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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 11:00
Dessin de Mil'Pat
Dessin de Mil'Pat

Dans la Constitution que Sassou dut accepter en mars 1992, le Président était élu pour cinq ans et rééligible une fois. Et Sassou ne fut pas élu. Sassou a-t-il d'ailleurs jamais été élu... Les taux de participation aux scrutins congolais sont devenus dans les chancelleries et les rédactions un inépuisable sujet de conjectures puis de plaisanteries.

Douceur pour opposant congolais morose : se figurer le Black Milosevic devant les télévisés débats de la Conférence nationale souveraine où on gâtait joyeusement son nom. Dans ces moments-là, dit-on, sa fureur était telle qu'il menaçait, insultait, maudissait et annonçait d'assurément moins marrants lendemains à ces ingrats Congolais...

De 1992 jusqu'à son retour au pouvoir en 1997, via la meurtière guerre civile opposant ses milices Cobra aux Ninjas de Kolélas et à ce qu'il restait de l'armée légale du président Lissouba, Sassou a su trouver aides, conseils et soutiens, auprès de la France, de l'Angola et de quelques multinationales soucieuses de ne point insulter l'avenir.

Et même, plus tard, assez d'avocats et de défenseurs, une fois réinstallé, pour passer entre les gouttes de sang des massacres du Beach.

Les récurrentes et improductives campagnes médiatiques relativement aux Biens dits mal acquis par plusieurs présidents afros et leurs familles, dont Sassou, bien sûr, ne l'ont, bien sûr aussi, pas empêché de se refaire un visage éligible en liftant la constitution autant de fois que nécessaire, bien sûr toujours, à coups de référendums... Le dernier en date, à l'automne 2015, lui ayant permis de s'affranchir des limites d'âge et de celles du nombre de mandats.

L'important dans une élection, c'est d'être au pouvoir avant. Moins délicat que Poutine, Sassou ne prend même pas la peine de Medvedeever un de ses sbires pour donner le change.

Qui aurait la naïveté d'imaginer qu'au pouvoir "légalement" depuis 19 ans - ce qui ne fait, si on y ajoute les 13 premières années, que 32 en tout - le Son of the Beach n'a pas institutionnellement, médiatiquement, politiquement et militairement tout verrouillé afin de ne plus jamais avoir à redouter de son vivant la moindre élection.

Pas en renonçant au principe démocratique : en le subvertissant. Et en l'accompagnant d'un solide et oldschool recrutement de mercenaires plus ou moins médiatiques, plus ou moins militaires. Anciens de la Séléka (à qui Sassou aurait prêté quelques milliards de CFA vers 2013), Libériens (y'en a toujours en quête d'emplois funestes), Tchadiens, Rwandais, Burundais...
Parmi ses habituels soutiens, si l'on en croit un ancien diplomate, seul Dos Santos ferait cette fois défaut. De l'avis du même ancien diplomate, la défection angolaise n'atténuerait pas les inévitables violences si le Congo rechignait à se laisser sassouter.

Sassou est un féodal. Il a stratégiquement marié et/ou placé les siens chez tous ses voisins et confrères - ne fut-il pas le beau-père du défunt Omar Bongo ! Combinant ses influences et réseaux - familiaux mais pas seulement, dira-t-on poliment -, il pèse encore un peu dans cette anachronique Françafrique qui n'en finit pas de finir. Un peu moins qu'avant faiseur de rois, Sassou sait encore nuire, comme disent les Belges. Vice-médiateur (si, si) dans la crise centrafricaine, il y a quelques mois il chambrait méchamment la transitoire présidente Catherine Samba-Panza - ne pipant mot, Paris semblait consentir... Soupçonné d'avoir tour à tour financé Bozizé et la Séléka, pour Sassou, la RCA n'est qu'une annexe du Congo. Et la Samba-Panza, qui eût du à lui se soumettre, avait le mauvais goût de le courroucer : son poulain, Karim Meckassoua, à qui il avait promis le poste de Premier ministre en juillet 2014, à la suite des accords de Brazzaville, en sera privé au dernier moment et au profit d'un proche de la présidente, Mahamat Kamoun.

A peine avait-il rallié (rire) les suffrages des Congolais lors de son dernier référendum à la crème d'octobre 2015 que Sassou décida d'accélérer, non pas les réformes structurelles ou le développement de l'Instruction publique, mais le calendrier électoral. Faisant avancer la présidentielle au mois de mars 2016 ! Pour tourner la page. Instaurer sa nouvelle république. Prendre tout le monde de vitesse. Le fait du roi absolu : le choix dans la date. Et les règles du jeu pipées : un article de la loi électorale fait, par exemple, passer la caution des candidats de 5 à 25 millions de FCFA...

Les opposants, archéos ou néos, tentent de suivre et de présenter des candidatures viables. Prêts aux coups bas et de bâtons - l'impayable mais très achetable Jeune Afrique exhumant, tout à fait par hasard, une compromettante vidéo pour l'un d'eux, le général Mokoko. Etc, etc. Sachant tous pertinemment quoi penser des fichiers électoraux, du secret du vote et de la protection des urnes sous Sassou. Sans parler d'une commission électorale qui n'a, comme d'habitude, d'indépendante que le nom. Mais que la comm' officielle présente comme une concession à l'opposition.

"Fini le boycott généralisé. Cette fois, l'opposition congolaise veut jouer sa partition dans le paysage électoral. Pour la première fois depuis longtemps, ses principaux leaders ont incité leurs partisans à s'inscrire sur les listes électorales. Et accepté d’envoyer une liste de candidats pour la composition de la future Céni. Cela n'empêche pas les critiques, sur le degré d'indépendance de cette commission, ni sur les conditions d'organisation du scrutin. Mais l'IDC-Frocad dit avoir tiré des leçons du référendum d'octobre dernier. « Si on boycotte, le pouvoir avance sans nous », résume le porte-parole de la coalition d'opposition." (RFI)

Au pire, ils acceptent un scrutin cousu de fil blanc et fragmenteront l'électorat mécontent, permettant à Sassou de gagner dès le premier tour. Par K.-O.

Au mieux... s'ils tirent parti de leur nombre et élaborent une stratégie de déstabilisation par la contestation des résultats frauduleux et le refus de valider le scrutin, ils déclencheront une crise postélectorale. Et, peuvent-ils espérer, de possibles soulèvements populaires, auxquels Sassou ne saurait répondre que par la force. Idéalement, la communauté internationale se verrait forcée d'intervenir en proposant une transition. Etc.

Le schéma a déjà fonctionné ailleurs. Il a parfois aussi servi à renforcer le pouvoir en place, s'imposant comme contestable mais préférable remède au désordre : la victoire par chaos agité. Sassou n'aura pas peur d'être un sanglant mauvais perdant.


Texte - Justine Okimi




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