires recrutés au début de l’année 2010.
- Que de nombreuses unités rebelles avaient été infiltrées à Abidjan avant même le second tour de l’élection présidentielle en vue de l’assaut final.

12. Dans ses soumissions finales du 14 avril 2014 la Défense insistait sur les défauts de la démonstration du Procureur et l’absence d’éléments probants au soutien de son argumentation.
13. La Défense relevait aussi « le peu de place accordé par le Procureur et la Représentante dans leurs soumissions finales à la question, pourtant centrale, de la responsabilité pénale du Président Gbagbo».
14. Ainsi la Défense avait-elle démontré que :
- Le Procureur n’avait apporté aucun élément nouveau significatif et probant au soutien des allégations formulées en janvier 2013 ;
- Il avait abandonné la moitié de ses allégations concernant les prétendus incidents censés illustrer l’attaque contre la population civile ;
- Les quelques nouveaux incidents supposés étaient encore moins étayés que les précédents ;
- Il n’existait strictement aucun élément reliant le Président Gbagbo à l’un quelconque des incidents décrits par le Procureur ;
- Par conséquent, les allégations du Procureur étaient encore moins étayées qu’en 2013 et sa preuve plus faible encore, loin du standard arrêté par les Juges le 3 juin 2013.
15. Néanmoins, le 12 juin 2014, deux des Juges de la Chambre préliminaire I, le Juge Fernandez de Gurmendi et le Juge Kaul, considéraient que « there is sufficient evidence to establish substantial grounds to believe that Laurent Gbagbo, [...], is criminally responsible for the crimes against humanity ».
16. Dans une opinion dissidente, le Juge Van den Wyngaert, considérait «I am not convinced that the evidence in the record suffices to commit Laurent Gbagbo to trial for the charges under article 25(3) (a),(b) and(d) ». Il ajoutait « as a judge of the Pre-Trial Chamber of this Court, it is my duty to assess whether the case against Laurent Gbagbo, as formulated by the Prosecutor in the Amended Document Containing the Charges, is sufficiently strong to go to trial. It is my considered opinion that, at least as far as the charges under article 25(3)(a),(b) and (d) are concerned, it is not».
17. Le Juge Van den Wyngaert restait ainsi dans la ligne de la décision prise par les Juges le 3 juin 2013 considérant que «on the basis of article 25(3)(a),(b) and (d) (...) the evidence is still insufficient»; de même le Juge Fernandez de Gurmendi restait dans la ligne de son opinion dissidente du 3 juin 2013. Il est donc clair que c'est le changement de position du Juge Kaul qui a entraîné la décision de confirmation des charges.
18. Il est clair aussi que le Juge Kaul a dû - pour décider de confirmer les charges - revenir sur sa décision du 3 juin 2013 puisque les incidents dont il disait à l’époque n’être pas suffisamment étayés ne le sont pas plus aujourd’hui et que les nouveaux incidents auxquels le Procureur se réfère ne sont pas étayés par des témoignages directs.

1.1. La maladie du Juge Kaul et ses implications possibles.

19. Le Juge Kaul a présenté sa démission pour « raisons de santé » le 25 juin 2014. Cette démission a pris effet le 1er juillet 2014.
20. Le Juge Kaul semble avoir prévenu ses amis et connaissances de sa volonté de démissionner pour raisons de santé avant l’officialisation de sa démission.
21. D’après certains de ses amis, la maladie qui devait l’emporter fut diagnostiquée à la fin du mois de mars ou au début du mois d’avril 2014.
22. Le 21 juillet 2014, le Juge Kaul mourait.
23. La Cour a souligné que «le juge Hans-Peter Kaul, ancien juge à la Cour pénale internationale (CPI), est décédé (...) à la suite d'une grave maladie».
24. La Défense présente ses condoléances à la famille du Juge Kaul. Le Juge Kaul aura été pour les membres de l’équipe de Défense un modèle et une source d’inspiration. Les membres de l’équipe de Défense sont honorés d’avoir pu plaider devant le Juge Kaul.
25. Cette triste situation ne doit pas pour autant empêcher la Défense de remplir ses obligations professionnelles : dans de telles circonstances, il est important qu’elle puisse vérifier si la dégradation rapide de l’état de santé du Juge Kaul n’a pas eu un effet sur sa capacité à juger d’une part et si les traitements qu'il a reçus ne l'ont pas empêché de remplir les devoirs de sa charge d'autre part. Il est d'autant plus important de faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles la décision de confirmation des charges du 12 juin 2014 été prise et que cette décision peut avoir des conséquences non seulement quant au destin d’un homme mais aussi quant à l’avenir de tout un pays.

2. L’importance de la présente affaire et les conséquences de la décision du 12 juin 2014 imposent d’en examiner attentivement la genèse.

26. La décision de confirmation des charges du 12 juin 2014 est particulièrement importante eu égard à ses conséquences non seulement concernant le Président Gbagbo mais encore concernant le futur de la Côte d’Ivoire et la crédibilité de la CPI. Il est utile de rappeler que le dossier du Président Gbagbo est le plus important et le plus complexe qu’aura eu à juger jusque-là la CPI :
- Du fait du nombre et de l’identité des protagonistes : il s’agit pour les Juges d’examiner la légitimité des actions menées par les forces gouvernementales, les forces rebelles, les forces armées françaises, les contingents des Nations Unies, etc.
-Du fait de la durée de la crise : les premières tentatives de coup d’Etat pour installer Alassane Ouattara au pouvoir ont eu lieu en 1999, 2000, 2001 et l’une d’elle a abouti à la partition du pays le 19 septembre 2002.
- Du fait des enjeux, tant politiques que symboliques, essentiels : il s’agit d’écrire le passé donc aussi de tracer l’avenir non seulement de la Côte d’Ivoire mais encore de toute la sous- région, ce qui revient à porter un jugement sur la légitimité des actions des gouvernements impliqués.
- Du fait des enjeux économiques et financiers considérables: la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, un producteur important de café, d’or, de diamants, de pétrole, de gaz, etc. La victoire militaire d’Alassane Ouattara a permis la prise de contrôle de certains de ses secteurs par de nouveaux acteurs. Mener une véritable enquête sur les tentatives de déstabilisation de la présidence Gbagbo conduit à examiner le rôle des grandes compagnies agissant en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. Certaines ont été impliquées dans le soutien aux rebelles malgré l’embargo sur les armes instauré par les Nations Unies.

3. La complexité de l’affaire au plan juridique.

27. Cette affaire est en outre particulièrement complexe :
- Parce que le Procureur vise de très nombreux incidents ayant eu lieu à différents endroits d’Abidjan et dans les environs, à des époques différentes ;
- Parce que c’est la plus longue procédure de confirmation des charges de l’histoire de la CPI.
- La plus fournie : près de sept cents jeux d’écritures ont été échangés et de très nombreux points de droit ont été abordés ;
- Enfin les parties se sont fondées sur près de sept mille pièces (5840 pièces pour le Procureur, 1029 pour la Défense), soit 34 737 pages environ et 99h35sec environ de vidéos.
28. Le Procureur a d’ailleurs à plusieurs reprises relevé la complexité du cas 28 de même que la Juge Unique.
29. La complexité du cas, l’importance de l’affaire, l’ampleur des enjeux exigeaient de la part des Juges une implication totale, notamment dans la période du 13 janvier au 12 juin 2014.

4. La maladie du Juge Kaul semble s’être déclenchée au cours du premier semestre 2014, une période cruciale lors de laquelle les Juges devaient se consacrer entièrement à l’affaire

30. Dans la période s’étendant du 13 janvier au 12 juin 2014, des documents cruciaux, particulièrement longs et complexes tant d’un point de vue juridique que factuel, ont été échangés par les parties.
31. A partir du 13 janvier 2014, date du dépôt par le Procureur de son DCC modifié et jusqu’au 30 juin 2014, 61 jeux d’écritures (dont les observations de la Défense – 330 pages, les soumissions finales du Procureur – 60 pages, les soumissions finales du Représentant des victimes – 49 pages, et les soumissions finales de la Défense – 50 pages) ont été échangés.
32. Par conséquent, les Juges ont été particulièrement mobilisés pendant toute cette période. Comme ils n’ont pu décider de la confirmation des charges qu’après un examen attentif de tous les éléments qui leur avaient été soumis par les parties et en particulier n’ont pu le faire qu’après un examen des observations de la Défense sur la preuve du Procureur (déposées le 17 mars 2014), des pièces présentées par la Défense au soutien de ces observations, des soumissions finales de la Défense et des pièces au soutien de ces soumissions finales, leur charge de travail a été particulièrement lourde du 17 mars 2014 au 12 juin 2014.
33. Les observations de la Défense, un document de 330 pages en français, ont été déposées par la Défense au dossier le 17 mars 2014. Compte tenu de la longueur et de la complexité du document, il ne peut en avoir été établi de traduction avant la toute fin du mois de mai 2014. Il est donc crucial de savoir si entre la fin mai et le 12 juin 2014, le Juge Kaul était apte à travailler d’arrache-pied sur un tel document faisant référence à des milliers de pièces.
34. Quant aux soumissions finales de la Défense – un document de 50 pages en français déposé par la Défense au dossier le 14 avril 2014 – elles sont particulièrement importantes puisque la Défense y démontre que le dossier du Procureur est, du point de vue de la Défense, encore moins étayé donc plus fragile qu’il ne l’était en février 2013.
35. Compte tenu de la longueur du document, de sa complexité, du fait que les vacances judiciaires ont duré du 17 au 28 avril 2014 et de la charge de travail des traducteurs déjà occupés par la traduction des observations de la Défense, ce document n’a pu être traduit avant la fin du mois de mai 2014. Il est donc crucial de savoir si entre la fin du mois mai et le 12 juin 2014 le Juge Kaul était apte à travailler d’arrache-pied sur un tel document.
36. Les faits de l’espèce montrent à quel point il était primordial que le Juge Kaul soit en possession de toutes ses facultés pendant les semaines précédant la décision du 12 juin 2014.
37. Il convient de relever en outre que le Juge Kaul a participé à la décision de confirmation des charges dans l’affaire Ntaganda prise le 9 juin 2014, ce qui lui a coûté un important travail supplémentaire.
38. Même dans l’hypothèse où le Juge Kaul n’aurait pas eu besoin de travailler sur des traductions des documents de la Défense et aurait pu analyser en profondeur tous les documents directement en français, il conviendrait de constater que les observations de la Défense ayant été déposées le 17 mars 2014, il n’aurait pu commencer son travail, une fois réunis tous les éléments et pièces auxquels ces observations faisaient référence, qu’à la toute fin du mois de mars et plus probablement au début du mois d’avril 2014 ; quant aux soumissions finales de la Défense déposées le 14 avril 2014, il est probable que le Juge Kaul n’a pu commencer à y travailler qu’à partir du mois de mai 2014.
39. La question de l’aptitude du Juge Kaul à juger se pose d’autant plus que c’est le Juge Kaul qui a fait basculer la position de la Chambre et a permis – par deux voix contre une – qu’il soit décidé de la tenue d’un procès.

1.5. Sur l’aptitude à juger

40. Le métier de Juge est un métier difficile qui demande les plus hautes qualifications professionnelles et une grande capacité d’analyse. Un Juge doit être en possession de tous ses moyens tant intellectuels que physiques pour pouvoir se consacrer à un dossier et comprendre des situations très différentes, parfois extrêmement complexes. Ceci est particulièrement vrai à la CPI, notamment dans une affaire comme l’affaire Gbagbo où il est demandé aux Juges de saisir, dans un contexte culturel et politique spécifique, la réalité d’une guerre ayant duré dix ans et de distinguer dans un débat sur la preuve ce qui relève du fait et ce qui relève de la propagande. En outre, les questions juridiques qui leur sont posées ici sont particulièrement complexes ;
beaucoup demandent une réflexion de la part des Juges sur le sens du Statut, en particulier concernant la raison d'être de la phase de confirmation des charges. En d'autres termes, un Juge qui n'usait pas été en possession de tous ses moyens n'aurait pu à l'évidence tenir son rôle et se prononcer sur toutes les questions posées tant par l’Accusation que par la Défense dans des documents de plusieurs centaines de pages.

5.1. Sur l’inaptitude.

5.1.1. La maladie facteur d’incapacité.

41. Il est communément admis que la maladie, parce qu’elle empêche le Juge d’assurer, totalement ou partiellement, ses fonctions, est un facteur d’incapacité32. Il est admis aussi que si la période où le Juge ne peut continuer à siéger ou à assurer ses fonctions dépasse une courte durée, il doit être remplacé. C’est ce que prévoit le RPP du TPIY en son article 15bis (C).

5.1.2. La fatigue comme cause de retrait d’une affaire.

42. Dans l’affaire Le Procureur c. Delalić et al.33, la Chambre d’appel du TPIY a considéré que le comportement d’un Juge, qui s’était endormi en audience, «cannot be accepted as appropriate conduct for a judge». La Chambre d’Appel précisait que : « If a judge suffers from some condition which prevents him or her from giving full attention during the trial, then it is the duty of that judge to seek medical assistance and, if that does not help, to withdraw from the case ».

5.1.3. L’un des critères de l’inaptitude d’un Juge est de ne pouvoir ni contrôler ni superviser de façon active la procédure.

43. Dans l’affaire Cesan v The Queen36, la High Court australienne relevait que : «In this case there was a miscarriage of justice by failure of the judicial process. It was constituted by the judge's substantial failure to maintain the necessary supervision and control of the trial ».

5.1.4. L’incapacité d’un Juge à remplir ses obligations affecte le caractère équitable de la procédure

44. Dans la mime affaire, la High Court considérait que "If, by reason of sleep episodes or serious inattention, the reality or the appearance exists that a trial judge has substantially failed to discharge his or her duty of supervision and control of the trial (…) then enough has been made out to establish a miscarriage of justice »38. En effet, la High Court rappelait que « a fair trial requires a judge to be attentive to the evidence and submissions of the parties».
45. La High Court considérait de plus que «this is a case in which the miscarriage of justice was substantial because it created the appearance of injustice ».

5.2. La pratique de la CPI.

46. La CPI a déjà considéré qu’un mauvais état de santé constituait une cause valable empêchant, même temporairement, un Juge d’officier.
47. Dans l’affaire Katanga, les Juges de la Chambre de première instance II ont repoussé d’un mois la date à laquelle ils devaient rendre leur décision « compte tenu de l'état de santé actuel de l'un des juges»41.
48. La Juge Miriam Defensor-Santiago, entrée officiellement dans ses fonctions de Juge à la CPI le 11 mars 201242, n’a jamais prêté serment, ayant considéré que les problèmes de santé qu’elle connaissait l’empêchaient d’exercer.

5.3. Application dans le cas d’espèce.

49. La question de la capacité d’un Juge à remplir les devoirs de sa charge est donc essentielle. Il est par conséquent important de vérifier que pendant toute la période cruciale commençant par le dépôt par le Procureur de son DCC le 13 janvier 2014 et s’achevant par la décision de confirmation des charges le 12 juin 2014 le travail du Juge Kaul n’a été affecté en rien par la maladie dont il était atteint et/ou les traitements qu’il recevait. En d’autres termes, que son rythme de travail et sa capacité de concentration sont restés intacts.
50. Examiner l’implication de chacun des Juges peut être fait de façon simple en répondant aux questions suivantes :
le Jugea-t-il reçu les documents en question, en a-t-il reçu leur traduction, a-t-il participé à des réunions avec les autres Juges lors desquelles le travail a été organisé, puis le fond du dossier discuté ? A-t-il lui-même procédé à une analyse des différents documents et des éléments de preuve visés ? A-t-il donné jusqu’au dernier jour des instructions à ses assistants, fondées sur sa propre analyse du dossier ? A-t-il contrôlé jusqu’au dernier jour le travail de ses assistants ?
51. Le Juge a-t-il pris une part significative dans les discussions finales, a-t-il tenté de faire prévaloir son point de vue sur tel ou tel point, a-t-il accepté des compromis, s’est-il rallié à une position différente de la sienne sur un ou plusieurs points après débats ? Autrement dit, son apport à la décision est-il réel et reconnaissable ? Par ailleurs, a-t-il expliqué à ses assistants pourquoi il aurait changé d’avis sur tel ou tel point ?
52. Compte tenu de la gravité de la maladie dont était atteint le Juge Kaul et de la lourdeur possible des traitements qu’il subissait, il est indispensable pour les parties d’obtenir des éléments d’information permettant de les éclairer sur l’état de santé du Juge Kaul au moment où la décision portant confirmation des charges était rédigée.
53. S’il s’avérait que le Juge Kaul n’avait pu remplir toutes ses obligations de Juge et n’avait pu être présent lors de toutes les délibérations réunissant les trois Juges de la Chambre, s’il n’avait pu donner les instructions nécessaires aux Legal Officers et les vérifier jour après jour, cela entrainerait pour le suspect un préjudice puisqu’alors, le Juge Kaul n’ayant pu remplir tout ou partie de ses obligations, le suspect aurait été jugé par seulement deux Juges.

6. Sur les conséquences d’une éventuelle inaptitude du Juge Kaul.

54. La Jurisprudence de la CPI reconnaît la possibilité d’une reconsidération dans certaines circonstances44.
55. C’est pourquoi, il est crucial que la Défense puisse vérifier si le Juge était apte afin d’évaluer son éventuel préjudice et décider d’une éventuelle requête en reconsidération.

7. Permettre aux parties de vérifier l’aptitude d’un Juge à remplir ses obligations est indispensable pour que les décisions de justice soient incontestables.

56. Dans l’affaire Commonwealth of Pennsylvania, v. John Wilson, la Superior Court of Pennsylvania décidait d’ordonner un nouveau procès, notamment parce que : «it is common knowledge that the original trial judge has been ill for several years and, subsequent to this trial, was relieved of his duties and institutionalized. This fact, (...), casts additional shadows on an already clouded record. In view of all the above circumstances, we believe the interests of justice require a new trial».
57. Les parties doivent pouvoir s’assurer que le Juge était capable d’examiner en détail les éléments de preuve qu’elles ont présentés, les comprendre, les analyser, les interpréter, les contextualiser et les mettre en relation avec les écritures des parties. S’il existait un risque que la compréhension des écritures et des éléments de preuve présentés par les parties soit altérée par l’état de santé du Juge, cela porterait inévitablement atteinte à l’équité de la procédure.

8. La Défense a l’obligation professionnelle de soulever la question de l’aptitude à juger.

58. Le Juge Kaul a présenté sa démission le 25 juin 201448, soit moins de deux semaines après la décision de confirmation des charges du 12 juin 2014. Cette coïncidence de dates impose à la Défense de demander à la Présidence de lui fournir tous les éléments nécessaires permettant d’évaluer l’état de santé du Juge Kaul dans les dernières semaines de sa mission et de mieux comprendre le déroulé des événements ayant mené à sa démission inattendue49.

9. Pour évaluer l’aptitude d’un Juge, la Défense a le droit de demander des éléments d’information.

59. Il a été démontré que la question de l’aptitude d’un Juge peut être valablement soulevée par une partie. Si cette partie démontre l’existence d’une forme d’inaptitude il peut y avoir retrait du Juge ou reconsidération de la décision. Le débat sur l’aptitude des Juges fait donc partie intégrante du débat judiciaire et le droit de soulever cette question est un droit de la défense. Pour que ce droit puisse être mis en œuvre, il appartient à la Cour de donner aux parties tous les éléments d’information nécessaires. A défaut, non seulement le suspect ne pourrait pas exercer son droit mais encore la décision aurait les apparences de l’injustice.

10. Le devoir de la Cour de divulguer les informations utiles.

60. Les New Zealand's Guidelines for Judicial Conduct prévoient que :
«35. A number of reasons can be identified for the existence of the duty to disclose.
36. First, it cannot be expected that the parties will be aware of, let alone enquire into, potentially disqualifying circumstances concerning a Judge (...)
40. Second, the failure to disclose, of itself, can be one of the circumstances which together with others may give rise to a reasonable apprehension of bias. (...) A failure to disclose no matter how unwitting, can undermine public confidence in the integrity of, and the administration of justice by, the judicial officer (...) concerned.
4l. Third, disclosure of itself, necessarily assists in securing the object that justice is 'seen' to have been done. That is particularly so where the duty to disclose may arise in respect of circumstances known to the tribunal (...)
43. It is important to emphasise that, however the duty may be formulated, the facts to be disclosed are those that might found or warrant a bona fide application for disqualification (...)».

11. Les demandes de la Défense.

61. Il est important pour la Défense de savoir à partir de quand la dégradation de l’état de santé du Juge Kaul a eu un possible effet sur son travail.
62. Pour obtenir la réponse à cette question, la Défense demande respectueusement la transmission d’éléments objectifs :
1. la lettre de démission ; elle matérialise le fait que le Juge Kaul considère ne plus être apte à juger. Encore faut-il distinguer entre la lettre de démission officielle formalisant une décision déjà discutée avec les autres Juges et la Présidence et les premiers échanges concernant cette question que le Juge a pu avoir avec ses collègues.
2. il est donc important que la Défense soit informée de la date à laquelle ces premiers échanges ont eu lieu. Il est possible que le Juge, dans ses échanges avec ses collègues et/ou dans sa lettre de démission ait expliqué en détail les raisons de sa démission. Par conséquent, il conviendra que ces documents soient communiqués à la Défense afin que celle-ci dispose des éléments lui permettant d’évaluer l’aptitude du Juge Kaul à juger dans la période cruciale des mois de mars à juin 2014.
63. Néanmoins, ces éléments ne sauraient suffire à permettre une information claire et précise des parties. Il convient alors qu’il leur soit transmis d’autres éléments d’ordre médical. La Défense comprend que la transmission d’éléments de ce type soit toujours délicate, ce pourquoi elle propose qu’un médecin expert indépendant soit nommé par la Présidence (Cf. le « par ces motifs »).

12. Sur la compétence de la Présidence.

64. Compte tenu du manque d’éléments d’information à la disposition de la Défense il ne lui a pas été possible de soumettre la question de l’aptitude du Juge Kaul à la Chambre préliminaire dans le cadre d’une requête portant sur l’appel de la décision de confirmation des charges. Ce n’est que lorsque la Défense disposera des informations nécessaires qu’elle décidera si la question de l’état de santé du Juge peut fonder une demande en reconsidération.
65. Dans ces conditions, la Défense se tourne vers la Présidence dont l’article 38 du Statut prévoit qu’elle « est chargée [d]e la bonne administration de la Cour ». Il s’agit en effet ici d’une question relevant d’une bonne administration de la justice qui, si il n’y était pas répondu, entraînerait des conséquences dommageables aux droits du Président Gbagbo et affecterait la suite du processus judiciaire.
66. Par ailleurs, la Défense note que le Statut prévoit que les questions relatives aux conditions d’exercice des Juges (décharge ou récusation) sont de la compétence de la Présidence51.
67. Il apparaît dès lors logique que la Présidence dispose des pouvoirs découlant de cette compétence. Il appartient ici à la Présidence d’ordonner la communication aux parties des informations nécessaires à la mise en œuvre des droits de l’accusé. Comme le précise la CIJ, «il convient de souligner que la Cour possède un pouvoir inhérent qui l'autorise à prendre toute mesure voulue, [...] pour faire en sorte que, si sa compétence au fond est établie, l'exercice de cette compétence ne se révèle pas vain».

Conclusion :

68. Il est essentiel au bon exercice de la Justice que les décisions de la Cour soient les plus transparentes possibles. Chacun doit pouvoir vérifier que la Justice a été rendue de façon équitable. La question de l’aptitude d’un Juge relève de ce qui peut être discuté et vérifié. La transparence est la condition nécessaire pour que les décisions rendues par la Cour soient indiscutables et inattaquables. La CPI a un devoir d’exemplarité.

Par ces motifs, plaise à la présidence de la cour, de :

− Transmettre aux parties la lettre de démission du Juge Kaul ainsi que tous les échanges portant sur l’état de santé du Juge ayant précédé cette lettre de démission ;
- Nommer un médecin expert indépendant avec pour mission de :
Soit de transmettre aux parties des extraits du dossier médical du Juge Kaul qui leur permettraient d’évaluer si le Juge était apte à remplir ses obligations jusqu’au 30 juin 2014;
Soit de leur adresser une synthèse rédigée par les soins de l’expert permettant aux parties d’évaluer si le Juge était apte à remplir ses obligations jusqu’au 30 juin 2014 ;
- Communiquer aux parties tout autre élément qu’il jugerait pertinent.

Emmanuel Altit
Conseil Principal de Laurent Gbagbo
Fait le 23 septembre 2014
à La Hay
e, Pays-Bas.

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 21:00
En face de Ouattara, c'est maïs ! / Kouamouo édito lu par Protche

Initialement paru le 30/09/2014 dans Le Nouveau courrier n°1120 à Abidjan.

PS : la titraille est de la rédaction.

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 16:18
My Denzel Washington / Jérôme Reijasse 7 Jours loin du monde

En attendant qu'il ait trouvé un titre de rubrique aussi performant que 7 jours loin du monde, les lettres d'amour amères de Jérôme Reijasse, destinées à ce qu'il reste d'humain, d'innocent et de non dérisoire en chacun d'entre nous, seront classées dans 7 jours...

C'est un jeudi et il pleut.

Je pourrais appeler mes amis pour briser le silence. Habiter le vide. Mimer le partage.
Non. Ils travaillent ou sont morts.

Je me rends aux Halles en RER. Saleté des profondeurs. Humanité putride.

Fantasme de meurtre de masse. De purification. Une envie presque brûlante : que le bruit baisse la tête, s'agenouille et accepte de crever.

Il est bientôt dix-sept heures. Un ordinateur me déleste de dix euros et quatre-vingt dix centimes. Direction la salle trente. Sous-sol. J'achète un soda au citron vert, un autre à la cerise et un sachet de bonbons aux chocolat (dix euros et dix centimes).

J'entre. La salle est petite, amphithéâtre tout en sourdine, aux sièges plutôt confortables. Une vingtaine de spectateurs me rejoignent. Ils sont tous noirs.

Raciste ?

Observateur.

Que Richard Millet, Renaud Camus et Éric Zemmour se rassurent. Point d'invasion ici. Pas de choc de civilisation ni de discrimination positive. La star du jour a elle aussi la peau foncée.

Denzel Washington.

Je l'ai vu (et aimé) dans : Ricochet, Malcolm X, Training Day, American Gangster, Le Livre d'Eli et d'autres films encore que je n'ai pas envie de mentionner. Mes vingt camarades d'obscurité ludique sont donc venus honorer (leur) Denzel. Il faudrait se demander aujourd'hui qui est le Denzel des Blancs, tiens ! Liam Neeson ? Peut-être...

Ça commence.

Un homme (Denzel bien sûr) travaille dans un Leroy Merlin du côté de Boston. Il parle peu, sourit et tend la main sans rien attendre en retour à chaque fois qu'il sent que les gens qui croisent son quotidien sont sur le point de chuter pour toujours. Il est tondu comme un skinhead ou un bonze. On le voit même faire, avec son rasoir, tout au début, dans sa salle de bains minuscule, sombre, monacale. Il lit des romans (Moby Dick, Don Quichotte), est insomniaque, va chaque nuit poursuivre ses lectures dans un café ouvert h24, où le thé seulement caresse son gosier. On devine que derrière cet homme calme, mesuré, discipliné, se cache un secret, une vie d'avant, un autre lui. C'est du scénario américain, sans promesse ni surprise. On sait avant de savoir.

Et on s'en fout.

Depuis une quinzaine d'années, nous subissons les super héros, leurs collants ridicules, leurs gadgets hors de prix et leurs traumatismes pitoyables. Pour un sublime Watchmen, un valable X-Men, combien de Spiderman pénible, de Hulk moisi, de Superman tapette ? Denzel, lui, sans masque ni Denzelmobil, sans araignée radioactive ni rien, fait beaucoup mieux. Il joue un Saint, un putain de Saint. Il dégaine la carte de l'amour contre celle de la dérision, l'arme des salopes et de la haine soldée, le flingue de tout le monde. Il démontre, à chaque nouvelle séquence, qu'aimer est une chose difficile, exigeante, définitive. Et que le reste est à la portée de n'importe quel trou du cul. Et quand Denzel aime, c'est la grande valse des sentiments ! Gorges tranchées, poumons perforés, corps broyés, brûlés, tordus, âmes libérées. Billets qui brûlent et larmes tardives. On pourrait évoquer ici Paul Kersey, Harry Callahan, les vengeurs urbains burnés et solitaires. Vigilante. On pourrait... L'action est violente, permanente, sollicitée.

Bas du front, diront en tremblant les pleutres démocrates occidentaux.

Fasciste ?

Denzel rit maintenant. Sans que son visage n'esquisse le moindre mouvement. Ses poings déjà prêts pour rétablir la justice. Pas celle des tribunaux.

La nôtre. Bafouée à chaque nouvelle élection, à chaque nouvelle parole médiatique, à chaque nouveau mensonge.

Denzel est ici le grand frère protecteur, le père silencieux prêt au sacrifice, l'ami fidèle, irréductible (c'est d'ailleurs là qu'il est le plus super héros, les amis n'en sont que quand tout va bien, évidemment), le chef également, quand il accepte de montrer l'exemple. La voie. Il avance, il ne risque rien car la mort n'est plus son problème.

Deux heures et dix minutes plus tard (il faudra tout de même un jour interdire les films dépassant les 100 minutes), la salle se vide. Il y aura eu des rires en décalage. Quand les autres s'esclaffaient, j'avais moi les poings serrés, je me retournais alors, comme pour comprendre, élucider cet autre rythme mystérieux. Il y aura eu surtout quelques moments de grâce. De beauté gratuite. Quand la violence déchire les Ténèbres. Et que Denzel fait bégayer l'impossible.

Texte / Jérôme Reijasse

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 08:54
Lavrov 2/2 / Des pays rêvent de remplacer les Européens et les Américains sur notre marché. L’Argentine et le Brésil, par exemple...

SOURCE

13 oct 2014 [Reprise] Interview du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à ITAR-TASS, 10 Septembre 2014. (Part 2)

Question : Certains diplomates plaisantent en faisant courir la rumeur que Bachar-el-Assad se prosterne et prie pour remercier Allah des manifestations de Maidan.

S. V. Lavrov : Vous voulez dire que les évènements en Ukraine ont détourné l’attention de Damas ? Dans un certain sens, l’ironie peut être vraie, mais nous sommes convaincus qu’oublier d’œuvrer pour la fin des hostilités envers la Syrie serait une erreur. Washington et ses alliés européens étaient d’une intransigeance totale, mais ils ont depuis dérivé vers une position plus proche de la nôtre. Il y a un an, tout d’un coup, quelques-uns de nos partenaires occidentaux se sont mis à dire que le risque d’avoir des terroristes à la tête de la Syrie et de la voir devenir un camp d’entraînement pour militants était bien plus sérieux que le maintien d’Assad au pouvoir.
Question : Que répondriez-vous à ceux qui affirment que les répercussions des événements ukrainiens sur les affaires politiques mondiales ont été exagérées hors de toutes proportions ? Il y a aussi le terrorisme islamiste au Moyen-Orient, le virus Ebola en Afrique et l’éternelle crise dans la bande de Gaza…

S. V. Lavrov : Le problème ukrainien est certainement le plus important pour nous. Vu d’ailleurs, cela peut sembler exagéré, mais c’est parce que les États-Unis voient l’Ukraine comme le théâtre d’un conflit géopolitique où se joue le sort du monde. Les Occidentaux, conduits par les États-Unis, seront-ils en mesure de conserver leur position dominante, ou devront-ils négocier avec d’autres centres de pouvoir ? J’ai demandé à John Kerry et à plusieurs ministres européens des affaires étrangères pourquoi l’Ouest préconisait rapidement un cessez-le-feu et des accords nationaux dans pratiquement tous les conflits (Soudan, Yemen, Afghanistan, Palestine) mais n’en faisait pas de même en Ukraine. Le plan de paix de Porochenko, ou rien. Il s’avère qu’il est possible de négocier avec les Talibans ou le Jihad Islamique, mais complètement impossible d’avoir un quelconque contact avec ceux qu’ils ont appelés des séparatistes de la RPD et de la RPL.
Pourquoi a-t-on dénié au peuple du Sud-Est ukrainien le droit d’être entendu ? C’est au-delà du bien et du mal ! Tout comme le fait que le premier convoi humanitaire de Russie a été dans l’incapacité d’accéder à Lugansk deux semaines durant, alors que la ville connaissait déjà depuis longtemps des problèmes d’approvisionnement en eau, en électricité et d’accès à de nombreuses denrées de première nécessité. Kiev remettait sans cesse au lendemain de toutes les manières possibles et imaginables, sans jamais nous laisser une chance de tendre la main vers ceux qui en avaient le plus besoin. Les autorités ukrainiennes avaient apparemment compris que sans ce genre de comportement, il leur serait plutôt compliqué de présenter notre pays en agresseur. En mai dernier, nous avons proposé au ministre ukrainien des Affaires étrangères une assistance humanitaire pour le sud-est du pays. Notre proposition a été rejetée. La question a de nouveau été débattue en juillet, débats au cours desquels nous avons reçu un accord de principe suivi d’une longue et ennuyeuse discussion sur les détails. Dans un premier temps, Kiev a proposé une route, avant de changer d’idée et d’en proposer une autre. Ce n’étaient pas des négociations, mais une partie de ping-pong sans fin.
Cette lutte a duré plus de deux semaines. Au bout du compte, nous avons perdu patience et, le 22 août, après en avoir informé la partie ukrainienne et la Croix Rouge internationale, le convoi est entré dans la région de Lugansk. L’attente n’était tout bonnement plus possible, la situation défiait les règles du bon sens. Immédiatement, il y a eu toute une série de mensonges sur la roublardise de la Russie. On pouvait avoir l’impression que c’était une provocation délibérée visant à nous attirer dans un conflit.

Question : Selon vous, Sergueï Viktorovitch, il n’existe pas de temps calmes en matière diplomatique ; vous êtes, après Sergeï Choigou, le ministre en exercice depuis le plus longtemps, et vous avez une grande expérience. Est-il nécessaire de rappeler l’année 2008, la guerre avec la Géorgie et votre cinglante réflexion, adressée à Mikhail Saakachvili, le qualifiant de « gros taré » ?

S. V. Lavrov : Ce n’est pas moi qui ai dit cela. L’histoire est la suivante. Suite aux événements en Ossétie du sud, mon homologue européen avait visité Tbilissi, et, sur le chemin du retour, avait demandé à être reçu à Moscou. Au cours d’une conversation privée, il m’avait raconté ses discussions avec Mikhail Saakashvili, discussions qui lui avaient fait se dresser les cheveux sur la tête, et c’est à cette occasion qu’il avait employé cette expression. Je l’ai répétée à l’ancien Secrétaire britannique des Affaires étrangères, David Miliband, qui m’avait appelé pour blâmer la Russie d’une prétendue offense causée à la pacifique Géorgie et à son président. Je n’ai pas ajouté un seul mot insultant à l’égard de Saakashvili. Mais quelques trois mois plus tard, les conseillers de Miliband ont fait fuiter l’épisode dans les médias, pour une raison quelconque, tout en le déformant fortement.
Question : Cependant, il y eut alors une remise à plat des relations avec l’Amérique, les relations avec l’Occident ont été réévaluées, alors maintenant, avec « la Crimée-est-à-nous », on ne peut que rêver de cela…

S. V. Lavrov : Si cela n’avait pas été la Crimée et le Sud-Est de l’Ukraine, l’Occident aurait inventé quelque chose d’autre. L’objectif était de déstabiliser la Russie à n’importe quel prix. La mission a été élaborée il y a longtemps. Prenez la Syrie, par exemple. Il y a quelques années, ils se sont tournés contre nous, nous accusant de protéger un dictateur qui tyrannisait son propre peuple. A ce propos, il a été dit à l’époque qu’Assad utilisait la famine comme arme. Pour en revenir à la catastrophe humanitaire actuelle dans le Donbass, peut-être que l’idée était d’affamer tout le monde jusqu’à la mort et puis de repeupler les territoires vidés avec de vrais Ukrainiens ?

Question : Vous conviendrez que si nous nous reportons à l’hiver dernier, tout avait l’air d’aller très bien pour la Russie : un succès pour le sommet de l’APEC à Vladivostok, des Jeux Olympiques à Sotchi triomphants, la présidence du G8, puis…

S. V. Lavrov : Je le répète : quand on veut, on peut. Le fait que Washington et certains pays européens aient décidé d’isoler la Russie ne date pas d’hier.

Question : Et par conséquent nous sommes maintenant engagés dans une guerre de sanctions.

S. V. Lavrov : La Russie réplique. C’est le cas typique où les autres ont commencé les premiers. On écrit beaucoup maintenant sur ce que nous aurions dû faire ou ne pas faire. Vous savez, quand vous êtes puni comme un élève coupable à l’école… La Russie ne peut pas rester indifférente à cette situation. Mais quelle que puisse être l’attitude envers l’interdiction des importations de produits alimentaires de l’Union européenne, de la Norvège, de l’Amérique du Nord et de l’Australie, et j’ai entendu différents jugements, je ne pense pas que ce soit une tragédie. Tout peut être résolu. Il est important à ce stade d’être rapide : lorsque l’offre d’un pays prend fin, un remplacement adéquat est nécessaire par un autre importateur ou un producteur russe. Je crois que personne ne niera que les fruits et légumes de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie et des républiques d’Asie centrale sont plus savoureux et de meilleure qualité que ceux qui arrivent d’Europe. En tout cas, moi je les préfère.

Question : La victoire sur certains restaurants McDonald’s rapprochera-t-elle la Russie d’un triomphe géopolitique ? Juste avant le début de contrôles en masse dans les points de vente McDonald’s à travers la Russie, la société a diffusé un spot TV annonçant un nouveau hamburger avec du parmesan sanctionné…

S. V. Lavrov : J’ai depuis longtemps cessé de m’y rendre. Cependant, je suis allé au premier restaurant McDonald’s qui a ouvert sur la place Pouchkine en 1990, avec ma fille. Le Vice-Premier ministre Dvorkovitch a déjà dit que personne ne prévoit d’interdire cette chaîne de restauration rapide. Les contrôles nécessaires seront effectués, les normes sanitaires seront remises en ordre… Pour ce qui est du parmesan, n’importe quel type de fromage peut être produit si on y investit efforts et savoir-faire. Ce n’est pas un problème.
Question : Le tout étant de ne pas pousser la situation jusqu’à l’absurde.

S. V. Lavrov : Oui, mais on ne veut pas être pris pour des idiots non plus. Rosselkhozbank, qui offre des crédits à nos producteurs agricoles, est parmi ceux que visent les sanctions. Cela signifie que les agriculteurs nationaux devront faire face à des difficultés de financement et leurs produits seront moins compétitifs que les importations en provenance de l’Union européenne, qui obtient on ne sait combien de milliards en subventions. Nous ne pouvons que rêver de telles subventions. Et il y a encore autre chose. Les pays qui ont imposé ces sanctions, et ceux-ci sont pour la plupart des pays membres de l’OTAN, prétendent de plus en plus souvent que la Russie n’est plus leur partenaire, mais un adversaire. Et nous devons réfléchir à ce que veulent dire ces déclarations. Est-il logique que la sécurité alimentaire d’un état, la fourniture de nourriture à la population - même si c’est autour de 20 à 30 pourcents - dépendent de ceux qui nous considèrent comme un ennemi ? Mais la Russie ne peut pas devenir l’otage des plans que d’autres montent pour faire pression par des sanctions. Que se passera-t-il si l’Union européenne et les États-Unis décident de mettre plus de pression sur nous, et sont même d’accord pour allouer beaucoup plus de milliards de dollars ou d’euros sous forme de subventions à leurs agriculteurs ? Nous ne connaissons pas leurs plans secrets.

Question : Mais jusqu’à présent, ils n’ont rien fait de tel. Nous avons interdit les importations nous-mêmes.

S.V. Lavrov : Mais je le dis encore une fois : il y a beaucoup de pays qui rêvent de remplacer les Européens et les Américains sur notre marché. L’Argentine et le Brésil, par exemple, se vantent de produire une excellente viande.

Question : L’avoine ne coûte pas cher, mais les bateaux sont chers. Sagesse proverbiale.

S. V. Lavrov : Non, les prix seront absolument raisonnables. Les Sud-Américains veulent obtenir un quota dans notre marché. Cela se fait dans le cadre de possibilités offertes par l’OMC.
Question : En d’autres termes, vous ne sentez pas de gêne dans votre travail, Sergueï Viktorovitch ?

S. V. Lavrov : C’est ainsi. Je réponds en toute sincérité. D’abord, il s’agit d’un défi professionnel, si vous voulez. Ensuite, ce sont plutôt mes homologues qui se sentent mal à l’aise quand ils doivent donner des explications obscures, par téléphone ou via nos ambassadeurs, pour se justifier de la raison qui les pousse à retarder une visite à Moscou qui avait été programmée. Au nom du Ciel ! L’amour ne se dicte pas. Lors de différents forums internationaux, les ministres des pays qui ont imposé des sanctions à la Russie viennent me voir un par un, me prennent à part et me demandent, tout gêné, de prendre cela du bon côté, d’être compréhensif, disant qu’ils ne veulent pas, mais qu’ils sont obligés. Le consensus, la solidarité… Ce sont les arguments de la très grande majorité des états, qui ont compris qui orchestre ces processus sans aucun dommage pour lui-même, et qui satisfait ainsi ses ambitions géopolitiques.
Peut-être que des périodes de tension dans les relations internationales sont inévitables. Mais elles finissent tôt ou tard. Et celle-là passera. Mais avant tout, tous doivent s’habituer à l’idée que le monde ne sera pas unipolaire plus longtemps. En attendant, nous allons assister à des rechutes et des regains belliqueux.

Question : Peut-on considérer que le non-alignement adopté par la Russie lui confère une position privilégiée ?

S. V. Lavrov : Vous savez, les alliances classiques de l’époque de la guerre froide ont fait leur temps. J’ai déjà mentionné le flottement de l’OTAN, en quête d’une raison d’être. Nous avons l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, notre propre alliance militaro-politique. Mais il n’y a pas de politique du bâton. Parfois, nous entendons : Regardez comme les membres de l’Alliance de l’Atlantique Nord sont unis dans leur vote à l’ONU - les États-Unis ont donné les ordres et tous ont levé la main (mais tout le monde sait qu’on a « tordu le bras » à nombre d’entre eux avant). Quant aux représentants des pays membres de l’OTSC, ils peuvent soutenir l’initiative de la Russie ou s’abstenir, ou tout simplement manquer une session, comme lorsque l’Assemblée générale des Nations Unies a examiné une résolution après les événements de Crimée. Ma réponse est toujours simple : oui, nous nous attendons à ce que nos alliés respectent les accords des pays membres de l’OTSC sur une ligne de politique étrangère commune, mais nous comprenons aussi que le monde d’aujourd’hui est multi-facettes et multi-vectoriel et c’est pourquoi nous ne cherchons pas à interdire à quiconque d’avoir des nuances dans les approches pour le règlement de tel ou tel problème, et nous ne faisons certainement pas de chantage ni ne forçons la main à personne.

Question : Prenez le Kazakhstan et la Biélorussie, par exemple, ils sont nos partenaires de l’Union douanière, mais ils ne soutiennent pas l’embargo de la Russie sur la nourriture…

S. V. Lavrov : C’est leur droit. Oui, ils ont dit qu’ils ne se joignaient pas aux sanctions, mais ont souligné qu’ils ne permettront pas que leur territoire serve à violer les règles établies par la Russie. C’est ce qui distingue les anciennes alliances des nouvelles. Les alliances d’aujourd’hui doivent être souples. Par ailleurs, nos partenariats stratégiques ne sont pas limités à l’OTSC. Nous devons mentionner les BRICS, qui réunissent le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, ainsi que l’Organisation de coopération de Shanghai. Dans les deux cas, en dehors des intérêts économiques mutuels, nous parlons de pays qui partagent une vision similaire des questions fondamentales sur l’ordre mondial.

Question : Que signifie notre préparation à nous retirer unilatéralement des accords internationaux ?

S. V. Lavrov : C’est écrit dans la plupart des documents internationaux. C’est une procédure standard : en règle générale, un pays doit officiellement notifier son souhait aux autres parties du traité et aux dépositaires avec six mois d’avance. Et c’est tout. Une approche civilisée. Il peut y avoir différents traités et l’attitude envers eux peut changer. Il faut comprendre à l’avance ce que ce changement va entraîner. Lorsque les États-Unis et l’Union soviétique ont signé le Traité sur les missiles anti-balistiques au début des années 1970, tout le monde s’est rendu compte que c’était une vraie contribution à l’arrêt de la course aux armements. Si vous renoncez à la protection totale de votre territoire, vous êtes moins tenté d’attaquer un ennemi.
Et l’opposant se comporte de la même manière. Sous George W. Bush, les USA ont décidé de se retirer du traité, et je me souviens que Vladimir Poutine avait demandé à son homologue s’il était vraiment nécessaire de saper ce gage de stabilité. Bush a répondu que la défense anti-missile n’était pas dirigée contre la Russie, mais servait à contrôler l’Iran, et c’est pourquoi la Russie pouvait prendre toutes les mesures qu’elle souhaitait pour assurer sa sécurité. Si l’on remonte un peu dans le temps, Bismarck avait dit que dans l’art de la guerre, ce ne sont pas les intentions qui comptent, mais les potentiels. Autre exemple : prenez le Traité sur les forces conventionnelles en Europe. Il a été signé au moment où l’Union Soviétique et d’autres pays du pacte de Varsovie s’opposaient à l’Otan. Après la fin du bloc socialiste, le document a été changé, adapté à de nouvelles réalités. La Russie l’a ratifié, mais l’Occident a dit qu’il ne le signerait qu’après le départ de nos soldats de la paix en Transnitrie. Pourquoi donc ? Il n’en est fait aucune mention dans le traité. Résultat, le document est devenu inutile à cause du refus de l’Otan de s’y joindre.

Question : Je me demandais : est-ce que vos itinéraires ont beaucoup changé ces derniers temps ?

S. V. Lavrov : Je ne dirais pas cela. C’était Berlin avant Minsk, et Paris un peu avant. Et en ce moment, l’Afrique, un sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai à Douchanbé, et puis New York.

Question : Quelle sera votre humeur lors de votre prochaine réunion de l’Assemblée générale des Nations unies ?

S. V. Lavrov : Je n’ai pas encore pensé à ce voyage, il y a tellement d’autres choses avant… Une session de l’Assemblée générale de l’ONU, c’est un événement familier. Un représentant de chaque pays montera sur l’estrade pour dire quelque chose.

Question : Mais l’humeur sera sûrement différente cette fois.

S. V. Lavrov : Nous écouterons d’abord, puis nous en tirerons des conclusions.

Question : Est-ce que vous avez eu des annulations de visites ces derniers temps ?

S. V. Lavrov : Les miennes n’ont pas été annulées. L’homologue japonais avait prévu de visiter Moscou en avril, mais pour des raisons techniques, il a demandé à remettre la visite à plus tard… Voilà une autre chose très surprenante : des représentants de pays qui n’ont rien à voir avec l’Union européenne et les sanctions contre la Russie disent que les ambassadeurs américains, partout, sont allés voir les autorités nationales pour leur demander de geler leurs relations avec Moscou ! N’allez pas les voir, ne les recevez pas. Est-ce normal ? D’une certaine façon, c’est assez amusant de travailler dans une situation où les Américains ont recours à ce type de méthode. Franchement, je n’aurais jamais imaginé qu’un pays généralement respectable puisse se comporter de cette façon !

Question : Est-ce que vous avez dit ça en face à John Kerry ?

S. V. Lavrov : Bien sûr, nous discutons de différentes questions avec le secrétaire d’État Américain.

Question : Vous n’êtes jamais à court de mots, Sergueï Viktorovitch. Des rumeurs secrètes prétendent qu’il y a une pierre sur l’une des rives de la rivière Katun dans le territoire de l’Altaï. Un texte gravé sur cette pierre dit qu’à cet endroit même, le ministre Lavrov a dit à son collègue britannique, Jack Straw, d’aller se faire voir. Le texte est suivi de la date.

S. V. Lavrov : Les rumeurs secrètes vous ont égaré. La pierre n’est pas sur la rive de la rivière Katun, mais dans mon sauna. Je l’ai emmenée chez moi comme souvenir. Voici ce qui s’est passé. J’étais avec d’autres personnes, principalement mes anciens camarades d’études de l’Université MGIMO [Institut d'État des relations internationales de Moscou, NDT] et comme d’habitude, nous faisions du rafting sur la rivière. Un soir, nous avons atteint une étape où bivouaquer. Nous traînons les radeaux, montons des tentes, allumons un feu pour cuire le dîner. Tout se passait comme d’habitude. Avec un téléphone satellite, j’ai appelé Moscou et demandé comment les choses se passaient en général. On m’a indiqué que Jack Straw, avec qui nous avions établi de très bonnes relations, avait demandé à être joint rapidement.
Vous savez, les batteries de téléphone ne durent pas éternellement, je devais économiser ma batterie et nous avons convenu que Londres allait me rappeler une demi-heure après. J’ai allumé mon téléphone exactement après cette période de temps. Les Britanniques m’ont appelé et dit que Straw était occupé à ce moment là. Ils m’ont demandé s’ils pouvaient me rappeler dans dix minutes. Après dix minutes la situation s’est répétée, et puis encore et encore jusqu’à ce que je demande - poliment - de dire à Jack que je ne pourrais pas parler avec lui ce soir-là. C’est tout ce dont il s’agit. Un de mes amis a entendu le dialogue et puis a laissé une interprétation très libre de tout cela gravée dans la pierre.

Question : Il semble que le représentant permanent de la Russie à l’ONU, Vitali Tchourkine, soit votre véritable compagnon en termes de capacité à s’exprimer clairement. Il est également capable d’exprimer tout très clairement.

S. V. Lavrov : Vitali est mon vieil ami. En avril 1992, nous avons tous deux été promus à des postes de vice-ministre des Affaires étrangères de Russie et depuis lors, nos chemins se sont souvent croisés. Par exemple, quand il a travaillé dans les Balkans, j’étais responsable de cette zone.

Question : Il se dit que vous avez activement essayé de convaincre Vladimir Poutine de nommer Tchourkine à l’ONU ?

S. V. Lavrov : C’était ma proposition et j’ai mis en avant des arguments en sa faveur. Compte tenu de l’importance de la position, j’ai demandé au président de recevoir Vitali avant sa nomination pour lui parler personnellement.

Question : Depuis combien de temps êtes-vous proche de Poutine ? Et comment avez-vous été nommé au poste de ministre ?

S. V. Lavrov : Nous nous sommes rencontrés à Moscou en Novembre 1999, Vladimir Vladimirovitch était à la tête du gouvernement de l’époque, et j’étais l’envoyé permanent à l’ONU. J’avais pris l’avion pour Moscou pour la visite d’un vice-premier ministre irakien, dont la réception avait eu lieu sur les berges de Krasnopresnenskaya. Elu président en 2000, Poutine est arrivé à New York pour le sommet du Millénaire. Nous nous sommes vus plus d’une fois depuis lors.
Le 6 mars 2004, j’ai reçu un coup de téléphone de la part du chef de l’administration présidentielle, Dmitri Medvedev, qui m’a invité à Moscou. Je suis parti le jour même. Le jour suivant, Vladimir Vladimirovitch m’a reçu et m’a offert le poste de ministre. Depuis, je maintiens un contact de travail permanent, pratiquement au quotidien.

Question : Quand vous menez des négociations hors de la Russie, avec quelle fréquence consultez-vous le président ?

S. V. Lavrov : Avant les voyages, je parle de la position à laquelle je compte me tenir, et après avoir reçu des instructions, je maintiens le cap qui a été décidé. Je ne vais pas révéler tous nos secrets, mais en règle générale, nous avons plusieurs options pour nos actions. Malgré tout, il y a parfois des cas essentiels où les compromis sont écartés d’office. Dans ces cas, je l’explique franchement à Vladimir Vladimirovitch. Dans les cas très sérieux, quand des textes doivent être remaniés et que leur contenu pourrait impliquer des doubles sens, je l’appelle au téléphone et je l’en informe. C’est comme ça que nous sommes arrivés à un accord sur les armes chimiques en Syrie. Le document contenait des points discutables, et de notre mission de Genève, j’appelais régulièrement le Kremlin.

Question : Je sais que vous utilisez un téléphone cellulaire. Vous différez des autres, qui préfèrent n’utiliser que des téléphones à cadrans rotatifs.

S. V. Lavrov : Mais la communication par cellulaire n’est pas appropriée pour contacter le Président et parler du travail en cours. Nous ne l’utilisons que pour les questions d’organisation, qui, où, quand…

Question : Comment est-ce qu’Edward Snowden et Julian Assange ont changé le monde d’aujourd’hui, à votre avis ?

S. V. Lavrov : Nous n’avons rien appris de fondamentalement nouveau. Si je me souviens bien, quand j’ai commencé à lire les informations révélées par Assange, je n’ai pas trouvé de révélations sur des caractéristiques personnelles de telle ou telle personnalité de l’arène mondiale, ou concernant la description des méthodes de travail utilisées par les gouvernements ou les services secrets. Nous savions déjà tout ça.

Question : Quid des mémoires d’Hillary Clinton ? Les avez-vous lues ?

S. V. Lavrov : J’ai feuilleté le livre. Il comprend un index alphabétique et j’ai cherché les sections qui parlaient de moi, de mes confrères de l’administration de l’ONU et d’un certain nombre de pays d’Europe. C’était intéressant.

Question : Le Secrétaire d’État américain précédent était très pointu dans ses descriptions de Poutine.

S. V. Lavrov : Très ! En Occident, c’est considéré comme indispensable à n’importe quel programme. Malgré tout, des opinions sensées s’expriment aussi, mais elles sont généralement le fait de diplomates et de politiciens à la retraite. Ceux qui sont employés au gouvernement ou veulent accéder à de hautes fonctions doivent se tenir à la ligne du parti et, parce qu’ils visent à appliquer le dernier agenda américain, ils font finalement de la surenchère.
Question : Vous avez dit avoir des contacts de travail permanents avec Poutine. Comment est-ce que ça marche ?

S. V. Lavrov : Nous parlons pendant les visites à l’étranger, au cours desquelles j’accompagne toujours le président, nous nous rencontrons avant de recevoir les chefs d’état étrangers en visite en Russie. Vladimir Poutine a une capacité d’écoute exceptionnelle. Ce n’est pas un compliment, ni une flatterie, mais la constatation d’un trait de caractère fondamental. Poutine offre toujours une possibilité de s’exprimer et ne recourt jamais à des ultimatums. Aucune idée sensée, susceptible d’offrir une solution constructive à un problème, que ce soit dans le domaine de l’économie ou dans le cas d’une crise comme celle de l’Ukraine, n’échappe à son attention.

Question : Vous est-il déjà arrivé de le faire changer d’avis ? On sait qu’avant la signature de l’accord nommé « Loi Dima Yakovlev », vous avez vu Poutine et avez contre-argumenté.

S. V. Lavrov : J’avais fait un rapport sur mon évaluation des aspects juridiques et les conséquences possibles après l’adoption du document. Il est entré en vigueur en décembre 2012, quelques mois plus tôt, nous avions signé à Washington un accord avec les Américains en matière d’adoption d’enfant, cela a demandé beaucoup d’efforts parce que nous avions de plus en plus de problèmes avec les enfants russes adoptés aux États-Unis qui étaient abusés, violés et même assassinés. Le Département d’État a dégagé sa responsabilité, arguant que, selon les lois américaines de tels cas relèvent de la compétence du système judiciaire de chaque état. En conséquence, nous avons obtenu l’adoption de l’accord intergouvernemental, et lors de la déclaration de Vladimir Poutine en décembre 2012, j’ai suggéré que la dénonciation ne soit pas incluse dans la loi « Dima Yakovlev » parce que j’espérais que cela nous permette de vérifier plus tôt la situation des enfants adoptés.
Tout au long de 2013, l’accord est resté en vigueur, et pour parler franchement, j’ai trouvé mon évaluation de la capacité du gouvernement américain à tenir ses engagements trop optimiste. Il n’y a eu aucun progrès sur les questions soulevées devant le Département d’État, y compris le fameux Ranch pour enfants, un orphelinat dans le Montana qui a admis des enfants abandonnés par leurs nouveaux parents américains. Au cours de trois années nous n’avons pas réussi à y aller.

Question : On dit que lors de votre confirmation au poste de ministre des Affaires étrangères, vous avez discuté avec le Président pour valider le droit de faire annuellement du rafting entre amis sur les rivières de montagne et sans gardes de sécurité. Est-ce vrai ?

S. V. Lavrov : C’est une demande qui a été soutenue par Vladimir Vladimirovitch.

Question : Avez-vous fait du rafting cette année ?

S. V. Lavrov : Début août, mais c’était court. Je n’avais pas beaucoup de temps.

Question : Est-ce que ce sont vos amis qui vous ont surnommé « l’ Élan »?

S.V.Lavrov : Le surnom m’est resté depuis mes études. Quand j’étais au MGIMO, chaque été, pendant les quatre années que j’y ai passées, je participais aux « brigades de construction étudiantes ». On a commencé en Khakassie, puis on a continué en Touva, la troisième année, on était en Extrême-Orient, et la quatrième, en Yakoutie. J’étais chef d’équipe, j’épuisais tout le monde, et c’est probablement pourquoi on m’a donné ce surnom. Je ne l’ai pas contesté.

Question : Mais avant les brigades de construction, vous creusiez déjà le sous-sol du centre de télévision.

S. V. Lavrov : Oui, avant l’entrée à l’Université, on nous envoyait à Ostankino, on creusait les fondations des bâtiments qui allaient abriter le centre de télévision.

Question : Le téléviseur dans votre bureau de la place de Smolensk n’est pas qu’un meuble, non ? Vous l’allumez ?

S. V. Lavrov : De temps en temps. Je regarde toutes les chaînes russes, CNN, BBC, et Ukraine News1.

Question : Comprenez vous l’ukrainien ?

S. V. Lavrov : Je le comprends en gros, mais pas toutes les subtilités. Littéralement et au figuré.

Question : Pratiquez-vous encore votre première langue étrangère, le cingalais ?

S. V. Lavrov : J’ai appris l’anglais à l’école. J’ai commencé le français et le cingalais au MGIMO. Je peux écrire en cingalais, mais je ne suis pas sûr de pouvoir encore le parler. Je n’ai pas eu l’occasion de le pratiquer depuis bien longtemps. Depuis mon départ du Sri Lanka en 1976, en fait.

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 16:00
Victimes et bourreaux oubliés du procès Habré (#Tchad) / Justine Okimi lue par Protche

Victimes et bourreaux oubliés du procès Habré (#Tchad)

Une enquête réalisée par Justine Okimi
Parue pour partie en décembre 2013

dans Le Nouveau courrier à Abidjan

Lecture Grégory Protche

www.nouveaucourrier.net

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 16:30
#MinistèreAMER / Beaucoup de gens sont sous pression, les apaiser est ma mission #4bis (#SacrificeDePoulet)

Mise en ligne le 11 octobre 2014

4ème épisode bis, Sacrifice de poulet.

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 09:00
Lettre d'amour amère aux supporters du Standard de Liège / Jérôme Reijasse (#PSG)

En attendant qu'il ait trouvé un titre de rubrique aussi performant que 7 jours loin du monde, les lettres d'amour amères de Jérôme Reijasse, destinées à ce qu'il reste d'humain, d'innocent et de non dérisoire en chacun d'entre nous, seront classées dans 7 jours...

Je n'écris plus. Plus pour vivre en tout cas.

J'étais un drogué. Je suis un drogué. Trois ans de descente, trois ans à apprendre à décrocher. J'y suis presque. Ce qui réchauffait mon coeur et élevait mon âme ne sera bientôt plus. Le Parc des Princes souvenir déchirant, tombe abandonnée. Ils ont gagné.

Ils ? Les amis qui pensent bien, les inconnus qui jubilent à chaque nouvelle victoire et comptent les points, les marchands du temple. Fourmis. Leur époque, leur monde, leur oxygène. Et moi ? Puis-je encore respirer ?

Hier soir, la télévision.

Un documentaire.

STANDARD.

Un adolescent blond marche, seul, dans une rue grise. On le suit. Il ne parle pas. Il sait où il va. Il ressemble à une jeunesse hitlérienne. Sauf qu'Hitler est mort et la jeunesse aussi. Pas plus mal. Il marche, encore, il se tait, encore. Il vibre. Il vit. Indéniablement.

Un cinquantenaire, prolétaire, achète ses cigarettes quotidiennes et la presse locale. Toute. Il rentre chez lui. Là, il découpe des articles qu'il archive minutieusement dans des classeurs. “Plus de 100 000” revendique-t-il. Au premier étage, un musée, son musée. Aux murs, des photos, des maillots, des écharpes, même une cravate. Toute une vie punaisée, rangée comme il faut, la passion affichée. On le voit enfant, déjà vêtu de rouge et de blanc, un ballon de cuir à ses pieds, le sourire de celui qui a choisi pour l'éternité. On devine qu'il n'a jamais perdu la foi. “Quand tu entres pour la première fois dans ce stade, tu es pris...” dit-il. Je le crois. Je l'envie.

Deux ultras dans une voiture. L'un fil de fer, à l'arrière, la ceinture accrochée. L'autre conduit, costaud, tatoué de partout. Ils roulent vers la coupe d'Europe. Le passager dévoile son obsession. Il en parle mieux que bien. Ça coule, ça explose, les mots sont tous admirables. Les pauvres, quand on se donne la peine de les écouter, racontent de belles histoires.

Yann Barthès devrait avoir honte.

Des dizaines de gens à genoux, dans un hangar. Ils peignent, appliqués et fiers. Leur silence impressionne. Un diable géant sort du néant. Le tifo pour le prochain match existe. Reste à le déployer. Quand il coule sur la foule, je frissonne.

Une mère et son fils, en tribune. Un but est marqué. La maman hurle sa joie et demande à son sang d'en faire autant. Ils tendent une écharpe au ciel. “Pour papa, pour papa” dit-elle. Première larme.
Un camion avec une banderole, revendiquant la passion plutôt que le pognon. Des milliers de supporters qui suivent ce convoi de métal et d'amour, Nirvana en guise de bande-son. Naïveté d'apocalypse, tripes à l'air, dernier sursaut avant la fin ? Des fumigènes provoquent les Cieux, des chants déchirent le cynisme roi. Ils sont là, ils refusent d'abandonner. Ils sont généreux, concernés, ils ne veulent pas être effacés.

Derrière le stade, la mine. Est-elle encore en activité ? Ce plan large, immobile, dit beaucoup. Jour de match : des gens traversent un champ, il y a une femme qui porte le vélo de son enfant, un père avec ses gamins, la clope roulée au bec. Ils s'installent derrière le grillage. Un bout de pelouse comme horizon sacré. Ils attendent que la messe commence, sans ticket ni rien.
Un ancien gardien du club rend visite au cinquantenaire collectionneur. Il se souvient de sa bourde contre une équipe allemande, je crois. Il pensait avoir bloqué la balle mais en fait, non. Elle a terminé sa course au fond des cages. Élimination. À quelques minutes de la fin. Le rêve européen envolé. En face de lui, le fan ne dit rien. Il ne lui en veut pas. Il l'aime et le reste n'a aucune importance.
Match contre Anderlecht. L'ennemi héréditaire apparemment. L'arbitre dégaine deux cartons rouges. Dans les tribunes, on ne comprend pas, on crie à l'injustice. Le coup de sifflet vient mettre fin à l'épreuve. Les ultras exultent. L'équipe a su préserver le nul, malgré l'infériorité numérique. Un homme exhibe un maillot du PSG et semble narguer les supporters adverses. Je ne sais pas pourquoi. Deuxième larme, à l'intérieur.

Une soeur, un frère, un père malade, historique du club. Il tremble, ne parle pas. Son regard est déjà ailleurs. La mort rôde, c'est bouleversant. En voix off, sa fille raconte la passion du père. Il fait froid, les mains sont rouges et les virages quand même bondés. Un nouveau match va débuter. Le papa condamné fixe la caméra avant de sourire. C'est la fin.

Ultime larme.

STANDARD n'est pas qu'un documentaire. C'est le film, beau, intense, poétique, brûlant, de tous les damnés de la terre, de tous ceux qui ont préféré, au serpent de la réalité, le vertige de l'appartenance. De Liège à Paris.

Texte / Jérôme Reijasse

PS : lien vers un site traitant du film ICI.

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 08:30
Bonus : la bande-annonce du doc sur le Standard de Liège

Bonus à additionner au texte de Jérôme Reijasse ci-dessus.

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 08:00
La CPI laissera-t-elle Gbagbo enterrer sa mère ?

En même temps que nous apprenons le décès de Marguerite GADO la mère de Laurent GBAGBO à peine rentrée d’exil, Koua Justin nous informe que les autorités ivoiriennes - non contentes de mettre le pays à feu et à sang - chercheraient à interdire que la famille transfère sa dépouille à GAGNOA pour qu’elle y trouve le repos éternel. Depuis la nuit des temps, le droit d’enterrer ses morts, de leur donner une sépulture décente dans un endroit où ils puissent trouver le repos éternel a été érigé en droit naturel, supérieur aux lois de n’importe quel tyran comme nous le rappelle avec justesse la tragédie d’Antigone.

Y a-t-il une seule valeur universelle que celui qui se prétend Président d’un pays réconcilié avec lui-même ne bafouera pas ? Est-ce parce que lui-même a violé les principes les plus sacrés en reniant sa terre ancestrale et même sa mère biologique pour accéder illégalement aux plus hautes fonctions de l’Etat ivoirien qu’il doive priver les familles ivoiriennes de leur droit d’honorer leurs morts conformément aux lois et coutumes du pays ?
Perdre sa maman est déjà en soi une terrible épreuve, mais dans ces circonstances, alors que le Président Laurent GBAGBO est arbitrairement déporté à LA HAYE, la disparition de Marguerite GADO devient proprement criminelle et indigne d'une Communauté internationale qui se dit civilisée.

Texte / Christine Tibala (Facebook)

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 07:00
Bien moins vilain que son Mollah'Son de fils...
Bien moins vilain que son Mollah'Son de fils...


On dirait qu’une implacable fin ignominieuse ou tragique attend les anciens collaborateurs du guide éclairé, grand timonier, l'homme fort du Gabon, l'arme du présent et de l'avenir… Omar Bongo. Plusieurs nababs gabonais de la fin du 20ème siècle qui roulaient sur l'or et brassaient des milliards de FCFA ont fini leur vie dans des conditions misérables, couverts de dettes et de déshonneur, comme s’ils payaient un tribut impitoyable aux forces de la nature.

La légende raconte ainsi que Jean Pendy Bouyiki, ancien jeune ministre flambeur d’Omar, débiteur de la SEEG et usager de clandos avec des concitoyens ahuris, vit actuellement dans des conditions insoupçonnables pour quelqu’un qui frayait avec le beau monde. Simplice Nguedet Manzela, longtemps secrétaire général du PDG avait réussi l’exploit de se faire appeler « arrière-arrière-arrière-grand-père » par les Bongo Cfa. Tant ce Nzébi de l’Ogooué-Lolo ne savait plus quoi faire avec son argent. Aujourd’hui, il a rejoint les 99% de ses compatriotes que le système a volontairement jetés, dans la pauvreté.

C’est à ce moment qu’on réalise ce que chacun soupçonnait, à défaut d’en avoir la preuve : tous ces roitelets vivaient sur l’argent de l’Etat, et cela continue de nos jours. Dans dix ou vingt ans, attendons-nous à vivre des disgrâces encore plus spectaculaires, compte tenu des déprédations budgétaires et financières des émergents pressés de s’en mettre plein les poches en peu de temps. L’ancien curé Paul Mba Abessole, qui s’est reconverti dans les affaires, après avoir renié doublement le Christ et ses convictions politiques, n’a pas à craindre une fin à la Pendy, Mayila ou Ngeudet Manzela...

In L'Aube n°45

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 20:55
#Antisémitisme / La pièce de BHL s'arrête brutalement faute de public

Les représentations de «Hôtel Europe» devaient se tenir jusqu'à début janvier. Elles s'arrêteront à la mi-novembre, faute de public.

SOURCE

La pièce de Bernard-Henri Lévy Hôtel Europe, qui devait jouer initialement 4 mois, de septembre à début janvier, «achèvera son parcours le 16 novembre après 60 représentations», a indiqué mercredi un communiqué du théâtre. Le magazine les Inrocks avait annoncé mardi que la pièce «s’arrête brutalement». «Initialement prévue à l’affiche jusqu’au début du mois de janvier, Hôtel Europe s’arrêtera plus tôt que prévu, faute de public», avait indiqué le site internet du magazine.

La venue du gotha politique - dont le Premier ministre, Manuel Valls, et le Président François Hollande - et le «battage médiatique» n’ont pas suffi pour remplir quatre mois le Théâtre de l’Atelier et ses 563 places, notait le magazine culturel. Le Théâtre de l’Atelier a démenti mercredi dans son communiqué que la pièce s’arrête brutalement, soulignant qu’elle aura fait 60 représentations au 16 novembre prochain.

«Madame Laura Pels (directrice du Théâtre, ndlr) et le Théâtre de l’Atelier s’honorent d’avoir fait le choix de présenter un spectacle qui aborde des questions politiques essentielles et remercient Jacques Weber et Bernard-Henri Lévy de défendre Hôtel Europe avec panache et enthousiasme en dépit des attaques d’une rare virulence dont la pièce a fait l’objet», souligne le communiqué.

La critique a été sévère avec la pièce, jugée bavarde et centrée à l’excès sur son auteur, BHL. Le Monde avait évoqué un «One man Bosnie-Show» jugeant le texte «boursouflé» et même «obscène», s’agissant d’un sujet aussi grave que la guerre en Bosnie.

AFP

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 15:30
Malick Noël Seck, Discours sur la Francophonie (version audio/vidéo)

Version audio/vidéo du Discours sur la Francophonie de Malick Noël Seck lue par Grégory Protche.

http://www.momsarew.org/

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Éditions du Gri-Gri / 10 euros

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Films in progress

Où étiez-vous le 11 avril 2011 ?

 


Des débuts de livres

 


Patrice dispense de l'impayable

mais très achetable Jeune Afrique

 


 

Les lectures du Gri-Gri

 

 


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