Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

Gars du moment - Safet Susic (qui en plus a mystifié le pauvre Blanc)

Publié le 12 Octobre 2011 par Grégory Protche Karim Boukercha www.legrigriinternational.com in Gos et Gars du moment

Safet Parisien 9 oct 2011

J'ai longtemps connu par coeur l'état-civil, le gabarit, le palmarès et jusqu'au nombre de sélections en équipe nationale yougoslave de Safet Susic.

Je continue de considérer, par-delà les clivages de tout ordre, qu'un être humain qui aime Safet Susic est un élu (Jean-Luc Lemoine, par exemple, humoriste pas très doué, m'est devenu à jamais sympathique et digne d'intérêt lorsque j'ai lu qu'il supportait PSG "depuis Susic").

Luis Fernandez l'appelait "Miam-miam", tant, disait-il, Safet avait du mal à donner le ballon...

Avec Pastore, Dahleb et Ronaldinho : le plus grand dribbleur que le Parc ait aimé.

Francis Borelli l'a découvert, ce qui lui assurera le salut.

1992. Salon du Livre. Patrick Besson accepte de me signer son livre Les années Isabelle à la page exacte où il a écrit "Cool comme Safet Susic au moment de tirer un penalty."

Été 1986. PSG vient d'être champion pour la première fois. Fabrice Poullain et Gérard Houiller donnaient un sens à cette équipe. Luis et Safet faisaient et défaisaient le reste. Au camp des Loges, à Saint-Germain en Laye, où PSG s'entraîne, un jour j'ose l'approcher. Je n'ai rien à lui dire de spécial. Son français est catastrophique. On se serre la main. Je ne la laverai pendant plusieurs jours.

Très peu de blessures. Moins encore de cartons (pourtant dieu sait qu'il était diva, capricieux, orgueilleux, ombrageux, perfectionniste, irritable, instatisfait).

Dans la Yougoslavie d'alors : un dieu. Mais nous l'ignorions ici, et ne voyions en lui qu'un extra-terrestre.

Dans la Yougoslavie d'alors (penser à interroger un jour Kusturica sur Susic), encore titiste, on ne quitte pas le territoire national pour aller jouer professionnellement à l'étranger avant 28 ans. En plus, Safet fait une connerie : il pré-signe pour Torino, tergiverse comme pendant une feinte, puis opte finalement pour un autre club. Sanction : impossible de jouer en Italie. C'est comme ça que fin 1982, il a débarqué à Paris et dans ma vie.

Son premier match, face à Monaco. À son premier ballon, il met dans le vent quatre monégasques. Et le Parc à jamais dans sa poche.

Entrer dans le Parc. Deviner sa pelouse verte, brillante, luisante, toujours favorablement éclairée. Les premiers cris gutturaux "Paris !". Frissons mâles. Envie de courir. Avec Olivier Mulot et Dan Chemla, nous allons en Boulogne bleu. Le kop. Mais sur sa droite. En fait, on achète des tickets en Boulogne jaune, moins chères, tout en haut, et ensuite on descend en bleu, sur la droite du fâcheux kop. (Auteuil est alors une vue de l'esprit et les autres tribunes le plus souvent acquises aux visiteurs).

En découvrant le terrain, les joueurs à l'échauffement... il joue ou pas ?

Postulat : mieux vaut prendre un but en contre suite à une tentative utopique, irréaliste et esthétisante de Susic que marquer un but raccroc à l'issue d'une action ne l'impliquant pas.

L'Équipe se demandera souvent si PSG n'est pas meilleur au fond sans Susic.

Mais PSG sans Susic n'est pas. Donc la question ne se pose pas.

Certains soirs, on manque se faire lyncher à force de le défendre contre ces païens, ces chiens d'infidèles, nos frères pourtant, prêts, ces porcs, à brûler celui que demain à nouveau comme nous ils adoreront.

J'irai jusqu'à supporter, de loin, mais quand même, le Red Star, où Susic a fini peinard et effectivement "cool" son exemplaire carrière d'espoir absolu du football européen n'ayant connu, en définitive, qu'une carrière internationale sans grand éclat... meilleur joueur yougoslave de tous les temps, pour certains.

Mais comme la Yougoslavie n'existe plus.

Meilleur joueur parisien de mon monde.

Mardi, avec la Bosnie dont il est devenu le sélectionneur, Safet Susic sera à Paris pour affronter l'équipe de France. Je serai évidemment pour la Bosnie.

Photo - le numérique à Boukercha    texte - G.P.

Bonus :

PS : dans cette vidéo splendide, le but merveilleux de Susic contre Nantes, en finale de la Coupe de France en 1983.