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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 09:00

 

Carnet de bord, journal de voyage, récit d'expédition et guide touristique, Paris-Tombouctou est tout ça à la fois lors de sa parution en 1928.
Paul Morand, romancier, noveliste, voyageur littéraire et diplomate part de Notre-Dame et rallie Tombouctou. Un esprit brillant, un styliste (célébré par Céline, qui l'accusait d'avoir "jazzé la langue") aux réflexions, observations et analyses de son temps.

Lecture : Grégory Protche
Mixage : Cave du 18

 

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Published by Gri-Gri International Paul Morand - dans Francophonie Littérature Devoir d'histoire
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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 10:38

Côte d’Ivoire : La condamnation de l’ancien ministre Assoa Adou jette le discrédit sur la justice et le pouvoir ivoiriens (PCF)

Assoa Adou, homme de paix et figure de la gauche ivoirienne, vient d'être condamné à quatre ans de prison à l'issue d'un procès politique.

Arrêté il y a deux ans et demi, en dehors de toute procédure légale, il a été détenu à Abidjan puis transféré au Camp pénal de Bouaké où il a été notamment victime de mauvais traitements. Du fait de conditions de détention épouvantables, l'état de santé de Assoa Adou, 72 ans, s'est considérablement dégradé.

C'est dans ce contexte et après des tergiversations sans fin qu’a eu lieu son procès pour « complot contre l'autorité de l’Etat ». Au cours des audiences, tous les témoins cités par l'accusation se sont dédits, et tous les chefs d'accusation se sont effondrés les uns après les autres.

La Cour d'Assise l'a finalement condamné sans preuves ni faits établis à 4 ans de prison pour « troubles à l'ordre public ».

Le jugement rendu n’a pas de fondement juridique en Côte d’Ivoire mais relève d’une décision politique.
Ces méthodes rappellent la sombre période des procès politiques en Côte d’Ivoire.

Le cas d'Assoa Adou est emblématique de centaines de détenus politiques qui croupissent sans jugement en prison.

A la veille de l'ouverture à Abidjan des 8e Jeux de la Francophonie ce vendredi 21 juillet, cette condamnation inique est un mauvais signal, un de plus, envoyé par les dirigeants ivoiriens.

Le Parti communiste français demande au gouvernement français et au président Macron de prendre publiquement position pour la libération des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire dont le climat politique, sous la férule d’Alassane Ouattara, se dégrade à vue d’oeil.

Parti communiste français,
Paris, le 21 juillet 2017

SOURCE

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 10:59
Simone Gbagbo scandaleusement emprisonnée
Simone Gbagbo

Réagissant aux multiples "gestes", rencontres, voyages et appels liés à la Réconciliation lancés par le Pan Guillaume Soro, qui prétend maintenant se rendre à La Haye pour aller demander pardon au dernier président ivoirien légalement et démocratiquement élu, Laurent Gbagbo, voici ce qu'a posté ce jour sur Facebook un des avocats de Simone Gbagbo

Bonjour à tous, juste vous informer que Madame Simone Gbagbo, l'épouse du Président Laurent Gbagbo "pour qui on veut payer le billet d'avion en première classe pour aller lui demander pardon à la Haye", et "où on a tenu à le faire mettre en prison en nous indiquant qu'il méritait d'y être", Simone Gbagbo là, est la prisonnière de ceux qui veulent aller demander pardon au loin là-bas hein, et je passe sous silence toutes les personnes connues ou anonymes en prison à cause de Gbagbo ou pour l'avoir soutenu ou travailler dans l'administration à son époque.

Donc de grâce, épargnez moi votre comédie sur le pardon virtuel.

Au passage, nous avons des milliers d'ivoiriens réfugiés hors de la Cote d'Ivoire, et dans des conditions de vie indigne et humiliante.

Le jeune Ange Rodrigue Dadje

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 11:32
Laurent Gbagbo et Me Altit son avocat devant la CPI
Laurent Gbagbo et Me Altit son avocat devant la CPI

 

Mercredi 19 juillet, les réseaux sociaux s'affolaient. Enième possibilité d'une libération du dernier président ivoirien démocratiquement élu et investi ? Presque. Plus compliqué que ça : la révision d'un des refus opposés à une légitime demande de libération conditionnelle... et donc, dans quelques semaines, mois ou années, on ne sait plus, la possibilité d'à nouveau demander une libération qui n'aura décidément plus rien d'anticipée, tant Laurent Gbagbo, bénéficiant de la présomption de culpabilité, aura passé déjà d'années en préventive... Le bon moment, selon notre Dictateur-adjoint, pour s'interroger, tout aussi légitimement sur la stratégie de défense connivente de l'avocat de Laurent Gbagbo, Me Altit.

J'ai compris, ok... vu que l'enjeu de la décision rendue hier (mercredi 19/07/2017) par la CPI n'était pas la libération de Gbagbo, mais la possibilité pour ceux qui auront à statuer sur cette libération de le faire avec l'ensemble des éléments à considérer (et donc de réelles chances de voir une démarche non biaisée aboutir), on peut conclure que c'est une victoire de la Défense.

Mais je suis comme Bololo, "l'ami des bons et des mauvais jours", celui qui vous remonte quand il fait gris et vous déprime quand le soleil brille... (Référence à un entretien avec Vincent Bolloré en 2007 ici-même, lors duquel il se vantait, ami des bons comme des mauvais jours, de continuer de payer ses employés en Côte d'Ivoire même quand le pays était paralysé).

Donc, c'est une victoire de la Défense Altit.

Questions. 

Quand, en tout légalisme, hein, sans jamais rien remuer, ni le ciel ni la terre, ni les médias ni les élites, sans jamais choquer, heurter, provoquer et déranger les discours médiatique et politique dominant, en respectant formellement bien tout, on aura fini de venir à bout des tours et astuces infâmes de cette Cour pour leaders africains, on sera quand ?
Les plus optimistes de mes camarades pronostiquent fin 2017-2018... bon score pour un innocent !!!

Quand l'ensemble du monde sera convaincu de l'innocence de Gbagbo SAUF la CPI, continuera-t-on de scolairement tenter de répondre à ses demandes foireuses, de corriger ses documents bidonnés (dès le premier jour), de s'y retrouver dans le kafkaïsme délibéré de ses procédures vouées à user l'homme ?

Altit va engranger, je le prédis, de plus en plus de petites victoires à l'intérieur de la grande défaite qu'est ce procès. Inutile de le féliciter, il est payé pour son travail par qui de droit.

Cette CPI, qui n'a de cesse depuis sa naissance de se discréditer, la trouverez-vous soudainement vertueuse et honnête parce qu'un beau matin, avec la même absence de motif qu'elle l'emprisonna, elle libérera Gbagbo ?

Y verrez-vous la main de Dieu, en regrettant qu'il ait mis du temps à s'y retrouver dans toute cette histoire ?

La "victoire" d'une connivente stratégie de défense ? Au bout de tant d'années à exclusivement subir et réagir, sans jamais dénoncer et ridiculiser en le quittant un procès qu'aucun violeur d'enfant blanc n'aura attendu si longtemps ?

Je dis depuis novembre 2011 qu'il faut refuser de prendre part à la plaisanterie raciste qu'est le procès Gbagbo devant la CPI. Facebook est mon témoin ! Il faut quitter ce box des accusés. Gbagbo est innocent, les coupables sont ceux qui l'accusent, ceux qui sont dans le box des innocents !

Le contraire de ce que dit la CPI n'est pas la vérité, tant celle-ci à peu à voir avec celle-là.

La CPI est une prison dont les procès sont des anecdotes produites pour divertir.

Aller devant la CPI, c'est entrer en prison. Le procès n'a que peu à voir avec la peine. Le procès améliore le quotidien du prisonnier, l'agrémente, le dramatise, c'est tout. Il n'instruit rien (comment le pourrait-il, vu le sérieux des enquêtes). N'enseigne rien. N'éduque ou ne fait progresser personne et aucune question.
Accepter d'y participer, en reconnaître les énoncés, c'est se condamner à en accepter d'avance les verdicts attendus, les tracas administratifs et la nullité des débats.

Depuis novembre 2011, quand je dis tout ça, on me répond, d'accord, mais pendant ce temps-là, Gbagbo va faire quoi ? rester dans sa cellule ? Ca va donner quoi ?

Au bout de six ans de scandale international étouffé, et au lendemain d'une belle victoire en trompe l'oeil de la Défense, suis-je fondé à vous demander à mon tour : alors, ça a donné quoi d'accepter tout ça sans protester, sans quitter le procès, sans rester dans sa cellule ? Ce procès a fait progresser qui et quoi ? La vérité ?

Quel regard portent sur ce condamné qui purge son procès après sa peine les pays, les opinions qui devraient logiquement oeuvrer à le faire libérer sans condition ? 
Bah, ils font comme lui, comme vous, comme moi : ils attendent la fin du procès...

Comment soutenir Gbagbo contre l'Injustice internationale s'il accepte de s'y soumettre, s'il contribue à son fonctionnement et s'il ne lui dénie pas le droit de le juger ?

Gbagbo n'est pas entre les mains d'honnêtes gens.

Attendre de ces gens qu'à l'usure, par caprice ou intérêt, ils fait-du-princisent un élargissement de Laurent Gbagbo n'est ni une stratégie de défense ni un projet politique.

La preuve : le FPI est cacochyme et ce procès bâclé qui devrait être bouclé depuis déjà plusieurs années bat son plein. N'y aurait-il un pas un (ou deux) problème(s) ?

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 09:42

Post initialement paru le 20 mai 2017. Sous le titre :

COMMENT « LE MONDE » INVENTE LA « RÉPRESSION » AU VENEZUELA

Source

Mettons-nous dans la peau d’un habitant de la planète qui n’aurait que les médias pour s’informer sur le Venezuela et à qui jour après jour, on parlerait de « manifestants » et de « répression ». Comment ne pas comprendre que cette personne croie que la population est dans la rue et que le gouvernement la réprime ?

Mais il n’y a pas de révolte populaire au Venezuela. Malgré la guerre économique la grande majorité de la population vaque à ses occupations, travaille, étudie, survit. C’est pourquoi la droite organise ses marches au départ des quartiers riches. C’est pourquoi elle recourt à la violence et au terrorisme, dont les foyers sont localisés dans les municipalités de droite. ll y a 90 pour cent de quartiers populaires au Venezuela. On comprend l’énorme hiatus : les médias transforment les îles sociologiques des couches aisées (quelques % du territoire) en « Venezuela ». Et 2% de la population en « population ». (1)

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Caracas en mai

Le 12 mai l’ex-présidente argentine Cristina Fernández, après Evo Morales, a dénoncé « la violence utilisée au Venezuela comme méthodologie pour arriver au pouvoir, pour renverser un gouvernement » (2). Depuis l’Équateur, l’ex-président Rafael Correa a rappelé que « le Venezuela est une démocratie. C’est par le dialogue, avec les élections, que doivent se régler les divergences. De nombreux cas de violences viennent clairement des partis d’opposition » (3). C’est aussi la position du Caricom, qui regroupe les pays des Caraïbes (4). Le Pape François a dû pousser les évêques du Venezuela qui comme dans le Chili de 1973 traînaient les pieds face au dialogue national proposé par le président Maduro (5). Ce dernier a par ailleurs lancé le processus participatif de l’Assemblée Constituante, avec vote à la clef, et confirmé la tenue du scrutin présidentiel légalement prévu en 2018.

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Assemblée populaire et d’enseignants pour faire des propositions dans le cadre de l’Assemblée Nationale Constituante, dans l’état d’Apure le 20 mai 2017. Ce processus doit être ouvert et participatif. Une image qu’on ne risque pas de voir dans les médias… Photo de Marco Teruggi

Depuis la disparition d’Hugo Chavez en 2013, le Venezuela est victime d’une guerre économique qui vise à priver la population des biens essentiels, principalement les aliments et les médicaments. La droite locale renoue avec certains éléments de la stratégie mise en place jadis au Chili par le tandem Nixon-Pinochet, en clair provoquer l’exaspération des secteurs populaires jusqu’au débordement de rage et légitimer la violence. Selon le rapport budgétaire 2017 mis en ligne sur le site du Département d’Etat (6), 5,5 millions de dollars ont été versés aux “sociétés civiles” du Venezuela. Le journaliste vénézuélien Eleazar Diaz Rangel, directeur du quotidien Ultimas Noticias (centre-droit) a révélé des extraits du rapport que l’amiral Kurt Tidd, chef du Southern Command, a envoyé au Sénat US : « avec les facteurs politiques de la MUD (coalition vénézuélienne de l’opposition) nous avons mis au point un agenda commun qui comprend un scénario abrupt combinant des actions de rue et l’emploi dosifié de la violence armée sous l’angle de l’encerclement et de l’asphyxie« . (7)

La phase insurrectionnelle implique d’attaquer des services publics, des écoles, des maternités (El Valle, El Carrizal) et des établissements de santé, barrer les rues et les principales artères routières pour bloquer la distribution des aliments et paralyser l’économie. A travers les médias privés, majoritaires au Venezuela, la droite appelle ouvertement les militaires a mener un coup d’État contre le président élu (8). Plus récemment les bandes paramilitaires colombiennes passent du rôle de formatrices a un rôle plus actif : le corps sans vie de Pedro Josué Carrillo, militant chaviste, vient d’être retrouvé dans l’État de Lara, portant les marques de torture typiques au pays d’Uribe (9).

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tachiraparas_0Malgré les mortiers, armes à feu, grenades ou cocktails Molotov utilisés par les manifestants « pacifiques » (sans oublier les mannequins de chavistes pendus aux ponts, signature du paramilitarisme colombien), la loi interdit à la Police ou la Garde Nationale d’user de leurs armes à feu. Les manifestants de droite en profitent pour pousser leur avantage, déverser leur racisme sur les gardes ou policiers, les provoquer à coups de jets d’urine, d’excréments et de tirs à balles réelles, guettant la réaction pour les caméras de CNN. Les fonctionnaires des forces de l’ordre qui ont désobéi et qui se sont rendus coupables de blessures ou de morts de manifestants ont été arrêtés et poursuivis en justice (10). Le fait est que la grande majorité des victimes sont des travailleurs qui allaient au boulot ou en revenaient, des militants chavistes ou des membres des forces de l’ordre (11). C’est pourquoi le « Monde » parle de morts en général  – pour que l’on croie qu’il s’agit de « morts du régime ». Allonger la liste des « morts » sert à augmenter l’appui planétaire a la déstabilisation : il y a dans ces meurtres, il est terrible de le constater, un effet de commande médiatique.

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Après avoir vendu cette image à son réseau international, l’agence Reuters s’est « excusée » d’avoir fait passer pour une arrestation arbitraire visant à étouffer la liberté d’expression ce qui était en réalité l’aide apportée par un garde national à un caméraman blessé…

Tout manifestant qui tue, détruit, agresse, torture, sabote sait qu’il sera sanctifié par les médias internationaux. Ceux-ci sont devenus un encouragement à poursuivre le terrorisme. Toute mort, tout sabotage économique seront attribués au « régime » y compris à l’intérieur du Venezuela où les médias, comme l’économie elle-même, sont majoritairement privés. Que la démocratie participative qu’est le Venezuela tente de se défendre comme doit le faire tout État de Droit, et elle sera aussitôt dénoncée comme « répressive ». Qu’elle ose punir un terroriste, et celui-ci deviendra ipso facto un « prisonnier politique ». Pour le journaliste et sociologue argentin Marco Teruggi « pour une intervention au Venezuela, le Gouvernement des États-Unis a des conditions plus favorables que celle qu’il avait pour bombarder la Libye si on tient compte du fait que l’Union Africaine avait condamné cette intervention presque à l’unanimité. (..) Tout dépend de la capacité de la droite à soutenir longtemps un bras de fer dans la rue en tant qu’espace politique. D’où l’importance de maintenir la caisse de résonance médiatique internationale» (12).

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Exemple sordide de cette alliance : le 5 mai 2017, à l’aide d’une photo digne d’un ralenti hollywoodien (mais qui n’est pas celle de la victime) « Le Monde » dénonce « la mort d’un leader étudiant tué lors des protestations contre le projet du président Maduro de convoquer une assemblée constituante ». Or la victime, Juan (et non José comme l’écrit « le Monde ») Bautista Lopez Manjarres est un jeune dirigeant étudiant révolutionnaire assassiné par un commando de droite alors qu’il participait a une réunion de soutien au processus d’assemblée constituante.

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Le dernier tweet de Juan Bautista Lopez Manjarres : la conférence de presse où il annonçait le soutien du secteur étudiant au processus de l’assemblée constituante

 

« Le Monde » mentionne aussi la réaction du chef d’orchestre Gustavo Dudamel, en tournée à l’étranger, qui demande que « cesse la répression » à la suite de la mort du jeune joueur de violon alto Armando Cañizales. Or ce musicien n’a pas été victime de la répression mais, lui aussi, d’un projectile tiré des rangs de la droite.

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Armando Cañizales

Le journal espagnol La Vanguardia, bien que virulent opposant a la révolution bolivarienne, l’admet exceptionnellement sous la plume de son envoyé spécial Andy Robinson : « De même qu’à d’autres moments de cette crise, le storytelling d’une jeunesse héroïque massacrée par la dictature bolivarienne ne colle pas dans le cas d’Armando Cañizales. (..) Il est pratiquement sûr que le projectile n’a pas été tiré par la police mais par les manifestants eux-mêmes. Il est notoire que certains d’entre eux ont fabriqué des armes artisanales pour les affrontements quotidiens avec la police» (13).

La réaction rapide de Mr. Dudamel est représentative des personnalités artistiques – nombreuses, on peut mentionner Ruben Blades ou René du groupe Calle 13 – subissant la forte pression du dispositif médiatique de leurs pays, contraintes de faire des déclarations pour satisfaire l’opinion publique convaincue à 99 % par les médias qu’il faut dénoncer la « répression au Venezuela ».

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Le 16 mai, « Le Monde » dénonce « la mort d’un jeune de 17 ans, blessé par balle lors d’un rassemblement contre le président Maduro » (article ci-dessus). C’est faux. L’enquête montre que Yeison Natanael Mora Castillo a été tué par un projectile identique à celui utilisé pour assassiner le jouer de violon alto Cañizales. Il ne participait pas davantage à un rassemblement anti-Maduro. Ses parents sont membres d’une coopérative en lutte pour récupérer un latifundio de sept mille hectares, subissant depuis longtemps les attaques du grand propriétaire. Ils ont porté plainte contre les organisateurs de la marche de l’opposition et dans une interview au journal local Ciudad Barinas ont dénoncé la manipulation internationale de l’assassinat de leur fils, imputé faussement au gouvernement Maduro. (14)

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Yeison Natanael Mora Castillo

Imputer systématiquement au gouvernement bolivarien les assassinats commis par la droite, c’est tout le « journalisme » de Paulo Paranagua. Le 21 avril déjà, il impute aux collectifs chavistes la mort d’un étudiant de 17 ans, Carlos Moreno, tué d’une balle dans la tête, tout comme celle de Paola Ramirez Gomez, 23 ans. Double mensonge. Selon la famille de Carlos Moreno, l’adolescent ne participait à aucune manifestation et se rendait a un tournoi sportif. Son assassin vient d’être arrêté : il s’agit d’un membre de la police d’Oscar Oscariz, maire de droite de la municipalité de Sucre. Le journal d’opposition Tal Cual en a rendu compte (15). Quant à la deuxième victime mentionnée par Paranagua, Paola Rodríguez, son assassin a été arrêté également par les autorités : il s’agit d’Iván Aleisis Pernía, un militant de droite.

Certes le « quotidien vespéral des marchés » n’est pas seul à mentir de manière aussi sordide dans ce « combat pour la liberté ». La Libre Belgique, le New York Times, France-Culture, El Pais, Le Figaro ou même Mediapart sont autant de robots de la vulgate mondiale. Cette invention de « la répression » est d’autant plus facile que l’image archétypale du manifestant matraqué par un garde national est gagnante d’avance lorsqu’on est privé d’accès au hors-champ de l’image. Loin du Venezuela, seuls les happy few flaireront la mise en scène où des jeunes sont entraînés, armés, payés pour provoquer les forces de l’ordre et produire « l’image » nécessaire. La concentration planétaire des médias et la convergence croissante des réseaux sociaux avec les médias dominants fait le reste, fixant l’imaginaire de la gauche comme de la droite. On voit ainsi des « insoumis » politiquement se soumettre médiatiquement et ajouter sans le savoir leur petite pierre à la campagne mondiale :

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Et ci-dessous le retweeteur de cette belle affiche n’imagine sans doute pas la supercherie qui se cache derrière l’Anonymous vénézuélien. Cette capacité de l’extrême droite d’emprunter au mouvement alternatif mondial certains de ses symboles pour capitaliser un appui est décryptée ici : « Quand tombe le masque de Guy Fawkes de l’opposition vénézuélienne » (16)

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Bref, comme si l’histoire de la propagande et des guerres ne nous avait rien appris, nous retombons sans cesse dans la nasse. Malcolm X avait prévenu : « si vous n’y prenez garde, les médias vous feront prendre les victimes pour les bourreaux et les bourreaux pour les victimes ». En transformant les violences de l’extrême droite en « révolte populaire », en rhabillant en « combattants de la liberté » des assassins nostalgiques de l’apartheid des années 90, c’est d’abord contre les citoyens européens que l’uniformisation médiatique sévit : la majorité des auditeurs, lecteurs et téléspectateurs appuient sans le savoir une agression visant à renverser un gouvernement démocratiquement élu. Sans démocratisation en profondeur de la propriété des médias, la prophétie orwellienne se fait timide. Le Venezuela est assez fort pour empêcher un coup d’État comme celui qui mit fin à l’Unité Populaire de Salvador Allende mais la coupure croissante de la population occidentale avec le monde se retournera contre elle-même.

 

Micro-manuel d’auto-défense face à la déferlante médiatique.

« Le Venezuela est un « régime dictatorial». Faux. Depuis 1999, le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (25), reconnus comme transparents par les observateurs internationaux. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie(FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie. L’ONG chilienne LatinoBarometro a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat les records de confiance citoyenne dans la démocratie en Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Le président Nicolás Maduro vient de lancer un processus constituant participatif qui permet à tous les secteurs sociaux de faire leurs propositions, ce qui donnera un nouveau scrutin, et a réaffirmé que des élections présidentielles auront lieu en 2018 comme le stipule la loi.

« Il n’y pas de liberté d’expression au Venezuela ». Faux. Sur les plus de 1000 stations de radio et chaînes de télévision auxquelles l’État a accordé l’autorisation d’émettre, 67% sont privées (la grande majorité opposées à la révolution bolivarienne), 28% sont aux mains des communautés mais ne transmettant que sur une échelle strictement locale et 5% sont propriété de l’État. Sur les 108 journaux qui existent, 97 sont privés et 11 publics. 67% de la population vénézuélienne a accès à internet. Cette plate-forme dominante des médias privés renforcée par le réseau des transnationales joue un rôle crucial dans la désinformation au service de la déstabilisation. Pour un dossier détaillé et chiffré de ce paysage médiatique, voir Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France-Culture » (17)

« Il y a des prisonniers politiques au Venezuela ». Faux. A moins de considérer comme « prisonniers politiques » les assassins du parti d’extrême droite Aube Dorée emprisonnés en Grèce. Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Venezuela, être de droite ne signifie pas être au-dessus des lois ni pouvoir commettre impunément des délits tels qu’assassinats, attentats à la bombe ou corruption. Ce n’est pas pour leurs opinions politiques mais pour ce type de délits que des personnes ont été jugées et emprisonnées (18). Dans la pratique on observe d’ailleurs un certain laxisme de la justice. Selon la firme privée de sondages Hinterlaces, 61 % des vénézuéliens considèrent que les promoteurs des violences et des actes de terrorisme devraient répondre de leurs actes devant un tribunal (19).

Rappelons que les leaders actuels de la droite n’ont jamais respecté les institutions démocratiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État sanglant contre le président Chavez, avec l’aide du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Ce sont les mêmes qui ont organisé les violences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs mentors : Alvaro Uribe, un des plus grands criminels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-président d’un pays gouverné par le paramilitarisme et les cartels de la drogue, qui possède les plus grandes fosses communes du monde, qui compte 9500 prisonniers politiques, 60.630 personnes disparues au cours des 45 dernières années et qui depuis la signature des accords de paix a repris une politique sélective d’assassinat de leaders sociaux et de défenseurs des droits de l’homme. Pour une information complète et en photos sur ces liens des héros du « Monde » avec le paramilitarisme colombien, lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? »,https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

Thierry Deronne, Venezuela, 20 mai 2017.

Notes

  1. 1 Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/
  2. 2 Entretien intégral de Cristina Kirschner avec Jorge Gestosohttps://www.youtube.com/watch?v=-WM6nD6hPu0
  3. http://ambito.com/883274-tras-reunirse-con-michetti-correa-defendio-a-venezuela . Voir aussi http://www.telesurtv.net/news/Long-rechaza-injerencia-de-EE.UU.-en-asuntos-internos-de-Venezuela-20170518-0039.html
  4. http://correodelorinoco.gob.ve/cancilleres-de-caricom-resaltan-solucion-pacifica-para-situacion-de-violencia-en-venezuela
  5. http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/politica/papa-francisco-dialogo-venezuela-afectado-la-division-la-oposicion/
  6. https://www.state.gov/documents/organization/252179.pdf (voir page 96)
  7. http://www.southcom.mil/Portals/7/Documents/Posture%20Statements/SOUTHCOM_2017_posture_statement_FINAL.pdf?ver=2017-04-06-105819-923
  8. 8 Comme le reconnaît Julio Borges, leader du parti d’extrême droite Primero Justicia et actuel président de l’Assemblée Nationale, dans l’interview non complaisante que lui fait le journaliste de la BBC Stephen Sackur, le 19 mai 2017 :http://bbc.co.uk/programmes/p052nsxd
  9. http://tatuytv.org/index.php/noticias/duelo/3680-terrorismo-hallan-sin-vida-y-con-signos-de-tortura-a-militante-del-psuv-secuestrado-en-zona-opositora
  10. 10 Détails de plusieurs cas sur le site du Parquet : http://bit.ly/2ro4iXE ;http://bit.ly/2qE9MNb ; http://bit.ly/2q5RsbU ; http://bit.ly/2rnNT5s
  11. 11 http://albaciudad.org/2017/05/lista-fallecidos-protestas-venezuela-abril-2017/
  12. 12 http://hastaelnocau.wordpress.com/2017/05/09/radiografia-de-la-violencia
  13. 13 http://www.lavanguardia.com/internacional/20170507/422343873153/violinista-muerto-venezuela-manifestaciones.html
  14. 14 http://www.desdelaplaza.com/poder/yeison-lo-mataron-manifestantes-la-mud-destacado/
  15. 15 http://www.talcualdigital.com/Nota/142708/detenido-polisucre-por-asesinato-de-estudiante-de-la-ucv-carlos-jose-moreno
  16. 16 https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/15/fauxccupy-sous-les-masques-de-guy-fawkes-de-lopposition-venezuelienne
  17. 17 https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture
  18. 18 https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/
  19. 19 http://hinterlaces.com/61-afirma-que-responsables-de-manifestaciones-violentas-deberian-ir-presos/
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Published by Gri-Gri International Thierry Deronne - dans Venezuela Politique Economie Devoir d'histoire
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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 12:11
Stanislas Spero Adotevi auteur de Négritude et négrologues
Stanislas Spero Adotevi auteur de Négritude et négrologues

 

Ainsi que vous le découvrirez en parcourant le post précédant dans le temps mais suivant à l'écran celui-ci, l'impayable mais très achetable Jeune Afrique a encore perdu une occasion de plaire... en censurant littéralement un entretien - que vous retrouverez également dans le post suivant celui-ci - avec Stanislas Spero Adotevi. Navré, François de Negroni a envoyé à JA un courrier que nous avons pu nous procurer. 

Monsieur,

  Les arguments que vous utilisez pour répondre aux légitimes demandes de Stanislas Adotevi me paraissent bien spécieux : la "déontologie", le "format", etc. Des fadaises de journaliste.
  Si ce n'était le fait de l'inculture, la vôtre, j'y verrais même une forme de discrimination.
  Je veux dire par là que si vous aviez interviewé Alain Badiou (ou telle autre vedette blanche du discours), vous vous seriez plié, j'en suis certain, à leurs exigences, sans barguiner, ni faire preuve de cette mesquinerie.
  Vous ignorez donc Adotevi, son statut de grand intellectuel africain, son magistère moral, la déclinaison passionnante de sa vie et de ses rencontres. Et vous le traitez en intellectuel exotique de deuxième ordre.
  J'aimerais savoir si Fouad Laroui (mais est-il toujours à Jeune Afrique ?), est au courant de ce conflit ? Car je ne doute pas qu'il ne prenne le parti d'Adotevi. A la dernière réédition de "Négritude et Négrologues", il y avait consacré quatre pages.

Bien à vous.
François de Negroni.

 

PS : ci-dessous un teaser vidéo à propos de la réédition du livre d'Adotevi.

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 11:39
L'édition poche originale de Négritude et négrologues de Stanislas Spéro Adotevi
L'édition poche originale de Négritude et négrologues de Stanislas Spéro Adotevi


Cet article devait initialement paraître début juillet dans les colonnes de l'impayable mais très achetable Jeune Afrique.
Il s'agissait, au départ, d'une interviewe orale, conduite dans des conditions improvisées et bruyantes, et que Stanislas Adotevi a légitimement voulu retravailler par écrit.
Seulement voilà, cela ne se fait pas à JA, caractérisé, il est vrai, par la grande spontanéité de ses entretiens et son impeccable déontologie.
De plus, les modifications apportées par Stanislas Adotevi rallongeaient l'article de 3000 signes. Un format exorbitant, selon la rédaction, accordés à un livre et à un intellectuel apparemment jugés par eux secondaires...
Jeune Afrique était déjà un journal impayable. Demeure-t-il achetable ?

 

NÈGRES ET NÉGRITUDE

Stanislas Spero ADOTEVI a eu autant de vies qu’il a traversé d’époques. Ce philosophe béninois né en 1934, ancien élève de d’Althusser, passé par l’anthropologie, a occupé des postes politiques et administratifs au Bénin et ailleurs, et enfin pour l’UNICEF. Il a eu une importante activité éditoriale (Amadou Hampaté Bâ, Maryse Condé ; Mongo Betti…) tout en écrivant. Son essai le plus connu Négritudes et négrologues ressort en coédition chez Delga – Materia scritta. D’un style vigoureux et polémique, il a été écrit suite au Festival Panafricain d’Alger de 1969, puis publié en France en 1970. Avec les années, ce texte a gardé sa force pendant que son lectorat acquérait du recul sur les idées exposées.

Stanislas S. ADOTEVI vit aujourd’hui au Burkina Faso, toujours attentif à son temps.

Ap - Qu’est-ce que la négritude ? Et vous-mêmes, vous sentez-vous « nègre » ?

S. SA - Je n’ai pas de définition à donner, il vaut mieux poser la question à ceux qui en font une parure. En ce qui me concerne, je me considère comme un nègre absolu non pas produit d’un délit identitaire mais comme un africain du 21ème siècle qui cherche à faire face aux défis que rencontre le continent mais aussi confiant dans les chances énormes que l’Afrique a d’attendre quelque chose. Je laisse donc le soin d’une négritude qui ne soit que littéraire à ceux qui en ont besoin.

AP - Et vous, vous en avez besoin ?

SA - Je n’ai pas besoin de cette forme de négritude. En revanche, le concept de négritude a un sens s’il s’agit de l’utiliser comme un instrument de combat dans un monde mortifère, ce monde du 21ème siècle en plein chavirement. J’ai eu à critiquer en son temps la négritude en général parce qu’elle était noyée dans un parfum d’inachèvement et plus particulièrement celle de Senghor, non pas le poète, mais le politicien qui l’avait utilisée à des buts que je disais inavouables. Comme l’a si merveilleusement bien mis en évidence l’un des grands noms de la philosophie française, Jean-Paul Sartre, pour les écrivains de la négritude en général, c’était en ces temps-là, questionner le discours raciste du blanc, dénoncer la traite negrière, la colonisation, le mépris des autres, annoncer la révolte (lire Orphée Noire). Bref, il s’agissait de récupérer le mot nègre, insulte suprême dans la bouche du blanc raciste pour, comme dans les temps anciens lorsque la guerre est aux portes, battre le tam-tam afin de provoquer l’état de veille et préparer le peuple au combat.

AP - Eux ?

SA – Eux ? Senghor, Césaire, Damas… c’était la génération de nos ainés. Ils se battaient pour se libérer et libérer les noirs de l’esclavage colonial. On peut dire avec certitude que le concept « négritude » est le fruit assurément des réflexions de Césaire et Senghor. Tous deux noirs dans une classe préparatoire en France (KHAGNE) au milieu d’un océan de jeunes adolescents blancs. Si tous les deux donnaient au mot la même définition, chacun d’eux le vivait de manière différente compte tenu du milieu d’où il venait et de la forme que revêtait la domination blanche ; pour Césaire la Martinique et Senghor l’Afrique noire. Césaire vivait certainement plus douloureusement le caractère intrinsèquement absurde du système raciste installé dans les Caraïbes. Pour ma génération, n’oubliez pas qu’elle est celle qui a connu la guerre du Vietnam et d’Algérie, deux pays qui ont tous deux obtenu leur indépendance par la lutte. Ce qui, pour nous alors étudiants de ce temps, représentait l’idéal que les africains devraient atteindre. Dans la fureur de notre jeunesse, tout mouvement qui contribuerait à l’indépendance et conduirait à la dignité d’homme libre en valait la peine. Par conséquent, nous ne pouvions pas ne pas nous intéresser à la négritude, nous jeunes africains qui étions alors dans les Lycées ou les universités au moment où nous découvrions le concept.

AP -Mais pourquoi nègre plutôt que noir ?

SA - Parce que le mot nègre est connoté ; il a un sens, une histoire, c’est l’histoire de l’esclavage, de la colonisation, de l’exploitation, etc. Parce que le mot nègre était utilisé comme une insulte du blanc raciste. Il s’agit donc de transformer ce qui était une insulte en revendication pour en faire un mot fort, un mot qui frappe comme un coup de poing. Il fallait transformer l’injure en mot de liberté. Le moment même de la renaissance.

AP - Ces « révolutionnaires », en quoi l’étaient-ils ?

SA - Au point de vue littéraire, ce mouvement a réussi à installer une littérature, conduit à la conscience nécessaire d’une recherche sur l’Afrique par les africains eux-mêmes, poussé à une explosion culturelle (danse, peinture, etc). Comme je l’ai dit dans le livre, la négritude dans les années 30 doit être considérée comme le temps primitif de la renaissance africaine tant sur le plan culturel que politique. Au point de vue politique, elle a servi de ferment aux luttes qui ont conduit aux indépendances grâce aux résistances des cadres africains du temps colonial et aux luttes des peuples contre la colonisation. Il ne s’agissait donc pas de parler de négritude en termes de race, le progrès pour le nègre, ce n’est pas d’être nègre, c’est d’être indépendant. La phrase senghorienne : « l’émotion est nègre comme la raison est hellène » n’a de sens que si on veut maintenir le nègre dans une vision de ‘’ vérité ‘’ essentialiste qu’on ne peut pas démontrer et que Levy – Brühl, le père de cette fantasmagorie nommée « pensée prélogique », pensée primitive a lui-même dénoncé comme peu scientifique. Dans le cas de l’Afrique, elle est à l’évidence dirimante dans la marche vers l’indépendance.

AP – Et quels sont ces négrologues dont vous parlez dans le titre ?

SA – Au moment où j’écrivais le livre en 70, le mot négroloque désignait les politiciens qui ne voulaient pas aller plus loin que le bricolage gaullien, cette communauté franco-africaine qui avait nommé les gestionnaires de l’indépendance accordée en 1962 pour protéger les intérêts français. Ce qui s’appellera plus tard et plus particulièrement aujourd’hui, de manière apodictique, la France-Afrique. Et dont nous devons nécessairement nous débarrasser aussi bien les africains que les français conscients de la réalité mortifère du système. Ce qui ne se pourra que si nous prenons conscience des tragédies qui traversent l’Afrique : pauvreté, déficit de démocratie, incapacité de nous défendre sans aide extérieure, absence de vision de développement endogène, absence de volonté politique pour une vraie rupture à l’égard des politiques de développement élaborées par les institutions de Bretton Woods et autres institutions de développement. Un système de santé défaillant, un faible taux de scolarisation notamment des jeunes filles. Une jeunesse (75% à 80% sur le continent) désœuvrée et inquiète, consciente que les leviers du développement se trouvent à ailleurs ; ce qui pousse certains à partir pour des rêves poussiéreux qu’ils n’ont pas la force de bâtir ici et ainsi finir dans le ventre des poissons méditerranéens. Par ailleurs, avoir en même temps conscience que les campagnes commencent à s’organiser d’elles-mêmes ; comprendre aussi que la jeunesse devant le vide du futur, partout s’organise sur le continent pour l’avènement d’une palingénésie. Toute chose devant forcer les dirigeants d’aujourd’hui à admettre qu’il n’y a pas d’autre issu que de savoir où ils doivent aller pour porter leurs peuples assurés sur leurs jambes. Pour eux, il est temps de savoir ce qu’il faut savoir, de vouloir ce que veulent leurs peuples. En un mot savoir où l’on va car selon le mot de Seneque « il n’est point de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va »

AP – Qu’est devenue la négritude en 2017?

SA – Beaucoup de choses comme je viens de le dire. L’Afrique, pour la stigmatiser, on en parle comme s’il s’agissait d’un seul pays. Oubliant par là qu’on a affaire à un continent et qu’il n’est pas le seul de cette planète sur laquelle s’abattent les Érinyes mais que c’est le monde entier qui s’effondre. Pour répondre à votre question, l’Afrique non seulement n’est pas en stase, elle bouge avec la prise de conscience de ses populations, le rôle déterminant de ses intellectuels qui questionnent. En 2017, la négritude est un mouvement en acte qui profère, met les peuples en mouvement et forcent les dirigeants à voir, même les yeux fermés, la réalité. Un discours sur la négritude qui libère le nègre de ses frayeurs et lui annonce un futur, sans s’enfermer sur soi, est toujours nécessaire aujourd’hui.

AP - Selon vous, l’actualité de la négritude est davantage littéraire ou politique ?

SA - Les deux ! Sur le plan politique, il y a au moins trois noms que nous connaissons, Patrice Lumumba, Amical Cabral et Thomas Sankara, etc. Sur le plan littéraire, je la vois comme un discours qui donne aux jeunes un moyen de croire ; au continent, la force d’aller encore plus loin. Tous nos chercheurs et écrivains aussi francophones qu’anglophones qui ne sont plus aujourd’hui isolés, par leurs écrits donnent à l’Afrique des raisons d’espérer. Il s’agit bien évidemment des plus anciens comme Olé Soyinka, Cheick Amidou Kane (dont une citation ouvre mon livre), Ki Zerbo, Théoplhile Obenga, Henri Lopes, Martien Towa, Gassama, Aimée Gniali, etc. D’autres aussi puissants comme Paulin Hountondji qui a mis en cause sans concession les faux concepts drainés par les adeptes de ce qu’on appelait autrefois la philosophie africaine ; Bachir N’Diaye qui dissèque pour nous la pensée islamique, Bidima le métaphysicien, Florent Couao-Zotti et Gabriel Okoundji les béninois. D’autres encore comme Mabanckou, Mamadou M. N’Dongo, Théo Ananissoh, Nii Ayikwei Parkes le ghanéen, Mia Couto le blanc mozambicain, Sony Labou Tansi, sans oublier les écoles d’anthropologies sénégalaises où fleurir Raphael Ndiaye, et toutes les écoles de linguistique, de sociologie qui s’étalent sur le continent. Enfin Kako NUBUKPO qui et entrain de faire sauter la baraque… On peut allonger à l’infini la liste. En un mot, une littérature indicatrice du génie africain. Une littérature présente doublée d’une inventivité langagière et d’une belle moisson en art contemporain, artiste, musiciens, etc..

 

On peut le voir, la négritude des indépendances est celle qui cherche son chemin dans la gésine de l’avenir.

Encadré :

De la provocation à la polémique

En mai 1935, dans L’Étudiant Noir (journal de l’Association des étudiants martiniquais), Aimé Césaire proclame la négritude comme identité commune propre aux peuples noirs d’Afrique et d’ailleurs. La négritude dit la fierté d’être autres, d’être soi. Ce mouvement littéraire francophone se politise dès les prémices de la décolonisation. À la fois célébré, récupéré et édulcoré, il inspire l’anglophone Black Nationalism, l’Amérique de Martin Luther King et Malcolm X.

Ses détracteurs l’accusent de réduire les noirs au statut de bon nègre mythologique.

 

RETROUVEZ CI-DESSOUS UN EXTRAIT DE NEGRITUDE ET NEGROLGUES CONSACRE A SENGHOR

 

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 13:05
Le thé au harem d'archi Ahmed, de Mehdi Charef
Le thé au harem d'archi Ahmed, de Mehdi Charef

 

Ajoutée le 14 juil. 2017

Roman de Mehdi Charef, adapté par son auteur pour le cinéma, produit par Costa Gavras et récompensé par le prix Jean Vigo.

Lecture : Grégory Protche
Mix : Cave du 18
#GriGriTV

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 13:14

Roman de Mehdi Charef, adapté par son auteur pour le cinéma, produit par Costa Gavras et récompensé par le prix Jean Vigo.

Lecture : Grégory Protche
Mix : Cave du 18
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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 13:17
Ajoutée le 23 juin 2017

Roman de Mehdi Charef, adapté par son auteur pour le cinéma, produit par Costa Gavras et récompensé par le prix Jean Vigo.

Lecture : Grégory Protche
Mix : Cave du 18

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