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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 09:00

 

Carnet de bord, journal de voyage, récit d'expédition et guide touristique, Paris-Tombouctou est tout ça à la fois lors de sa parution en 1928.
Paul Morand, romancier, noveliste, voyageur littéraire et diplomate part de Notre-Dame et rallie Tombouctou. Un esprit brillant, un styliste (célébré par Céline, qui l'accusait d'avoir "jazzé la langue") aux réflexions, observations et analyses de son temps.

Lecture : Grégory Protche
Mixage : Cave du 18

 

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Published by Gri-Gri International Paul Morand - dans Francophonie Littérature Devoir d'histoire
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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 10:59
Simone Gbagbo scandaleusement emprisonnée
Simone Gbagbo

Réagissant aux multiples "gestes", rencontres, voyages et appels liés à la Réconciliation lancés par le Pan Guillaume Soro, qui prétend maintenant se rendre à La Haye pour aller demander pardon au dernier président ivoirien légalement et démocratiquement élu, Laurent Gbagbo, voici ce qu'a posté ce jour sur Facebook un des avocats de Simone Gbagbo

Bonjour à tous, juste vous informer que Madame Simone Gbagbo, l'épouse du Président Laurent Gbagbo "pour qui on veut payer le billet d'avion en première classe pour aller lui demander pardon à la Haye", et "où on a tenu à le faire mettre en prison en nous indiquant qu'il méritait d'y être", Simone Gbagbo là, est la prisonnière de ceux qui veulent aller demander pardon au loin là-bas hein, et je passe sous silence toutes les personnes connues ou anonymes en prison à cause de Gbagbo ou pour l'avoir soutenu ou travailler dans l'administration à son époque.

Donc de grâce, épargnez moi votre comédie sur le pardon virtuel.

Au passage, nous avons des milliers d'ivoiriens réfugiés hors de la Cote d'Ivoire, et dans des conditions de vie indigne et humiliante.

Le jeune Ange Rodrigue Dadje

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 11:32
Laurent Gbagbo et Me Altit son avocat devant la CPI
Laurent Gbagbo et Me Altit son avocat devant la CPI

 

Mercredi 19 juillet, les réseaux sociaux s'affolaient. Enième possibilité d'une libération du dernier président ivoirien démocratiquement élu et investi ? Presque. Plus compliqué que ça : la révision d'un des refus opposés à une légitime demande de libération conditionnelle... et donc, dans quelques semaines, mois ou années, on ne sait plus, la possibilité d'à nouveau demander une libération qui n'aura décidément plus rien d'anticipée, tant Laurent Gbagbo, bénéficiant de la présomption de culpabilité, aura passé déjà d'années en préventive... Le bon moment, selon notre Dictateur-adjoint, pour s'interroger, tout aussi légitimement sur la stratégie de défense connivente de l'avocat de Laurent Gbagbo, Me Altit.

J'ai compris, ok... vu que l'enjeu de la décision rendue hier (mercredi 19/07/2017) par la CPI n'était pas la libération de Gbagbo, mais la possibilité pour ceux qui auront à statuer sur cette libération de le faire avec l'ensemble des éléments à considérer (et donc de réelles chances de voir une démarche non biaisée aboutir), on peut conclure que c'est une victoire de la Défense.

Mais je suis comme Bololo, "l'ami des bons et des mauvais jours", celui qui vous remonte quand il fait gris et vous déprime quand le soleil brille... (Référence à un entretien avec Vincent Bolloré en 2007 ici-même, lors duquel il se vantait, ami des bons comme des mauvais jours, de continuer de payer ses employés en Côte d'Ivoire même quand le pays était paralysé).

Donc, c'est une victoire de la Défense Altit.

Questions. 

Quand, en tout légalisme, hein, sans jamais rien remuer, ni le ciel ni la terre, ni les médias ni les élites, sans jamais choquer, heurter, provoquer et déranger les discours médiatique et politique dominant, en respectant formellement bien tout, on aura fini de venir à bout des tours et astuces infâmes de cette Cour pour leaders africains, on sera quand ?
Les plus optimistes de mes camarades pronostiquent fin 2017-2018... bon score pour un innocent !!!

Quand l'ensemble du monde sera convaincu de l'innocence de Gbagbo SAUF la CPI, continuera-t-on de scolairement tenter de répondre à ses demandes foireuses, de corriger ses documents bidonnés (dès le premier jour), de s'y retrouver dans le kafkaïsme délibéré de ses procédures vouées à user l'homme ?

Altit va engranger, je le prédis, de plus en plus de petites victoires à l'intérieur de la grande défaite qu'est ce procès. Inutile de le féliciter, il est payé pour son travail par qui de droit.

Cette CPI, qui n'a de cesse depuis sa naissance de se discréditer, la trouverez-vous soudainement vertueuse et honnête parce qu'un beau matin, avec la même absence de motif qu'elle l'emprisonna, elle libérera Gbagbo ?

Y verrez-vous la main de Dieu, en regrettant qu'il ait mis du temps à s'y retrouver dans toute cette histoire ?

La "victoire" d'une connivente stratégie de défense ? Au bout de tant d'années à exclusivement subir et réagir, sans jamais dénoncer et ridiculiser en le quittant un procès qu'aucun violeur d'enfant blanc n'aura attendu si longtemps ?

Je dis depuis novembre 2011 qu'il faut refuser de prendre part à la plaisanterie raciste qu'est le procès Gbagbo devant la CPI. Facebook est mon témoin ! Il faut quitter ce box des accusés. Gbagbo est innocent, les coupables sont ceux qui l'accusent, ceux qui sont dans le box des innocents !

Le contraire de ce que dit la CPI n'est pas la vérité, tant celle-ci à peu à voir avec celle-là.

La CPI est une prison dont les procès sont des anecdotes produites pour divertir.

Aller devant la CPI, c'est entrer en prison. Le procès n'a que peu à voir avec la peine. Le procès améliore le quotidien du prisonnier, l'agrémente, le dramatise, c'est tout. Il n'instruit rien (comment le pourrait-il, vu le sérieux des enquêtes). N'enseigne rien. N'éduque ou ne fait progresser personne et aucune question.
Accepter d'y participer, en reconnaître les énoncés, c'est se condamner à en accepter d'avance les verdicts attendus, les tracas administratifs et la nullité des débats.

Depuis novembre 2011, quand je dis tout ça, on me répond, d'accord, mais pendant ce temps-là, Gbagbo va faire quoi ? rester dans sa cellule ? Ca va donner quoi ?

Au bout de six ans de scandale international étouffé, et au lendemain d'une belle victoire en trompe l'oeil de la Défense, suis-je fondé à vous demander à mon tour : alors, ça a donné quoi d'accepter tout ça sans protester, sans quitter le procès, sans rester dans sa cellule ? Ce procès a fait progresser qui et quoi ? La vérité ?

Quel regard portent sur ce condamné qui purge son procès après sa peine les pays, les opinions qui devraient logiquement oeuvrer à le faire libérer sans condition ? 
Bah, ils font comme lui, comme vous, comme moi : ils attendent la fin du procès...

Comment soutenir Gbagbo contre l'Injustice internationale s'il accepte de s'y soumettre, s'il contribue à son fonctionnement et s'il ne lui dénie pas le droit de le juger ?

Gbagbo n'est pas entre les mains d'honnêtes gens.

Attendre de ces gens qu'à l'usure, par caprice ou intérêt, ils fait-du-princisent un élargissement de Laurent Gbagbo n'est ni une stratégie de défense ni un projet politique.

La preuve : le FPI est cacochyme et ce procès bâclé qui devrait être bouclé depuis déjà plusieurs années bat son plein. N'y aurait-il un pas un (ou deux) problème(s) ?

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 09:42

Post initialement paru le 20 mai 2017. Sous le titre :

COMMENT « LE MONDE » INVENTE LA « RÉPRESSION » AU VENEZUELA

Source

Mettons-nous dans la peau d’un habitant de la planète qui n’aurait que les médias pour s’informer sur le Venezuela et à qui jour après jour, on parlerait de « manifestants » et de « répression ». Comment ne pas comprendre que cette personne croie que la population est dans la rue et que le gouvernement la réprime ?

Mais il n’y a pas de révolte populaire au Venezuela. Malgré la guerre économique la grande majorité de la population vaque à ses occupations, travaille, étudie, survit. C’est pourquoi la droite organise ses marches au départ des quartiers riches. C’est pourquoi elle recourt à la violence et au terrorisme, dont les foyers sont localisés dans les municipalités de droite. ll y a 90 pour cent de quartiers populaires au Venezuela. On comprend l’énorme hiatus : les médias transforment les îles sociologiques des couches aisées (quelques % du territoire) en « Venezuela ». Et 2% de la population en « population ». (1)

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Caracas en mai

Le 12 mai l’ex-présidente argentine Cristina Fernández, après Evo Morales, a dénoncé « la violence utilisée au Venezuela comme méthodologie pour arriver au pouvoir, pour renverser un gouvernement » (2). Depuis l’Équateur, l’ex-président Rafael Correa a rappelé que « le Venezuela est une démocratie. C’est par le dialogue, avec les élections, que doivent se régler les divergences. De nombreux cas de violences viennent clairement des partis d’opposition » (3). C’est aussi la position du Caricom, qui regroupe les pays des Caraïbes (4). Le Pape François a dû pousser les évêques du Venezuela qui comme dans le Chili de 1973 traînaient les pieds face au dialogue national proposé par le président Maduro (5). Ce dernier a par ailleurs lancé le processus participatif de l’Assemblée Constituante, avec vote à la clef, et confirmé la tenue du scrutin présidentiel légalement prévu en 2018.

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Assemblée populaire et d’enseignants pour faire des propositions dans le cadre de l’Assemblée Nationale Constituante, dans l’état d’Apure le 20 mai 2017. Ce processus doit être ouvert et participatif. Une image qu’on ne risque pas de voir dans les médias… Photo de Marco Teruggi

Depuis la disparition d’Hugo Chavez en 2013, le Venezuela est victime d’une guerre économique qui vise à priver la population des biens essentiels, principalement les aliments et les médicaments. La droite locale renoue avec certains éléments de la stratégie mise en place jadis au Chili par le tandem Nixon-Pinochet, en clair provoquer l’exaspération des secteurs populaires jusqu’au débordement de rage et légitimer la violence. Selon le rapport budgétaire 2017 mis en ligne sur le site du Département d’Etat (6), 5,5 millions de dollars ont été versés aux “sociétés civiles” du Venezuela. Le journaliste vénézuélien Eleazar Diaz Rangel, directeur du quotidien Ultimas Noticias (centre-droit) a révélé des extraits du rapport que l’amiral Kurt Tidd, chef du Southern Command, a envoyé au Sénat US : « avec les facteurs politiques de la MUD (coalition vénézuélienne de l’opposition) nous avons mis au point un agenda commun qui comprend un scénario abrupt combinant des actions de rue et l’emploi dosifié de la violence armée sous l’angle de l’encerclement et de l’asphyxie« . (7)

La phase insurrectionnelle implique d’attaquer des services publics, des écoles, des maternités (El Valle, El Carrizal) et des établissements de santé, barrer les rues et les principales artères routières pour bloquer la distribution des aliments et paralyser l’économie. A travers les médias privés, majoritaires au Venezuela, la droite appelle ouvertement les militaires a mener un coup d’État contre le président élu (8). Plus récemment les bandes paramilitaires colombiennes passent du rôle de formatrices a un rôle plus actif : le corps sans vie de Pedro Josué Carrillo, militant chaviste, vient d’être retrouvé dans l’État de Lara, portant les marques de torture typiques au pays d’Uribe (9).

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tachiraparas_0Malgré les mortiers, armes à feu, grenades ou cocktails Molotov utilisés par les manifestants « pacifiques » (sans oublier les mannequins de chavistes pendus aux ponts, signature du paramilitarisme colombien), la loi interdit à la Police ou la Garde Nationale d’user de leurs armes à feu. Les manifestants de droite en profitent pour pousser leur avantage, déverser leur racisme sur les gardes ou policiers, les provoquer à coups de jets d’urine, d’excréments et de tirs à balles réelles, guettant la réaction pour les caméras de CNN. Les fonctionnaires des forces de l’ordre qui ont désobéi et qui se sont rendus coupables de blessures ou de morts de manifestants ont été arrêtés et poursuivis en justice (10). Le fait est que la grande majorité des victimes sont des travailleurs qui allaient au boulot ou en revenaient, des militants chavistes ou des membres des forces de l’ordre (11). C’est pourquoi le « Monde » parle de morts en général  – pour que l’on croie qu’il s’agit de « morts du régime ». Allonger la liste des « morts » sert à augmenter l’appui planétaire a la déstabilisation : il y a dans ces meurtres, il est terrible de le constater, un effet de commande médiatique.

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Après avoir vendu cette image à son réseau international, l’agence Reuters s’est « excusée » d’avoir fait passer pour une arrestation arbitraire visant à étouffer la liberté d’expression ce qui était en réalité l’aide apportée par un garde national à un caméraman blessé…

Tout manifestant qui tue, détruit, agresse, torture, sabote sait qu’il sera sanctifié par les médias internationaux. Ceux-ci sont devenus un encouragement à poursuivre le terrorisme. Toute mort, tout sabotage économique seront attribués au « régime » y compris à l’intérieur du Venezuela où les médias, comme l’économie elle-même, sont majoritairement privés. Que la démocratie participative qu’est le Venezuela tente de se défendre comme doit le faire tout État de Droit, et elle sera aussitôt dénoncée comme « répressive ». Qu’elle ose punir un terroriste, et celui-ci deviendra ipso facto un « prisonnier politique ». Pour le journaliste et sociologue argentin Marco Teruggi « pour une intervention au Venezuela, le Gouvernement des États-Unis a des conditions plus favorables que celle qu’il avait pour bombarder la Libye si on tient compte du fait que l’Union Africaine avait condamné cette intervention presque à l’unanimité. (..) Tout dépend de la capacité de la droite à soutenir longtemps un bras de fer dans la rue en tant qu’espace politique. D’où l’importance de maintenir la caisse de résonance médiatique internationale» (12).

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Exemple sordide de cette alliance : le 5 mai 2017, à l’aide d’une photo digne d’un ralenti hollywoodien (mais qui n’est pas celle de la victime) « Le Monde » dénonce « la mort d’un leader étudiant tué lors des protestations contre le projet du président Maduro de convoquer une assemblée constituante ». Or la victime, Juan (et non José comme l’écrit « le Monde ») Bautista Lopez Manjarres est un jeune dirigeant étudiant révolutionnaire assassiné par un commando de droite alors qu’il participait a une réunion de soutien au processus d’assemblée constituante.

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Le dernier tweet de Juan Bautista Lopez Manjarres : la conférence de presse où il annonçait le soutien du secteur étudiant au processus de l’assemblée constituante

 

« Le Monde » mentionne aussi la réaction du chef d’orchestre Gustavo Dudamel, en tournée à l’étranger, qui demande que « cesse la répression » à la suite de la mort du jeune joueur de violon alto Armando Cañizales. Or ce musicien n’a pas été victime de la répression mais, lui aussi, d’un projectile tiré des rangs de la droite.

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Armando Cañizales

Le journal espagnol La Vanguardia, bien que virulent opposant a la révolution bolivarienne, l’admet exceptionnellement sous la plume de son envoyé spécial Andy Robinson : « De même qu’à d’autres moments de cette crise, le storytelling d’une jeunesse héroïque massacrée par la dictature bolivarienne ne colle pas dans le cas d’Armando Cañizales. (..) Il est pratiquement sûr que le projectile n’a pas été tiré par la police mais par les manifestants eux-mêmes. Il est notoire que certains d’entre eux ont fabriqué des armes artisanales pour les affrontements quotidiens avec la police» (13).

La réaction rapide de Mr. Dudamel est représentative des personnalités artistiques – nombreuses, on peut mentionner Ruben Blades ou René du groupe Calle 13 – subissant la forte pression du dispositif médiatique de leurs pays, contraintes de faire des déclarations pour satisfaire l’opinion publique convaincue à 99 % par les médias qu’il faut dénoncer la « répression au Venezuela ».

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Le 16 mai, « Le Monde » dénonce « la mort d’un jeune de 17 ans, blessé par balle lors d’un rassemblement contre le président Maduro » (article ci-dessus). C’est faux. L’enquête montre que Yeison Natanael Mora Castillo a été tué par un projectile identique à celui utilisé pour assassiner le jouer de violon alto Cañizales. Il ne participait pas davantage à un rassemblement anti-Maduro. Ses parents sont membres d’une coopérative en lutte pour récupérer un latifundio de sept mille hectares, subissant depuis longtemps les attaques du grand propriétaire. Ils ont porté plainte contre les organisateurs de la marche de l’opposition et dans une interview au journal local Ciudad Barinas ont dénoncé la manipulation internationale de l’assassinat de leur fils, imputé faussement au gouvernement Maduro. (14)

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Yeison Natanael Mora Castillo

Imputer systématiquement au gouvernement bolivarien les assassinats commis par la droite, c’est tout le « journalisme » de Paulo Paranagua. Le 21 avril déjà, il impute aux collectifs chavistes la mort d’un étudiant de 17 ans, Carlos Moreno, tué d’une balle dans la tête, tout comme celle de Paola Ramirez Gomez, 23 ans. Double mensonge. Selon la famille de Carlos Moreno, l’adolescent ne participait à aucune manifestation et se rendait a un tournoi sportif. Son assassin vient d’être arrêté : il s’agit d’un membre de la police d’Oscar Oscariz, maire de droite de la municipalité de Sucre. Le journal d’opposition Tal Cual en a rendu compte (15). Quant à la deuxième victime mentionnée par Paranagua, Paola Rodríguez, son assassin a été arrêté également par les autorités : il s’agit d’Iván Aleisis Pernía, un militant de droite.

Certes le « quotidien vespéral des marchés » n’est pas seul à mentir de manière aussi sordide dans ce « combat pour la liberté ». La Libre Belgique, le New York Times, France-Culture, El Pais, Le Figaro ou même Mediapart sont autant de robots de la vulgate mondiale. Cette invention de « la répression » est d’autant plus facile que l’image archétypale du manifestant matraqué par un garde national est gagnante d’avance lorsqu’on est privé d’accès au hors-champ de l’image. Loin du Venezuela, seuls les happy few flaireront la mise en scène où des jeunes sont entraînés, armés, payés pour provoquer les forces de l’ordre et produire « l’image » nécessaire. La concentration planétaire des médias et la convergence croissante des réseaux sociaux avec les médias dominants fait le reste, fixant l’imaginaire de la gauche comme de la droite. On voit ainsi des « insoumis » politiquement se soumettre médiatiquement et ajouter sans le savoir leur petite pierre à la campagne mondiale :

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Et ci-dessous le retweeteur de cette belle affiche n’imagine sans doute pas la supercherie qui se cache derrière l’Anonymous vénézuélien. Cette capacité de l’extrême droite d’emprunter au mouvement alternatif mondial certains de ses symboles pour capitaliser un appui est décryptée ici : « Quand tombe le masque de Guy Fawkes de l’opposition vénézuélienne » (16)

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Bref, comme si l’histoire de la propagande et des guerres ne nous avait rien appris, nous retombons sans cesse dans la nasse. Malcolm X avait prévenu : « si vous n’y prenez garde, les médias vous feront prendre les victimes pour les bourreaux et les bourreaux pour les victimes ». En transformant les violences de l’extrême droite en « révolte populaire », en rhabillant en « combattants de la liberté » des assassins nostalgiques de l’apartheid des années 90, c’est d’abord contre les citoyens européens que l’uniformisation médiatique sévit : la majorité des auditeurs, lecteurs et téléspectateurs appuient sans le savoir une agression visant à renverser un gouvernement démocratiquement élu. Sans démocratisation en profondeur de la propriété des médias, la prophétie orwellienne se fait timide. Le Venezuela est assez fort pour empêcher un coup d’État comme celui qui mit fin à l’Unité Populaire de Salvador Allende mais la coupure croissante de la population occidentale avec le monde se retournera contre elle-même.

 

Micro-manuel d’auto-défense face à la déferlante médiatique.

« Le Venezuela est un « régime dictatorial». Faux. Depuis 1999, le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (25), reconnus comme transparents par les observateurs internationaux. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie(FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie. L’ONG chilienne LatinoBarometro a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat les records de confiance citoyenne dans la démocratie en Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Le président Nicolás Maduro vient de lancer un processus constituant participatif qui permet à tous les secteurs sociaux de faire leurs propositions, ce qui donnera un nouveau scrutin, et a réaffirmé que des élections présidentielles auront lieu en 2018 comme le stipule la loi.

« Il n’y pas de liberté d’expression au Venezuela ». Faux. Sur les plus de 1000 stations de radio et chaînes de télévision auxquelles l’État a accordé l’autorisation d’émettre, 67% sont privées (la grande majorité opposées à la révolution bolivarienne), 28% sont aux mains des communautés mais ne transmettant que sur une échelle strictement locale et 5% sont propriété de l’État. Sur les 108 journaux qui existent, 97 sont privés et 11 publics. 67% de la population vénézuélienne a accès à internet. Cette plate-forme dominante des médias privés renforcée par le réseau des transnationales joue un rôle crucial dans la désinformation au service de la déstabilisation. Pour un dossier détaillé et chiffré de ce paysage médiatique, voir Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France-Culture » (17)

« Il y a des prisonniers politiques au Venezuela ». Faux. A moins de considérer comme « prisonniers politiques » les assassins du parti d’extrême droite Aube Dorée emprisonnés en Grèce. Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Venezuela, être de droite ne signifie pas être au-dessus des lois ni pouvoir commettre impunément des délits tels qu’assassinats, attentats à la bombe ou corruption. Ce n’est pas pour leurs opinions politiques mais pour ce type de délits que des personnes ont été jugées et emprisonnées (18). Dans la pratique on observe d’ailleurs un certain laxisme de la justice. Selon la firme privée de sondages Hinterlaces, 61 % des vénézuéliens considèrent que les promoteurs des violences et des actes de terrorisme devraient répondre de leurs actes devant un tribunal (19).

Rappelons que les leaders actuels de la droite n’ont jamais respecté les institutions démocratiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État sanglant contre le président Chavez, avec l’aide du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Ce sont les mêmes qui ont organisé les violences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs mentors : Alvaro Uribe, un des plus grands criminels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-président d’un pays gouverné par le paramilitarisme et les cartels de la drogue, qui possède les plus grandes fosses communes du monde, qui compte 9500 prisonniers politiques, 60.630 personnes disparues au cours des 45 dernières années et qui depuis la signature des accords de paix a repris une politique sélective d’assassinat de leaders sociaux et de défenseurs des droits de l’homme. Pour une information complète et en photos sur ces liens des héros du « Monde » avec le paramilitarisme colombien, lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? »,https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

Thierry Deronne, Venezuela, 20 mai 2017.

Notes

  1. 1 Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/
  2. 2 Entretien intégral de Cristina Kirschner avec Jorge Gestosohttps://www.youtube.com/watch?v=-WM6nD6hPu0
  3. http://ambito.com/883274-tras-reunirse-con-michetti-correa-defendio-a-venezuela . Voir aussi http://www.telesurtv.net/news/Long-rechaza-injerencia-de-EE.UU.-en-asuntos-internos-de-Venezuela-20170518-0039.html
  4. http://correodelorinoco.gob.ve/cancilleres-de-caricom-resaltan-solucion-pacifica-para-situacion-de-violencia-en-venezuela
  5. http://www.ultimasnoticias.com.ve/noticias/politica/papa-francisco-dialogo-venezuela-afectado-la-division-la-oposicion/
  6. https://www.state.gov/documents/organization/252179.pdf (voir page 96)
  7. http://www.southcom.mil/Portals/7/Documents/Posture%20Statements/SOUTHCOM_2017_posture_statement_FINAL.pdf?ver=2017-04-06-105819-923
  8. 8 Comme le reconnaît Julio Borges, leader du parti d’extrême droite Primero Justicia et actuel président de l’Assemblée Nationale, dans l’interview non complaisante que lui fait le journaliste de la BBC Stephen Sackur, le 19 mai 2017 :http://bbc.co.uk/programmes/p052nsxd
  9. http://tatuytv.org/index.php/noticias/duelo/3680-terrorismo-hallan-sin-vida-y-con-signos-de-tortura-a-militante-del-psuv-secuestrado-en-zona-opositora
  10. 10 Détails de plusieurs cas sur le site du Parquet : http://bit.ly/2ro4iXE ;http://bit.ly/2qE9MNb ; http://bit.ly/2q5RsbU ; http://bit.ly/2rnNT5s
  11. 11 http://albaciudad.org/2017/05/lista-fallecidos-protestas-venezuela-abril-2017/
  12. 12 http://hastaelnocau.wordpress.com/2017/05/09/radiografia-de-la-violencia
  13. 13 http://www.lavanguardia.com/internacional/20170507/422343873153/violinista-muerto-venezuela-manifestaciones.html
  14. 14 http://www.desdelaplaza.com/poder/yeison-lo-mataron-manifestantes-la-mud-destacado/
  15. 15 http://www.talcualdigital.com/Nota/142708/detenido-polisucre-por-asesinato-de-estudiante-de-la-ucv-carlos-jose-moreno
  16. 16 https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/15/fauxccupy-sous-les-masques-de-guy-fawkes-de-lopposition-venezuelienne
  17. 17 https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/12/thomas-cluzel-ou-linterdiction-dinformer-sur-france-culture
  18. 18 https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/
  19. 19 http://hinterlaces.com/61-afirma-que-responsables-de-manifestaciones-violentas-deberian-ir-presos/
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Published by Gri-Gri International Thierry Deronne - dans Venezuela Politique Economie Devoir d'histoire
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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 12:11
Stanislas Spero Adotevi auteur de Négritude et négrologues
Stanislas Spero Adotevi auteur de Négritude et négrologues

 

Ainsi que vous le découvrirez en parcourant le post précédant dans le temps mais suivant à l'écran celui-ci, l'impayable mais très achetable Jeune Afrique a encore perdu une occasion de plaire... en censurant littéralement un entretien - que vous retrouverez également dans le post suivant celui-ci - avec Stanislas Spero Adotevi. Navré, François de Negroni a envoyé à JA un courrier que nous avons pu nous procurer. 

Monsieur,

  Les arguments que vous utilisez pour répondre aux légitimes demandes de Stanislas Adotevi me paraissent bien spécieux : la "déontologie", le "format", etc. Des fadaises de journaliste.
  Si ce n'était le fait de l'inculture, la vôtre, j'y verrais même une forme de discrimination.
  Je veux dire par là que si vous aviez interviewé Alain Badiou (ou telle autre vedette blanche du discours), vous vous seriez plié, j'en suis certain, à leurs exigences, sans barguiner, ni faire preuve de cette mesquinerie.
  Vous ignorez donc Adotevi, son statut de grand intellectuel africain, son magistère moral, la déclinaison passionnante de sa vie et de ses rencontres. Et vous le traitez en intellectuel exotique de deuxième ordre.
  J'aimerais savoir si Fouad Laroui (mais est-il toujours à Jeune Afrique ?), est au courant de ce conflit ? Car je ne doute pas qu'il ne prenne le parti d'Adotevi. A la dernière réédition de "Négritude et Négrologues", il y avait consacré quatre pages.

Bien à vous.
François de Negroni.

 

PS : ci-dessous un teaser vidéo à propos de la réédition du livre d'Adotevi.

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 11:39
L'édition poche originale de Négritude et négrologues de Stanislas Spéro Adotevi
L'édition poche originale de Négritude et négrologues de Stanislas Spéro Adotevi


Cet article devait initialement paraître début juillet dans les colonnes de l'impayable mais très achetable Jeune Afrique.
Il s'agissait, au départ, d'une interviewe orale, conduite dans des conditions improvisées et bruyantes, et que Stanislas Adotevi a légitimement voulu retravailler par écrit.
Seulement voilà, cela ne se fait pas à JA, caractérisé, il est vrai, par la grande spontanéité de ses entretiens et son impeccable déontologie.
De plus, les modifications apportées par Stanislas Adotevi rallongeaient l'article de 3000 signes. Un format exorbitant, selon la rédaction, accordés à un livre et à un intellectuel apparemment jugés par eux secondaires...
Jeune Afrique était déjà un journal impayable. Demeure-t-il achetable ?

 

NÈGRES ET NÉGRITUDE

Stanislas Spero ADOTEVI a eu autant de vies qu’il a traversé d’époques. Ce philosophe béninois né en 1934, ancien élève de d’Althusser, passé par l’anthropologie, a occupé des postes politiques et administratifs au Bénin et ailleurs, et enfin pour l’UNICEF. Il a eu une importante activité éditoriale (Amadou Hampaté Bâ, Maryse Condé ; Mongo Betti…) tout en écrivant. Son essai le plus connu Négritudes et négrologues ressort en coédition chez Delga – Materia scritta. D’un style vigoureux et polémique, il a été écrit suite au Festival Panafricain d’Alger de 1969, puis publié en France en 1970. Avec les années, ce texte a gardé sa force pendant que son lectorat acquérait du recul sur les idées exposées.

Stanislas S. ADOTEVI vit aujourd’hui au Burkina Faso, toujours attentif à son temps.

Ap - Qu’est-ce que la négritude ? Et vous-mêmes, vous sentez-vous « nègre » ?

S. SA - Je n’ai pas de définition à donner, il vaut mieux poser la question à ceux qui en font une parure. En ce qui me concerne, je me considère comme un nègre absolu non pas produit d’un délit identitaire mais comme un africain du 21ème siècle qui cherche à faire face aux défis que rencontre le continent mais aussi confiant dans les chances énormes que l’Afrique a d’attendre quelque chose. Je laisse donc le soin d’une négritude qui ne soit que littéraire à ceux qui en ont besoin.

AP - Et vous, vous en avez besoin ?

SA - Je n’ai pas besoin de cette forme de négritude. En revanche, le concept de négritude a un sens s’il s’agit de l’utiliser comme un instrument de combat dans un monde mortifère, ce monde du 21ème siècle en plein chavirement. J’ai eu à critiquer en son temps la négritude en général parce qu’elle était noyée dans un parfum d’inachèvement et plus particulièrement celle de Senghor, non pas le poète, mais le politicien qui l’avait utilisée à des buts que je disais inavouables. Comme l’a si merveilleusement bien mis en évidence l’un des grands noms de la philosophie française, Jean-Paul Sartre, pour les écrivains de la négritude en général, c’était en ces temps-là, questionner le discours raciste du blanc, dénoncer la traite negrière, la colonisation, le mépris des autres, annoncer la révolte (lire Orphée Noire). Bref, il s’agissait de récupérer le mot nègre, insulte suprême dans la bouche du blanc raciste pour, comme dans les temps anciens lorsque la guerre est aux portes, battre le tam-tam afin de provoquer l’état de veille et préparer le peuple au combat.

AP - Eux ?

SA – Eux ? Senghor, Césaire, Damas… c’était la génération de nos ainés. Ils se battaient pour se libérer et libérer les noirs de l’esclavage colonial. On peut dire avec certitude que le concept « négritude » est le fruit assurément des réflexions de Césaire et Senghor. Tous deux noirs dans une classe préparatoire en France (KHAGNE) au milieu d’un océan de jeunes adolescents blancs. Si tous les deux donnaient au mot la même définition, chacun d’eux le vivait de manière différente compte tenu du milieu d’où il venait et de la forme que revêtait la domination blanche ; pour Césaire la Martinique et Senghor l’Afrique noire. Césaire vivait certainement plus douloureusement le caractère intrinsèquement absurde du système raciste installé dans les Caraïbes. Pour ma génération, n’oubliez pas qu’elle est celle qui a connu la guerre du Vietnam et d’Algérie, deux pays qui ont tous deux obtenu leur indépendance par la lutte. Ce qui, pour nous alors étudiants de ce temps, représentait l’idéal que les africains devraient atteindre. Dans la fureur de notre jeunesse, tout mouvement qui contribuerait à l’indépendance et conduirait à la dignité d’homme libre en valait la peine. Par conséquent, nous ne pouvions pas ne pas nous intéresser à la négritude, nous jeunes africains qui étions alors dans les Lycées ou les universités au moment où nous découvrions le concept.

AP -Mais pourquoi nègre plutôt que noir ?

SA - Parce que le mot nègre est connoté ; il a un sens, une histoire, c’est l’histoire de l’esclavage, de la colonisation, de l’exploitation, etc. Parce que le mot nègre était utilisé comme une insulte du blanc raciste. Il s’agit donc de transformer ce qui était une insulte en revendication pour en faire un mot fort, un mot qui frappe comme un coup de poing. Il fallait transformer l’injure en mot de liberté. Le moment même de la renaissance.

AP - Ces « révolutionnaires », en quoi l’étaient-ils ?

SA - Au point de vue littéraire, ce mouvement a réussi à installer une littérature, conduit à la conscience nécessaire d’une recherche sur l’Afrique par les africains eux-mêmes, poussé à une explosion culturelle (danse, peinture, etc). Comme je l’ai dit dans le livre, la négritude dans les années 30 doit être considérée comme le temps primitif de la renaissance africaine tant sur le plan culturel que politique. Au point de vue politique, elle a servi de ferment aux luttes qui ont conduit aux indépendances grâce aux résistances des cadres africains du temps colonial et aux luttes des peuples contre la colonisation. Il ne s’agissait donc pas de parler de négritude en termes de race, le progrès pour le nègre, ce n’est pas d’être nègre, c’est d’être indépendant. La phrase senghorienne : « l’émotion est nègre comme la raison est hellène » n’a de sens que si on veut maintenir le nègre dans une vision de ‘’ vérité ‘’ essentialiste qu’on ne peut pas démontrer et que Levy – Brühl, le père de cette fantasmagorie nommée « pensée prélogique », pensée primitive a lui-même dénoncé comme peu scientifique. Dans le cas de l’Afrique, elle est à l’évidence dirimante dans la marche vers l’indépendance.

AP – Et quels sont ces négrologues dont vous parlez dans le titre ?

SA – Au moment où j’écrivais le livre en 70, le mot négroloque désignait les politiciens qui ne voulaient pas aller plus loin que le bricolage gaullien, cette communauté franco-africaine qui avait nommé les gestionnaires de l’indépendance accordée en 1962 pour protéger les intérêts français. Ce qui s’appellera plus tard et plus particulièrement aujourd’hui, de manière apodictique, la France-Afrique. Et dont nous devons nécessairement nous débarrasser aussi bien les africains que les français conscients de la réalité mortifère du système. Ce qui ne se pourra que si nous prenons conscience des tragédies qui traversent l’Afrique : pauvreté, déficit de démocratie, incapacité de nous défendre sans aide extérieure, absence de vision de développement endogène, absence de volonté politique pour une vraie rupture à l’égard des politiques de développement élaborées par les institutions de Bretton Woods et autres institutions de développement. Un système de santé défaillant, un faible taux de scolarisation notamment des jeunes filles. Une jeunesse (75% à 80% sur le continent) désœuvrée et inquiète, consciente que les leviers du développement se trouvent à ailleurs ; ce qui pousse certains à partir pour des rêves poussiéreux qu’ils n’ont pas la force de bâtir ici et ainsi finir dans le ventre des poissons méditerranéens. Par ailleurs, avoir en même temps conscience que les campagnes commencent à s’organiser d’elles-mêmes ; comprendre aussi que la jeunesse devant le vide du futur, partout s’organise sur le continent pour l’avènement d’une palingénésie. Toute chose devant forcer les dirigeants d’aujourd’hui à admettre qu’il n’y a pas d’autre issu que de savoir où ils doivent aller pour porter leurs peuples assurés sur leurs jambes. Pour eux, il est temps de savoir ce qu’il faut savoir, de vouloir ce que veulent leurs peuples. En un mot savoir où l’on va car selon le mot de Seneque « il n’est point de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va »

AP – Qu’est devenue la négritude en 2017?

SA – Beaucoup de choses comme je viens de le dire. L’Afrique, pour la stigmatiser, on en parle comme s’il s’agissait d’un seul pays. Oubliant par là qu’on a affaire à un continent et qu’il n’est pas le seul de cette planète sur laquelle s’abattent les Érinyes mais que c’est le monde entier qui s’effondre. Pour répondre à votre question, l’Afrique non seulement n’est pas en stase, elle bouge avec la prise de conscience de ses populations, le rôle déterminant de ses intellectuels qui questionnent. En 2017, la négritude est un mouvement en acte qui profère, met les peuples en mouvement et forcent les dirigeants à voir, même les yeux fermés, la réalité. Un discours sur la négritude qui libère le nègre de ses frayeurs et lui annonce un futur, sans s’enfermer sur soi, est toujours nécessaire aujourd’hui.

AP - Selon vous, l’actualité de la négritude est davantage littéraire ou politique ?

SA - Les deux ! Sur le plan politique, il y a au moins trois noms que nous connaissons, Patrice Lumumba, Amical Cabral et Thomas Sankara, etc. Sur le plan littéraire, je la vois comme un discours qui donne aux jeunes un moyen de croire ; au continent, la force d’aller encore plus loin. Tous nos chercheurs et écrivains aussi francophones qu’anglophones qui ne sont plus aujourd’hui isolés, par leurs écrits donnent à l’Afrique des raisons d’espérer. Il s’agit bien évidemment des plus anciens comme Olé Soyinka, Cheick Amidou Kane (dont une citation ouvre mon livre), Ki Zerbo, Théoplhile Obenga, Henri Lopes, Martien Towa, Gassama, Aimée Gniali, etc. D’autres aussi puissants comme Paulin Hountondji qui a mis en cause sans concession les faux concepts drainés par les adeptes de ce qu’on appelait autrefois la philosophie africaine ; Bachir N’Diaye qui dissèque pour nous la pensée islamique, Bidima le métaphysicien, Florent Couao-Zotti et Gabriel Okoundji les béninois. D’autres encore comme Mabanckou, Mamadou M. N’Dongo, Théo Ananissoh, Nii Ayikwei Parkes le ghanéen, Mia Couto le blanc mozambicain, Sony Labou Tansi, sans oublier les écoles d’anthropologies sénégalaises où fleurir Raphael Ndiaye, et toutes les écoles de linguistique, de sociologie qui s’étalent sur le continent. Enfin Kako NUBUKPO qui et entrain de faire sauter la baraque… On peut allonger à l’infini la liste. En un mot, une littérature indicatrice du génie africain. Une littérature présente doublée d’une inventivité langagière et d’une belle moisson en art contemporain, artiste, musiciens, etc..

 

On peut le voir, la négritude des indépendances est celle qui cherche son chemin dans la gésine de l’avenir.

Encadré :

De la provocation à la polémique

En mai 1935, dans L’Étudiant Noir (journal de l’Association des étudiants martiniquais), Aimé Césaire proclame la négritude comme identité commune propre aux peuples noirs d’Afrique et d’ailleurs. La négritude dit la fierté d’être autres, d’être soi. Ce mouvement littéraire francophone se politise dès les prémices de la décolonisation. À la fois célébré, récupéré et édulcoré, il inspire l’anglophone Black Nationalism, l’Amérique de Martin Luther King et Malcolm X.

Ses détracteurs l’accusent de réduire les noirs au statut de bon nègre mythologique.

 

RETROUVEZ CI-DESSOUS UN EXTRAIT DE NEGRITUDE ET NEGROLGUES CONSACRE A SENGHOR

 

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 10:00

 

Préambule à la rencontre de mercredi prochain :

Stanislas Spero Adotevi a été, rue d’Ulm, élève du philosophe français Louis Althusser. Il s’est ensuite orienté vers l’anthropologie pour un doctorat et des recherches sur l'impact de la colonisation et les conséquences des pratiques ethnocidaires du système colonial sur le développement des pays en voie de développement et plus spécifiquement l'Afrique1.Il vit actuellement au Burkina Faso où il continue ses recherches.
Il a occupé des postes politiques et administratifs dans son pays dont ceux de Ministre de l’Information en 1963, de la Culture entre 1965 et 1968, Directeur de l’Institut des Recherches Appliquées du Dahomey (actuel Bénin), Directeur des Archives Nationales et des Musées. Dans ce cadre, il fut à la Conférence Internationale des Musées, organisée en septembre 1971, par l’ICOM à Grenoble (France), élu Secrétaire General des Musées Africains.
Dans les années 1970 à Paris, il est Professeur de philosophie et à l’Université Paris VII3 où il participe intimement aux recherches de l’Anthropologue Français Robert Jaulin, Directeur du Département d’Anthropologie et d’Histoire des Religions. Robert Jaulin et lui, créèrent au cours de ces mêmes années aux Éditions 10/18 de Christian Bourgois (Union Générale des Éditions) une collection nommée « La voix/voie des autres », où furent publiés pour la première fois L'Étrange Destin de Wangrin du sage africain Amadou Hampâté Bâ, ou encore, plus tard, Heremakhonon, premier roman de l'écrivain antillaise Maryse Condé, et Remember Ruben, roman de Mongo Beti. En un mot, cette collection annonçait déjà les débats actuels sur la diversité.

De 1975 à 1979, il est nommé Directeur Régional du CRDI (organisme Canadien de recherche sur le développement). De 1979 à 1981, il est doyen de l'Université des Mutants à Gorée (Centre International de Rencontre et de Dialogue créé par le Président Senghor et le premier ministre Québécois René Lévesque avec la participation de l'écrivain Roger Garaudy).
En 81, Représentant de l’UNICEF en Haute Volta (actuel Burkina Faso), il deviendra en 87, Directeur Régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre et enfin en 95, Conseiller Spécial du Directeur Exécutif de l’UNICEF, à New York.

Il a publié en 1973 chez Présence Africaine : Nkrumah ou le rêve éveillé, puis en 1990, aux éditions Chaka, De Gaulle et les Africains.
C'est en 1970 qu'il publie son œuvre maîtresse chez UGE/PLON : Négritude et négrologues, ouvrage réédité une dizaine de fois par le même éditeur. Epuisé, il est repris par Le Castor astral en 1998, sous la direction de François de Negroni, avec une préface de Henri Lopes, l'écrivain congolais bien connu (Congo Brazzaville). Il vient d'être une nouvelle fois réédité, en coédition par Delga et Materia Scritta, 2017, avec une préface de Dominique Pagani.

Librairie Tropiques

 

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 23:49

 

Jean-Christophe Notin, auteur d’un livre de désinformation sur les relations entre la France et la Côte d’Ivoire

(Je republie cet article paru le 18/06/2014 alors que cet Jean-Christophe Notin fait le beau à On n’est pas couché sur France 2).

C’est un bouquin dangereux pour les générations futures, qui tente de réécrire l’Histoire récente et multiplie les absurdités grossières et les contre-vérités. Ce qui ne l’empêche pas de s’imposer en France comme un « livre de référence » dont on peuplera les bibliothèques et instituts spécialisés. Et pourtant !

A quoi cela sert-il donc de « faire de la publicité »à un ouvrage que l’on estime à la fois malhonnête, dangereux et souvent totalement à côté de la plaque ? Telle est la question que l’on peut se poser en s’engageant dans la lecture de cet article consacré au livre « Le crocodile et le scorpion » de Jean-Christophe Notin, sous-titré « La France et la Côte d’Ivoire (1999–2013) ». Pourquoi contribuer à rendre célèbre des écrits qui participent d’une entreprise de travestissement de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, dans le but de dédouaner une ancienne puissance coloniale pourtant grandement responsable du chaos qui y a régné pendant une longue décennie ?

D’abord et avant tout parce qu’il est impérieux de déconstruire les techniques manipulatoires de ce qu’il faut bien appeler une « littérature des services ». Comme nombre d’ouvrages précédents dans la même veine, « Le crocodile et le scorpion » se caractérise par une série d’erreurs grossières, qui trahissent la méconnaissance grossière du sujet par son auteur, qui croit pallier son ignorance en se servant de fiches et d’entretiens avec des « sources » exclusivement issues de la diplomatie, de l’armée et des agences de renseignement hexagonales. Sans surprise, il se livre à un révisionnisme honteux et maladroit de l’histoire récente, en remettant en cause des faits désormais établis sans grand risque, dans la mesure où un grand nombre de ses lecteurs, qui ne savent pas, vont le croire sur parole. Et qu’un petit nombre d’entre eux, qui savent, vont se demander à quoi bon faire de la publicité à un livre qui ne le mérite pas…

Et pourtant. A ne pas démasquer l’imposture du livre de Notin, on court le risque de le laisser prospérer comme « ouvrage de référence », comme le considère déjà l’émission « Le Dessous des Cartes » diffusée sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte et largement ventilée dans les bibliothèques universitaires du monde entier.

Comment être « spécialiste » d’un pays qu’on ne connaît pas du tout

Accabler Gbagbo, encenser Ouattara, dédouaner la France et saupoudrer le tout « d’ivoirité ». La recette utilisée par Jean-Christophe Notin aux fins de planter le décor ivoirien n’est pas nouvelle. Mais à vouloir expliquer un contexte qu’il ne maîtrise pas, l’auteur se couvre de ridicule. Petit florilège non exhaustif.

- En page 19, Notin écrit que Ouattara a pris « un peu plus d’étoffe » en 1994 en créant le RDR. Or, c’est Djéni Kobina qui a créé le RDR en question, dont Ouattara n’a pris la tête qu’en 1999.

- En page 20, il essaie d’expliquer qu’Alassane Ouattara a été burkinabé sans vraiment l’être dans un développement confus et sacrément inexact. Pour les besoins de sa cause, il va jusqu’à dire que Ouattara doit « sa nationalité burkinabée » qui n’a tenu qu’à « des circonstances particulières » à… Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987. Alors qu’Alassane Ouattara a été enregistré comme étudiant burkinabé aux Etats-Unis dans les années 1960 et a été vice-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) au titre du Burkina Faso dès 1983.

- En page 36, l’auteur écrit, sans sourciller, qu’un second tour a eu lieu lors de la présidentielle de 2000, ce qui est rigoureusement faux, et que c’est suite à ce second tour que Gbagbo a été élu. Or Gbagbo a été élu, en 2000, au premier tour face au général Guei.

- En page 37, il invoque un « entre deux tours » lors des élections législatives, ce qui est d’autant plus grotesque que les lois ivoiriennes prévoient que ce scrutin soit un scrutin à un tour.

- En page 38, il prétend que Simone Gbagbo a fait plus de prison que son mari, ce qui est flatteur mais faux.

Toujours à la page 38, il écrit que le couple Gbagbo était membre de l’église Foursquare, ce qui est faux (ils étaient membres de l’église Schékina Glory de Moïse Koré). Et que le fondateur de Forsquare, c’est… « Papa nouveau », qu’il confond manifestement avec Sévérin Kacou. A la page 211, — il confond le pasteur Moïse Koré et Koné Malachie.

- A la page 75, Christophe Notin apprend au lecteur médusé que Charles Blé Goudé est « souvent secondé » par Jeannette Koudou, la sœur de Laurent Gbagbo, qui a l’âge d’être sa mère… et qui n’appartient ni de près ni de loin au mouvement des Jeunes Patriotes.

- En page 123, il indique qu’en novembre 2004, Désiré Tagro était le directeur de cabinet de Gbagbo, alors qu’il était Conseiller spécial aux Affaires juridiques et porte-parole de la présidence.

- En page 236, il affirme doctement que Marcel Gossio, alors directeur du Port autonome d’Abidjan, était ministre de l’Economie dans le gouvernement Aké N’Gbo. En réalité, par méconnaissance des hommes et du contexte, il le confond avec Désiré Dallo, directeur du Port autonome de San Pedro devenu effectivement grand argentier dans le dernier exécutif de Gbagbo.

Un Français qui ne connaît pas le mode de scrutin lors des élections législatives américaines, qui se trompe sur les fonctions officielles des collaborateurs d’Obama, sur le nom de son pasteur, sur le parcours de son épouse et la genèse d’une des principales forces politiques en présence peut-il s’ériger en spécialiste des Etats-Unis ? Non. Mais quand il s’agit de l’Afrique francophone, toutes les impostures sont possibles. N’importe qui, actionné par les réseaux les plus glauques d’une diplomatie néocoloniale qui veut se faire passer pour une oie blanche et diffuser sa propagande, peut surgir et bénéficier, à Paris, d’une « respectabilité » refusée à des auteurs africains maîtrisant mieux leur sujet, où à des Français qui tentent de pousser leurs compatriotes à se poser les bonnes questions.

Une réécriture grotesque de l’histoire récente

Il faut croire que les livres d’auteurs comme Charles Onana, les documentaires engagés comme ceux de Sidiki Bakaba (« La victoire aux mains nues ») et Hanny Tchelley (« Un homme une vision ») ainsi que le patient travail journalistique exercé localement avec fort peu de moyens dérange la France officielle, qui n’a pas été habituée, au cours des crises africaines où elle est intervenue depuis les indépendances, à un tel répondant. Le Crocodile et le Scorpion (qui cite d’ailleurs Le Courrier d’Abidjan et Le Nouveau Courrier pour les diaboliser) est un livre de « riposte ». C’est un ouvrage qui tente, même s’il s’en défend mal, de réhabiliter une version officielle de l’Histoire dans laquelle la bonne France serait un crocodile qui aurait essayé de transporter le scorpion (la Côte d’Ivoire) d’une rive à l’autre du fleuve mais se serait vue piquer par son dard ingrat. La thèse épouse donc la matrice idéologique de la « négrologie », selon laquelle l’Afrique se suicide, prise de convulsions irrationnelles, en dépit de la bonne volonté de ses sauveurs mal récompensés. La France est gentille ; le Burkina Faso innocent ; Ouattara adorable ; Gbagbo méchant et manipulateur. On connaît la chanson ! Une chanson que l’interprète Notin ne parvient pas à mettre en musique. A vouloir raconter une histoire qui n’existe pas, il défend des mensonges que leurs auteurs initiaux ont déjà abandonné, dit une chose et son contraire, ment éhontément là où des images parlent d’elles-mêmes… Son échec à bâtir un mensonge solide est réjouissant : il nous indique qu’au match de l’Histoire, la grande, les révisionnistes à la petite semaine ont déjà perdu.

Une vieille version du 19 septembre 2002 que même les rebelles ne racontent plus

Dans son « livre de référence », Notin raconte, sans trembler, une version de l’attaque du 19 septembre 2002 — qui marque le début de la rébellion armée — que les rebelles eux-mêmes ont contredite, après l’avoir laissée prospérer quand ils en avaient besoin. « Dans la nuit, 750 « zinzins », l’ancienne garde rapprochée du général Gueï, qu’il avait recrutés dans sa région natale de l’ouest et qui ont été remerciés par Gbagbo le 18 septembre, ont attaqué la caserne d’Agban à Abidjan. Mais des troubles sont aussi signalés dans le nord et le centre où le succès est foudroyant puisque les grandes villes de Bouaké et Korhogo sont investies. Le flou entoure les responsables, mais Gbagbo, lui, ne s’embarrasse pas pour les ranger dans le même sac bushien des « forces du mal » », écrit-il. Avant d’ajouter que les rebelles que découvrent (?) les Français en arrivant à Bouaké n’ont « rien à voir avec les « zinzins » d’Abidjan ».C’est sur le site de Guillaume Soro himself que cette version des « deux mouvements » est totalement infirmée. « Dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 septembre 2002, ont été attaqués simultanément le camp militaire d’Akouédo, l’école et le camp de gendarmerie d’Agban, l’école de Police, le centre émetteur d’Abobo à Abidjan par des soldats ivoiriens rentrés d’un exil forcé. Les camps militaires de Korhogo, de Bouaké n’ont pas été épargnés. Les premiers crépitements des armes ont été entendus vers 23 heures 30 à Abidjan et les combats ont duré toute la nuit jusqu’au petit matin. Après d’âpres combats dans la ville d’Abidjan, les mutins se replient sur Bouaké et Korhogo », peut-on lire sous la signature de Hussein Kouamé, un rédacteur rémunéré par l’ancien chef rebelle. Soro lui-même a écrit dans son livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », paru en 2005 et qui figure pourtant dans la bibliographie revendiquée par Notin : « Notre plan d’attaque du 19 septembre 2002 a ciblé trois villes ivoiriennes : Korhogo au nord, Bouaké au centre et Abidjan, la capitale économique, au sud. Un chef militaire différent a été nommé pour chacune de ces trois villes. (…) Messemba Koné dirigeait l’attaque sur Korhogo. À Bouaké, le chef militaire était Diarrassouba Oumar dit Zaga-Zaga. Il est décédé accidentellement fin septembre. À Abidjan, le responsable militaire qui coordonnait les opérations s’appelait Ouattara Yssouf, dit Kobo. Voulant surprendre, nous avons décidé l’attaque simultanée des trois villes. Plusieurs jours avant ces attaques simultanées, nous nous sommes infiltrés dans chacune de ces localités. (…) Nous avons rapidement pris Bouaké et Korhogo. (…) Mais l’attaque d’Abidjan fut un échec, notamment par manque de munitions. Le coup a été tenté avec de faibles moyens. Nous comptions nous renforcer avec des armes stockées dans les casernes des FANCI que nous envisageons de prendre. Dans la capitale économique, ce plan n’a pas suffisamment fonctionné ». Manifestement, le plan de désinformation de Notin ne fonctionne pas mieux.

Prendre Abidjan avec quelques kalachs ?

Les spin doctors de l’armée et de la diplomatie française ont bâti une bonne partie de leur communication sur le conflit ivoirien autour du postulat selon lequel c’est la France qui, en s’interposant entre « Gbagbo » et les rebelles, lui ont sauvé la mise en 2002. C’est également ce que fait Notin en mettant en exergue les propos du commandant Luc Courcelle, du groupement de commandos parachutistes, qui a « infiltré » le MPCI dès la fin de l’évacuation des Français de Bouaké. Les rebelles pouvaient « atteindre Abidjan sans la moindre difficulté » s’ils le voulaient, explique-t-il en omettant de rappeler qu’ils n’ont pas pu prendre la capitale économique ivoirienne alors qu’ils bénéficiaient de l’effet de surprise. Par la suite, tout aussi soucieux d’innocenter le Burkina Faso de Blaise Compaoré, il invoque « la modicité de l’armement des rebelles : des kalachnikovs principalement, et deux missiles sol-air SA-7 en guise de matériel de pointe » qui écartent « résolument » la thèse du « soutien massif d’un pays étranger ». L’officier supérieur français, et l’auteur qui relaie ses propos, veulent-ils nous faire croire qu’avec des kalachs, quelques centaines d’hommes peuvent prendre et conserver une ville de plusieurs millions d’habitants sur le qui-vive et qui ne les attend pas les bras ouverts ? Certes, il s’agit de l’Afrique. Mais un peu de sérieux tout de même… De contradiction en contradiction, Notin finit par relayer les propos d’un colonel de la force Licorne, racontant l’état d’esprit des Français avant l’offensive loyaliste de novembre 2004. « La valeur militaire des Forces nouvelles était nulle (…) Elles allaient déguerpir avec le trésor qu’elles avaient amassé pendant deux ans ». Alors, super soldats ou super nullards ?

La thèse de l’innocence du Burkina et de Ouattara contredites par les rebelles eux-mêmes

« Que Compaoré soit lui-même l’instigateur de la crise, qu’il ait directement armé et financé les rebelles est impensable. Il affectait depuis quelques années de se présenter comme le vieux sage de l’Afrique de l’Ouest, ce n’était pas pour fomenter un coup d’Etat », écrit Christophe Notin. Il se trouve pourtant que les principales figures de la rébellion elle-même admettent le rôle central de Compaoré dans leur aventure guerrière. Une confidence directe de Guillaume Soro au quotidien Libération, édition du 25 juillet 2012, indique pourtant que le président burkinabé était au cœur de l’affaire dès le commencement. «C’est moi qui ai trouvé le nom de notre mouvement. J’avais songé au MRCI, Mouvement révolutionnaire de Côte-d’Ivoire. Mais Blaise Compaoré m’a dit que cela rebuterait l’opinion internationale», confiait ainsi l’ancien chef rebelle au journaliste Thomas Hofnung, également spécialiste des questions militaires. Ce dernier poursuivait son article en présentant Compaoré comme le « vrai parrain des rebelles qui ont préparé leur coup à Ouagadougou ». Dans des confidences filmées avant sa mort, et largement diffusées sur YouTube, Ibrahim Coulibaly dit « IB » dit avoir « monté le 19 septembre » et « préparé ses hommes pendant près de six mois » à partir du Burkina Faso grâce à l’aide de Blaise Compaoré.

Dans la confusion de ses propos, Notin va jusqu’à admettre que le Quai d’Orsay suit « largement le chef d’Etat ivoirien dans ses accusations à l’encontre du Burkina » et qu’au sein de l’état-major français, « une tendance » imputait « la responsabilité de la rébellion au Burkina Faso et plus particulièrement à son président que certains appelaient « le tueur malin » ». Ainsi donc, en dépit de sa présence multiforme en Afrique, l’armée française se trompait du tout au tout sur les détails « techniques » de la préparation de la rébellion en Côte d’Ivoire et il faudrait plutôt croire un auteur dont les propos sont démentis par tous….

 

Une version des faits renversante sur les événements de novembre 2004

Bien entendu, l’auteur de « Le Crocodile et le Scorpion » tente d’imposer la thèse selon laquelle Gbagbo (ou plutôt l’un des membres de son entourage) a bel et bien donné l’ordre de bombarder des soldats français lors de l’opération « César » ou « Dignité » dont l’objectif était de détruire les infrastructures militaires de la rébellion et de l’obliger à revenir avec modestie sur le terrain de la négociation. Pourtant, tout à ses contradictions, il donne des informations qui tendent à indiquer plutôt que la France avait prémédité une action pdur empêcher toute éventuelle reconquête militaire des loyalistes.

A la page 73 de son livre, il révèle ainsi que les Français, après la mise en place de la « ligne de non-franchissement » coupant le pays en deux, avaient annoncé les couleurs dès début 2003. « Le message est plusieurs fois répété par les Français : aucune intrusion, d’un côté comme de l’autre, ne sera tolérée. Que Gbagbo en particulier s’avise de faire usage de son aviation pour bombarder des civils, ses aéronefs seront détruits ». Bien entendu, la référence aux « civils » est purement rhétorique. C’est l’interdiction de reconquérir Bouaké, territoire ivoirien, par la force armée légitime, et la menace de destruction des Sukhoï et MI-24, qu’il faut retenir. A la page 124, il raconte une conversation entre Chirac et Gbagbo le 3 novembre 2004. « Ecoute Laurent, dit le président de la République, nous sommes très ennuyés à Paris. Si tu franchis la ligne par la force, il va y avoir des morts. Je dois te dire que nous, Français, nous avons un mandat de l’ONU qui nous obligera à t’empêcher de passer. C’est ça que tu veux ? Des blindés français contre des soldats ivoiriens ? (…) On va vous tirer dessus ! », menace-t-il très explicitement.

Finalement, les menaces françaises sont mises à exécution à cause de la témérité ivoirienne. Mais Notin explique, conformément à la version officielle française, que cela n’a eu lieu que parce que des soldats français ont été tués par l’aviation ivoirienne — en dépit du caractère rocambolesque de cette thèse. De manière assez surprenante, Notin écrit, page 131, que « la vérité est que Gbagbo a lancé son offensive avec la bénédiction tacite de Licorne qui, par diverses voies, lui a garanti sa passivité à condition qu’il fasse vite et qu’il n’attente ni aux Français ni à l’ONUCI ni aux civils ». A moins que Licorne ne soit pas assujettie au chef suprême des armées françaises, Jacques Chirac, il y a là une insurmontable contradiction… Masochiste, Notin donne le bâton pour se faire battre en se servant momentanément de son cerveau. « La véritable énigme de Bouaké reste donc irrésolue : comment les aviateurs, qui viennent de bombarder des Français, osent-ils revenir se poser à quelques dizaines de mètres d’une de leurs unités équipées de missiles Milan, dont ils connaissent parfaitement la présence ? D’autres argueront des réserves de carburant, mais une fois de plus, les aviateurs ne courent pas ; ils regagnent tranquillement leurs quartiers. (…) Voilà bien la preuve ultime, pour les critiques, de la culpabilité de la France : les pilotes ont un sentiment d’impunité parce qu’ils ont obéi à un ordre plus ou moins direct des Français », écrit-il, avant de rejeter cette thèse. Et de s’accrocher au témoignage anonyme de celui qu’il présente comme « un très proche conseiller de Gbagbo » qui lui a été rapporté par « un conseiller de Chirac » sans plus de précision. Selon ce témoignage anonyme de seconde main donc, Gbagbo aurait lancé, la veille des événements de Bouaké, à la cantonade, lors d’agapes « dignement arrosées » qu’il fallait « donner une leçon » aux Français. « Dans l’énivrement et l’émulation, que les durs de son entourage aient alors imaginé le satisfaire en faisant donner les Sukhoï n’est pas invraisemblable », écrit Notin. En réalité, ce qui est le plus vraisemblable est que Paris a mis à exécution des menaces plusieurs fois réitérées en « créant » dans la précipitation une « opportunité », une « justification » pour son intervention…

Théophile Kouamouo SOURCE

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 07:10

 

Ajoutée le 7 juin 2017

Négritude et négrologues / Stanislas Spero Adotevi par Dominique Pagani 2017

Essai pamphlétaire qui fit grand bruit à sa sortie, parce qu'il rompait avec la négritude de Senghor, lui préférant l'universalité. L'auteur, Stanislas Spero Adotevi, élève d'Althusser, fut également proche de Thomas Sankara.
Le livre est réédité en 2017 par les éditions Delga et Materia Scritta. Et ici présenté par son préfacier le philosophe Dominique Pagani.

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 17:00

 

Initialement paru sur le blog de Christian d'Alayer sous le titre :

Jeune Afrique continue à mentir à ses lecteurs

(et pas que sur l’âge de son capitaine !)

10 mai 2017

Je pensais en avoir fini avec cette histoire, et bien non ! Après que son créateur, Béchir Ben Yahmed ait écrit que la croissance économique africaine était un leurre, Jeune Afrique  récidive en plus grave encore : "Le développement de l'Afrique, une illusion ?" ose-t-il mettre sur sa Une du 7 au 13 mai 2017. Alors, certes, le signataire n'est plus cette fois-ci Béchir en personne, mais un collaborateur. Lequel ne nie plus la croissance mais la répartition de ses fruits : tout le monde n'en profite pas, écrit-il en substance. Avec, encore, un énorme mensonge en page 23 : pour tenter de prouver que la croissance économique n'a pas été à la hauteur de la croissance démographique, ce "journaleux" ose comparer une courbe en milliards d'habitant à une courbe en pourcentages ! Une aberration totale en matière de statistiques mais bon, quand on a tort et qu'on veut absolument prouver qu'on a raison, tout est bon.  Alors pour ceux qui doutent encore après avoir lu Jeune Afrique, voici les vrais chiffres, extraits des statistiques en ligne de la CNUCED. Vous voyez que la croissance économique africaine est très supérieure à sa croissance démographique depuis 2000 !

Mais seuls les riches en profitent, écrit en substance l'auteur, citant le Maroc en exemple. Le pays du Makhzen, de la corruption généralisée et institutionnalisée en une pyramide presque parfaite ! Mais bon, peu importe. J'ai déjà et à de nombreuses reprises souligné que le développement passait par une nécessaire accumulation de capital, surtout en Afrique où la croissance est obtenue en la quasi absence d'investissements étrangers (Jeune Afrique sous-titre pourtant "Un continent devenu capital-amical" !) Le phénomène a été, est et restera universel : avant de pouvoir répartir mieux la richesse produite, il faut constituer le capital nécessaire, les locaux, les machines, les moyens de transport, etc.  On n'est pas en Occident où les entreprises n'investissent plus et s'adonnent à un jeu de baisse des coûts salariaux au profit des actionnaires. Lesquels ne savent plus très bien où placer leur argent dont les montants dépassent de loin leurs capacités consommatrices. Alors le journaleux écrit que les salariés ont un téléphone mobile mais pas d'assurance ni de pension de retraite. Je lui rétorque que les salariés en Afrique représentent moins de 20% de la population active dans le continent aux plus forts taux d'entreprenariat et d'autofinancement du monde. Le mec écrit pourtant du Maroc où ses patrons l'ont envoyé enquêté. Sans doute n'a-t-il pas été hanter les faubourgs des grandes villes voire la cohorte d'artisans en tous genres stockant leurs productions sur leurs pas de porte ?!

Pour ceux que le débat intéresse (Jeune Afrique feint d'en faire un débat...), je leur conseille vivement de consulter mon blog (dalayer.kazeo.com) où se trouvent tous les articles que j'ai écrit sur la question ainsi que mon livre, "Un crime médiatique contre l'Afrique", dans lequel je démontrais que le continent était à la veille du décollage et non à la dérive. Tout dernièrement, ils peuvent aussi acheter NewAfrican dans lequel j'ai publié une opinion : "Pour en finir avec l'Afro-pessimisme"

Car pour moi il n'y a pas lieu à débat, les chiffres sont incontestables, la réalité sur le terrain est visible et seuls, en fait, les intellectuels africains émigrés continuent à déverser leur bile auprès des médias occidentaux qui se régalent de leurs aigreurs.  Sans doute feraient-ils mieux de râler contre le monopole aérien d'Air France où le néocolonialisme français dans ce qu'il continue à estimer être son "pré carré" Mais non, ils préfèrent alimenter les Occidentaux dans ce qui reste du racisme, du vrai. Car caché, vilipendé en public et en parole. Mais pas en actes : le Bénin vient d'ailleurs de refuser un "don" de la France, des vieux outils médicaux dont les médecins africains n'ont plus l'utilité depuis au moins 10 ans ! C'est exactement comme ces braves "bobo" qui donnent des fripes délavées à Emmaüs, une association d'insertion des SDF en France ! Et bien les articles de Jeune Afrique sont du même acabit, honteux !

Taux de croissance comparées démographique et économique en Afrique de 2000 à 2015

Source : CNUCED, statistique en ligne disponible gratuitement

Régions

2000

2005

2010

2015

% 2000-2015

Croissance éco.

2000-2015

Afrique orientale

251793

288763

331647

393376

3,7%/an

5,5%/an

Afrique centrale

96113

111913

130598

151952

3,9%/an

5,37%/an

Afrique septentrionale

178584

195017

213773

223892

1,7%/an

3,5%/an

Afrique australe

51451

55274

59067

62634

1,4%/an

2,9%/an

Afrique occidentale

235235

268498

307982

353224

3,3%/an

5,9%/an

Total Afrique

813176

919465

1043067

1185078

3%/an

4,3%/an

 

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