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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 12:00

 

Initialement paru sur VIRAGE.

Le 07/11/2016 sous le titre :

Alléluia ! C’est enfin revenu ! Mais quoi ?

 

Cette boule au ventre avant chaque rencontre. Ce manque atroce quand les Bleus imposent une trêve internationale. Ce doute vertigineux quand l’arbitre lance les hostilités. Ce ricanement de possédé quand Lucas dribble nos dernières illusions, cette tristesse insondable quand Javier ne figure toujours pas sur la feuille de match, cette prière démente quand Cavani s’approche de la surface, ce tourbillon philosophique quand j’essaye de comprendre la stratégie d’Emery, cette rage quand je vois Angel refuser tout contact avec l’ennemi, lâcheté intolérable…

Mon PSG ressuscité, celui de la victoire pas acquise, celui des passes ratées, des actions avortées, des replis défensifs poussifs, celui qui attise la haine des commentateurs, qui entend les bouchons de champagne péter les soirs de défaite un peu partout dans les chaumières de France.

Et je réapprends à haïr en toute liberté

À Toulouse, quand nous humilions le football, quand Thiago Motta passe à l’ennemi, quand Canal+ explose de joie sur le deuxième but, j’ai les poings serrés, l’insulte généreuse, je martyrise mon canapé qui pleure sur ses accoudoirs désormais en miettes. Je revis !

Et je réapprends à haïr en toute liberté. Suis-je le seul à constater l’acharnement médiatique, la valse incessante de critiques faciles, subjectives qui s’abattent sur les miens à chaque nouvelle rencontre ? De L’Équipe (journal + chaîne télé) à la cryptée, c’est du flingage en règle, de la mauvaise foi totale, de la vengeance à peine déguisée.

Cavani a les meilleures stats d’Europe en ce début d’année ? On remarque surtout ses ratés ! On reparle sans cesse de sa prestation frustrante contre Arsenal. De son incapacité à marquer quand il lui faut d’abord contrôler. Je revois ces quelques idiots à la sortie du Parc réclamant son départ au micro des journalistes. Exigeant plus, exigeant mieux ! Petits bourgeois sans histoire, sans passé…

Eux qui ne sauront JAMAIS remporter
trois Ligues Europa de suite

Emery tente des choses, brouillonne, tatônne, placardise Hatem, s’entête. Il est nul, pas à sa place, et il parle français comme une vache espagnole. Non stop, on ricane, on se moque, on montre du doigt cet accent impossible, ces phrases sans fin et incompréhensibles (Jardim, même combat !). Voilà où on en est. Emery, en trois mois, est déjà condamné. Paris est à six points de Nice, Paris est qualifié pour les huitièmes en LDC et Paris a déjà tout foiré.

Les entraîneurs français grognent, gloussent même pas sous cape, eux qui ne sauront JAMAIS remporter trois Ligues Europa de suite. Le Guen s’acharne, ils s’acharnent tous. Emery a quand même servi à une chose : Il a démontré à quel point Blanc, ce n’était que de l’auto-gestion. Et que, sans Ibra, notre équipe de salariés surévalués se dévoile capricieuse, ingérable, moyenne.

Quand Paris joue sur Canal, on entend les deux commentateurs et l’inutile en bord de pelouse passer leur match à trouver des solutions pour l’équipe adverse. De témoins privilégiés, ils glissent vers autre chose, ils deviennent presque des supporters, des entraîneurs adjoints, des partiaux, des convaincus. C’est irritant et c’est évidemment jouissif.

Un ultra, c’est un fidèle,
un disciple, un apôtre

Quand on parle du retour des ultras au Parc, les mêmes qui hurlaient au loup il y a des années, à l’aube du plan Leproux, se déclarent ravis de cette initiative. Le bal des faux-culs, le défilé des girouettes ! C’est quoi un ultra ? Un chanteur ? Un G.O. ? C’est quoi ? Un ultra, c’est un fidèle, un disciple, un apôtre. Il veut pouvoir se déchirer les cordes vocales chaque week-end, il veut pouvoir élaborer ses propres tifos, dénoncer les choses qui le dérangent sans qu’un stadier lui prie de rentrer chez lui pour toujours. Avec humour, décalage, parfois violence. Là, quoi ? C’est la parade chez Disney, des figurants déjà soumis. On nous parle de 150 mecs. Les Choristes en somme.

Des ultras qui ne pourront pas brailler contre le prix des abonnements, la mocheté des maillots (on en parle de notre logo qui est presque devenu invisible ???), la politique du Club. Le Parc n’est pas une MJC. C’était autrefois, malgré les débordements, malgré la mort même, le lieu de la liberté dans toute sa furie. On peut ne pas être d’accord, bien sûr. Mais qu’on ne vienne pas me vendre ce petit cheptel de chanteurs amateurs comme les ambassadeurs de notre foi ! La blague !

Comme une fenêtre ouverte sur la légende

Contre Lille, l’autre soir, j’ai eu peur. Peur de la défaite, peur de voir Nice s’envoler, peur qu’Antonetti sauve sa peau. Que ce fut long, tendu, désagréable, stressant. Que ce fut bon ! Contre Bâle, le pion de Meunier, sublime, inespéré, improbable, valait bien le miracle de Coridon face à Porto, le pointard de Leroy (Laurent) contre le Bayern, la tête d’Antoine… C’était mon Paris, agaçant, décevant, en réaction, capable de tout et même du meilleur. C’était comme une fenêtre ouverte sur la légende.

Hier soir, j’entends ça: “De toutes façons, le PSG, même médiocre, va remporter tranquille le championnat…” Alors, c’est ça ? On est bon, on est nul mais on gagne à la fin ? Je n’en suis pas persuadé. Ce n’est pas le problème. Si les Aiglons vont jusqu’au bout, ils l’auront mérité. Et si l’om et lyon restent à la porte de l’Europe, cela suffira à mon bonheur. Comme avant, quand la chute des autres était notre seul trophée possible.
Le temps décidera.

Détestez-nous, moquez-vous, croisez les doigts pour que tous les Dupraz de l’hexagone parviennent à nous plier. Continuez à vous prosterner devant Rudi Garcia et son match à ZÉRO tir au Parc. Lui et sa bande ont été héroïques, nous simplement pathétiques. Ok.
Pendant ce temps-là, l’Angleterre se charge d’apprendre à Ibra, chaque jour un peu plus, le sens du mot: “humilité”.

Pendant ce temps-là, ma foi se réactive.
Pas de doute, je revis.

 

Texte : Jérôme Reijasse

PS : La Page Facebook de Jérôme Reijasse (pas lui qui la tient, mais bon)

PS 2 : ci-dessous la playlist Youtube des interventions de Jérôme Reijasse ou de ses textes lus.

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Published by Gri-Gri International Jérôme Reijasse - dans Jérôme Reijasse 7 jours loin du monde Sports
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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 07:48

PS : merci à JCM.

Le 8 novembre 2011, marquait l’ouverture des offres pour la réalisation du nouveau siège du Port Autonome de Pointe-Noire. Le bâtiment ultra moderne, à la fière allure inspirée du Burj al Arab de Dubai, nous était présenté comme la « Condition sine qua non pour la re-dynamisation de son activité [du PAPN ndlr], afin de lui permettre de faire face à l’évolution croissante de son trafic. »

On nous précisait : « Financé par le budget d’investissement exercices 2011-2012, le siège administratif du port autonome de Pointe-Noire sera un bâtiment de 16 niveaux d’une hauteur de 64,7m, avec un sous sol. Il couvrira une surface bâtie totale de 16 201 m2. »

Cinq entreprises ont soumissionné à l’avis d’appel d’offres lancé le 17 octobre 2011.

Moins disante, l’entreprise CGC (China Geo Engineering Corporation International LTD) a emporté le marché et les travaux ont commencé rapidement, après déguerpissement du village des artisans et des établissements de restauration qui occupaient depuis fort longtemps les locaux de l’ex-plage mondaine.

Au cours du second semestre de 2014, les travaux de gros œuvre étaient en phase finale et on commençait à voir la pose des murs rideaux (vitrages).  Le chantier avait pris du retard, mais c’est une vicissitude à laquelle nous sommes coutumiers.

Et puis… plus rien.

L’entreprise a déserté les lieux et on assiste au pitoyable spectacle de la détérioration progressive de ce qui a été réalisé.

Comme d’habitude en pareil cas, une omerta frappe ce chantier :

- Pourquoi est-il interrompu ?

Ce ne peut être en raison de la crise puisque il a été financé, sur les budgets 2011/2012, avant qu’elle n’arrive.

- Doit-il reprendre ?

- Quand ?

- Quid des quelques 20 milliards approvisionnés ?

Mystère disions nous. 

 

Texte : L.S.

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 09:00

 

Le 17 octobre dernier, Noisey mettait en ligne un portrait-interview de Mehdi Pinson, par notre ami Jérôme Reijasse. En voici la version aussi intégrale qu'originale.

Les historiens de la musique n'ont rien vu venir. Soixante piges qu'ils nous bassinent avec Memphis, Nashville, New York, Los Angeles, Chicago, Détroit, Londres, Berlin. Soixante piges sans être capables de mettre à jour la carte des centres névralgiques. 77. Pas une date, non. Un code postal. Seine-et-Marne. Là, une ville. Meaux. Les moins renseignés citeront peut-être un fromage, un homme politique en pleine traversée du désert, un comique Canal +. Meaux mérite mieux.

 

Meaux est le centre du monde, pour détourner Dali. Car c'est à Meaux qu'ont vu le jour Thomas Parent et Mehdi Pinson. Qui ??? Thomas Parent, alias (DJ) Pone, qui s'apprête à sortir son premier album solo, Radiant, un disque formidable, autoproduit, incandescent, où le hip hop et l'électro acceptent de sonder l'âme des hommes. Un disque fier, qui sait que c'est dans l'obscurité que se dessinent les destins. Mehdi Pinson, lui, est un Arabe oiseau, un Français Goonies, un MC karaté, un DJ princier (il mixe pour les VIP les soirs de Ligue des Champions au Parc), un entertainer romantique, un mélancolique uplifting. Il tenait le micro dans Heb Frueman, groupe punk hardcore éphémère, anecdotique et génial, qui a embrasé les clubs hexagonaux de 1996 à 1998 et qui s'offre ces jours-ci une rétrospective sous la forme d'un vinyle, A Year and a Half of High Altitude Velocity (Poch Records), c'était lui encore qui chantait dans Scenario Rock, duo burné et inclassable coincé entre deux siècles, responsable de deux albums honteusement oubliés, c'est toujours lui qui ondule, avec ou sans Justice, sous le pseudo de DVNO, en attendant de sortir son premier véritable disque en solitaire (les plus optimistes en rêvent pour 2017).

 

Dans la vie, il faut oser. Oser se tromper et mieux, oser avoir raison. Mehdi Pinson a tout pour lui : la gueule, le look, le talent, l'arrogance, la lumière, le romantisme, le savoir, la lucidité, la voix (contre-ténor, comme Michael ou Stevie). Il aime les films de John Hugues, l'instant présent, les planches à roulettes (qu'il chevauche encore avec une grâce totale à quarante piges passées), les restaurants savoureux, les vannes assassines, son fils. Il aurait pu devenir illustrateur mais la vie en a décidé autrement. La musique est presque chez lui un choix par défaut. La vie fait donc (très) bien les choses. Il parle de Youth Of Today comme de Frank Ocean. A multiplié les boulots : agent de mannequins (“les années les plus tristes de ma vie” confesse-t-il), trublion chez Surface To Air : “Comme il y a un truc hyper romantique dans la musique, et vu qu'on peut vite commencer à croire ce que les gens racontent de nous, je pense que c'est bien de garder un pied dans la réalité. S'il n'y a pas d'école, pas de récréation... Et puis, si tu taffes et que tu gagnes ta vie, ça te permet de ne pas faire de compromis dans ta musique, tu peux faire ce que tu as vraiment envie de faire” précise-t-il. Ses détracteurs, et ils existent, voilà ce qu'il en fait : “J'ai l'impression que je n'ai pas envie d'être copain avec eux et c'est ça qui les touche. Ils ont plus besoin que je leur fasse un câlin qu'autre chose... Je n'ai ni le temps ni l'énergie de mettre des claques à tous mes détracteurs. Je l'ai beaucoup fait. C'est fini. C'est un truc de complexé en fait...”. Sur une autre planète, à une autre époque, un mécène l'aurait depuis longtemps adopté, accepté ses exigences, toutes, et il serait devenu une star. Oui. Le temps est venu d'écrire sa légende. Avant que l'Histoire n'ait tout écrasé. “Je suis juste un pauvre mec qui voudrait que le bien triomphe du mal avec poésie comme dans une bonne VHS”, dit-il par texto après l'entretien. On n'est pas dupe. Malgré les rires en coin, les blagues protectrices, les clins d'oeil, Mehdi Pinson a ce qu'il faut pour s'accaparer le trône. Et ainsi faire de Meaux la Capitale du Royaume de France. Enfin !

 

Il fait froid et Mehdi, tel un père Noël qui se moquerait des calendriers, arrive, une chemise Dickies aux carreaux verts du meilleur effet, le cheveux court, rare et plaqué, et les poches chargées de cadeaux : son fanzine, The Gamberge Folder chez Headbangers Publishing, dirigées par Pedro Winter, partenaire de longue date, ainsi que deux disques sans code-barre de DVNO, Dvnolandia et Moonlighting, avant de s'allumer une cigarette. Avant de se raconter.

 

Tu penses qu'il ne fallait pas faire ce vinyle rétrospectif de Heb Frueman. Pourquoi ? Tu pourrais penser aux millions d'enfants qui n'ont pas pu vous voir à l'époque...

 

Déjà, je pense que les millions d'enfants, ils s'en branlent. Moi, je suis pour faire des trucs, là, maintenant. Non mais je suis content, c'est cool mais moi, je ne l'aurais pas fait. Rien que la joie que ça a l'air de procurer aux mecs que je connais qui ont récupéré le vinyle, c'est cool, ça fait plaisir. Les deux fails du truc, c'est juste qu'il n'y a pas la reprise de Fugazi et que dans les chroniques qu'ils ont reproduites dans le booklet, il n'y a pas celle de Maximum Rock&Roll, qui était quand même l'aboutissement du truc. C'est un peu dommage...

 

Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris. Tu penses que plutôt que de sortir ce disque qui retrace votre parcours, tu aurais préféré faire quelque chose aujourd'hui avec Heb Frueman?

 

Je pense que tant que tu as du jus et que tu peux être créatif, il faut le faire. Après, le côté madeleine de Proust, c'est cool mais on aura tout le loisir de le faire quand on sera vraiment rincé. Je pense que de sortir ces disques-là, c'est comme d'écrire sa propre bio. C'est un peu tôt. Je pense qu'avec cet argent et cette énergie, on peut faire des trucs, des trucs maintenant ! Des trucs cool. On pourrait donner une suite à ça, même sous une autre forme. Et puis, je trouve qu'il y a un petit truc prétentieux là-dedans... Tu vois, par exemple, il y a des morceaux d'Heb Frueman qui n'ont jamais été enregistrés mais qui existent, sous forme de démos. Ça aurait été plus cool de sortir ces morceaux-là, ou au moins qu'ils soient sur le vinyle. Tu vois ce que je veux dire? Qu'il y ait une valeur ajoutée. Notre 45 tours, on l'a enregistré en une journée à l'époque. Je me dis que ça ne nous demanderait pas beaucoup d'efforts de retourner une journée en studio.

 

N'empêche que pour ceux qui ont vécu l'aventure Heb Frueman à l'époque, ce disque est comme une carte postale du passé qui fait chaud au coeur, qui ravive des émotions fortes... Ok, Heb Frueman n'a rien inventé, Heb Frueman est une anecdote à l'échelle de l'histoire mais encore une fois, ceux qui vous ont vus en gardent un souvenir fort. Vous aviez tout : l'énergie, la sincérité, l'arrogance, les chansons... ça compte ça, quand même, dans la vie d'un homme, non?

 

Nous, on n'avait rien à vendre. Et donc on n'avait rien à perdre. On s'en foutait. On s'amusait. Dans l'absolu, pour nous, c'était une récréation en fait. C'était la colonie de vacances. Et heureusement que Stef (guitariste) avait un peu plus la tête sur les épaules, que quelques personnes nous ont donné les moyens de graver tout ça sinon, on ne l'aurait jamais fait...”

 

Tu sous-entends que sans les efforts de Stef et, par exemple, de Rico (du label Pakalolo), Heb Frueman aurait pu se contenter des concerts et de ne jamais enregistrer le moindre titre?

 

Peut-être. Après, tout ça, ce sont des accidents malheureux, des cassettes qui arrivent dans certaines mains et puis les trucs se font. Ça s'est passé plutôt comme ça. Il n'y avait rien de prémédité. Jamais de projection, jamais de futur. Et c'est pour ça qu'on a arrêté. C'était un circuit hyper fermé, même plus une niche. Et une fois qu'on avait joué deux fois ici, trois fois là-bas... On a vécu un truc hyper cool, on a eu une ascension hyper rapide, tout en restant bien sûr dans un truc confidentiel. Au bout d'un moment, on s'est dit : “C'est marrant mais c'est marrant si on va dans d'autres choses. Mais de refaire dix fois la même soirée avec les mêmes gueules en refaisant dix fois les mêmes blagues... Moi, je ne voulais pas faire du café-théâtre. Ou sinon, faut aller jouer au Point Virgule (rires). Mais moi, je n'ai pas envie de faire ça...

 

Donc, la fin d'Heb Frueman ne devait rien à des tensions internes ?

 

Au sein d'Heb Frueman, il n'y a jamais eu de tension. Jamais. Tu vois, Tit (le batteur), au départ, il nous a rejoints comme un dépannage. C'était la récréation, vraiment. Avant, on avait avec Stef pondu plusieurs morceaux, il y avait Ludo (basse) qui traînait de plus en plus avec nous, on skatait ensemble. Ça s'est fait comme ça. On avait un pote qui avait repris un bar à Meaux. Et en fait, il s'était fait carotté, on lui devait de la thune. Bref. On a décidé d'organiser un concert là-bas, pour qu'il se barre avec la caisse, que cette histoire soit derrière lui. Il y avait une petite scène à Meaux, avec les skaters, des mecs... Des mecs qui suivaient déjà le groupe qu'on avait avant, Hariza. Un truc hyper Beastie Boys, des morceaux plus hip hop, des morceaux punk hardcore. Je faisais ça avec Stef et d'autres mecs. Mais tout ça, c'était de la déconne! Au départ, on habitait tous à Meaux mais on ne se connaissait pas, mais on s'est rendu compte qu'on allait aux mêmes concerts. Stef, je l'ai croisé au concert des Beastie Boys, de Cypress Hill et je le croisais aussi à 59 Times The Pain. Et donc, tu finis par te parler...

 

Et le Mehdi d'avant tout ça ? Il vient d'où ?

 

Tu veux savoir quoi exactement ?

 

Tout, absolument tout.

 

Je suis né le 26 mai 1975 à Meaux. Je ne sais pas, je ne sais pas...

 

Ton vrai nom de famille, c'est Pinson ?

 

Ouais. En fait, mon nom de famille, c'est Pinson. Mais mon vrai nom devrait être Karim. C'est le nom de famille de mon père. Mon père est marocain et ma mère française. Je ne sais pas... J'ai grandi à Meaux et... En fait, mon père avait la nationalité marocaine, mes parents étaient pas mariés à l'époque, ils se sont mariés, là, maintenant qu'ils sont à la retraite. Donc maintenant, je suis le seul à m'appeler Pinson. Parce que ma mère s'appelle désormais Karim...

 

Pinson, c'était pour faciliter ce que nos penseurs contemporains nomment “l'assimilation”?

 

Je ne sais pas. On croyait encore à la vibration Harlem Désir (sourire). On va s'intégrer et machin...

 

Parce que dans les années 70, il ne faisait pas bon être maghrébin en France. Il y avait eu tous ces meurtres dans le Sud et tous ces assassins finalement relaxés par la justice...

 

Quand mon père est arrivé en France, ouais, c'était plus cette vibration-là... Mon père, au départ, est venu en France pour jouer au foot. Je n'y connais rien mais je crois qu'il a failli aller en D2... Mais il a fini par bosser en usine. Je suis né, fallait faire bouillir la marmite. Famille d'ouvriers mec !

 

Tu en retires une fierté ou pas ? Parce que moi, ce que j'ai aimé tout de suite chez vous, avec Heb Frueman, c'était que vous n'étiez pas dans les drapeaux, les slogans, la revendication post adolescente un peu idiote, qui était quand même omniprésente à l'époque, vous n'aviez pas besoin de ça...

 

Tu me demandes si j'en retire une fierté... Je suis fier de mes parents. Est-ce que je suis fier d'eux parce qu'ils étaient ouvriers, je n'en sais rien. Je m'en branle en fait. Ce n'est pas la question. Je pense que tu peux être un ouvrier et un gros connard, et ne pas avoir les bonnes valeurs. Et c'était pareil quand on faisait de la musique. On n'avait pas de drapeau et on était hyper fier de ce que l'on faisait. Moi, je ne venais pas du punk au départ. Je n'avais pas ce truc revendicatif. Je déboulais dans des salles que je ne fréquentais pas et je faisais mon truc. Je voulais prendre du plaisir. On n'a jamais essayé de s'adapter avec Heb Frueman, on venait, on jouait et voilà.

 

Le petit Mehdi a-t-il un coup de foudre musical ? Un artiste qui lui souffle que la musique, ça peut-être quelque chose de crucial dans une existence ?

 

Mon père écoutait beaucoup de zik. Beaucoup de black music, soul, funk tout confondu. Il voit que je m'intéresse et donc, il me fait écouter. Mais pas de manière religieuse tu vois. Mais il partage. Mon père était alors ouvrier dans une imprimerie. Je récupérais donc les Photo Magazine que je lisais en secret pour l'érotisme (rires) mais surtout, mon père me ramenait Hard Rock Magazine, avant qu'il ne sorte en kiosques. C'était l'époque des jeux concours pour gagner des places de concerts. Il fallait appeler les premiers. Vu que j'avais les infos en amont, j'avais mis en place toute une arnaque dans le quartier avec les potes métalleux de mon frère. Un des premiers concerts que j'ai vus, c'était Bad Brains. Puis Suicidal Tendencies. Gratos ! J'échangeais aussi certaines places contre des pièces de BMX à un Thrasher qui me les volait. Bref, tout ça m'a ouvert à une autre culture... Pour en revenir à ta question et remonter le temps, comme tous les gamins de cette époque, c'est Michael Jackson. Et puis, c'est aussi tout le début avec Bambaataa, machin, etc... J'ai grandi dans une cité. T'es là, il y a toujours plusieurs générations de mecs, t'as tes potes, les grands frères de tes potes, les grandes soeurs... Toi, t'as huit ans mais les mecs qui sont ado, ils sont déjà plus dans leur époque et donc, ça transpire. Et tu te fais ton éducation musicale aussi comme ça. Moi, j'ai toujours été dans la danse ! Même avant l'arrivée du hip hop. C'est toujours un truc qui m'a passionné. Je matais James Brown, Michael... J'ai essayé le moonwalk dans mon salon, bien sûr ! Je suis vraiment un très bon danseur ! Et quand le hip hop arrive, je tombe à fond là-dedans. Ce qui était génial, c'est qu'on ne savait pas ce que c'était. Et nous, on avait la chance d'avoir à Meaux un disquaire mortel, Blue Night Music. Tu pouvais acheter des disques de rare groove, de rap, du Run DMC, du Erik B. & Rakim, à Meaux ! Tu voyais les dégaines des keums... Le rap, c'était l'énergie, l'attitude... Le premier truc de rap que j'ai aimé et acheté, c'est la BO de Beat Street. Je l'avais trouvé dans le videoclub que je fréquentais religieusement. Il y avait aussi une émission de radio locale de hip hop, celle de DJ Damage, Rap Slam... Et oui, je regardais à la télé H.I.P H.O.P. Et mon père dansait devant ! Il dansait avec ouam. Plus tard, j'ai évidemment acheté Fight For Your Right, voilà quoi... Je me souviens aussi que j'allais me faire coiffer tous les samedis chez Jacky, à Simplon. Où les rockab et les Zulus se téléscopaient... Moi, j'étais encore un bébé et donc, je passais au travers des mailles mais c'était vraiment super chaud !

 

Une scolarité normale ?

 

Un élève très très doué (rires). Je me retrouve dans un collège catho quelques années pour essayer d'éviter le collège de mon quartier. Mes parents ont peur que je finisse mal (sourire). C'est un nouveau monde ! Je rencontre des petits bourges qui font du skate et qui écoutent du punk, du hardcore... À l'époque, je suis un peu le seul mec à faire du skate dans ma cité. J'ai commencé le skate quand c'était encore les petits skates post seventies. Je me souviens qu'une année, je suis parti en vacances à Biarritz et là, dix milliards de skaters, des Allemands, des Espagnols! J'ai eu ma première board, que je devais partager avec mon grand-frère. C'était une Variflex...

 

Il y a une chose chez toi qui me semble primordiale, c'est ton apparence. Tu as toujours eu un look d'avance. On devinait chez toi que le décorum comptait beaucoup. Tu as très tôt compris qu'il s'agissait aussi de se démarquer par le look ?

 

C'est un truc qui m'a toujours passionné. Je ne sais pas pourquoi. Ce que je peux te dire, c'est un petit dossier que tu apprécieras sans doute, c'est que quand j'étais en primaire, je taxais des fringues unisexe à ma mère. Des vestes de costard, des trucs comme ça. Non, je ne me travestissais pas (rires). Et je me lookais pour aller à l'école. Je travaillais déjà mon look. Il y avait un truc dandy dans la zik à l'époque, avec les Cure, Spandau Ballet et toutes ces conneries et je pense que ça devait me séduire. Peut-être juste que je regardais trop la télé... Je ne sais pas. Mon grand-frère écoutais du DRI, du Maiden, je fréquentais plein de gens qui avaient des goûts différents et je cultivais tout ça dans mon look... Ca cultivait un paradoxe que mes potes ne comprenaient pas. Quand tu te rends compte que Public Enemy portent des T-shirts Minor Threat, tu te dis que ce n'est pas complètement con... En fait, j'habite dans un village et les gens ne comprennent pas mais c'est ça le futur (rires) ! Je trouvais ça normal de prendre le meilleur de chaque chose.

 

Ca démontre déjà une personnalité affirmée, une volonté de n'être que toi-même. Alors qu'un adolescent, par définition, se cherche sans se trouver parfois... Tu as très vite fait des choix.

 

En fait, moi, j'étais hyper à l'aise dans tous les recoins et dans tous les microcosmes de mon environnement. Que ce soit avec les thrashers, les keupons, les cailleras, sans être un caméléon. Après, je ne me suis jamais laissé marcher sur les pieds non plus (Mehdi nous apprendra après l'interview qu'il a été, pré-adolescent, champion de karaté île de France, ndlr).

 

Tu as aussi une certaine réputation. Celle d'un mec qui peut parfois se comporter comme un connard, comme quelqu'un qui n'en fait toujours qu'à sa tête, voire ingérable ? J'ai croisé des gens qui semblent t'en vouloir, qui reconnaissent ton potentiel mais qui ne veulent pas tenter leur chance avec toi...

 

Je vais prendre l'exemple du connard universel pour tous ces gens dont on parle : Kanye West. Il dit : “Un mec qui n'est pas prêt à décrocher son téléphone à trois heures du matin pour bosser avec moi, je n'ai pas envie de bosser avec lui.” Et bien je pense qu'il a raison. Et si c'est ça être un gros connard, ben ok, je suis un connard. Mais moi, je pense que la vie est courte et j'essaye de bien faire. Et ceux qu'ont pas envie de bien faire avec moi, c'est qu'on n'a pas les mêmes objectifs. Et point.

 

Si tu pouvais mettre ta profession sur ta carte d'identité, tu choisirais quoi ?

 

Je ne sais pas. Je ne sais toujours pas. À chaque fois que je dois remplir le formulaire de la douane, je mets “auteur-compositeur”. Mais c'est débile.

 

Si je te traite d'artiste, tu réagis comment ? Par une boutade ?

 

Je pense que ce n'est pas à toi de dire: “Je fais de l'art”... Moi, j'ai l'impression de faire de l'entertainment et j'ai l'impression que c'est le truc qui me définit le mieux... Que ce soit en faisant de la zik, des claquettes, des grimaces, des fanzines, en étant illustrateur... J'essaye juste de ne pas être un clown triste !

 

Parlons maintenant de l'énigme Scenario Rock. Heb Frueman s'arrête et Scenario Rock voit le jour, au départ avec toi, Ludo et Pone. Suivront un titre sur la compilation Source Rocks et deux albums signés chez BMG, des chansons énormes, des refrains magiques, des couilles gigantesques mais rien. Il ne se passe absolument rien. Comment tu l'expliques ?

 

Pour qu'il se passe des choses, il faut faire des choses ! Quand il n'y a pas de promo sur un skeud, pas de distribution, ça devient difficile... Moi, je pense qu'avec un groupe comme Scenario Rock, si tu fais un concert sold out à la Boule Noire à Paris, tu peux faire une Boule Noire à Lisbonne, à Moscou, etc... On n'aurait jamais été Beyoncé mais ça aurait pu trouver son public de manière internationale. Ça aurait mérité plus de taf et c'est en ça que c'est quand même un peu désolant. Avec Scenario Rock, on essayait vraiment d'inventer quelque chose, en tout cas de faire quelque chose de différent. De l'amertume (il réfléchit de longues secondes) ? Oui et non. Mais dans l'absolu, j'essaye de ne pas vivre dans le passé. Ce qui est relou, c'est quand tu mets beaucoup de coeur à faire un truc et que c'est un coup d'épée dans l'eau, ce qui est relou, c'est quand le problème n'est pas la qualité du travail fourni. Mais ça te touche forcément quand tout le monde s'en bat les couilles d'un projet dans lequel tu as mis beaucoup de toi... 

 

Après, tu deviens DVNO, tu chantes sur, selon moi, le meilleur titre de Justice, tu fais le DJ, tu sors des fanzines, tu deviens papa. Et ce disque “en solo”, il arrive quand ? On a écouté quelques chansons et c'est très engageant. Sous quel nom tu penses le sortir ?

 

Mehdi Pinson peut-être... Ouais, probablement. Là, je pense qu'il faut juste revenir à un truc où je suis frontman, chanteur, accompagné. Je prends mon temps. Et je vais abattre mes cartes tranquillement. Au moment où je sentirai que c'est cool.

 

LIEN NOISEY: https://noisey.vice.com/fr/article/qui-es-tu-mehdi-pinson

 

 

Bonus offert par Noisey

Le Top Ten des meilleurs albums de tous les temps selon Mehdi :

1. Michael Jackson - Off The Wall & Thriller
2. Beastie Boys - Check Your Head & Ill Communication
3. Nick Drake - Pink Moon
4. Buckingham Nicks -  Buckingham Nicks (album éponyme de 1973)
5. Gorilla Biscuits - Start Today
6. Public Enemy - Yo! Bum Rush The Show & It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back
7. Ritchie Havens - Mixed Bags
8. The Police - Regatta De Blanc
9. Vigon - Greatest Hits
10.  Pixies - Doolittle & Surfer Rosa

A Year And A Half Of High Altitude Velocity est disponible chez Poch Records.

Mehdi est sur Instagram. Jérôme Reijasse est intouchable.

 

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 13:00
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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 07:35

SOURCE

Alors que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, rendait un dernier hommage à l’adjudant Fabien Jacq, mortellement blessé le 4 novembre par l’explosion d’une mine au passage de son véhicule de l’avant blindé (VAB) lors d’une mission de ravitaillement dans le nord du Mali, l’État-major des armées (EMA) a précisé, dans son dernier compte-rendu hebdomadaire, les mesures en vigueur pour assurer la sécurité des convois logistiques sur ce théâtre d’opérations.

Les missions de ravitaillement menées dans le cadre de l’opération Barkhane sont à la fois dangereuses et éprouvantes, d’autant plus qu’elles concernent un territoire aussi vaste que l’Europe. « Elles font l’objet d’une préparation minutieuse incluant l’étude du contexte, du terrain, des itinéraires, l’articulation du détachement, et la définition des conduites à tenir », souligne l’EMA.

Un « déplacement tactique », pour reprendre l’expression de l’état-major, obéit à quatre grands principes : la sécurité, la protection, la sûreté et la protection.

Ainsi, les différents véhicules d’un convoi doivent respecter une distance de sécurité les uns par rapport aux autres, en particulier à cause du sable soulevé par leur passage, lequel réduit la visibilité de leurs conducteurs. Elle doit aussi permettre « d’observer l’environnement et de réagir en cas d’incident. » Qui plus est, elle ne doit pas non plus être trop importante, notamment quand il s’agit d’aborder des points de passage « particuliers ».

En outre, assure l’EMA, sans donner plus de précision, des éléments de protection « font systématiquement partie du convoi ». Ils doivent être en mesure d’intervenir immédiatement en cas de problème, que le convoi soit en déplacement ou à l’arrêt.

Enfin, les points de passage particuliers font systématiquement l’objet d’une reconnaissance « spécifique » afin de s’assurer que le convoi peut passer sans prendre de risques. « Le cas échéant, les éléments spécialisés du génie interviennent pour permettre la reprise de la progression », explique l’EMA.

Ainsi, la mise en oeuvre de ces mesures fait que, dans certaines conditions difficiles, un convoi de 60 véhicules peut s’échelonner sur 10 à 12 km et qu’il faut parfois 48 heures pour parcourir 100 km seulement.

Reste que, cette année, les quatre militaires français tués au Mali appartenaient tous à un régiment du Train. Á chaque fois, une mine (ou un engin explosif improvisé) a explosé au passage de leur véhicule, placé en tête d’un convoi logistique.

 

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 17:16

PS : la titraille est de la rédaction.

Le Dr Ahoua Don Mello ayant choisi de titrer sa tribune :

VALLS A ABIDJAN :

LE PLAN COMMUN DE LA FRANÇAFRIQUE ET DE LA CHARTE DU GRAND NORD POUR LA REQUISITION CONSTITUTIONNELLE DE LA CÔTE D’IVOIRE

 

Selon le site web www.sen360.com du vendredi 28 octobre 2016, Manuel Valls sera à Abidjan pour parler de sécurité et d’économie le jour du référendum sur le projet de Constitution. Le potentiel candidat à la Présidence de la République française doit, comme tous les présidentiables en France, avoir son réseau et sa politique africaine. En attendant le retour de l’ascenseur, le soutien sécuritaire à OUATTARA pour un référendum de tous les dangers est la meilleure monnaie de change et un moyen d’asseoir sa politique économique qui n’a de chance de prospérer que dans le cadre de la Françafrique. La prostitution du socialisme français n’a plus de limite et le Parti socialiste Français n’a retenu du socialisme que cette leçon donnée par le fondateur du socialisme scientifique, Karl Marx dans son livre le Capital : « C’est la force qui fait le droit ». En arrivant en Côte d’Ivoire le 30 octobre 2016, jour du référendum, assurer la sécurité du Premier ministre français permettra d’assurer la sécurité du référendum en montrant les muscles de la France.

Comprendre les fondements de cette mission hautement stratégique, c’est aussi comprendre les fondements de la nouvelle constitution ivoirienne, version actualisée du Code Noir et du Code de l’indigénat.

De quoi s’agit-il ?

« […] Battre le rappel de tout le GRAND NORD en vue d'une action concertée résolument tournée vers une option dont le principe directeur sera : "NI A DROITE, NI A GAUCHE, MAIS AU MILIEU". Ce milieu représentera la force vive qui ne manquera pas d'incarner l'avènement du RENOUVEAU NORDIQUE de donner naissance à une troisième force à mi-chemin entre le PDCI et le FPI, à même de s'imposer comme l'arbitre des prochaines consultations électorales. C'est cette vocation-là qui sied désormais au GRAND NORD. Vocation à laquelle tous les fils du GRAND NORD se doivent de contribuer. Sans renier notre passé de la période des luttes pathétiques et héroïques du RDA, Sans remettre en cause notre attachement aux idéaux du grand parti le RDA, il importe désormais de situer LE GRAND NORD à l'écart du PDCI, très loin du FPI et de l'opposition ». Extrait de La Charte du grand Nord, 1989

 

Voilà le projet de société qui a rassemblé en une union volontaire certains Ivoiriens en un parti dont le caractère tribal est institutionnalisé avec un rattrapage ethnique et une armée tribale qui défigure la Côte d’Ivoire depuis le 11 avril 2011.

Ce pacte tribal veut se donner une assise légale par une nouvelle constitution. Or une constitution nouvelle devait être un nouveau pacte national c’est-à-dire l’expression d’une volonté de vivre ensemble sans exclusion et donc le couronnement du processus de réconciliation tant attendu qui passe nécessairement par la libération de tous les prisonniers politiques (225 à ce jour) et le retour sécurisé de tous les exilés internes et externes.

Que cache donc cette constitution hémiplégique et unijambiste pour mobiliser encore tout l’Etat français contre la volonté du peuple de Côte d’Ivoire ?

Premier producteur mondial du cacao, l’histoire coloniale a réservé à la Côte d’Ivoire, le rôle de producteur de cacao. Cette mission, qui devait être imposée par la force, avait besoin de main d’œuvre dont la Côte d’Ivoire peu peuplée de 1893 ne pouvait disposer. Dans le cadre de l’AOF (Afrique Occidentale Française), la mise à contribution des tirailleurs françafricains, soldats issus des colonies françaises pendant la colonisation, et l’alliance entre le Morho Naba et la France avaient résolu ce problème. Le Code de l’indigénat avait donné un statut juridique à cette violence sans nom.

 

Les frontières issues des indépendances de 1960 n’ont pas modifié la tendance.

La crise des années 80 et la chute du mur de Berlin en 1989, ont constitué un tournant décisif dans l’histoire de l’humanité et par ricochet, dans celle de la Côte d’Ivoire. Si la Côte d’Ivoire avait fait le saut industriel pour absorber la masse d’intelligence sortie des écoles et universités, ce bel exemple d’intégration nationale aurait servi de modèle d’espérance pour l’Afrique. En l’absence de perspective industrielle (il ne faut surtout pas que l’Afrique s’industrialise, selon Helmut Kohl), l’espérance se transforma en cauchemar. La Côte d’Ivoire qui ne faisait aucune différence de race, de nationalité et d’ethnie va rentrer dans une période de turbulence qui a pris le nom de « l’ivoirité ». Le processus de création d’une nation ouverte et exemplaire à partir des peuples que l’arbitraire des frontières coloniales a rassemblé ou divisé se trouve contrarié. La montée du chômage a entraîné un mouvement de retour de nombreux chômeurs à la terre et de jeunes diplômés ivoiriens à la recherche de terres. Ces terres ont malheureusement été vendues à vil prix à des migrants, sans quittance ni titre de propriété.

Aux recrutements dans le secteur public et privé sans distinction de nationalité dans les villes avant la crise, succède une différenciation selon la nationalité pendant la crise, aggravée par l’introduction de la carte de séjour avec ses nombreuses frustrations chez les étrangers ou fils d’étrangers devenus Ivoiriens de facto. Des frustrations et de l’inégalité en droit entre Ivoiriens de facto et Ivoiriens de juré, naît la charte du nord pour servir de plate-forme revendicative du pouvoir d’État par une catégorie d’Ivoiriens dont le sort est lié à celui des migrants venus des pays voisins du nord du pays.

L’avènement de Laurent GBAGBO au pouvoir met fin à la carte de séjour. Une politique de rupture avec l’économie coloniale pour une véritable industrialisation est engagée, en priorité dans le secteur du cacao afin d’absorber la masse de diplômés et de chômeurs et contenir la menace de division semée par les frustrations et la carte de séjour.

C’était la ligne rouge à ne pas franchir : il ne faut surtout pas que l’Afrique s’industrialise sans l’aval des prédateurs de matières premières. La menace des intérêts françafricains, que cette politique occasionne, conduit la Françafrique à une alliance avec le RDR de M. OUATTARA bénéficiaire de la charte du Nord et géniteur des privatisations au profit de la Françafrique. La France crée le RHDP (Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix) avec tous les nostalgiques de la Françafrique comme vernis au RDR pour le rendre acceptable à la communauté internationale avec sa branche armée tribale qui tenta un coup d’État en 2002. L’échec de ce coup divisa le pays en deux. Pour donner une base électorale au RHDP et en faire une arme politique entre les mains de la France, les accords de sortie de crise sous l’égide de la France recommandent la naturalisation de 3 000 000 d’étrangers et la révision de la constitution pour rendre éligible aux élections présidentielles des binationaux même parachutés. OUATTARA devient candidat aux élections présidentielles de 2010 par une mesure exceptionnelle mais les audiences foraines organisées pour naturaliser 3 000 000 d’Ivoiriens échouent.

Laurent GBAGBO remporta les élections de 2010 dans les urnes mais perdit le pouvoir par l’armée française. Le coup de force de 2011 par la France, avec son lot de génocide qui porta OUATTARA au pouvoir, a besoin d’une légitimité et d’une légalité à posteriori pour faire oublier le génocide et remplacer définitivement l’électorat national par un électorat sur mesure et une constitution qui autorise n’importe quel étranger naturalisé avec un faux parent ivoirien à diriger la Côte d’Ivoire  au nom des intérêts françafricains. Pour assurer la pérennité d’un tel braquage constitutionnel, le Président est autorisé, selon le projet de constitution, à désigner son successeur. Ainsi Blaise COMPAORE devient un potentiel prétendant à la Présidence de la République après avoir piloté la reconquête coloniale de la Côte d’Ivoire et obtenu sa nationalité ivoirienne. Il reste à lui trouver un parent ivoirien de naissance.

Depuis 2011, le nouveau régime tente d’atteindre l’objectif de 3 000 000 de nouveaux électeurs et modifier la Constitution pour assurer une base démocratique à cette occupation coloniale de la Françafrique. De 2011 à 2015, ce régime convoie par vagues successives de nouveaux étrangers dans les villes et surtout dans la boucle du cacao, ces derniers deviennent de nouveaux Ivoiriens par déclaration et sont insérés dans le tissu économique urbain, rural et dans l’administration par le programme DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion).

En 2015, 2 200 000 Ivoiriens nouveaux sont recensés. Ce nombre correspond au nombre d’électeurs en faveur de Laurent GBAGBO lors du premier tour des élections présidentielles de 2010. L’objectif est donc clair : noyer l’électorat GBAGBO, obstacle principal à la françafrique. Ces Ivoiriens nouveaux deviennent immédiatement des propriétaires fonciers en milieu rural selon les prescriptions du Code Foncier Rural mais doivent attendre le délai légal de 5 ans pour être électeurs, puis éligibles ou à défaut de base électorale, être nommés comme parlementaire par le biais du SENAT créé à ce effet par le projet de constitution dont 1/3  peut être nommé.

Après avoir donné une base démographique par la fabrication d’Ivoiriens nouveaux par déclaration et fait de la violation permanente de la Constitution de 2000 son mode de gouvernance, la Françafrique veut rendre permanente son œuvre en dotant d’une couronne constitutionnelle son chef de tribu qui règne par exclusion et rattrapage ethnique sur toute la Côte d’Ivoire pour donner un éclat doré au coup d’État permanent.

L’avènement de la troisième république version Ouattara est la superstructure qui vient parachever le plan commun de la Charte du Grand Nord et de la Françafrique.

Un tel plan commun qui exclut les Ivoiriens de la vie politique, économique et sociale au profit de la Françafrique comme à l’époque coloniale, n’est pas uniquement l’affaire des partis politiques qui doivent jouer leur rôle d’éclaireur de conscience et d’organisateur, mais de chaque citoyen y compris les bénéficiaires  temporaires de cette imposture qui ne sont que des fusibles sur le circuit fermé de la Françafrique. Ibrahima Coulibaly dit IB et ses compagnons de fortune en savent quelque chose.

La constitution est un acte souverain et la souveraineté appartient au peuple. Aucun individu ni aucune section du peuple ne peut s’en attribuer l’exercice.

La résignation du peuple prépare sa colère. C’est une bombe à retardement qui éclatera tôt ou tard  car le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître.

La colère du peuple sera donc une réponse pour faire émerger les intérêts nationaux, sous régionaux et panafricanistes par un nouveau contrat socio-économique, politique et militaire qui sera l’infrastructure de la nouvelle république et de la nouvelle Afrique. La Côte d’Ivoire ne peut s’accommoder d’une armée tribale de chasseurs traditionnels en état de siège permanent, jouant le rôle de police et de gendarmerie qui confond droit de l’homme et chasse à l’homme au profit des intérêts exclusivement françafricains.

L’alliance France-ADO et le nouveau projet de constitution, ne sont rien d’autre que la renaissance de l’alliance France-Rois nègres des côtes africaines pendant la période esclavagiste qui a engendré le Code nègre dans les Amériques, ou l’alliance entre la France et le Roi de Kong pour arrêter et déporter Samory Touré suivi par son fidèle compagnon Morifindjan DIABATÉ. Cette alliance, avec l’appui des tirailleurs françafricains, a permis d’écraser la résistance Abouré, Baoulé et Bété organisée autour de Kadjo Amongoua de Bonoua, de Nanan Komenan Ettien de Tiassalé, de Akafu Bularé de Toumodi, de Kwamé Die de Walebo, de Gguekè Kouassi de Bouaké et de Zokou GbeuIi de Daloa. Suite à cette offensive coloniale, la population Baoulé écrasée dans le sang, est passée de 1 500 000 à 260 000 entre 1900 et 1911 avec 12 000 exilés en Gold Coast. Les Ivoiriens résignés furent soumis au code de l’indigénat. Un siècle après, l’Alliance France-ADO répète l’histoire avec le génocide Wè, la déportation de Laurent GBAGBO et de Blé Goudé et l’exil de milliers d’Ivoiriens au Ghana et au Libéria avec à la clé le projet de constitution de la troisième République qui ressemble au code de l’indigénat qui excluait les ivoiriens de la vie politique, économique et sociale et organisait une justice qui ne s’appliquait qu’aux indigènes.

La nationalité octroyée aux 2 200 000 nouveaux Ivoiriens n’est rien d’autre que les médailles distribuées aux tirailleurs françafricains après avoir aidé à asseoir l’empire colonial et à libérer la France de l’occupation nazie. Ces Ivoiriens nouveaux subiront le même sort que les tirailleurs sénégalais du camp de Thiaroye qui ont été fusillés lorsqu’ils revendiquèrent leur solde. C’est alors qu’ils prendront conscience que les belles promesses de la charte du Nord ne sont rien d’autre que les promesses contenues dans la fameuse mission civilisatrice de l’Occident lors de la pénétration coloniale qui ont engendré les plus cruelles barbaries contre ceux qu’ils prétendaient civiliser. Ibrahim Coulibaly (IB) et ses hommes ont connu ce triste sort.

L’Afrique a les ressources humaines et naturelles pour offrir la dignité à chacun de ses fils et à chacune de ses familles sans aucune distinction. L’obstacle objectif sur le chemin de l’industrialisation et du panafricanisme reste la Françafrique. La déprogrammation des scories de l’esclavage et de la colonisation qui ont développé le complexe d’infériorité et la fatalité dans l’esprit de certains africains et le complexe de supériorité chez certains occidentaux, reste la condition subjective.

Aujourd’hui sur le plan économique, comme hier sur le plan militaire, la France est prise en tenaille entre les puissantes économies allemandes et asiatiques. Selon les experts français, l’avenir de la France ne se trouve nulle part ailleurs qu’en Afrique. Comme hier sous occupation nazie, la France a obtenu son salut grâce à la réquisition du continent africain, ses hommes et ses matières premières, aujourd’hui elle tente de rééditer l’exploit sans avoir respecté ses engagements vis-à-vis de ses sauveurs d’hier. Le processus de recolonisation actuelle par les mêmes méthodes coloniales rénovées et constitutionnalisées de réquisition du pouvoir politique et économique, participe de la vaine recherche de cet avenir.

Chaque candidat aux élections présidentielles en France a une politique pour l’Afrique. Cette attitude paternaliste trahit le complexe de supériorité légué par des siècles d’esclavage et de colonisation. Non ! L’Afrique n’est pas l’avenir de la France mais plutôt son passé fait de douloureux souvenirs et de trahisons.

« L’Africain fera l’Afrique, elle trouvera en son sein des hommes et des femmes, capables de libérer leurs vertus de héros collectifs pour redresser le destin tordu de la mère Afrique et recoudre son beau pagne déchiré » (Joseph KI-ZERBO dans histoire générale de l’Afrique)

 

DON MELLO Ahoua,

Docteur Ingénieur des Ponts et chaussées,

Ancien Ministre

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 12:07

SOURCE

PARIS (Reuters) - Le diplomate français Boris Boillon, actuellement en poste à New York, va être rappelé en France où il devrait être suspendu de ses fonctions, a annoncé mardi le ministère français des Affaires étrangères, au lendemain de l'annonce de son jugement prochain notamment pour blanchiment de fraude fiscale.

"Compte tenu des derniers développements de la procédure judiciaire, le ministère des Affaires étrangères a décidé d'interrompre immédiatement sa mission à New York et de procéder à son rappel en vue d'une mesure de suspension", peut-on lire dans un communiqué.

"Lors de sa réintégration, le ministère (...) n'avait aucune connaissance des suites qu'entendait donner la justice à l'enquête préliminaire qui avait été ouverte à son encontre, en 2013".

Ex-ambassadeur de France en Tunisie et en Irak, proche de Nicolas Sarkozy, Boris Boillon avait été interpellé le 31 juillet 2013 à la gare du Nord à Paris alors qu'il partait pour Bruxelles en possession de 350.000 euros et 40.000 dollars en liquide.

Le diplomate sera jugé le 23 mars prochain devant le tribunal correctionnel de Paris pour manquement aux obligations déclaratives de transfert de capitaux, faux et usage de faux, blanchiment de fraude fiscale et abus de biens sociaux, a-t-on appris de source judiciaire. C'est le parquet de Paris qui a décidé de le faire citer à comparaître.

Réintégré à la fin de l'été au Quai d'Orsay après un passage dans le privé, Boris Boillon a été affecté à New York sur une mission de renfort à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations Unies, pour une durée de quatre mois.

(Yves Clarisse)

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 07:19
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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 11:19

Paru initialement sur le compte facebook de Grégory Protche

#Halaloween
#Calligraphie

Hier, c’était Halloween.

Je me suis contenté de ne pas ouvrir lorsqu’à la nuit tombée des marmots par dizaines vinrent sonner en espérant, les cons, que je leur file des bonbons. 

L'envie pourtant ne me manquait pas de leur faire peur pour de vrai... j’ai toujours en réserve quelques sentences moqueuses pour ces obéissants yéyé fils de yéyé, célébrateurs d’une fête américhienne dédiée à la consommation.

(Parenthèse 1 : d’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours détesté déguisements, maquillages et baguettes magiques).

(Parenthèse 2 : oui, je sais, dans le temps et dans l'espace, ça doit bien venir de plus loin que de chez le Grand Satan seulement, Halloween, mais la version qu'on nous sert est laide et bien yankee).

Fantasme : "Non, j'ai pas de bonbecs, petit con soumis. On mange pas de ce pain-là dans cette maison. Dis à tes copains de plus venir sonner et à tes collabos de parents que j'ai honte pour eux."

Donc, je n'ai rien dit. Paix des ménages. Bienveillante neutralité avec le voisinage - déjà que je sèche chaque année le repas des voisins ! Et refus du conflit de civilisations, pardon, de générations.

Prétextant le manque d’eau gazeuse – et pour digérer toute la bile que j’avais sur l’estomac, il allait m’en falloir -, je suis parti supermarcher. Espérant secrètement qu’un morveux m’apostrophe – avec ses parents pas loin, de préférence, mon Dieu, s’il vous plaît.

Au milieu du G20, en queue de gondole, tel Claudel à Notre-Dame, j’ai eu une vision. 
Un somptueux sachet en plastique vert, griffé d’arabesques jaune et, en blanc dans une cheap typo aladine joliment vulgaire, un prénom : Samia. 

« Un assortiment de bonbons piquants ». 

Made in La Courneuve.

Pas une fiotterie de chez Lutti, un vrai paquet de banlieue : 500g !

Le vrai vice eût consisté à sélectionner les enfants possiblement chrétiens parmi les quêteurs et à leur refiler sous couvert d’Halloween ces merveilles bariolées certifiées halal ! Halacidulées !

Je me suis contenté de tous les manger, jusqu’au dernier. Sans en filer un aux Halloweeniens, ces monstres.

 

Texte : Grégory Protche

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 07:42

Laiterie Sénégal @Spore

 

NB : la titraille est de la rédaction. Article initialement paru ICI. Sous le titre : 

L’accord commercial entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest qui menace le lait africain.

29 octobre 2016 | Par Fanny Pigeaud

Les industriels européens du lait seront parmi les grands bénéficiaires de l’accord de libre-échange que la Commission européenne tente d’imposer à l’Afrique de l’Ouest. Au détriment des filières de production locales, qui peinent déjà à vivre.

Du lait en poudre mélangé avec de l’eau : c’est ainsi que beaucoup de Sénégalais consomment depuis plusieurs décennies le lait, en particulier dans la capitale, Dakar. La poudre de lait qu’ils utilisent a une caractéristique : elle vient d’Europe. Il existe pourtant une production locale de lait, mais par manque de moyens et de soutien politique, elle arrive rarement jusqu’en ville. Cela sera encore longtemps le cas si l’Afrique de l’Ouest ratifie l’accord de libre-échange que la Commission européenne cherche à lui imposer depuis plusieurs années. Cet « accord de partenariat économique » (APE) régional prévoit de faire tomber à zéro le niveau des barrières douanières pour le lait en poudre et un certain nombre d’autres produits européens entrant dans les quinze États membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Jugeant ce traité néfaste pour leurs économies, le Nigeria et la Gambie refusent de le signer. 

Pour les industriels européens du lait, la mise en œuvre de l’APE serait un formidable coup de pouce : depuis quelques années, ils cherchent à développer leurs affaires avec le continent africain. Depuis la fin des quotas laitiers dans l’Union européenne (UE), la production a beaucoup augmenté et il leur faut trouver de nouveaux débouchés pour écouler les surplus. Le contexte est propice : contrairement à l’Europe, il n’y a pas assez de lait en Afrique de l’Ouest et la demande croît chaque année. Cette dernière a ainsi augmenté de 22 % entre 2006 et 2012, selon une étude conjointe de l’OCDE et de la FAO. Certes, la consommation de produits laitiers est encore marginale dans plusieurs États de cette région d’Afrique : 5 kg par an seulement par habitant en Côte d’Ivoire et 30 kg au Sénégal, contre 260 kg en France. Mais l’urbanisation croissante est en train de modifier les comportements alimentaires. 

Les groupes agroalimentaires européens ont un autre avantage : leur lait en poudre est peu cher et ce depuis plusieurs années. Cela est dû aux subventions accordées pendant longtemps par l’UE aux producteurs de lait : elles ont eu pour effet de réduire les prix à l’exportation (jusqu’à 40 %). Aujourd’hui, si les aides à l’exportation « ont pratiquement disparu depuis 2012, les subventions internes, qui profitent aussi aux produits exportés, continuent à avoir un effet de dumping important », explique l’agroéconomiste Jacques Berthelot. Parmi ces aides, il y a celles que reçoivent les producteurs des aliments consommés par les vaches laitières et celles données pour le stockage de la poudre de lait, qui sont « à nouveau importantes depuis l’effondrement des prix du lait » selon Jacques Berthelot. Une partie des poudres de lait a en plus été « ré-engraissée » : les matières grasses d’origine ont été remplacées par des matières végétales, comme de l’huile de palme, rendant le produit final encore moins coûteux. 

Chance supplémentaire pour les géants européens du lait : avant même l’APE, les taxes douanières sont depuis plusieurs années très faibles en Afrique de l’Ouest. Entré en vigueur en janvier 2015, le tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO fixe à seulement 5 % les droits de douane sur la poudre de lait en vrac.

Cet environnement plus que favorable a déjà permis aux industriels d’Europe d’augmenter leurs ventes vers l’Afrique. En 2013, la Commission européenne avait estimé que les exportations de lait en poudre, qui étaient de 231 000 tonnes en 2009, seraient de 450 000 tonnes en 2014, avant de passer à 637 000 tonnes en 2023. Mais dès 2015, elles ont atteint 691 000 tonnes.

 

Les agro-industries ne font pas que vendre : depuis 2010, elles investissent aussi de plus en plus sur le continent africain. Danone, par exemple, y a engagé près d’un milliard d’euros depuis 2012. Son directeur général, Emmanuel Faber, a expliqué, début 2016 : «  L’Afrique est le continent de demain. Nous investissons aujourd’hui sur ce continent comme nous l’avons fait en Asie il y a quinze ans.  » Pour s’implanter, ces multinationales passent par des joint-ventures avec des entreprises déjà installées, l’objectif étant d’augmenter sur place les capacités de transformation du lait en poudre européen. Danone est par exemple devenu l’actionnaire majoritaire de Fan Milk au Ghana, tandis que le danois Arla Foods s’est associé avec une société ivoirienne pour la création en Côte d’Ivoire d’une entreprise de conditionnement et de vente de lait en poudre produit au Danemark, avant de s’installer aussi au Nigeria et au Sénégal. Aujourd’hui, les plus grosses entreprises laitières européennes, c’est-à-dire Nestlé (Suisse), Lactalis, Sodiaal et Danone (France), Friesland-Campina (Pays-Bas) et Arla Foods sont « toutes présentes en Afrique de l’Ouest », a constaté le rapport « L’industrie laitière européenne lorgne sur l’Afrique de l’Ouest », publié mi-octobre par SOS Faim Belgique et Oxfam-Solidarité, qui soutiennent des organisations d’éleveurs en Afrique de l’Ouest.

https://www.sosfaim.be/wp-content/uploads/2016/10/EtudIndusLait-FR.pdf

https://www.sosfaim.be/lindustrie-laitiere-europeenne-lorgne-sur-lafrique

 

Menaces sur les agricultures locales

Ce sera donc un immense boulevard qui s’ouvrira devant les industriels européens du lait si l’APE régional, concocté par la Commission européenne, est ratifié et mis en œuvre.

Pour les consommateurs africains, il y a évidemment des avantages à voir des produits laitiers venir de l’extérieur, en particulier dans un pays comme le Sénégal où la production nationale ne peut actuellement répondre qu’à un tiers de la demande. Le fait que ce lait en poudre soit peu onéreux compte. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les dirigeants de la CEDEAO ont choisi un tarif extérieur commun faible : permettre aux populations urbaines de se nourrir à bas prix réduit le risque d’« émeutes de la faim » comme celles des années 2007 et 2008. 

Mais la hausse des importations n’est pas sans conséquences négatives : elle met en danger les filières nationales de production de lait. Dans plusieurs pays, ces dernières jouent un rôle important, parvenant à répondre à la demande nationale au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Au Mali, 30 % de la population vit directement de l’élevage, selon le rapport de SOS Faim Belgique et Oxfam-Solidarité. 

Entre production locale et produits importés, le combat est très inégal : au Burkina Faso, un litre de lait fabriqué à partir de poudre de lait importé coûte 225 FCFA (0,34 euro), alors qu’un litre de lait produit et transformé par les producteurs locaux vaut 600 FCFA (0,91 euro), explique Ibrahim Diallo, secrétaire général de l’Union nationale des mini-laiteries et producteurs de lait (UMPLB) du Burkina Faso. La différence de prix s’explique notamment par le prix élevé des « aliments pour nourrir le bétail », précise-t-il. La petite taille des exploitations et la sécheresse ont aussi une forte incidence. Contrairement à ce qui se passe en Europe, le secteur agricole en Afrique de l’Ouest n’a en outre pas bénéficié pendant très longtemps d’aides des États – les plans d’ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale les interdisaient.

Souffrant déjà des importations, les producteurs se sont organisés depuis plusieurs années en groupements et ont créé des « mini-laiteries » qui récoltent et transforment leur lait avant sa commercialisation. « Nous ne pouvons empêcher les multinationales de s’installer, mais nous pouvons faire en sorte de ne pas perdre notre place », dit Ibrahim Diallo. Son organisation, l’UMPLB, a lancé entre autres un label équitable, Faireso, avec des producteurs belges et Oxfam-Solidarité, et mène des campagnes de promotion du lait local auprès du public burkinabè. Pour permettre aux producteurs locaux de s’en sortir, il faudrait que l’État leur confie des marchés institutionnels comme celui des cantines scolaires, suggère Ibrahim Diallo. Il explique aussi : « Pour se donner bonne conscience, les multinationales disent qu’elles vont utiliser le lait de nos producteurs. Mais ce n’est pas un mariage qui pourra durer : nos coûts de production sont trop élevés pour elles. Elles vont donc rapidement se désister. Entre-temps, nos mini-laiteries auront disparu. » 

Le rapport de SOS Faim Belgique et d’Oxfam-Solidarité relève de son côté l’exemple suivant : « Lorsqu’une initiative locale comme la Laiterie du Berger à Richard-Toll au Sénégal a du succès en vendant du yaourt à base de lait local agro-pastoral, et qu’elle n’arrive plus à répondre à la demande, Danone s’y intéresse et rachète 25 % des parts de cette laiterie qui, maintenant, utilise 30 % voire 50 % de poudre de lait Danone pour ses yaourts Dolima. » 

Parmi les leviers que devraient pouvoir actionner les gouvernements pour protéger la production locale, il y a celui des barrières douanières. Au début des années 2000, le Kenya, en Afrique de l’Est, s’en est servi : Nairobi a décidé d’augmenter les taxes douanières de 25 à 60 %, alors que le pays était inondé de lait en poudre importé et que les éleveurs manifestaient leur colère face à ce phénomène. Cette mesure a permis de relancer la filière et de faire du pays un exportateur de produits laitiers. La même politique de protection est depuis appliquée par la Communauté des États d’Afrique de l’Est, dont le Kenya fait partie : elle a fixé à 60 % les droits de douane communautaires sur les produits laitiers.

Les organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest estiment qu’il faudrait pour leur région des taxes douanières d’au moins 50 % sur les produits agricoles. C’est précisément sur ce point que l’APE s’annonce très problématique, car il interdit tout retour en arrière : si l’accord est appliqué, les États ouest-africains ne pourront plus jamais relever les droits douaniers et perdront ainsi « une partie des moyens nécessaires pour mener la politique commerciale de leur choix, au service de leurs populations »comme l’a souligné le Comité français pour la solidarité internationale (CFSI).

http://www.cfsi.asso.fr

 

Ils verront aussi évidemment baisser les recettes fiscales « nécessaires au financement de leur développement ».

 

« Le discours de la Commission européenne sur le dossier des APE a toujours été de dire qu’il n’y avait pas d’intérêt offensif d’entreprises européennes en Afrique et la libéralisation profiterait d’abord aux entreprises africaines », explique à Mediapart Jean-Jacques Grodent, de SOS Faim Belgique. Or cette libéralisation va « hypothéquer l’avenir » du secteur du lait, « qui fait vivre des millions d’éleveurs dans la région ouest-africaine, en permettant l’importation de poudre de lait européenne, largement subventionnée – au moins indirectement via la PAC, mais aussi directement via les mesures prises suite à la crise du lait ». Pendant ce temps, l’UE applique des droits de douane sur les produits laitiers qui sont parmi les plus élevés du monde (74 % sur le lait frais, par exemple), remarque Jacques Berthelot. 

L’enjeu pour les pays de la CEDEAO est de « maîtriser les règles d’importation pour qu’elles ne freinent pas le développement de leur production agro-pastorale », résument SOS Faim Belgique et Oxfam-Solidarité. Il faut laisser aux producteurs le temps de s’organiser pour ne pas disparaître : « Si les marchés européens sont excédentaires et les marchés ouest-africains déficitaires, il faut prévoir une transition permettant que les producteurs locaux puissent progressivement rencontrer les besoins locaux, ce qu’une libéralisation des échanges n’autorisera pas, puisque les instruments de régulation des importations seront devenus inopérants », estime Jean-Jacques Grodent. 

La partie a cependant été rendue encore plus compliquée pour les pays d’Afrique de l’Ouest depuis la décision de la Côte d’Ivoire et du Ghana, en août 2016, de ratifier un APE bilatéral avec l’UE. Les deux pays ont en effet cédé aux pressions de la Commission européenne qui leur avait donné jusqu’au 1er octobre 2016 pour le signer, sous peine de supprimer leur accès préférentiel au marché européen. Pour que les bananes, ananas, café et cacao, dont ces deux États sont producteurs par le biais de multinationales européennes, puissent continuer à entrer librement sur le marché européen, ils se sont donc désolidarisés du reste de la CEDEAO. 

La mise en œuvre de ces APE bilatéraux va forcément bouleverser l’organisation de la région et l’application de son tarif extérieur commun : le lait en poudre et les autres produits importés sans droits de douane depuis l’UE qui arriveront en Côte d’Ivoire et au Ghana risquent fort d’être ensuite réexportés vers les autres pays de la zone, sans que ces derniers puissent « les taxer, compte tenu du laxisme des règles d’origine de la CEDEAO », souligne Jacques Berthelot.

 

Texte : Fanny Pigeaud

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