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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 08:00
Simenon arrêta d'écrire, Kazan de filmer, et Robert Wyatt de chanter...

SOURCE

C'est le genre de nouvelle qui ne fera pas les gros titres. Et pourtant. Quelques lignes au hasard du dernier Uncut, où l'on apprend que Robert Wyatt a arrêté de faire de la musique. Et que c'est pour de bon. "Comme les conducteurs de train, qui s'arrêtent à 65 ans."

Le musicien anglais de 69 ans invoque également une santé plus fragile qu'auparavant, compliquant le quotidien parfois, l'empêchant de réfléchir sereinement à de nouvelles musiques. "Et puis j'ai été en selle durant 50 ans, ce n'est pas rien. Et j'ai apprécié ça. Aussi les choses que j'ai faites durant les dernières années, durant ce siècle."

Et de rejoindre ainsi, aux côtés de Mark Hollis par exemple, le cercle très restreint des grands musiciens qui auront décidé de s'arrêter comme ça, un jour, sans grande déclaration ni célébration, après avoir bâti une oeuvre rare, précieuse, défricheuse.

Une oeuvre qui sera compilée cet automne avec Different Everytime, double album qui emprunte son nom à la récente biographie de Marcus O'Dair.

Quant à moi, j'aurai eu la chance, le privilège, de rencontrer Robert Wyatt une fois, durant un peu plus d'une heure, pour une interview en 2007 pour la sortie de Comicopera, qui reste parmi les plus riches que j'aie fait jusqu'ici.

Histoire de tirer mon chapeau à ce grand Monsieur de la pop-music, je vous en glisse un petit résumé ici.

Comicopera est votre premier album pour le label anglais Domino. Qu'est-ce qui a motivé votre choix?

Durant toute ma carrière, j'ai été fidèle au label Rykodisc. Mais en 2006, il a été racheté par Warner. Et comme vous le savez, ce genre de grandes compagnies sont aujourd'hui désespérées. Comme d'énormes icebergs flottant dans les eaux bouillantes du monde moderne (rires). Je n'ai aucune confiance dans ces compagnies, où personne n'est réellement intéressé par la musique. J'y étais par le passé et je ne veux pas retourner dans ce marais infesté de crocodiles. Par chance, un ancien de Rykodisc a rejoint le Domino et m'a proposé de travailler avec eux. Au début, cela m'a paru étrange. Pourquoi s'intéressaient-ils à moi, alors qu'ils sortent de jeunes groupes à succès comme Franz Ferdinand ou Arctic Monkeys? Puis j'ai compris que leur catalogue était bien plus vaste et que ces succès étaient arrivés par accident. Surtout, Domino allie efficacité et passion musicale.

Les grandes compagnies discographiques sont comme d'énormes icebergs flottant dans les eaux bouillantes du monde moderne.

Sur ce nouvel album, vous reprenez Hasta Siempre, Comandante, chanson consacrée à Che Guevara. Pourquoi?

La troisième partie de l'album est majoritairement consacrée aux alternatives possibles face à une réalité inacceptable. Che Guevara en est une, au même titre que Garcia Lorca, dont je reprends un texte dans Cancion de Julieta. Mais ces alternatives se traduisent également dans l'art, comme dans le mouvement surréaliste, par exemple. Ou encore dans l'improvisation, qui est une autre forme de libération, comme le free-jazz. Derrière la musique, il y a une confiance dans la spontanéité du moment. Pour ma part, j'ai le luxe de pouvoir être un pacifiste, mais je conserve toujours une admiration pour ceux qui se battent pour améliorer les choses. Et si j'ai choisi de terminer l'album avec cette chanson, c'est pour montrer que je ne suis pas pessimiste.

C'est pour cette raison que vous avez opté pour une instrumentation jazz très cubaine, qui dégage un certain espoir?

En fait, je suis accompagné par des musiciens italiens sur ce titre. J'ai beaucoup apprécié leur façon d'interpréter cette chanson. Ils viennent du jazz, mais jouent avec un respect de la version originale écrite par Calos Puebla. Ils ont su trouver l'équilibre entre les éléments folk et jazz, ajoutant une sorte de twist harmonique qui correspond parfaitement à la manière dont je voulais chanter. De plus, ces sonorités reflètent la partie du monde où je trouve de l'espoir aujourd'hui: l'Amérique Latine.

Quel genre d'espoir y trouvez-vous?

On assiste à une forme de renaissance politique de l'Amérique Latine, liée à un espoir d'autonomie et de démocratie. Au Chili, la présidente Michelle Bachelet a connu la torture sous la dictature de Pinochet. En Bolivie, Evo Morales est le premier président d'origine amérindienne. Et même si Cuba vit dans une forme d'état de siège depuis la révolution, il est l'exemple d'un pays qui parvient à survivre en totale autonomie ou presque, ce qui donne une inspiration à d'autres pays d'Amérique Latine.

Vous n'avez jamais caché votre attirance pour le communisme. Est-ce que vous avez toujours la foi?

C'est la dernière chose qui me reste. Par exemple, je ne crois plus dans le rock'n'roll. A l'origine, il portait en lui une idée de liberté. Mais aujourd'hui, on l'utilise pour torturer des prisonniers à Guantanamo. C'est assez flexible comme définition de la liberté. Plus sérieusement, le communisme connaît un paradoxe similaire à celui qu'a rencontré le Vatican. Au moment où il a perdu son pouvoir politique, il est devenu une très grande force morale. Ou plutôt immorale, selon moi. Je pense que les idées socialistes peuvent survivre au monde communiste. L'idée que chacun puisse participer de manière égale à la richesse de la planète, reste définitivement la meilleure idée du monde.


A l'origine, le rock portait en lui une idée de liberté. Mais aujourd'hui, on l'utilise pour torturer des prisonniers à Guantanamo.

Dans une interview il y a plusieurs années, vous racontiez écrire de nombreuses lettres aux journaux, sans jamais être publié. Le faites-vous encore?

Parfois. Mais ce n'est plus une habitude. Cependant, j'ai eu la surprise de voir une de mes lettres publiées dans The New Scientist. Incroyable! Au final, cela m'importe peu d'être publié ou non, il s'agit juste d'indiquer mon désaccord. Surtout quand on sait que les lecteurs plus conservateurs ne se gênent pas pour écrire aux médias au moindre signe de relâchement moral.

Vous avez chanté avec Björk et de nombreux musiciens actuels vous citent comme influence. Quel effet cela vous fait-il d'être une sorte de grand-père musical?

Techniquement, je suis un grand-père. J'ai quatre petits-enfants. Donc je l'accepte (rires). Plus sérieusement, je ne vois pas les choses ainsi. Le passé m'a été très utile, comme source d'inspiration. Quant à moi, je ne suis qu'un musicien qui essaye de faire de bons albums et qui rencontre les mêmes difficultés que tous les autres. Je ne me sens ni plus haut ni plus en sécurité. Quant Björk m'a contacté pour Medúlla, j'ai été très étonné. Qu'est-ce que cette belle et talentueuse jeune femme faisait chez moi? Aujourd'hui encore, je ne comprends pas cet intérêt, mais j'en suis très reconnaissant.

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 10:15
Jérôme Reijasse / Un Français - Autobiographie fragmentée et aléatoire (Novembre 2014) #versiontexte

En marge de sa rubrique, toujours pour l'heure nommée 7 Jours loin du monde, Jérôme Reijasse nous a livré un texte qui ressemblait fort à une tranche d'autobiographie... On verra s'il en compose d'autres.

J'ai une famille.

À part Rémi, qui peut revendiquer le contraire ?

Il y a là quelques âmes à sauver.

Elles se reconnaîtront et mon amour pour elles n'est pas négociable.

La faire courte.

Peut-être pas après tout.

D'un côté, une vieille famille de France, limousine, ouvrière, athée, dur au mal, communiste, pétainiste et résistante, anti boches et antisémite. Ma grand-mère : “Les Juifs, je ne les ai jamais aimés. Mais je n'ai rien contre eux, hein ! Ce Hitler, là, qu'est ce qu'il a voulu tous les tuer ? Mais comme disait de Gaulle : “Peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur...”. La même qui baissait sa vitre avec précipitation pour adresser systématiquement un bras d'honneur aux camions teutons croisés sur nos autoroutes de vacances. Elle me manque, je l'aimais parce qu'elle était là et que ça lui suffisait. Elle acceptait tous mes amis, même les plus cons. Elle leur imitait le geste de Noah quand il frappait la balle entre ses jambes et riait comme une enfant. Elle regardait tous les jours Pascal Sevran et parfois, versait une petite larme, discrète, rien que pour elle. Je ne comprenais pas. “Mais mon petit, ce sont les chansons de ma jeunesse. Le temps passe vite. Trop vite. Je vais bientôt rejoindre le boulevard des allongés”. Un arrière grand-père blessé à Verdun, une main à jamais emprisonnée dans ce gant noir qui, gamin, me fascinait. Je le fixais et je croyais entendre les obus, les balles, la mort galopante. Un grand-père postier, stalag en Silésie avant de se muer en artisan du cuir à la libération. Il fabriquait des ceintures. Beaucoup de travail. Moins de faucille et de marteau, plus d'argent. Socialiste. Classique. Un grand-père pas grand, trapu, pas facile et capable, quand il acceptait de quitter son atelier et de ne pas arroser ses petits-enfants de billets rédempteurs, de partager des moments que je n'ai jamais oubliés, où la simplicité suffisait à provoquer des rires libérés. Mon grand-père qui, un jour d'été 1977, dans un restaurant de Perpignan, sur la route de l'Espagne (où je me retrouverais à jouer sur la plage, un soir, avec le Real de Madrid au grand complet), dit à sa fille, oubliant ma présence, celle de ma grande soeur et de tous les clients (chez nous, on parle fort et la honte n'appartient qu'aux autres) : “Ma chérie, écoute moi bien, tant que je serai vivant, il est absolument hors de question que tu épouses un nègre.” Nègre camerounais croisé au Club Med, que ma tante épousera quelques années plus tard sans que mon grand-père ne moufte, évidemment. Nègre qui devint assez rapidement son troisième fils, pour des raisons autant touchantes, sincères que pragmatiques. Racisme à la française, brûlant et passager, qui se consume avec la proximité, quand elle est douce et non majoritaire. Des gens simples en somme, parfois méchants, souvent bons. Que j'ai aimés de tout mon coeur. C'est chez eux que j'ai vu mes premiers films (Patton, Affreux, Sales et Méchants !!!) moi, l'interdit de télévision à domicile. C'est chez eux que j'ai pu amener sans crainte le premier amour de ma vie alors que le reste de ma famille la surnommait avec bonhomie “la pute”. C'est chez eux que j'ai compris qu'une famille, ce n'est pas du sang mais d'abord des silences, des lignes invisibles et des larmes cachées. Jamais je n'oublierai mon ultime visite à ma grand-mère dans sa maison de retraite où son autre fils, médecin, l'avait inscrite de force, après le décès de son mari. Mes poings serrés et mes yeux humides, sur le parking, après un dernier baiser. En quelques mois, elle avait tout abandonné. Joie, insouciance, partage, Sevran, tout! Et elle est morte. Seule. Loin de sa maison. La terre au dessus du cercueil remuait encore que la famille se disputait déjà les restes (fric, meubles, immobilier et souvenirs divers). La gerbe. Voilà.

Une pudeur vertigineuse. Les sentiments, chez nous, c'était un chantier titanesque.

Impossible.

J'écris peut-être pour ça.

De l'autre, Vésinet. Petits commerçants catholiques. Comme un cliché. Un cliché. Radins, mesquins, intransigeants, disciplinaires, anti-rêve et pro-ennui. Des souvenirs de vacances où le temps hurlait sa mélodie de torture. Les aiguilles me narguaient, freinaient leur course pour mieux m'écraser. À cause d'eux, j'ai longtemps vomi Dieu, ses apôtres et toute la putain de sainte trinité. L'église était une prison, la vie avec eux un châtiment sans fin où à peine quelques rires comme échappés du néant ont pu traverser toutes ces années grises, plates, définitives. Mon grand-père ressemblait à une sorte de Chaban Delmas. Plutôt bel homme, à l'humour instinctif, il aurait pu être ce grand-père idéal, capable de déclencher chez ses petits enfants des vocations. Des destins. Mais non. Avare, trop dur pour être crédible, il ne vivait que dans la privation, les petits calculs terribles, les sanctions disproportionnées. Ma grand-mère ne valait pas beaucoup mieux. Vers la fin, je l'appelais le Gremlins à cause de sa mèche grise qui coupait en deux sa chevelure noire. Un jour, alors que je parlais avec Anne (le premier amour de ma vie cité plus haut) au téléphone, elle coupa la communication et me demanda, après avoir fermé la porte du bureau de mon père : “As-tu commis le péché de chair avec cette Aaaaaaaaaaaanne ?”.

Ma mère est une sainte. À cause de ou grâce à. Elle aurait pu devenir comme ses parents, des épaules basses, des idées-brouillons, des actes-bégaiements. Frilosité camouflage. Non. Elle a préféré pardonner. Elle a donné dans une famille où on ne faisait que prendre.
L'une de ses soeurs se prénomme Jeanne (les prénoms ont été changés). Aujourd'hui je crois adjointe d'un maire dans une bourgade bourgeoise des Yvelines. Mariée en quatrième vitesse parce qu'enceinte. L'hypocrisie et la bêtise de ces gens-là. C'est aussi ma marraine. Elle a donc épousé un homme qui deviendra banquier. Petit banquier. Qui portait des pulls atroces et qui avait la fâcheuse habitude de nous tripoter à chaque réunion familiale, malaxant nos épaules et maltraitant nos joues, obséquieux, méprisant et méprisable. Le genre d'homme à croire que c'est la position sociale qui fait tout. Le jour où il débarqua chez nous au volant de sa Renault 25 neuve! Dieudonné pourrait en tirer un sketch à crever. Les deux ont copulé au moins trois fois. Je le sais parce qu'ils ont eu trois fils. Quand ils n'étaient pas à l'église pour piétiner le peu d'honneur qu'il restait encore au catholicisme français, ils comptaient leurs sous et dégainaient de la morale à chaque nouvelle phrase. Salauds de pauvres, salauds de parasites, salauds de chômeurs, salauds d'étrangers, salauds de roturiers (mon père, juste armé du bac et exerçant un métier manuel, était, à leurs yeux, l'archétype du raté honteux), rien n'était assez bien pour ces fervents croyants. À dégueuler.

Leur plus jeune fils, qui avait le portrait du pape et de la Vierge Marie dans sa chambre, dans laquelle souvent brûlait un cierge, rêvait de devenir comédien. N'osa pas aller jusqu'au bout parce que chez nous, les couilles sont en soldes et les rêves vite ravalés. Il me visita un jour, dans mon appartement du onzième, je ne sais même plus ni comment ni pourquoi. Il avait été franchement sympathique. On fuma des joints toute la nuit. C'était même pour moi déstabilisant. Très vite cependant, la réalité reprit ses droits. Il disparut de ma circulation. Il a depuis épousé une Burkinabée. Papa plusieurs fois. La tronche des parents quand ils ont dû l'annoncer à leurs amis (amis, comprendre relations, ces gens-là ne fraternisent jamais, ils collaborent, pactisent à la rigueur) ! Christian Clavier dans “Qu'est ce Qu'on a fait au Bon Dieu ?”, à l'église, quand il presse le pas pour ne pas avoir à présenter ses gendres Benetton à l'industriel du coin. Le petit dernier, qui foire ses études (déjà, c'était presque Satan qui frappait à la porte), qui organise je crois un trafic de cassettes porno au lycée (les flammes, encore !), qui consomme de la drogue et qui finit par épouser une NOIRE. Et pas fille d'ambassadeur. Non. Une du peuple. Et qui en plus se reproduit avec!!! J'imagine les trésors de connerie déployés par ma chère marraine et son retraité aux futs en velours ignobles pour se justifier, pour expliquer aux autres l'impensable. Ils ont sûrement dû financer un puits ou deux là-bas, histoire d'honorer leur cohérence. Je sais par ma mère que mon cousin vit maintenant avec toute sa petite famille banania en Côte d'Ivoire.

Et aujourd'hui, j'apprends que le Burkina est aux portes de la guerre civile. Côté d'Ivoire, Burkina Faso... Hé, cousin, fais quand même gaffe à toi.

Tu n'y es pour rien finalement. Tes parents sont des cons et puis voilà.

L'Afrique t'offrira peut-être une seconde chance. Avec ou sans coup d'état. Avec ou sans paradis.

J'ai une famille.

À part Rémi, qui peut revendiquer le contraire ?

Il y a là quelques âmes à sauver.

Que toutes les autres aillent brûler en Enfer.

Texte / Jérôme Reijasse

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 10:00
Jérôme Reijasse / Un Français - Autobiographie fragmentée et aléatoire (Novembre 2014) #VersionVidéo

En marge de sa rubrique, toujours pour l'heure nommée 7 Jours loin du monde, Jérôme Reijasse nous a livré un texte qui ressemblait fort à une tranche d'autobiographie... On verra s'il en compose d'autres.

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 09:00
#Sarkozy achète les silences comme un roi nègre !

Il y a décidément du président africain francophone d'après les indépendances octroyées chez Nicolas Sarkozy. Il n'a certes pas reçu le pouvoir de son père - comme Faure "Fraude" Gnassingbé ou, plus méandreusement, Ali "le demi bien frais" Bongo. Pas plus qu'il n'est entré au Palais juché sur un char meurtrier encore fumant - ainsi qu'il permit à son ami tiroir-caisse Ouattara de le faire le 11 avril 2011. Ou n'a tenté de modifier la constitution française (il la respecte un peu plus que ses petites soeurs africaines) en vue de briguer un troisième mandat, ayant a été blackboulé par le suffrage universel dès la fin du premier et "condamné" à donner depuis d'honteuses conférences aux rétributions inversement proportionnelles à leur qualité. S'il n'a pas été chassé par la foule et l'armée comme Blaise "Serial killer" Compaoré, il ne semble pas beaucoup plus regretté que celui que même I Télé ose maintenant appeler l'assassin de Sankara.

Pour un journal satirique africain : quel plaisir, quel bonheur, quelle satisfaction de le voir gambader dans sa forêt d'affaires ; plus embarrassé par ses tics que par l'éthique ; cerné de flatteurs capables de l'enregistrer à son insu (les présidents françafricains en rient encore) ; de conseillers aux fronts étroits et bas ressemblant à des gravures démodées ou à des avocats en cours d'avachissement ; de nègres rincés pour lui écrire des discours toujours plus cheap ; doté par les cieux d'une Patience de Bruni, une moitié plus grande que lui, mais vachement moins funky que la Carla Dabanny de feu le Mollah Omar Bongo ; s'offrant les services de griots bronzés en chute libre pour rallier les cités à son panache pas tout blanc ; volant des stylos présidentiels en Roumanie ; textotant - sûrement à une journaliste - en face du Saint Père ; racontant sa vie à longueur de meetings et de conférences de presse...

Sa dernière facétie (en date !) est incontestablement tout droit sortie d'un livre de Péan.

Comparaissant face aux militants de l'UMP à travers le pays, aux questions desquels il se fait fort de répondre, durant ses meetings de campagne en vue de l'élection à la présidence de l'UMP (au moment où le Gbagbo dont il fut le bourreau, depuis sa cage de La Haye, se présente lui à celle du parti qu'il a fondé, le Front populaire ivoirien), l'ancien numéro 1 gaulois (même ça, l'écrire, Sarkozy le Gaulois, c'est plaisant) était informé qu'un militant depuis la salle souhaitait l'interroger sur l'affaire Bygmalion... (Cette société qui proposa aussi ses services communicants, raconta-t-on, à Sassou le Son of the Beach... à moins que ce ne fut au doyen des francophones l'hyperactif Paul Biy'a rien à faire...).

Le Valls à la hongroise fit convoquer le militant intègre et désireux de faire la lumière sur cette sombre affaire dans sa loge et, par conséquent, retarder le début de la réunion publique. Et, comme vous le verrez en cliquant ICI, a proposé, offert même à l'honnête homme rien moins qu'un poste pour qu'en gros il affadisse voire renonce à sa question sur Bygmalion, se contente d'une réponse a minima qui démontrerait par l'exemple qu'on n'élude pas les questions qui fâchent.

Il est de coutume de prétendre ici qu'il n'YAKOZAFRIKAINSKONPEUFERSA... et bien non : on peut faire ça aussi à nos frères Français !

CHAKA HAMA ZULU

PS : La vidéo de Sarkozy vendant son âme, sa mère et le reste pour convaincre un brave militant UMP de ne pas le questionner sur Bygmalion : ICI.

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Published by Gri-Gri International - dans Françafrique Politique
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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 17:00
« Désiré OUE n’a pas été tué parce qu’il était Pro-GBAGBO. Désiré OUE a été tué par accident. »

Sur le compte Facebook de la résistante ivoirienne Christine Tibala

14 NOVEMBRE 2013-14 NOVEMBRE 2014
HOMMAGE A DESIRE OUE ET AUX VALEURS DE PAIX ET DE TOLERANCE QU’IL INCARNE !
LE COMBAT CONTRE LA FALSIFICATION DE L’HISTOIRE CONTINUE : « Désiré OUE n’a pas été tué parce qu’il était Pro-GBAGBO. Désiré OUE a été tué par accident. » dixit Mamadou TOURE, Conseiller à la Jeunesse et aux Sports de OUATTARA.
« Une mort par balle, vous appelez ça un accident? »
« Oui par accident. Il a été victime d’un braquage qui a mal tourné. »
Il y a un an jour pour jour disparaissait le journaliste Désiré OUE abattu par des hommes en armes sous les yeux horrifiés de sa famille notamment de sa fille de 18 ans, de son bébé de 3 mois et de sa fiancée toutes trois ligotées et muselées depuis plusieurs heures en attendant son retour.
Un an après le nouvel et lâche assassinat d’un journaliste ivoirien engagé, nos pensées vont d’abord à sa famille qui paye un lourd tribut au combat pour la libération du pays. Rappelons en effet que Désiré OUE a été assassiné par des escadrons du régime illégitime et liberticide de OUATTARA après que son père ait été abattu avant lui le 18 avril 2011 par les FRCI dans leur marche pour la conquête sanguinaire du pouvoir par la force et avant que sa mère ne décède de chagrin et de désespoir le 12 juin 2014, jour de sa naissance à lui Désiré OUE, le fils tant aimé de cette famille qui s’est sacrifiée pour lui payer des études de journalisme en FRANCE .

Si rien ne pourra leur rendre leurs chers disparus, nous partageons la conviction qu’il ne saurait y avoir de réconciliation possible en CÔTE D’IVOIRE et ailleurs, tant que la vérité et la justice ne passeront pas sur les crimes qui ont endeuillé et qui continuent d’endeuiller massivement pays depuis 2002. Parce qu’un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre de nouveau, nous tenons à rendre hommage et à saluer la mémoire de Désiré OUE en le mettant à l’honneur en ce premier anniversaire de commémoration de son lâche assassinat.
Alors où en l’enquête promise par les autorités de fait du pays un an après sa mort ?
Il y a un an en effet, nous prenions à témoin l’opinion publique sur l’impunité qui régnait en Côte d’Ivoire notamment en matière d’atteintes aux libertés de la presse en mettant en exergue le crime impuni de Désiré OUE qui faisait suite à ceux de Sylvain GAGNETAUD et Antoine MASSE, sans oublier la très médiatique affaire KIEFFER en passe d’être étouffée après pourtant avoir été bien instrumentalisée à charge indûment contre le régime GBAGBO (http://contrepoids-infos.blogspot.fr/2014/01/le-14-novembre-2013-desire-oue-un-jeune.html)
A notre connaissance, aucune enquête n’est en cours du côté d’ABIDJAN. Elle avait pourtant été promise par Affoussiata BAMBA la Ministre de la communication d’Alassane OUATTARA pour calmer le jeu après l’emballement de la presse concernant cette nouvelle affaire d’un journaliste ivoirien assassiné. Le gouvernement ivoirien avait dû opérer un rétropédallage très remarqué après avoir laissé libre cours aux accusations de la presse pro-OUATTARA portées à l’encontre de Désiré OUE que l’on présentait comme un milicien armé pour tenter vainement de justifier son lâche assassinat, avant que des photos de lui ne soient diffusées où il couvrait officiellement les Assises nationales de la Jeunesse ivoirienne en tant que Rédacteur en chef du magazine chrétien Tomorrow Magazine. C’est ainsi que le Gouvernement ivoirien avait fait sienne la thèse mensongère du cambriolage qui aurait mal tourné, thèse brillamment illustrée par le très égocentré et clownesque précité Mamadou TOURE qui prêterait à rire s’il n’était pas soupçonné d’être le commanditaire du meurtre de Désiré OUE ! (http://contrepoids-infos.blogspot.fr/2014/04/compte-rendu-dune-immersion-en.html)
Du côté de Reporters Sans Frontières que nous avons longuement rencontré le 16 janvier dernier, nous attendons toujours qu’ils se saisissent du dossier au-delà de leur seul et modeste communiqué de novembre 2013 pour donner l’illusion de leur mobilisation sur cette affaire (http://fr.rsf.org/cote-d-ivoire-les-tentatives-d-intimidation-21-11-2013,45489.html). En avril dernier, à la faveur de la commémoration du dixième anniversaire de la disparition de Guy André KIEFFER, Le syndicat national des agents de la presse privée de Côte d'ivoire (Synap-Ci) a saisi l’occasion en la personne de Guillaume GBATO pour demander que la lumière soit faite sur des cas d'assassinats de journalistes ces dix dernières années en Côte d'Ivoire, dont celui de Désiré OUE (http://www.lexpress.fr/actualite/medias/cote-d-ivoire-des-affiches-en-souvenir-de-guy-andre-kieffer_1509612.html#bWdmxofSk4QGHCzB.99).
Mais notre plus grande déception vient de Maître TRICAUD qui s’était engagé publiquement à porter plainte devant les juridictions françaises au nom de la famille de Désiré OUE et qui a déclaré forfait sans aucune explication à ce jour, de la même façon qu’il a abandonné la famille MAHE en plein procès ou encore qu’il semble avoir oublié de défendre la Communauté des Ebrié de la lagune d’ABIDJAN qui l’avait chargé de porter plainte en FRANCE dans le litige qui les oppose à BOLLORE (http://www.youtube.com/watch?v=bjgbKPHUSrI).
Enfin, nous saluons toutes les initiatives de la presse pour exiger que toute la vérité soit faite sur le crime barbare de Désiré OUE, notamment la grande marche initiée en janvier 2014 par Christian Vabé d’Ivoirebusiness. Nous aimerions d’ailleurs qu’il nous tienne informé des suites données à notre rencontre du 16 janvier dernier avec Cléa KAHN-SRIBER la responsable du Bureau Afrique de RSF qui lui avait demandé en tant qu’employeur de Désiré OUE de lui adresser tous les documents en sa possession qui serait de nature à établir qu’il avait bien été assassiné en tant que journaliste en considération des investigations qu’il menait sur des enquêtes sensibles. Rappelons en effet que dans la foulée de l’ONUCI et de la plupart des « ONG » (qui n’ont plus de non gouvernemental que le nom souvent), RSF s’était aligné sur le Gouvernement ivoirien installé et reconnu par la Communauté internationale selon laquelle Désiré OUE aurait été victime d’un cambriolage qui aurait mal tourné ! Un an après, la position de RSF semble malheureusement toujours la même, alors qu’aucune enquête digne de ce nom ne semble avoir été engagée et que la seule chose qui ait disparue soit l’ordinateur portable de Désiré OUE.
Un régime qui étouffe la liberté de la presse en allant jusqu’à éliminer physiquement les journalistes qui les dérangent ne saurait se faire passer pour un régime de droit. C’est ce régime de terreur que nous continuons de dénoncer car le silence médiatique sur l’Etat de non droit qu’est devenue la Côte d’Ivoire sous OUATTARA n’est pas un silence de PAIX mais bien celui de la TERREUR (CQFD) !
GANDHI rappelait que " L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit " mais aussi qu’"un individu conscient et debout est plus dangereux pour le pouvoir que dix mille individus endormis et soumis." Ce que SANKARA a également popularisé sous la célèbre formule : « La révolution démocratique et populaire a besoin d’un peuple de convaincus et non de vaincus qui subissent leur destin » et que nous reprenons tous ensemble fort de l’exemple burkinabé : « Malheur à ceux qui baillonnent le peuple !

PLUS D’INFOS SUR L’ASSASSINAT DU JOURNALISTE DESIRE OUE :
Je réclame la justice pour mon frère Désiré OUE : http://www.youtube.com/watch?v=JiFGaQ8ZUuY&feature=youtu.be
Pour que toute la lumière soit faite sur l'assassinat du journaliste ivoirien Désiré OUE : http://contrepoids-infos.blogspot.fr/2014/01/le-14-novembre-2013-desire-oue-un-jeune.html
Crimes et mensonges au pays des éléphants : confessions involontaires de Mamadou TOURE : http://contrepoids-infos.blogspot.fr/2014/04/compte-rendu-dune-immersion-en.html
Appel à la mobilisation relayé par Soutien et Liberté : https://soutienetliberte.wordpress.com/2014/01/08/pour-que-la-lumiere-soit-faite-sur-les-assassinats-de-journalistes-en-cote-divoire
Interpellations de RSF à l’occasion de la marche du 11 janvier 2014 : http://www.youtube.com/watch?v=IjoaOFPZxPA
Auparavant : https://www.facebook.com/christine.tibala/posts/552249071521016
Conférence de presse du 26 novembre 2013 à PARIS :
http://www.youtube.com/watch?v=rHPgzlC5UIc

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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 10:00
#DevoirHistoire / Économie, politique, en 1972 l'Algérie fête ses 10 ans d'indépendance

PS : merci à Fatiha Khélifi

"Dans ce document émanant des archives de la CIA, nous découvrons l'Algérie, 10 après l'indépendance, célébrations, lancement de la révolution agraire, industrialisation, soutien aux mouvements indépendantistes africains et aux Black Panthers..."

Ajoutée le 24 avr. 2013

Editor Mike Schooley
Writer Andrew Wood
Producer Richard Doerschuk

National Archives - Algerian Economy - National Security Council. Central Intelligence Agency. (09/18/1947 - 12/04/1981). - This Echo Newsreel film documents progress in Algeria on the tenth birthday of its independence from France. The film tracks some of the industrial, political, and agricultural changes implemented by its President, Houari Boumédienne, in his attempt to modernize the country.

Producer: National Archives
Language: English

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Published by Gri-Gri International - dans Devoir d'histoire Algérie Politique
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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 21:00
#Maroc / Compaoré, oui, la CAN et ses joueurs pleins d'Ebola, non...

SOURCE

Blaise Compaoré, le président déchu du Burkina Faso, a quitté jeudi la Côte d’Ivoire, pour rejoindre le Maroc, a-t-on appris auprès de la présidence ivoirienne.

M. Compaoré, et des membres de sa famille ont quitté dans l’après-midi Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne, où ils se trouvaient depuis trois semaines alors que le peuple des «hommes intègres» l'ai contraint à démissionner et à fuir le Burkina, a indiqué cette source. Le départ de l’ancien chef de l’Etat burkinabè n’est pas définitif, Blaise Compaoré étant « amené à revenir », a-t-elle toutefois assuré.

Dessin / Ezzat

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 16:00
Pour que Blaise Compaoré réponde de ses crimes / Pétition + vidéo

Lien vers la page où signer la pétition ICI.

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 05:00
#DevoirdHistoire / Discours de Sankara : La libération de la femme, une exigence du futur (1987)

La libération de la femme : une exigence du futur (8 mars 1987)

Il n’est pas courant qu’un homme ait à s’adresser à tant et tant de femmes à la fois. Il n’est pas courant non plus qu’un homme ait à suggérer à tant et tant de femmes à la fois, les nouvelles batailles à engager.

La première timidité de l’homme lui vient dès le moment où il a conscience qu’il regarde une femme. Aussi, camarades militantes, vous comprendrez que malgré la joie et le plaisir que j’ai à m’adresser à vous, je reste quand même un homme qui regarde en chacune de vous, la mère, la sœur ou l’épouse. Je voudrais également que nos sœurs ici présentes, venues du Kadiogo, et qui ne comprennent pas la langue française étrangère dans laquelle je vais prononcer mon discours soient indulgentes à notre égard comme elles l’ont toujours été, elles qui, comme nos mères, ont accepté de nous porter pendant neuf mois sans rechigner. ( Intervention en langue nationale mooré pour assurer les femmes qu’une traduction suivra, à leur intention.)

Camarades, la nuit de 4 août a accouché de l’œuvre la plus salutaire pour le peuple burkinabè. Elle a donné à notre peuple un nom et à notre pays un horizon.

Irradiés de la sève vivifiante de la liberté, les hommes burkinabè, humiliés et proscrits d’hier, ont reçu le sceau de ce qu’il y a de plus cher au monde : la dignité et l’honneur. Dès lors, le bonheur est devenu accessible et chaque jour nous marchons vers lui, embaumés par les luttes, prémices qui témoignent des grands pas que nous avons déjà réalisés. Mais le bonheur égoïste n’est qu’illusion et nous avons une grande absente : la femme. Elle a été exclue de cette procession heureuse.

Si des hommes sont déjà à l’orée du grand jardin de la révolution, les femmes elles, sont encore confinées dans leur obscurité dépersonnalisante, devisant bruyamment ou sourdement sur les expériences qui ont embrassé le Burkina Faso et qui ne sont chez elles pour l’instant que clameurs.

Les promesses de la révolution sont déjà réalités chez les hommes. Chez les femmes par contre, elles ne sont encore que rumeurs. Et pourtant c’est d’elles que dépendent la vérité et l’avenir de notre révolution : questions vitales, questions essentielles puisque rien de complet, rien de décisif, rien de durable ne pourra se faire dans notre pays tant que cette importante partie de nous-mêmes sera maintenue dans cet assujettissement imposé durant des siècles par les différents systèmes d’exploitation. Les hommes et les femmes du Burkina Faso doivent dorénavant modifier en profondeur l’image qu’ils se font d’eux-mêmes à l’intérieur d’une société qui, non seulement, détermine de nouveaux rapports sociaux mais provoque une mutation culturelle en bouleversant les relations de pouvoir entre hommes et femmes, et en condamnant l’un et l’autre à repenser la nature de chacun. C’est une tâche redoutable mais nécessaire, puisqu’il s’agit de permettre à notre révolution de donner toute sa mesure, de libérer toutes ses possibilités et de révéler son authentique signification dans ces rapports immédiats, naturels, nécessaires, de l’homme et de la femme, qui sont les rapports les plus naturels de l’être humain à l’être humain.

Voici donc jusqu’à quel point le comportement naturel de l’homme est devenu humain et jusqu’à quel point sa nature humaine est devenue sa nature.

Cet être humain, vaste et complexe conglomérat de douleurs et de joies, de solitude dans l’abandon, et cependant berceau créateur de l’immense humanité, cet être de souffrance, de frustration et d’humiliation, et pourtant, source intarissable de félicité pour chacun de nous ; lieu incomparable de toute affection, aiguillon des courages même les plus inattendus ; cet être dit faible mais incroyable force inspiratrice des voies qui mènent à l’honneur ; cet être, vérité chamelle et certitude spirituelle, cet être-là, femmes, c’est vous ! Vous, berceuses et compagnes de notre vie, camarades de notre lutte, et qui de ce fait, en toute justice, devez vous imposer comme partenaires égales dans la convivialité des festins des victoires de la révolution.

C’est sous cet éclairage que tous, hommes et femmes, nous nous devons de définir et d’affirmer le rôle et la place de la femme dans la société.

Il s’agit donc de restituer à l’homme sa vraie image en faisant triompher le règne de la liberté par-delà les différenciations naturelles, grâce à la liquidation de tous les systèmes d’hypocrisie qui consolident l’exploitation cynique de la femme.

En d’autres termes, poser la question de la femme dans la société burkinabè d’aujourd’hui, c’est vouloir abolir le système d’esclavage dans lequel elle a été maintenue pendant des millénaires. C’est d’abord vouloir comprendre ce système dans son fonctionnement, en saisir la vraie nature et toutes ses subtilités pour réussir à dégager une action susceptible de conduire à un affranchissement total de la femme.

Autrement dit, pour gagner un combat qui est commun à la femme et à l’homme, il importe de connaître tous les contours de la question féminine tant à l’échelle nationale qu’universelle et de comprendre comment, aujourd’hui, le combat de la femme, burkinabè rejoint le combat universel de toutes les femmes, et au-delà, le combat pour la réhabilitation totale de notre continent.

La condition de la femme est par conséquent le nœud de toute la question humaine, ici, là-bas, partout. Elle a donc un caractère universel.

La lutte de classes et la question de la femme.

Nous devons assurément au matérialisme dialectique d’avoir projeté sur les problèmes de la condition féminine la lumière la plus forte, celle qui nous permet de cerner le problème de l’exploitation de la femme à l’intérieur d’un système généralisé d’exploitation. Celle aussi qui définit la société humaine non plus comme un fait naturel immuable mais comme une antiphysis.

L’humanité ne subit pas passivement la puissance de la nature. Elle la prend à son compte. Cette prise en compte n’est pas une opération intérieure et subjective. Elle s’effectue objectivement dans la pratique, si la femme cesse d’être considérée comme un simple organisme sexué, pour prendre conscience au-delà des données biologiques, de sa valeur dans l’action.

En outre, la conscience que la femme prend d’elle-même n’est pas définie par sa seule sexualité. Elle reflète une situation qui dépend de la structure économique de la société, structure qui traduit le degré de l’évolution technique et des rapports entre classes auquel est parvenue l’humanité.

L’importance du matérialisme dialectique est d’avoir dépassé les limites essentielles de la biologie, d’avoir échappé aux thèses simplistes de l’asservissement à l’espèce, pour introduire tous les faits dans le contexte économique et social. Aussi loin que remonte l’histoire humaine, l’emprise de l’homme sur la nature ne s’est jamais réalisée directement, le corps nu. La main avec son pouce préhensif déjà se prolonge vers l’instrument qui multiplie son pouvoir. Ce ne sont donc pas les seules données physiques, la musculature, la parturition par exemple, qui ont consacré l’inégalité de statut entre l’homme et la femme. Ce n’est pas non plus l’évolution technique en tant que telle qui l’a confirmée. Dans certains cas, et dans certaines parties du globe, la femme a pu annuler la différence physique qui la sépare de l’homme.

C’est le passage d’une forme de société à une autre qui justifie l’institutionnalisation de cette inégalité. Une inégalité sécrétée par l’esprit et par notre intelligence pour réaliser la domination et l’exploitation concrétisées, représentées et vécues désormais par les fonctions et les rôles auxquels nous avons soumis la femme.

La maternité, l’obligation sociale d’être conforme aux canons de ce que les hommes désirent comme élégance, empêchent la femme qui le désirerait de se forger une musculature dite d’homme.

Pendant des millénaires, du paléolithique à l’âge du bronze, les relations entre les sexes furent considérées par les paléontologues les plus qualifiés de complémentarité positive. Ces rapports demeurèrent pendant huit millénaires sous l’angle de la collaboration et de l’interférence, et non sous celui de l’exclusion propre au patriarcat absolu à peu près généralisé à l’époque historique !

Engels a fait l’état de l’évolution des techniques mais aussi de l’asservissement historique de la femme qui naquit avec l’apparition de la propriété privée, à la faveur du passage d’un mode de production à un autre, d’une organisation sociale à une autre.

Avec le travail intensif exigé pour défricher la forêt, faire fructifier les champs, tirer au maximum parti de la nature, intervient la parcellisation des tâches. L’égoïsme, la paresse, la facilité, bref le plus grand profit pour le plus petit effort émergent des profondeurs de l’homme et s’érigent en principes. La tendresse protectrice de la femme à l’égard de la famille et du clan devient le piège qui la livre à la domination du mâle. L’innocence et la générosité sont victimes de la dissimulation et des calculs crapuleux. L’amour est bafoué. La dignité est éclaboussée. Tous les vrais sentiments se transforment en objets de marchandage. Dès lors, le sens de l’hospitalité et du partage des femmes succombe à la ruse des fourbes.

Quoique consciente de cette fourberie qui régit la répartition inégale des tâches, elle, la femme, suit l’homme pour soigner et élever tout ce qu’elle aime. Lui, l’homme, surexploite tant de don de soi. Plus tard, le germe de l’exploitation coupable installe des règles atroces, dépassant les concessions conscientes de la femme historiquement trahie.

L’humanité connaît l’esclavage avec la propriété privée. L’homme maître de ses esclaves et de la terre devient aussi propriétaire de la femme. C’est là la grande défaite historique du sexe féminin. Elle s’explique par le bouleversement survenu dans la division du travail, du fait de nouveaux modes de production et d’une révolution dans les moyens de production.

Alors le droit paternel se substitue au droit maternel ; la transmission du domaine se fait de père en fils et non plus de la femme à son clan. C’est l’apparition de la famille patriarcale fondée sur la propriété personnelle et unique du père, devenu chef de famille. Dans cette famille, la femme est opprimée. Régnant en souverain, l’homme assouvit ses caprices sexuels, s’accouple avec les esclaves ou hétaïres. Les femmes deviennent son butin et ses conquêtes de marché. Il tire profit de leur force de travail et jouit de la diversité du plaisir qu’elles lui procurent.

De son côté dès que les maîtres rendent la réciproque possible, la femme se venge par l’infidélité. Ainsi le mariage se complète naturellement par l’adultère. C’est la seule défense de la femme contre l’esclavage domestique où elle est tenue. L’oppression sociale est ici l’expression de l’oppression économique.

Dans un tel cycle de violence, l’inégalité ne prendra fin qu’avec l’avènement d’une société nouvelle, c’est-à-dire lorsque hommes et femmes jouiront de droits sociaux égaux, issus de bouleversements intervenus dans les moyens de production ainsi que dans tous les rapports sociaux. Aussi le sort de la femme ne s’améliorera-t-il qu’avec la liquidation du système qui l’exploite.

De fait, à travers les âges et partout où triomphait le patriarcat, il y a eu un parallélisme étroit entre l’exploitation des classes et la domination des femmes ; Certes, avec des périodes d’éclaircies où des femmes, prêtresses ou guerrières ont crevé la voûte oppressive. Mais l’essentiel, tant au niveau de la pratique quotidienne que dans la répression intellectuelle et morale, a survécu et s’est consolidé. Détrônée par la propriété privée, expulsée d’elle-même, ravalée au rang de nourrice et de servante, rendue inessentielle par les philosophies Aristote, Pythagore et autres et les religions les plus installées, dévalorisée par les mythes, la femme partageait le sort de l’esclave qui dans la société esclavagiste n’était qu’une bête de somme à face humaine.

Rien d’étonnant alors que, dans sa phase conquérante, le capitalisme, pour lequel les êtres humains n’étaient que des chiffres, ait été le système économique qui a exploité la femme avec le plus de cynisme et le plus de raffinement. C’était le cas, rapporte-t-on, chez ce fabricant de l’époque, qui n’employait que des femmes à ses métiers à tisser mécaniques. Il donnait la préférence aux femmes mariées et parmi elles, à celles qui avaient à la maison de la famille à entretenir, parce qu’elles montraient beaucoup plus d’attention et de docilité que les célibataires. Elles travaillaient jusqu’à l’épuisement de leurs forces pour procurer aux leurs les moyen subsistance indispensables.

C’est ainsi que les qualités propres de la femme sont faussées à son détriment, et tous les éléments moraux et délicats de sa nature deviennent des moyens de l’asservir. Sa tendresse, l’amour de la famille, la méticulosité qu’elle apporte à son œuvre sont utilisés contre elle, tout en se parant contre les défauts qu’elle peut avoir.

Ainsi, à travers les âges et à travers les types de sociétés, la femme a connu un triste sort : celui de l’inégalité toujours confirmée par rapport à l’homme. Que les manifestations de cette inégalité aient pris des tours et contours divers, cette inégalité n’en est pas moins restée la même.

Dans la société esclavagiste, l’homme esclave était considéré comme un animal, un moyen de production de biens et de services. La femme, quel que fût son rang, était écrasée à l’intérieur de sa propre classe, et hors de cette classe même pour celles qui appartenaient aux classes exploiteuses.

Dans la société féodale, se basant sur la prétendue faiblesse physique ou psychologique des femmes, les hommes les ont confinées dans une dépendance absolue de l’homme. Souvent considérée comme objet de souillure ou principal agent d’indiscrétion, la femme, à de rares exceptions près, était écartée des lieux de culte.

Dans la société capitaliste, la femme, déjà moralement et socialement persécutée, est également économiquement dominée. Entretenue par l’homme lorsqu’elle ne travaille pas, elle l’est encore lorsqu’elle se tue à travailler. On ne saurait jeter assez de lumière vive sur la misère des femmes, démontrer avec assez de force qu’elle est solidaire de celle des prolétaires.

De la spécificité du fait féminin.

Solidaire de l’homme exploité, la femme l’est.

Toutefois, cette solidarité dans l’exploitation sociale dont hommes et femmes sont victimes et qui lie le sort de l’un et de l’autre à l’Histoire, ne doit pas faire perdre de vue le fait spécifique de la condition féminine. La condition de la femme déborde les entités économiques en singularisant l’oppression dont elle est victime. Cette singularité nous interdit d’établir des équations en nous abîmant dans les réductions faciles et infantiles. Sans doute, dans l’exploitation, la femme et l’ouvrier sont-ils tenus au silence. Mais dans le système mis en place, la femme de l’ouvrier doit un autre silence à son ouvrier de mari. En d’autres termes, à l’exploitation de classe qui leur est commune, s’ajoutent pour les femmes, des relations singulières avec l’homme, relations d’opposition et d’agression qui prennent prétexte des différences physiques pour s’imposer.

Il faut admettre que l’asymétrie entre les sexes est ce qui caractérise la société humaine, et que cette asymétrie définit des rapports souverains qui ne nous autorisent pas à voir d’emblée dans la femme, même au sein de la production économique, une simple travailleuse. Rapports privilégiés, rapports périlleux qui font que la question de la condition de la femme se pose toujours comme un problème.

L’homme prend donc prétexte la complexité de ces rapports pour semer la confusion au sein des femmes et tirer profit de toutes les astuces de l’exploitation de classe pour maintenir sa domination sur les femmes. De cette même façon, ailleurs, des hommes ont dominé d’autres hommes parce qu’ils ont réussi à imposer l’idée selon laquelle au nom de l’origine de la famille et de la naissance, du « droit divin », certains hommes étaient supérieurs à d’autres. D’où le règne féodal. De cette même manière, ailleurs, d’autres hommes ont réussi à asservir des peuples entiers, parce que l’origine et l’explication de la couleur de leur peau ont été une justification qu’ils ont voulue « scientifique » pour dominer ceux qui avaient le malheur d’être d’une autre couleur. C’est le règne colonial. C’est l’apartheid.

Nous ne pouvons pas ne pas être attentifs à cette situation des femmes, car c’est elle qui pousse les meilleures d’entre elles à parler de guerre des sexes alors qu’il s’agit d’une guerre de clans et de classes à mener ensemble dans la complémentarité tout simplement. Mais il faut admettre que c’est bien l’attitude des hommes qui rend possible une telle oblitération des significations et autorise par là toutes les audaces sémantiques du féminisme dont certaines n’ont pas été inutiles dans le combat qu’hommes et femmes mènent contre l’oppression. Un combat que nous pouvons gagner, que nous allons gagner si nous retrouvons notre complémentarité, si nous nous savons nécessaires et complémentaires, si nous savons enfin que nous sommes condamnés à la complémentarité.

Pour l’heure, force est de reconnaître que le comportement masculin, fait de vanités, d’irresponsabilités, d’arrogances et de violences de toutes sortes à l’endroit de la femme, ne peut guère déboucher sur une action coordonnée contre l’oppression de celle-ci. Et que dire de ces attitudes qui vont jusqu’à la bêtise et qui ne sont en réalité qu’exutoires des mâles opprimés espérants, par leurs brutalités contre leur femme, récupérer pour leur seul compte une humanité que le système d’exploitation leur dénie.

La bêtise masculine s’appelle sexisme ou machisme, toute forme d’indigence intellectuelle et morale, voire d’impuissance physique plus ou moins déclarée qui oblige souvent les femmes politiquement conscientes à considérer comme un devoir la nécessité de lutter sur deux fronts.

Pour lutter et vaincre, les femmes doivent s’identifier aux couches et classes sociales opprimées : les ouvriers, les paysans…

Un homme, si opprimé soit-il, trouve un être à opprimer : sa femme. C’est là assurément affirmer une terrible réalité. Lorsque nous parlons de l’ignoble système de l’apartheid, c’est vers les Noirs exploités et opprimés que se tournent et notre pensée et notre émotion. Mais nous oublions hélas la femme noire qui subit son homme, cet homme qui, muni de son passbook (laisser-passer), s’autorise des détours coupables avant d’aller retrouver celle qui l’a attendu dignement, dans la souffrance et dans le dénuement.

Pensons aussi à la femme blanche d’Afrique du Sud, aristocrate, matériellement comblée sûrement, mais malheureusement machine de plaisir de ces hommes blancs lubriques qui n’ont plus pour oublier leurs forfaits contre les Noirs que leur enivrement désordonné et pervers de rapports sexuels bestiaux.

En outre, les exemples ne manquent pas d’hommes pourtant progressistes, vivant allègrement d’adultère, mais qui seraient prêts à assassiner leur femme rien que pour un soupçon d’infidélité. Ils sont nombreux chez nous, ces hommes qui vont chercher des soi-disant consolations dans les bras de prostituées et de courtisanes de toutes sortes ! Sans oublier les maris irresponsables dont les salaires ne servent qu’à entretenir des maîtresses et enrichir des débits de boisson. Et que dire de ces petits hommes eux aussi progressistes qui se retrouvent souvent dans une ambiance lascive pour parler des femmes dont ils ont abusé. Ils croient ainsi se mesurer à leurs semblables hommes, voire les humilier quand ils ravissent des femmes mariées.

En fait, il ne s’agit là que de lamentables mineurs dont nous nous serions même abstenus de parler si leur comportement de délinquants ne mettait en cause et la vertu et la morale de femmes de grande valeur qui auraient été hautement utiles à notre révolution.

Et puis tous ces militants plus ou moins révolutionnaires, beaucoup moins révolutionnaires que plus, qui n’acceptent pas que leurs épouses militent ou ne l’acceptent que pour le militantisme de jour et seulement de jour ; qui battent leurs femmes parce qu’elles se sont absentées pour des réunions ou des manifestations de nuit. Ah ! ces soupçonneux, ces jaloux ! Quelle pauvreté d’esprit et quel engagement conditionnel, limité ! Car n’y aurait-il que la nuit qu’une femme déçue et décidée puisse tromper son mari ? Et quel est cet engagement qui veut que le militantisme s’arrête avec la tombée de la nuit, pour ne reprendre ses droits et ses exigences que seulement au lever du jour !

Et que penser enfin de tous ces propos dans la bouche des militants plus révolutionnaires, les uns que les autres sur les femmes ? Des propos comme « bassement matérialistes, profiteuses, comédiennes, menteuses cancanières, intrigantes, jalouses etc, etc… » Tout cela est peut-être vrai des femmes mais sûrement aussi vrai pour les hommes ! Notre société pourrait-elle pervertir moins que cela lorsque avec méthode, elle accable les femmes, les écarte de tout ce qui est censé être sérieux, déterminant, c’est-à-dire au-dessus des relations subalternes et mesquines !

Lorsque l’on est condamné comme les femmes le sont à attendre son maître de mari pour lui donner à manger, et recevoir de lui l’autorisation de parler et de vivre, on n’a plus, pour s’occuper et se créer une illusion d’utilité ou d’importance, que les regards, les reportages, les papotages, les jeux de ferraille, les regards obliques et envieux suivis de médisance sur la coquetterie des autres et leur vie privée. Les mêmes attitudes se retrouvent chez les mâles placés dans les mêmes conditions.

Des femmes, nous disons également, hélas qu’elles sont oublieuses. On les qualifie même de têtes de linottes. N’oublions jamais cependant qu’accaparée, voire tourmentée par l’époux léger, le mari infidèle et irresponsable, l’enfant et ses problèmes, accablée enfin par l’intendance de toute la famille, la femme, dans ces conditions, ne peut avoir que des yeux hagards qui reflètent l’absence, et la distraction de l’esprit. L’oubli, pour elle, devient un antidote à la peine, une atténuation des rigueurs de l’existence, une protection vitale.

Mais des hommes oublieux, il y en a aussi, et beaucoup ; les uns dans l’alcool et les stupéfiants, les autres dans diverses formes de perversité auxquelles ils s’adonnent dans la course de la vie. Cependant, personne ne dit jamais que ces hommes-là sont oublieux. Quelle vanité, quelles banalités !

Banalités dont ils se gargarisent pour marquer ces infirmités de l’univers masculin. Car l’univers masculin dans une société d’exploitation a besoin de femmes prostituées ; Celles que l’on souille et que l’on sacrifie après usage sur l’autel de la prospérité d’un système de mensonges et de rapines, ne sont que des boucs émissaires.

La prostitution n’est que la quintessence d’une société où l’exploitation est érigée en règle. Elle symbolise le mépris que l’homme a de la femme. De cette femme qui n’est autre que la figure douloureuse de la mère, de la sœur ou de l’épouse d’autres hommes, donc de chacun de nous. C’est en définitive, le mépris inconscient que nous avons de nous-mêmes. Il n’y a de prostituées que là où existent des « prostitueurs » et des proxénètes.

Mais qui donc va chez la prostituée ?

Il y a d’abord des maris qui vouent leurs épouses à la chasteté pour décharger sur la prostituée leur turpitude et leurs désirs de stupres. Cela leur permet d’accorder un respect apparent à leurs épouses tout en révélant leur vraie nature dans le giron de la fille dite de joie. Ainsi sur le plan moral, on fait de la prostitution le symétrique du mariage. On semble s’en accommoder, dans les rites et coutumes, les religions et les morales. C’est ce que les pères de l’Église exprimaient en disant qu’« il faut des égouts pour garantir la salubrité des palais ».

Il y a ensuite les jouisseurs impénitents et intempérants qui ont peur d’assumer la responsabilité d’un foyer avec ses turbulences et qui fuient les charges morales et matérielles d’une paternité. Ils exploitent alors l’adresse discrète d’une maison close comme le filon précieux d’une liaison sans conséquences.

Il y a aussi la cohorte de tous ceux qui, publiquement du moins et dans les lieux bien pensants, vouent la femme aux gémonies. Soit par un dépit qu’ils n’ont pas eu le courage de transcender, perdant confiance ainsi en toute femme déclarée alors instrumentum diabolicum, soit également par hypocrisie pour avoir trop souvent et péremptoirement proclamé contre le sexe féminin un mépris qu’ils s’efforcent d’assumer aux yeux de la société dont ils ont extorqué l’admiration par la fausse vertu. Tous nuitamment échouent dans les lupanars de manière répétée jusqu’à ce que parfois leur tartufferie soit découverte.

Il y a encore cette faiblesse de l’homme que l’on retrouve dans sa recherche de situations polyandriques. Loin de nous, toute idée de jugement de valeur sur la polyandrie, cette forme de rapport entre l’homme et la femme que certaines civilisations ont privilégiée. Mais dans les cas que nous dénonçons, retenons ces parcs de gigolos cupides et fainéants qu’entretiennent grassement de riches dames.

Dans ce même système, au plan économique la prostitution peut confondre prostituée et femme mariée « matérialiste ». Entre celle qui vend son corps par la prostitution et celle qui se vend dans le mariage, la seule différence consiste dans le prix et la durée du contrat.

Ainsi en tolérant l’existence de la prostitution, nous ravalons toutes nos femmes au même rang : prostituées ou mariées. La seule différence est que la femme légitime tout en étant opprimée en tant qu’épouse bénéficie au moins du sceau de l’honorabilité que confère le mariage. Quant à la prostituée, il ne reste plus que l’appréciation marchande de son corps, appréciation fluctuant au gré des valeurs des bourses phallocratiques.

N’est-elle qu’un article qui se valorise ou se dévalorise en fonction du degré de flétrissement de ses charmes ? N’est-elle pas régie par la loi de l’offre et de la demande ? La prostitution est un raccourci tragique et douloureux de toutes les formes de l’esclavage féminin. Nous devons par conséquent voir dans chaque prostituée le regard accusateur braqué sur la société tout entière. Chaque proxénète, chaque partenaire de prostituée remue un couteau dans cette plaie purulente et béante qui enlaidit le monde des hommes et le conduit à sa perte. Aussi, en combattant la prostitution, en tendant une main secourable à la prostituée, nous sauvons nos mères, nos sœurs et nos femmes de cette lèpre sociale. Nous nous sauvons nous-mêmes. Nous sauvons le monde.

La condition de la femme au Burkina.

Si dans l’entendement de la société, le garçon qui naît est un « don de Dieu », la naissance d’une fille est accueillie, sinon comme une fatalité, au mieux comme un présent qui servira à produire des aliments et à reproduire le genre humain.

Au petit homme l’on apprendra à vouloir et à obtenir, à dire et être servi, à désirer et prendre, à décider sans appel. A la future femme, la société, comme un seul homme et c’est bien le lieu de le dire assène, inculque des normes sans issue. Des corsets psychiques appelés vertus créent en elle un esprit d’aliénation personnelle, développent dans cette enfant la préoccupation de protection et la prédisposition aux alliances tutélaires et aux tractations matrimoniales. Quelle fraude mentale monstrueuse !

Ainsi, enfant sans enfance, la petite fille, dès l’âge de 3 ans, devra répondre à sa raison d’être : servir, être utile. Pendant que son frère de 4, 5 ou 6 ans jouera jusqu’à l’épuisement ou l’ennui, elle entrera, sans ménagement, dans le processus de production. Elle aura, déjà, un métier : assistante-ménagère. Occupation sans rémunération bien sûr car ne dit-on pas généralement d’une femme à la maison qu’elle « ne fait rien ? ». N’inscrit-on pas sur les documents d’identité des femmes non rémunérées la mention « ménagère » pour dire que celles-ci n’ont pas d’emploi ? Qu’elles « ne travaillent pas ? ».

Les rites et les obligations de soumission aidant, nos sœurs grandissent, de plus en plus dépendantes, de plus en plus dominées, de plus en plus exploitées avec de moins en moins de loisirs et de temps libre.

Alors que le jeune homme trouvera sur son chemin les occasions de s’épanouir et de s’assumer, la camisole de force sociale enserrera davantage la jeune fille, à chaque étape de sa vie. Pour être née fille, elle paiera un lourd tribut, sa vie durant, jusqu’à ce que le poids du labeur et les effets de l’oubli de soi physiquement et mentalement la conduisent au jour du Grand repos. Facteur de production aux côtés de sa mère dès ce moment, plus sa patronne que sa maman elle ne sera jamais assise à ne rien faire, jamais laissée, oubliée à ses jeux et à ses jouets comme lui, son frère.

De quelque côté que l’on se tourne, du Plateau central au Nord-Est où les sociétés à pouvoir fortement centralisé prédominent, à l’Ouest où vivent des communautés villageoises au pouvoir non centralisé ou au Sud-Ouest, terroir des collectivités dites segmentaires, l’organisation sociale traditionnelle présente au moins un point commun : la subordination des femmes. Dans ce domaine, nos 8 000 villages, nos 600 000 concessions et notre million et plus de ménages, observent des comportements identiques ou similaires. Ici et là, l’impératif de la cohésion sociale définie par les hommes est la soumission des femmes et la subordination des cadets.

Notre société, encore par trop primitivement agraire, patriarcale et polygamique, faite de la femme un objet d’exploitation pour sa force de travail et de consommation, pour sa fonction de reproduction biologique.

Comment la femme vit-elle cette curieuse double identité : celle d’être le nœud vital qui soude tous les membres de la famille, qui garantit par sa présence et son attention l’unité fondamentale et celle d’être marginalisée, ignorée ? Une condition hybride s’il en est, dont l’ostracisme imposé n’a d’égal que le stoïcisme de la femme. Pour vivre en harmonie avec la société des hommes, pour se conformer au diktat des hommes, la femme s’enferrera dans une ataraxie avilissante, négativiste, par le don de soi.

Femme-source de vie mais femme-objet. Mère mais servile domestique. Femme-nourricière mais femme-alibi. Taillable aux champs et corvéable au ménage, cependant figurante sans visage et sans voix. Femme-charnière, femme-confluent mais femme en chaînes, femme-ombre à l’ombre masculine.

Pilier du bien-être familial, elle est accoucheuse, laveuse, balayeuse, cuisinière, messagère, matrone, cultivatrice, guérisseuse, maraîchère, pileuse, vendeuse, ouvrière. Elle est une force de travail à l’outil désuet, cumulant des centaines de milliers d’heures pour des rendements désespérants.

Déjà aux quatre fronts du combat contre la maladie, la faim, le dénuement, la dégénérescence, nos sœurs subissent chaque jour la pression des changements sur lesquels elles n’ont point de prise. Lorsque chacun de nos 800 000 émigrants mâles s’en va, une femme assume un surcroît de travail. Ainsi, les deux millions de Burkinabé résidant hors du territoire national ont contribué à aggraver le déséquilibre de la sex-ratio qui, aujourd’hui, fait que les femmes constituent 51,7 pour cent de la population totale. De la population résidante potentiellement active, elles sont 52,1 pour cent.

Trop occupée pour accorder l’attention voulue à ses enfants, trop épuisée pour penser à elle-même, la femme continuera de trimer : roue de fortune, roue de friction, roue motrice, roue de secours, grande roue.

Rouées et brimées, les femmes, nos sœurs et nos épouses, paient pour avoir donné la vie. Socialement reléguées au troisième rang, après l’homme et l’enfant, elles paient pour entretenir la vie. Ici aussi, un Tiers Monde est arbitrairement arrêté pour dominer, pour exploiter.

Dominée et transférée d’une tutelle protectrice exploiteuse à une tutelle dominatrice et davantage exploiteuse, première à la tâche et dernière au repos, première au puits et au bois, au feu du foyer mais dernière à étancher ses soifs, autorisée à manger que seulement quand il en reste ; et après l’homme, clé de voûte de la famille, tenant sur ses épaules, dans ses mains et par son ventre cette famille et la société, la femme est payée en retour d’idéologie nataliste oppressive, de tabous et d’interdits alimentaires, de surcroît de travail, de malnutrition, de grossesses dangereuses, de dépersonnalisation et d’innombrables autres maux qui font de la mortalité maternelle une des tares les plus intolérables, les plus indicibles, les plus honteuses de notre société.

Sur ce substrat aliénant, l’intrusion des rapaces venus de loin a contribué à fermenter la solitude des femmes et à empirer la précarité de leur condition.

L’euphorie de l’indépendance a oublié la femme dans le lit des espoirs châtrés. Ségréguée dans les délibérations, absente des décisions, vulnérable donc victime de choix, elle a continué de subir la famille et la société. Le capital et la bureaucratie ont été de la partie pour maintenir la femme subjuguée. L’impérialisme a fait le reste.

Scolarisées deux fois moins que les hommes, analphabètes à 99 pour cent, peu formées aux métiers, discriminées dans l’emploi, limitées aux fonctions subalternes, harcelées et congédiées les premières, les femmes, sous les poids de cent traditions et de mille excuses ont continué de relever les défis successifs. Elles devaient rester actives, coûte que coûte, pour les enfants, pour la famille et pour la société. Au travers de mille nuits sans aurores.

Le capitalisme avait besoin de coton, de karité, de sésame pour ses industries et c’est la femme, ce sont nos mères qui en plus de ce qu’elles faisaient déjà se sont retrouvées chargées d’en réaliser la cueillette. Dans les villes, là où était censée être la civilisation émancipatrice de la femme, celle-ci s’est retrouvée obligée de décorer les salons de bourgeois, de vendre son corps pour vivre ou de servir d’appât commercial dans les productions publicitaires.

Les femmes de la petite-bourgeoisie des villes vivent sans doute mieux que les femmes de nos campagnes sur le plan matériel. Mais sont-elles plus libres, plus émancipées, plus respectées, plus responsabilisées ? Il y a plus qu’une question à poser, il y a une affirmation à avancer. De nombreux problèmes demeurent, qu’il s’agisse de l’emploi ou de l’accès à l’éducation, qu’il s’agisse du statut de la femme dans les textes législatifs ou dans la vie concrète de tous les jours, la femme burkinabè demeure encore celle qui vient après l’homme et non en même temps.

Les régimes politiques néo-coloniaux qui se sont succédés au Burkina n’ont eu de la question de l’émancipation de la femme que son approche bourgeoise qui n’est que l’illusion de liberté et de dignité. Seules les quelques femmes de la petite-bourgeoisie des villes étaient concernées par la politique à la mode de la « condition féminine » ou plutôt du féminisme primaire qui revendique pour la femme le droit d’être masculine. Ainsi la création du ministère de la Condition féminine, dirigée par une femme fut-elle chantée comme une victoire.

Mais avait-on vraiment conscience de cette condition féminine ? Avait-on conscience que la condition féminine c’est la condition de 52 pour cent de la population burkinabè ? Savait-on que cette condition était déterminée par les structures sociales, politiques, économiques et par les conceptions rétrogrades dominantes et que par conséquent la transformation de cette condition ne saurait incomber à un seul ministère, fût-il dirigé par une femme ?

Cela est si vrai que les femmes du Burkina ont pu constater après plusieurs années d’existence de ce ministère que rien n’avait changé dans leur condition. Et il ne pouvait en être autrement dans la mesure où l’approche de la question de l’émancipation des femmes qui a conduit à la création d’un tel ministère-alibi, refusait de voir et de mettre en évidence afin d’en tenir compte les véritables causes de la domination et de l’exploitation de la femme. Aussi ne doit-on pas s’étonner que malgré l’existence de ce ministère, la prostitution se soit développée, que l’accès des femmes à l’éducation et à l’emploi ne se soit pas amélioré, que les droits civiques et politiques des femmes soient restés ignorés, que les conditions d’existence des femmes en ville comme en campagne ne se soient nullement améliorées.

Femme-bijou, femme-alibi politique au gouvernement, femme-sirène clientéliste aux élections, femme-robot à la cuisine, femme frustrée par la résignation et les inhibitions imposées malgré son ouverture d’esprit ! Quelle que soit sa place dans le spectre de la douleur, quelle que soit sa façon urbaine ou rurale de souffrir, elle souffre toujours.

Mais une seule nuit a porté la femme au cœur de l’essor familial et au centre de la solidarité nationale.

Porteuse de liberté, l’aurore consécutive du 4 août 1983 lui a fait écho pour qu’ensemble, égaux, solidaires et complémentaires, nous marchions côte à côte, en un seul peuple.

La révolution d’août a trouvé la femme burkinabè dans sa condition d’être assujettie et exploité par une société néo-coloniale fortement influencée par l’idéologie des forces rétrogrades. Elle se devait de rompre avec la politique réactionnaire, prônée et suivie jusque-là en matière d’émancipation de la femme, en définissant de façon claire un politique nouveau, juste et révolutionnaire.

Notre révolution et l’émancipation de la femme

Le 2 octobre 1983, le Conseil national de la révolution a clairement énoncé dans son Discours d’orientation politique l’axe principal du combat de libération de la femme. Il s’y est engagé à travailler à la mobilisation, à l’organisation et à l’union de toutes les forces vives de la nation, et de la femme en particulier. Le Discours d’orientation politique précisait à propos de la femme : « Elle sera associée d tous les combats que nous aurons à entreprendre contre les diverses entraves de la société néo-coloniale et pour l’édification d’une société nouvelle. Elle sera associée à tous les niveaux de conception, de décision et d’exécution dans l’organisation de la vie de la nation tout entière ».

Le but de cette grandiose entreprise, c’est de construire une société libre et prospère où la femme sera l’égale de l’homme dans tous les domaines. Il ne peut y avoir de façon plus claire de concevoir et d’énoncer la question de la femme et la lutte émancipatrice qui nous attend.

« La vraie émancipation de la femme c’est celle qui responsabilise la femme, qui l’associe aux activités productrices, aux différents combats auxquels est confronté le peuple. La vraie émancipation de la femme, c’est celle qui force la considération et le respect de l’homme ».

Cela indique clairement, camarades militantes, que le combat pour la libération de la femme est avant tout votre combat pour le renforcement de la Révolution démocratique et populaire. Cette révolution qui vous donne désormais la parole et le pouvoir de dire et d’agir pour l’édification d’une société de justice et d’égalité, où la femme et l’homme ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. La Révolution démocratique et populaire a créé les conditions d’un tel combat libérateur. Il vous appartient désormais d’agir en toute responsabilité pour, d’une part, briser toutes les chaînes et entraves qui asservissent la femme dans les sociétés arriérées comme la nôtre, et pour, d’autre part, assumer la part de responsabilité qui est la vôtre dans la politique d’édification de la société nouvelle au profit de l’Afrique et au profit de toute l’humanité.

Aux premières heures de la Révolution démocratique et populaire, nous le disions déjà : « l’émancipation tout comme la liberté ne s’octroie pas, elle se conquiert. Et il incombe aux femmes elles-mêmes d’avancer leurs revendications et de se mobiliser pour les faire aboutir ». Ainsi notre révolution a non seulement précisé l’objectif à atteindre dans la question de la lutte d’émancipation de la femme, mais elle a également indiqué ta voie à suivre, les moyens à mettre en œuvre et les principaux acteurs de ce combat. Voilà bientôt quatre ans que nous œuvrons ensemble, hommes et femmes, pour remporter des victoires et avancer vers l’objectif final.

Il nous faut avoir conscience des batailles livrées, des succès remportés, des échecs subis et des difficultés rencontrées pour davantage préparer et diriger les futurs combats. Quelle œuvre a été réalisée par la Révolution démocratique et populaire dans l’émancipation de la femme ?

Quels atouts et quels handicaps ?

L’un des principaux acquis de notre révolution dans la lutte pour l’émancipation de la femme a été sans conteste la création de l’Union des femmes du Burkina, (UFB). La création de cette organisation constitue un acquit majeur parce qu’elle a permis de donner aux femmes de notre pays un cadre et des moyens sûrs pour victorieusement mener le combat. La création de l’UFB est une grande victoire parce qu’elle permet le ralliement de l’ensemble des femmes militantes autour d’objectifs précis, justes, pour le combat libérateur sous la direction du Conseil national de la révolution. L’UFB est l’organisation des femmes militantes et responsables, déterminées à travailler pour transformer [la réalité], à se battre pour gagner, à tomber et retomber, mais à se relever chaque fois pour avancer sans reculer.

C’est là une conscience nouvelle qui a germé chez les femmes du Burkina, et nous devons tous en être fiers. Camarades militantes, l’Union des femmes du Burkina est votre organisation de combat. Il vous appartient de l’affûter davantage pour que ses coups soient plus tranchants et vous permettent de remporter toujours et toujours des victoires. Les différentes initiatives que le Gouvernement a pu entreprendre depuis un peu plus de trois ans pour l’émancipation de la femme sont certainement insuffisantes, mais elles ont permis de faire un bout du chemin au point que notre pays peut se présenter aujourd’hui à l’avant-garde du combat libérateur de la femme. Nos femmes participent de plus en plus aux prises de décision, à l’exercice effectif du pouvoir populaire.

Les femmes du Burkina sont partout où se construit le pays, elles sont sur les chantiers : le Sourou (vallée irriguée), le reboisement, la vaccination-commando, les opérations « Villes propres », la bataille du rail, etc. Progressivement, les femmes du Burkina prennent pied et s’imposent, battant ainsi en brèche toutes les conceptions phallocratiques et passéïstes des hommes. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que la femme au Burkina soit partout présente dans le tissu social et professionnel. Notre révolution, durant les trois ans et demi, a œuvré à l’élimination progressive des pratiques dévalorisantes de la femme, comme la prostitution et les pratiques avoisinantes comme le vagabondage et la délinquance des jeunes filles, le mariage forcé, l’excision et les conditions de vie particulièrement difficiles de la femme.

En contribuant à résoudre partout le problème de l’eau, en contribuant aussi à l’installation des moulins dans les villages, en vulgarisant les foyers améliorés, en créant des garderies populaires, en pratiquant la vaccination au quotidien, en incitant à l’alimentation saine, abondante et variée, la révolution contribue sans nul doute à améliorer les conditions de vie de la femme burkinabè.

Aussi, celle-ci doit-elle s’engager davantage dans l’application des mots d’ordre anti-impérialistes, à produire et consommer burkinabè, en s’affirmant toujours comme un agent économique de premier plan, producteur comme consommateur des produits locaux.

La révolution d’août a sans doute beaucoup fait pour l’émancipation de la femme, mais cela est pourtant loin d’être satisfaisant. Il nous reste beaucoup à faire.

Pour mieux réaliser ce qu’il nous reste à faire, il nous faut d’avantage être conscients des difficultés à vaincre. Les obstacles et les difficultés sont nombreux. Et en tout premier lieu l’analphabétisme et le faible niveau de conscience politique, toutes choses accentuées encore par l’influence trop grande des forces rétrogrades dans nos sociétés arriérées.

Ces deux principaux obstacles, nous devons travailler avec persévérance à les vaincre. Car tant que les femmes n’auront pas une conscience claire de la justesse du combat politique à mener et des moyens à mettre en œuvre, nous risquons de piétiner et finalement de régresser.

C’est pourquoi, l’Union des femmes du Burkina devra pleinement jouer le rôle qui est le sien. Les femmes de l’UFB doivent travailler à surmonter leurs propres insuffisances, à rompre avec les pratiques et le comportement qu’on a toujours dit propres aux femmes et que malheureusement nous pouvons vérifier encore chaque jour par les propos et comportements de nombreuses femmes. Il s’agit de toutes ces mesquineries comme la jalousie, l’exhibitionnisme, les critiques incessantes et gratuites, négatives et sans principes, le dénigrement des unes par les autres, le subjectivisme à fleur de peau, les rivalités, etc… Une femme révolutionnaire doit vaincre de tels comportements qui sont particulièrement accentués chez celles de la petite-bourgeoisie. Ils sont de nature à compromettre tout travail de groupe, alors même que le combat pour la libération de la femme est un travail organisé qui a besoin par conséquent de la contribution de l’ensemble des femmes.

Ensemble nous devons toujours veiller à l’accès de la femme au travail. Ce travail émancipateur et libérateur qui garantira à la femme l’indépendance économique, un plus grand rôle social et une connaissance plus juste et plus complète du monde.

Notre entendement du pouvoir économique de la femme doit se départir de la cupidité vulgaire et de la crasse avidité matérialiste qui font de certaines femmes des bourses de valeurs-spéculatrices, des coffres-forts ambulants. Il s’agit de ces femmes qui perdent toute dignité, tout contrôle et tout principe dès lors que le clinquant des bijoux se manifeste ou que le craquant des billets se fait entendre. De ces femmes, il y en a malheureusement qui conduisent des hommes aux excès d’endettement, voire de concussion, de corruption. Ces femmes sont de dangereuses boues gluantes, fétides, qui nuisent à la flamme révolutionnaire de leurs époux ou compagnons militants. De tristes cas existent où des ardeurs révolutionnaires ont été éteintes et où l’engagement du mari a été détourné de la cause du peuple par une femme égoïste et acariâtre, jalouse et envieuse.

L’éducation et l’émancipation économique, si elles ne sont pas bien comprises et utilement orientées, peuvent être sources de malheur pour la femme, donc pour la société. Recherchées comme amantes, épousées pour le meilleur, elles sont abandonnées dès que survient le pire. Le jugement répandu est impitoyable pour elles : l’intellectuelle se « place mal » et la richissime est suspecte. Toutes sont condamnées à un célibat qui ne serait pas grave s’il n’était pas l’expression même d’un ostracisme diffus de toute une société contre des personnes, victimes innocentes parce qu’elles ignorent tout de « leur crime et de leur tare », frustrées parce que chaque jour est un éteignoir à une affectivité qui se mue en acariâtrie ou en hypocondrie. Chez beaucoup de femmes le grand savoir a provoqué des déboires et la grande fortune a nourri bien des infortunes.

La solution à ces paradoxes apparents réside dans la capacité des malheureuses instruites ou riches à mettre au service de leur peuple leur grande instruction, leurs grandes richesses. Elles n’en seront que plus appréciées, voire adulées par tant et tant de personnes à qui elles auront apporté un peu de joie. Comment alors pourraient-elles se sentir seules dans ces conditions ? Comment ne pas connaître la plénitude sentimentale lorsque l’on a su faire de l’amour de soi et de l’amour pour soi, l’amour de l’autre et l’amour des autres ?

Nos femmes ne doivent pas reculer devant les combats multiformes qui conduisent une femme à s’assumer pleinement, courageusement et fièrement afin de vivre le bonheur d’être elle-même, et non pas la domestication d’elle par lui.

Aujourd’hui encore, et pour beaucoup de nos femmes, s’inscrire sous le couvert d’un homme demeure le quitus le plus sûr contre le qu’en-dira-t-on oppressant. Elles se marient sans amour et sans joie de vivre, au seul profit d’un goujat, d’un falot démarqué de la vie et des luttes du peuple. Bien souvent, des femmes exigent une indépendance sourcilleuse, réclamant en même temps d’être protégées, pire, d’être sous le protectorat colonial d’un mâle. Elles ne croient pas pouvoir vivre autrement.

Non ! il nous faut redire à nos sœurs que le mariage, s’il n’apporte rien à la société et s’il ne les rend pas heureuses, n’est pas indispensable, et doit même être évité. Au contraire, montrons-leur chaque jour les exemples de pionnières hardies et intrépides qui dans leur célibat, avec ou sans enfants, sont épanouies et radieuses pour elles, débordantes de richesses et de disponibilité pour les autres. Elles sont même enviées par les mariées malheureuses pour les sympathies qu’elles soulèvent, le bonheur qu’elles tirent de leur liberté, de leur dignité et de leur serviabilité.

Les femmes ont suffisamment fait la preuve de leurs capacités à entretenir une famille, à élever des enfants, à être en un mot responsables sans l’assujettissement tutélaire d’un homme. La société a suffisamment évolué pour que cesse le bannissement injuste de la femme sans mari. Révolutionnaires, nous devons faire en sorte que le mariage soit un choix valorisant et non pas cette loterie où l’on sait ce que l’on dépense au départ mais rien de ce que l’on va gagner. Les sentiments sont trop nobles pour tomber sous le coup du ludisme.

Une autre difficulté réside aussi sans aucun doute dans l’attitude féodale, réactionnaire et passive de nombreux hommes qui continuent de par leur comportement, à tirer en arrière. Ils n’entendent pas voir remettre en cause des dominations absolues sur la femme au foyer ou dans la société en général. Dans le combat pour l’édification de la société nouvelle qui est un combat révolutionnaire, ces hommes de par leurs pratiques, se placent du côté de la réaction et de la contre-révolution. Car la révolution ne saurait aboutir sans l’émancipation véritable des femmes.

Nous devons donc, camarades militantes, avoir clairement conscience de toutes ces difficultés pour mieux affronter les combats à venir.

La femme tout comme l’homme possède des qualités mais aussi des défauts et c’est là sans doute la preuve que la femme est l’égale de l’homme. En mettant délibérément l’accent sur les qualités de la femme, nous n’avons pas d’elle une vision idéaliste. Nous tenons simplement à mettre en relief ses qualités et ses compétences que l’homme et la société ont toujours occultées pour justifier l’exploitation et la domination de la femme.

Comment allons-nous nous organiser pour accélérer la marche en avant vers l’émancipation ?

Nos moyens sont dérisoires, mais notre ambition, elle, est grande. Notre volonté et notre conviction fermes d’aller de l’avant ne suffisent pas pour réaliser notre pari. II nous faut rassembler nos forces, toutes nos forces, les agencer, les coordonner dans le sens du succès de notre lutte. Depuis plus de deux décennies l’on a beaucoup parlé d’émancipation dans notre pays, l’on s’est beaucoup ému. II s’agit aujourd’hui d’aborder la question de l’émancipation de façon globale, en évitant les fuites des responsabilités qui ont conduit à ne pas engager toutes les forces dans la lutte et à faire de cette question centrale une question marginale, en évitant également les fuites en avant qui laisseraient loin derrière, ceux et surtout celles qui doivent tue en première ligne.

Au niveau gouvernemental, guidé par les directives du Conseil national de la révolution, un Plan d’action cohérent en faveur des femmes, impliquant l’ensemble des départements ministériels, sera mis en place afin de situer les responsabilités de chacun dans des missions à court et moyen termes. Ce plan d’action, loin d’être un catalogue de vœux pieux et autres apitoiements devra être le fil directeur de l’intensification de l’action révolutionnaire. C’est dans le feu de la lutte que les victoires importantes et décisives seront remportées.

Ce plan d’action devra être conçu par nous et pour nous. De nos larges et démocratiques débats devront sortir les audacieuses résolutions pour réaliser notre foi en la femme. Que veulent les hommes et les femmes pour les femmes ? C’est ce que nous dirons dans notre Plan d’action.

Le Plan d’action, de par l’implication de tous les départements ministériels, se démarquera résolument de l’attitude qui consiste à marginaliser la question de la femme et à déresponsabiliser des responsables qui, dans leurs actions quotidiennes, auraient dû et auraient pu contribuer de façon significative à la résolution de la question. Cette nouvelle approche multidimensionnelle de la question de la femme découle de notre analyse scientifique, de son origine, de ses causes et de son importance dans le cadre de notre projet d’une société nouvelle, débarrassée de toutes formes d’exploitation et d’oppression. II ne s’agit point ici d’implorer la condescendance de qui que ce soit en faveur de la femme. II s’agit d’exiger au nom de la révolution qui est venue pour donner et non pour prendre, que justice soit faite aux femmes.

Désormais l’action de chaque ministère, de chaque comité d’administration ministériel sera jugée en fonction des résultats atteints dans le cadre de la mise en œuvre du Plan d’action, au-delà des résultats globaux usuels. À cet effet, les résultats statistiques comporteront nécessairement la part de l’action entreprise qui a bénéficié aux femmes ou qui les a concernées. La question de la femme devra être présente à l’esprit de tous les décideurs à tout instant, à toutes les phases de la conception, de l’exécution des actions de développement. Car concevoir un projet de développement sans la participation de la femme, c’est ne se servir que de quatre doigts, quand on en a dix. C’est donc courir à l’échec.

Au niveau des ministères chargés de l’éducation, on veillera tout particulièrement à ce que l’accès des femmes à l’éducation soit une réalité, cette réalité qui constituera un pas qualitatif vers l’émancipation. Tant il est vrai que partout où les femmes ont accès à l’éducation, la marche vers l’émancipation s’est trouvée accélérée. La sortie de la nuit de l’ignorance permet en effet aux femmes d’exprimer, et d’utiliser les armes du savoir, pour se mettre à la disposition de la société. Du Burkina Faso, devraient disparaître toutes les formes ridicules et rétrogrades qui faisaient que seule la scolarisation des garçons était perçue comme importante et rentable, alors que celle de la fille n’était qu’une prodigalité.

L’attention des parents pour les filles à l’école devra être égale à celle accordée aux garçons qui font toute leur fierté. Car, non seulement les femmes ont prouvé qu’elles étaient égales à l’homme à l’école quand elles n’étaient pas tout simplement meilleures, mais surtout elles ont droit à l’école pour apprendre et savoir, pour être libres.

Dans les futures campagnes d’alphabétisation, les taux de participation des femmes devront être relevés pour correspondre à leur importance numérique dans la population, car ce serait une trop grande injustice que de maintenir une si importante fraction de la population, la moitié de celle-ci, dans l’ignorance.

Au niveau des ministères chargés du travail et de la justice, les textes devront s’adapter constamment à la mutation que connaît notre société depuis le 4 août 1983, afin que l’égalité en droits entre l’homme et la femme soit une réalité tangible. Le nouveau code du travail, en cours de confection et de débat devra être l’expression des aspirations profondes de notre peuple à la justice sociale et marquer une étape importante dans l’œuvre de destruction de l’appareil néo-colonial. Un appareil de classe, qui a été façonné et modelé par les régimes réactionnaires pour pérenniser le système d’oppression des masses populaires et notamment des femmes. Comment pouvons-nous continuer d’admettre qu’à travail égal, la femme gagne moins que l’homme ? Pouvons-nous admettre le lévirat et la dot réduisant nos sœurs et nos mères au statut de biens vulgaires qui font l’objet de tractations ? II y a tant et tant de choses que les lois moyenâgeuses continuent encore d’imposer à notre peuple, aux femmes de notre peuple. C’est juste, qu’enfin, justice soit rendue.

Au niveau des ministères chargés de la culture et de la famille, un accent particulier sera mis sur l’avènement d’une mentalité nouvelle dans les rapports sociaux, en collaboration étroite avec l’Union des femmes du Burkina. La mère et l’épouse sous la révolution ont des rôles spécifiques importants à jouer dans le cadre des transformations révolutionnaires. L’éducation des enfants, la gestion correcte des budgets familiaux, la pratique de la planification familiale, la création d’une ambiance familiale, le patriotisme sont autant d’atouts importants devant contribuer efficacement à la naissance d’une morale révolutionnaire et d’un style de vie anti-impérialiste, prélude à une société nouvelle.

La femme, dans son foyer, devra mettre un soin particulier à participer à la progression de la qualité de la vie. En tant que Burkinabé, bien vivre, c’est bien se nourrir, c’est bien s’habiller avec les produits burkinabé. II s’agira d’entretenir un cadre de vie propre et agréable car l’impact de ce cadre sur les rapports entre les membres d’une même famille est très important. Un cadre de vie sale et vilain engendre des rapports de même nature. II n’y a qu’à observer les porcs pour s’en convaincre.

Et puis la transformation des mentalités serait incomplète si la femme de type nouveau devait vivre avec un homme de type ancien. Le réel complexe de supériorité des hommes sur les femmes, où est-il le plus pernicieux mais le plus déterminant si ce n’est dans le foyer où la mère, complice et coupable, organise sa progéniture d’après des règles sexistes inégalitaires ? Ce sont les femmes qui perpétuent le complexe des sexes, dès les débuts de l’éducation et de la formation du caractère.

Par ailleurs à quoi servirait notre activisme pour mobiliser le jour un militant si la nuit, le néophyte devait se retrouver aux côtés d’une femme réactionnaire démobilisatrice !

Que dire des tâches de ménage, absorbantes et abrutissantes, qui tendent à la robotisation et ne laissent aucun répit pour la réflexion !

C’est pourquoi, des actions doivent être résolument entreprises en direction des hommes et dans le sens de la mise en place, à grande échelle, d’infrastructures sociales telles que les crèches, les garderies populaires, et les cantines. Elles permettront aux femmes de participer plus facilement au débat révolutionnaire, à l’action révolutionnaire.

L’enfant qui est rejeté comme le raté de sa mère ou monopolisé comme la fierté de son père devra être une préoccupation pour toute la société et bénéficier de son attention et de son affection.

L’homme et la femme au foyer se partageront désormais toutes les tâches du foyer.

Le Plan d’action en faveur des femmes devra être un outil révolutionnaire pour la mobilisation générale de toutes les structures politiques et administratives dans le processus de libération de la femme.

Camarades militantes, je vous le répète, afin qu’il corresponde aux besoins réels des femmes, ce plan fera l’objet de débats démocratiques au niveau de toutes les structures de l’UFB.

L’UFB est une organisation révolutionnaire. À ce titre, elle est une école de démocratie populaire régie par les principes organisationnels que sont la critique et l’autocritique, le centralisme démocratique. Elle entend se démarquer des organisations où la mystification a pris le pas sur les objectifs réels. Mais cette démarcation ne sera effective et permanente que si les militantes de l’UFB engagent une lutte résolue contre les tares qui persistent encore, hélas, dans certains milieux féminins. Car il ne s’agit point de rassembler des femmes pour la galerie ou pour d’autres arrière-pensées démagogiques électoralistes ou simplement coupables.

II s’agit de rassembler des combattantes pour gagner des victoires ; il s’agit de se battre en ordre et autour des programmes d’activités arrêtés démocratiquement au sein de leurs comités dans le cadre de l’exercice bien compris de l’autonomie organisationnelle propre à chaque structure révolutionnaire. Chaque responsable UFB devra être imprégnée de son rôle, dans sa structure, afin de pouvoir être efficace dans l’action. Cela impose à l’Union des femmes du Burkina d’engager de vastes campagnes d’éducation politique et idéologique de ses responsables, pour le renforcement sur le plan organisationnel des structures de l’UFB à tous les niveaux.

Camarades militantes de l’UFB, votre union, notre union, doit participer pleinement à la lutte des classes aux côtés des masses populaires. Les millions de consciences endormies, qui se sont réveillées à l’avènement de la révolution représentent une force puissante. Nous avons choisi au Burkina Faso, le 4 août 1983, de compter sur nos propres forces, c’est-à-dire en grande partie sur la force que vous représentez, vous les femmes. Vos énergies doivent, pour être utiles, être toutes conjuguées dans le sens de la liquidation des races des exploiteurs, de la domination économique de l’impérialisme.

En tant que structure de mobilisation, l’UFB devra forger au niveau des militantes une conscience politique aiguë pour un engagement révolutionnaire total dans l’accomplissement des différentes actions entreprises par le gouvernement pour l’amélioration des conditions de la femme. Camarades de l’UFB, ce sont les transformations révolutionnaires qui vont créer les conditions favorables à votre libération. Vous êtes doublement dominées par l’impérialisme et par l’homme. En chaque homme somnole un féodal, un phallocrate qu’il faut détruire. Aussi, est-ce avec empressement que vous devez adhérer aux mots d’ordre révolutionnaires les plus avancés pour en accélérer la concrétisation et avancer encore plus vite vers l’émancipation. C’est pourquoi, le Conseil national de la révolution note avec joie votre participation intense à tous les grands chantiers nationaux et vous incite à aller encore plus loin pour un soutien toujours plus grand, à la révolution d’août qui est avant tout la vôtre.

En participant massivement aux grands chantiers, vous vous montrez d’autant plus méritantes que l’on a toujours voulu, à travers la répartition des tâches au niveau de la société, vous confiner dans des activités secondaires. Alors que votre apparente faiblesse physique n’est rien d’autre que la conséquence des normes de coquetterie et de goût que cette même société vous impose parce que vous êtes des femmes.

Chemin faisant, notre société doit se départir des conceptions féodales qui font que la femme non mariée est mise au ban de la société, sans que nous ne percevions clairement que cela est la traduction de la relation d’appropriation qui veut que chaque femme soit la propriété d’un homme. C’est ainsi que l’on méprise les filles-mères comme si elles étaient les seules responsables de leur situation, alors qu’il y a toujours un homme coupable. C’est ainsi que les femmes qui n’ont pas d’enfants, sont opprimées du fait de croyances surannées alors que cela s’explique scientifiquement et peut être vaincu par la science.

La société a par ailleurs imposé aux femmes des canons de coquetterie qui portent préjudice à son intégrité physique : l’excision, les scarifications, les taillages de dents, les perforations des lèvres et du nez. L’application de ces normes de coquetterie reste d’un intérêt douteux. Elle compromet même la capacité de la femme à procréer et sa vie affective dans le cas de l’excision. D’autres types de mutilations, pour moins dangereuses qu’elles soient, comme le perçage des oreilles et le tatouage n’en sont pas moins une expression du conditionnement de la femme, conditionnement imposé à elle par la société pour pouvoir prétendre à un mari.

Camarades militantes, vous vous soignez pour mériter un homme. Vous vous percez les oreilles, et vous vous labourez le corps pour être acceptées par des hommes. Vous vous faites mal pour que le mâle vous fasse encore plus mal !

Femmes, mes camarades de luttes, c’est à vous que je parle : vous qui êtes malheureuses en ville comme en campagne, vous qui ployez sous le poids des fardeaux divers de l’exploitation ignoble, « justifiée et expliquée » en campagne ; vous qui, en ville, êtes sensées être des femmes heureuses, mais qui êtes au fond tous les jours des femmes malheureuses,

accablées de charges, parce que, tôt levée la femme tourne en toupie devant sa garde-robe se demandant quoi porter, non pour se vêtir, non pour se couvrir contre les intempéries mais surtout, quoi porter, pour plaire aux hommes, car elle est tenue, elle est obligée de chercher à plaire aux hommes chaque jour ; vous les femmes à l’heure du repos, qui vivez la triste attitude de celle qui n’a pas droit à tous les repos, celle qui est obligée de se rationner, de s’imposer la continence et l’abstinence pour maintenir un corps conforme à la ligne que désirent les hommes ; vous le soir, avant de vous coucher, recouvertes et maquillées sous le poids de ces nombreux produits que vous détestez tant nous le savons mais qui ont pour but de cacher une ride indiscrète, malencontreuse, toujours jugée précoce, un âge qui commence à se manifester, un embonpoint qui est trop tôt venu ; Vous voilà chaque soir obligées de vous imposer une ou deux heures de rituel pour préserver un atout, mal récompensé d’ailleurs par un mari inattentif, et pour le lendemain recommencer à peine à l’aube.

Camarades militantes, hier à travers les discours, par la Direction de la mobilisation et l’organisation des femmes (DMOF) et en application du statut général des CDR, le Secrétariat général national des CDR a entrepris avec succès la mise en place des comités, des sous-sections et des sections de l’Union des femmes du Burkina.

Le Commissariat politique chargé de l’organisation et de la planification aura la mission de parachever votre pyramide organisationnelle par la mise en place du Bureau national de l’UFB. Nous n’avons pas besoin d’administration au féminin pour gérer bureaucratiquement la vie des femmes ni pour parler sporadiquement en fonctionnaire cauteleux de la vie des femmes. Nous avons besoin de celles qui se battront parce qu’elles savent que sans bataille, il n’y aura pas de destruction de l’ordre ancien et construction de l’ordre nouveau. Nous ne cherchons pas à organiser ce qui existe, mais bel et bien à le détruire, à le remplacer.

Le Bureau national de l’UFB devra être constitué de militantes convaincues et déterminées dont la disponibilité ne devra jamais faire défaut, tant l’œuvre à entreprendre est grande. Et la lutte commence dans le foyer. Ces militantes devront avoir conscience qu’elles représentent aux yeux des masses l’image de la femme révolutionnaire émancipée, et elles devront se comporter en conséquence.

Camarades militantes, camarades militants, en changeant l’ordre classique des choses, l’expérience fait de plus en plus la preuve que seul le peuple organisé est capable d’exercer le pouvoir démocratiquement.

La justice et l’égalité qui en sont les principes de base permettent à la femme de démontrer que les sociétés ont tort de ne pas lui faire confiance au plan politique comme au plan économique. Ainsi la femme exerçant le pouvoir dont elle s’est emparée au sein du peuple est à même de réhabiliter toutes les femmes condamnées par l’histoire.

Notre révolution entreprend un changement qualitatif, profond de notre société. Ce changement doit nécessairement prendre en compte les aspirations de la femme burkinabè. La libération de la femme est une exigence du futur, et le futur, camarades, est partout porteur de révolutions. Si nous perdons le combat pour la libération de la femme, nous aurons perdu tout droit d’espérer une transformation positive supérieure de la société. Notre révolution n’aura donc plus de sens. Et c’est à ce noble combat que nous sommes tous conviés, hommes et femmes.

Que nos femmes montent alors en première ligne ! C’est essentiellement de leur capacité, de leur sagacité à lutter et de leur détermination à vaincre, que dépendra la victoire finale. Que chaque femme sache entraîner un homme pour atteindre les cimes de la plénitude. Et pour cela que chacune de nos femmes puisse dans l’immensité de ses trésors d’affection et d’amour trouver la force et le savoir-faire pour nous encourager quand nous avançons et nous redonner du dynamisme quand nous flanchons. Que chaque femme conseille un homme, que chaque femme se comporte en mère auprès de chaque homme. Vous nous avez mis au monde, vous nous avez éduqués et vous avez fait de nous des hommes.

Que chaque femme, vous nous avez guidés jusqu’au jour où nous sommes continue d’exercer et d’appliquer son rôle de mère, son rôle de guide. Que la femme se souvienne de ce qu’elle peut faire, que chaque femme se souvienne qu’elle est le centre de la terre, que chaque femme se souvienne qu’elle est dans le monde et pour le monde, que chaque femme se souvienne que la première à pleurer pour un homme, c’est une femme. On dit, et vous le retiendrez, camarades, qu’au moment de mourir, chaque homme interpelle, avec ses derniers soupirs, une femme : sa mère, sa sœur, ou sa compagne.

Les femmes ont besoin des hommes pour vaincre. Et les hommes ont besoin des victoires des femmes pour vaincre. Car, camarades femmes, aux côtés de chaque homme, il y a toujours une femme. Cette main de la femme qui a bercé le petit de l’homme, c’est cette même main qui bercera le monde entier.

Nos mères nous donnent la vie. Nos femmes mettent au monde nos enfants, les nourrissent à leurs seins, les élèvent et en font des êtres responsables.

Les femmes assurent la permanence de notre peuple, les femmes assurent le devenir de l’humanité ; les femmes assurent la continuation de notre œuvre ; les femmes assurent la fierté de chaque homme.

Mères, sœurs, compagnes,

II n’y a point d’homme fier tant qu’il n’y a point de femme à côté de lui. Tout homme fier, tout homme fort, puise ses énergies auprès d’une femme ; la source intarissable de la virilité, c’est la féminité. La source intarissable, la clé des victoires se trouvent toujours entre les mains de la femme. C’est auprès de la femme, sœur ou compagne que chacun de nous retrouve le sursaut de l’honneur et de la dignité.

C’est toujours auprès d’une femme que chacun de nous retourne pour chercher et rechercher la consolation, le courage, l’inspiration pour oser repartir au combat, pour recevoir le conseil qui tempérera des témérités, une irresponsabilité présomptueuse. C’est toujours auprès d’une femme que nous redevenons des hommes, et chaque homme est un enfant pour chaque femme. Celui qui n’aime pas la femme, celui qui ne respecte pas la femme, celui qui n’honore pas la femme, a méprisé sa propre mère. Par conséquent, celui qui méprise la femme méprise et détruit le lieu focal d’où il est issu, c’est-à-dire qu’il se suicide lui-même parce qu’il estime n’avoir pas de raison d’exister, d’être sorti du sein généreux d’une femme.

Camarades, malheur à ceux qui méprisent les femmes ! Ainsi à tous les hommes d’ici et d’ailleurs, à tous les hommes de toutes conditions, de quelque case qu’ils soient, qui méprisent la femme, qui ignorent et oublient ce qu’est la femme, je dis : « Vous avez frappé un roc, vous serez écrasés ».

Camarades, aucune révolution, et à commencer par notre révolution, ne sera victorieuse tant que les femmes ne seront pas d’abord libérées. Notre lutte, notre révolution sera inachevée tant que nous comprendrons la libération comme celle essentiellement des hommes. Après la libération du prolétaire, il reste la libération de la femme. Camarades, toute femme est la mère d’un homme. Je m’en voudrais en tant qu’homme, en tant que fils, de conseiller et d’indiquer la voie à une femme. La prétention serait de vouloir conseiller sa mère. Mais nous savons aussi que l’indulgence et l’affection de la mère, c’est d’écouter son enfant, même dans les caprices de celui-ci, dans ses rêves, dans ses vanités. Et c’est ce qui me console et m’autorise à m’adresser à vous.

C’est pourquoi, Camarades, nous avons besoin de vous pour une véritable libération de nous tous. Je sais que vous trouverez toujours la force et le temps de nous aider à sauver notre société.

Camarades, il n’y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société, que jamais, mes pas ne me transportent dans une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. J’entends le vacarme de ce silence des femmes, je pressens le grondement de leur bourrasque, je sens la furie de leur révolte. J’attends et espère l’irruption féconde de la révolution dont elles traduiront la force et la rigoureuse justesse sorties de leurs entrailles d’opprimées.

Camarades, en avant pour la conquête du futur ; Le futur est révolutionnaire ; Le futur appartient à ceux qui luttent.

La patrie ou la mort, nous vaincrons !

Thomas Sankara le 8 octobre 1987

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 12:30
Guy Labertit sur Ubiznews 1/2 / #Ibni #Gbagbo

Pour acheter le dernier livre de Guy Labertit, Ibni, une vie politique assassinée au Tchad, rendez-vous à la librairie Présence Africaine, 25 rue des Écoles, 75005, Paris.

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Ou chez le Libre Ère, 111, bd de Ménilmontant, 75011 Paris.

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 10:00
Youssousf "Vuitton" Bakayoko à Bruxelles, automne 2014
Youssousf "Vuitton" Bakayoko à Bruxelles, automne 2014

Retrouvez ci dessous Il n'est pas encore minuit - extrait du livre de Grégory Protche, On a gagné les élections mais on a perdu la guerre -, récit minute par minute de la manipulation médiatico-politique aboutissant au coup d'état franco-onusien contre le président élu de Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo fin 2010 début 2011...

Et, plus particulièrement, le rôle criminel de la Commission électorale dite indépendante et en fait ouattariste pour 80% de sa composition...

Et, encore plus particulièrement, la scène tragi-comique du mercredi 1er décembre 2010, à 23h57, puis 58 et 59, durant laquelle le président de la dite CEI - en photo ci-dessus, Youssouf "Vuitton" Bakayoko, lié familialement au "loubard" Hamed Bakayoko (rebelle puis "ministre" et dauphin potentiel de Ouattara aujourd'hui) -, à l'heure où celle-ci cessait d'officier, incapable de produire des résultats "consolidés par consensus", continuait de répéter à la presse hilare et incrédule face à tant de désinvolture qu'il n'était pas encore minuit...

PS : rappelons, pour l'histoire qui nous impose ses devoirs, qu'alors que la CEI avait organiquement cessé de pouvoir prétendre dire les résultats de la présidentielle ivoirienne, au profit du Conseil constitutionnel, littéralement porté par les ambassadeurs américains et français, Bakayoko se présenta non pas dans un lieu neutre et appartenant à la République ivoirienne, comme le ministère de l'Intérieur ou le Palais présidentiel, comme il est de coutume dans toutes les démocraties, mais, comme dans une caricaturale dictature africaine, depuis le QG d'un des candidats, celui de l'ancienne puissance coloniale, Ouattara, l'Hôtel du Golf, face à la presse occidentale exclusivement, où il proclama des résultats si manifestement faux et truqués qu'on ne permit jamais leur recompte... les médias nationaux, susceptibles de s'émouvoir d'entendre une CEI hors délai prononcer un résultat qu'elle était incapable de valider et de justifier, ayant été tenus soigneusement tenus éloignés de la forfaiture.

PS 2 : à peine avait-il trahi son pays et sa mission à la tête de la CEI que Youssouf Bakayoko quittait la Côte d'Ivoire pour...Paris ! Où RFI, à l'époque, lui permit de mentir encore un peu plus.

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 05:00
#Sankara / Pensées d'hier pour demain, préface de Bruno Jaffré (#LivreDuMoment)

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Pour vous procurer le livre ICI

Cette nouvelle collection « Pensées d’hier pour demain » se propose d’offrir au public, jeune en particulier, de courts recueils de textes de divers-e-s actrices/acteurs qui, hier, furent au cœur de la lutte des peuples pour l’émancipation et dont, aujourd’hui, la pensée s’impose toujours comme de la plus grande actualité.

Dans son introduction Bruno Jaffré souligne, entre autres, deux dimensions de l’action de Thomas Sankara : « la préservation de la planète et la lutte contre la dette illégitime ». Le préfacier insiste aussi sur les premiers objectifs du nouveau pouvoir visant à satisfaire les besoins courants et immédiats de la population, accès à l’eau potable, à l’alimentation saine, à la santé ou à l’éducation… Des objectifs noués à la participation active des populations et à une politique de décentralisation, « la population est amenée à se réunir et à fixer des objectifs réalistes en recherchant d’abord ce qu’elle peut-elle même réaliser, en grande partie par ses propres moyens ». Bruno Jaffré souligne des contractions engendrées par les politiques déployées, en particulier sur la situation des salarié-e-s ou dans l’action des Comités de défense de la révolution (CDR).

Thomas Sankara fit entendre dans les instances internationales, une autre voix, celle des opprimé-e-s, voire sa prise de position pour l’indépendance de la Kanaky.

Les réseaux françafrique et Blaise Compaoré, qui vient d’être chassé du pouvoir par une révolution, immédiatement confisquée par d’autres militaires, sont responsables de son assassinat.

Je choisis comme titre de cette note, une phrase de José Marti, cité par Thomas Sankara, et j’ajoute à n’importe quel homme… à n’importe quelle femme.

Les différents textes choisis éclairent les positions et les actions de Thomas Sankara sur les ruptures nécessaires avec les modèles des puissances dominantes, les dimensions théoriques de la lutte, le caractère universel des positionnements, « Oui je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». », les liens entre paix et indépendance nationale, entre néocolonialisme et dettes…

Même si ses références restent en deçà des apports des féministes, et si certaines formulations me semblent très inadéquates (complémentarité positive, concessions conscientes, droit maternel, survalorisation de la famille…), le dirigeant burkinabè souligne l’inégalité structurelle des femmes, parle de corsets psychiques, de fraudes mentale, d’oppression, « La condition de la femme déborde les entités économiques en singularisant l’oppression dont elle est victime ». Il évoque la femme-objet, la servile domestique, la figurante sans visage et sans voix, les « femme en chaînes, femme-ombre à l’ombre masculine »…

Il termine son discours « La libération de la femme, une exigence du futur » par : « J’entends le vacarme de ce silence des femmes, je pressens le grondement de leur bourrasque, je sens la furie de leur révolte. J’attends et espère l’irruption féconde de la révolution dont elles traduiront la force et la rigoureuses justesse sorties de leurs entrailles d’opprimées ».

Lire le texte : La libération de la femme : une exigence du futur (8 mars 1987) :

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2012/03/07/la-liberation-de-la-femme-une-exigence-du-futur-8-mars-1987/

Je souligne le grand intérêt de l’extrait sur les arbres et l’environnement. Thomas Sankara y parle, entre autres, de perturbation impunie de la biosphère, de lutte contre la désertification…

Une pensée vivante. « A la révolte passagère, simple feu de paille, devait se substituer pour toujours la révolution, lutte éternelle contre la domination »

Table des matières

Introduction : Bruno Jaffré : Thomas Sankara, précurseur des luttes

d’aujourd’hui

Textes de Thomas Sankara :

Au nom du peuple des déshérités. (Discours prononcé le 4 octobre 1984, lors de la 39ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies)

Un front uni contre la dette. (Discours prononcé le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba devant la 25ème Conférence au sommet des pays membres de l’OUA)

La libération de la femme, une exigence du futur. (Discours prononcé le 8 mars 1987 à Ouagadougou)

Les Tribunaux populaires de la révolution. (Discours prononcé le 3 janvier 1984 à l’ouverture des Tribunaux populaires de la révolution)

Sauver l’arbre et l’environnement. (Discours prononcé le 5 février 1986 à Paris devant la conférence « SYLVA » sur l’arbre et la forêt)

L’armée au service du peuple. (Interview dans l’hebdomadaire Révolution, n°196 du 2/12/1983)

Nous avons besoin d’un peuple de convaincus et non d’un peuple de vaincus. (Discours prononcé à Bobo Dioulasso le 2 octobre 1987 à l’occasion de l’anniversaire du discours d’orientation politique)

Développement prêt à porter : Non ! Développement sur mesure : Oui ! (Discours prononcé le 4 août 1986 à l’occasion du 2ème anniversaire de la Révolution)

Nous préférons un pas avec le peuple plutôt que dix pas sans le peuple. (Discours prononcé le 4 août 1987 à Ouagadougou à l’occasion du 4ème anniversaire de la Révolution)

La campagne « Justice pour Sankara. Justice pour l’Afrique »

Des textes pour rappeler les nécessaires luttes d’indépendance et reprendre les débats sur des apports et des limites des révolutions « anti-coloniales »…

Dans la même collection :

Patrice Lumumba : Entre la liberté et l’esclavage il n’y a pas de compromis

Frantz Fanon : Aussi notre revendication est-elle d’emblée totale et absolue

Amilcar Cabral : La lutte de libération est un fait essentiellement politique

Mehdi Ben Barka : Seul a un sens progressiste ou non le contenu politique et économique de l’indépendance

Voir aussi l’ouvrage de Saïd Bouamama : Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, Zones 2014, Sortir l’Afrique de la nuit coloniale

et un site : http://www.thomassankara.net/

Thomas Sankara : Recueil de textes introduit par Bruno Jaffré

CETIM, Pensées d’hier pour demain, Genève 2014, 96 pages, 8,50 euros

Didier Epsztajn

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 10:00
#Compaoré devra être jugé au Burkina ou en Afrique / Signez la pétition

Le 31 octobre 2014, une insurrection populaire à Ouagadougou, dans les principales villes et les contrées les plus reculées a contraint Blaise Compaoré à fuir le Burkina Faso et abandonner le pouvoir dictatorial qu’il y exerçait depuis 27 ans.

Le long règne de Blaise Compaoré à la tête du Burkina Faso a été celui des violations les plus massives des droits de l’homme et des actions de déstabilisations de la sous-région. De la liquidation physique de ses amis politiques (Thomas Sankara, Jean-Baptiste Boukari Lingani, Henri Zongo….) aux guerres du Libéria , Sierra-Leone et Cote d’Ivoire en passant par les disparitions et assassinats d'opposants et de membres de la Société Civile comme le journaliste Norbert Zongo, Blaise Compaoré aura montré à la face du Burkina son pays, de l’Afrique et du monde entier son mépris pour le caractère sacré de la vie humaine ! En Sierra Leone en complicité avec Charles Taylor (condamné à 50 ans pour crime contre l’humanité par le Tribunal spécial des Nations Unies pour la Sierra Leone), il a monté, équipé, soutenu et dirigé une rébellion dont le caractère sanguinaire n’a que peu d’équivalents dans l’histoire de l’humanité. La guerre qu’il a déclenchée dans ce pays a fait selon l’Organisation des Nations Unies plus de 120 000 morts, plusieurs milliers de personnes ont été mutilées délibérément, notamment par l'amputation des mains pour les empêcher de travailler et surtout de voter. Des enfants ont été enlevés, les garçons enrôlés de force comme soldats et les filles transformées en esclaves sexuelles.

Depuis longtemps les Africains et l’ensemble de la communauté internationale n’ont cessé de proclamer leur attachement à la lutte contre l’impunité. Le départ de Blaise Compaoré du pouvoir offre une excellente occasion de traduire dans des actes ce principe si régulièrement énoncé.


Nous soussignés : Didier Awadi, Docteur Félix Atchadé, Clothilde Ohouochi, Professeur Albert Bourgi, Célestine Dabah, Seydi Gassama, Martine Boudet, Sylvie Bocquet N'Guessan, Nicoletta Fagiollo, Professeur Michel Galy, Théophile Kouamouo, Grégory Protche, Docteur Nouha Sonko, Reine Bassène, Karine Ballon, Docteur Nouha Sonko, Fatou Mahine, Docteur Abdoul Khadre Sarr, Mathilde Thépaut, Christine Tibala, Vaber Douhouré, Association Femmes en résistance, Association Halte aux génocides, Groupe médical section sénégalaise Amnesty International...

Demandons :

Que Monsieur Blaise Compaoré, soit traduit devant les juridictions burkinabé ou africaines ad hoc pour y répondre de ses crimes !

OÙ SIGNER LA PÉTITION : ICI.

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 09:15
Elles sont Simone Gbagbo (1)

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Je Réclame la libération de Simone Gbagbo

Ci-dessous Playlist Youtube Je réclame la libération de Simone Gbagbo à faire circuler et à relayer sans aucune espèce de modération malvenue.

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 09:00
Acte I : 1 Africain sur 3 appartient à la classe moyenne...

Source

La Banque africaine de développement (BAD) indique lundi dans une étude que la hausse du niveau de vie sur le continent devrait se poursuivre grâce à la forte croissance économique, qui n'empêche cependant pas la persistance des inégalités.

Avoir un revenu décent, une TV, une voiture, un frigo, des toilettes, l'accès à l'eau et l'électricité... Tels sont les critères principaux pour appartenir à la classe moyenne selon la BAD. Dans sa dernière étude, elle indique que 34% des 1,1 milliard d'Africains en font aujourd'hui partie. Un chiffre qui devrait atteindre 42% d'ici à 2060, précise l'organisation.

"Il y a une classe moyenne stable et elle augmente", a commenté Mthuli Ncube, économiste en chef de la BAD.

Une progression due notamment à la croissance continue du PIB du continent. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit cette année 5,1% d'augmentation, contre 4,7% en 2013, et jusqu'à 5,8% l'an prochain, grâce à une hausse des investissements dans les ressources naturelles et les infrastructures.

L'Afrique du Nord en tête

L'étude montre que les pays ayant un secteur privé robuste comptent la classe moyenne la plus importante. Elle inclut 77% de la population en Afrique du Nord, région suivie - résultat surprenant - par l'Afrique centrale, dont 36% des habitants appartiennent à cette catégorie.

Le sud du continent, où se trouve sa première économie, l'Afrique du Sud, arrive en troisième place, quasi à égalité avec l'Afrique de l'Ouest, avec 34% des habitants inclus dans la classe moyenne. L'Afrique de l'Est arrive en dernière position: un quart à peine de la population appartient à la classe moyenne.

Des disparités en hausse

Mais cette progression du niveau de vie permise par la croissance cache des inégalités elles aussi grandissantes. D'abord, le revenu comptabilisé pour appartenir à la classe moyenne est compris entre 2,2 et 20 dollars par jour, soit un écart considérable de salaire entre la tranche inférieure et supérieure.

Ensuite, une note du FMI publiée le 21 octobre confirme cette tendance à la disparité des revenus, l'augmentation du produit intérieur brut ne reflétant pas la qualité de vie des habitants concernés :

"La remarquable croissance que l'Afrique subsaharienne a connue au cours des vingt dernières années ne s'est pas traduite par une prospérité partagée. Le sous-continent continue à souffrir des inégalités de revenus, bien qu'il soit une des régions à plus forte croissance dans le monde".

Pour que la croissance profite réellement à ceux qui en ont le plus besoin et permette de réduire la pauvreté, le FMI appelle notamment à réorienter les dépenses publiques vers la santé, l'éducation, l'emploi des jeunes et des femmes.

PS : la titraille est de la rédaction

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