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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 11:00
Yannick / par Grégory Protche

Du temps de Get Busy, avec Sear et Karim, au moment de la sortie de chaque numéro, nous démarrions notre séquence promo : aller sur les maigrelets forums d'hiphopiens, commencer par y présenter la couv' - toujours une poignée de pisse vinaigres pour trouver qu'on gâchait notre mirifique contenu avec ces photos de meufs le cul à l'air en Une.

Puis le sommaire.

Ensuite, chacun chez soi, téléphone en main devant nos ordinateurs, on accueillait les remarques.

Chambrettes, mises à l'amende, cours d'histoire, tout y passait.

Ça aurait pu durer des jours tant ça nous plaisait.

Et ça durait des jours.

Nous avions nos têtes de turc (Franco !), nos adversaires et parfois cons-frères sous pseudos, nos terrains de prédilection, nos gimmicks, nos passes décisives.

Un forumeur se détachait du lot, en ne cherchant pas, justement, à se faire remarquer.
Si je me souviens bien, son pseudo, c'était Hear.

Narquois, amusé et relanceur, il semblait prendre un malin plaisir à nous voir débroussailler.

Lorsqu'avec Karim nous avons quitté Get Busy, Hear fut le seul à qui je répondis, lorsqu'il me demanda, sans familiarité et avec le seul intérêt du lecteur, pourquoi nous partions.

Nous partions fonder Tant pis pour vous.

Dans lequel Yannick/Hear écrira. Notamment un reportage durant une rencontre entre Marianne et ses lecteurs.

Je me rappelle, lointainement, que Patrice Broyer dut professionnellement se rendre un jour à Grenoble, où il rencontra Yannick, avec qui il dîna et regarda un match de foot dans un bistrot. Quand Patrice aime les gens, nous, ça nous suffit.

Les parents de Yannick avaient une entreprise d'horticulture - ce que je trouvais d'un chic achevé - et celui-ci semblait se demander souvent - en riant - s'il continuerait dans le journalisme ou s'il n'allait pas un beau matin tout planter pour aller faire pousser des fleurs.

Puis il s'installa à Paris.

Parce qu'il faut encore monter jusqu'à la capitale pour réussir, malgré la décentralisation.

Même si je ne pense pas que réussir ait jamais été un leitmotiv pour Yannick.

Dans les mêmes temps, Uda Benyamina me fit tourner dans un court-métrage tiré de ma pièce de théâtre Les écoeurements de la séduction. Steadycam le long du canal Saint-Martin, grand manteau et camel sans filtre à allumer à chaque prise.

Parmi celles et ceux qui rendaient ce film possible, il y avait Eiji, lui aussi lecteur de Get Busy, puis de Tant pis pour vous (il nous aborda et se mit à vendre le numéro "En 2004 est-ce vraiment dur d'être PD ?" avec nous à la fin de la gay prise à Bastille, avant d'y écrire) et une jeune femme d'origine turque, Burcu (prononcer Bourjou).

Un jour, Burcu et Yannick se rencontrèrent. Ce qui m'émut.

Tant pis pour vous cessa de paraître. On m'offrit la direction du Gri-Gri International.

Burcu y écrivit.

Un autre jour, coincé des heures en transit dans un aéroport, le couple et moi nous tombâmes dessus. En règle générale je hais les surprises. Là, leurs sourires me firent oublier la situation de merde (dont je ne me souviens vraiment plus) dans laquelle je me trouvais ce jour-là.

Yannick assiste aux lectures, suit Karim, Sear et moi à travers nos diverses aventures.

Inconditionnels et solidaire politiquement des Cahiers du foot, nous irons ensemble au lancement du livre anthologique qui réunit le meilleur des parutions papier de l'ancien mensuel - il doit même y avoir quelques furtives images de lui dans le reportage vidéo et musical que j'en rapporterai, mais je n'irai pas vérifier aujourd'hui.

Signe d'élection : Yannick est de ceux que SHEEK et ses amis convient à leur annuel après-midi-déjeuner-goûter des oldtimers, où, amené par Karim moi-même, je suis heureux d'à nouveau le retrouver.

Plusieurs fois il m'invitera via facebook à aller écluser quelques bières.

Il travailla ensuite pour un irréel hebdo communiste, La Terre, consacré aux cruciales questions agricoles et donc environnementales.

Où il s'emmerdait gentiment, en compagnie de vieux briscards qu'il trouvait passionnants à observer. Il allait dans les ministères, en province dans les institutions. Semblait bien se marrer à entomologiser.

Je ne sais pas exactement ce que les dinosaures mal léchés, insatisfaits et inexaucés que nous sommes les uns et les autres pouvaient bien représenter, signifier ou incarner pour lui, mais jamais je n'ai eu l'impression dégueulasse d'avoir face à moi une groupie, un type en quête d'idées à recycler ou un vampire.

Juste un jeune mec cool - alors qu'il vieillissait lui aussi, mais forcément moins que moi qui suis déjà vieux -, d'un commerce toujours agréable, capable de discussion de plusieurs heures, enthousiaste et calme à la fois. Avec un rire assez fort pour agiter son long corps.
Forcément qu'il devait être un peu sombre, compliqué, complexe, triste, insatisfait lui aussi, inexaucé même, comme dit Bloy.

Sinon il n'aurait pas écrit.

Sinon on ne se serait pas retrouvé si souvent politiquement, moralement, intellectuellement.

J'ai beau me creuser la tête, jamais je n'ai vu ou senti Yannick autrement que enthousiaste et calme en même temps.

C'est idiot, mais en un triste moment comme celui-ci, je pense bien sûr sincèrement à sa famille, aux siens, à ses quelques amis que j'ai pu croiser, et par qui j'ai appris la nouvelle…

À Burcu.

Je ne comprends pas ce que signifie la mort d'un jeune mec cool.

Alors sa femme, ses parents, ses amis...

J'avoue sans honte que j'ai été touché, flatté qu'on ait pensé à me prévenir. Nous comptions pour lui. À cette heure-là, c'est pas rien.

C'était un type bien. Capable d'aller vers ceux qui l'intéressent et de trouver sa place près d'eux sans ni composer ni s'imposer.

Dans la vie, Yannick groovait juste.

Yannick s'est suicidé.

C'est la première fois de ma vie que j'écris de tels mots pour évoquer un des miens.

C'était mieux avant.

Texte / Grégory Protche

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Published by Gri-Gri International - dans Gos et Gars du moment Rap Music
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commentaires

Nicolas 12/12/2014 16:25

Bel hommage. Je connaissais sans doute moins Yannick que vous, mais pour les quelques fois où nos chemins se sont croisés, vos derniers mots résument très bien l'image, et le souvenir, que je m'en faisais.

Anonyme 11/12/2014 12:11

J'ai (encore) chialé en lisant ce bel hommage. Merci.

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