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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 07:48

PS : merci à JCM.

Le 8 novembre 2011, marquait l’ouverture des offres pour la réalisation du nouveau siège du Port Autonome de Pointe-Noire. Le bâtiment ultra moderne, à la fière allure inspirée du Burj al Arab de Dubai, nous était présenté comme la « Condition sine qua non pour la re-dynamisation de son activité [du PAPN ndlr], afin de lui permettre de faire face à l’évolution croissante de son trafic. »

On nous précisait : « Financé par le budget d’investissement exercices 2011-2012, le siège administratif du port autonome de Pointe-Noire sera un bâtiment de 16 niveaux d’une hauteur de 64,7m, avec un sous sol. Il couvrira une surface bâtie totale de 16 201 m2. »

Cinq entreprises ont soumissionné à l’avis d’appel d’offres lancé le 17 octobre 2011.

Moins disante, l’entreprise CGC (China Geo Engineering Corporation International LTD) a emporté le marché et les travaux ont commencé rapidement, après déguerpissement du village des artisans et des établissements de restauration qui occupaient depuis fort longtemps les locaux de l’ex-plage mondaine.

Au cours du second semestre de 2014, les travaux de gros œuvre étaient en phase finale et on commençait à voir la pose des murs rideaux (vitrages).  Le chantier avait pris du retard, mais c’est une vicissitude à laquelle nous sommes coutumiers.

Et puis… plus rien.

L’entreprise a déserté les lieux et on assiste au pitoyable spectacle de la détérioration progressive de ce qui a été réalisé.

Comme d’habitude en pareil cas, une omerta frappe ce chantier :

- Pourquoi est-il interrompu ?

Ce ne peut être en raison de la crise puisque il a été financé, sur les budgets 2011/2012, avant qu’elle n’arrive.

- Doit-il reprendre ?

- Quand ?

- Quid des quelques 20 milliards approvisionnés ?

Mystère disions nous. 

 

Texte : L.S.

22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 07:42

Laiterie Sénégal @Spore

 

NB : la titraille est de la rédaction. Article initialement paru ICI. Sous le titre : 

L’accord commercial entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest qui menace le lait africain.

29 octobre 2016 | Par Fanny Pigeaud

Les industriels européens du lait seront parmi les grands bénéficiaires de l’accord de libre-échange que la Commission européenne tente d’imposer à l’Afrique de l’Ouest. Au détriment des filières de production locales, qui peinent déjà à vivre.

Du lait en poudre mélangé avec de l’eau : c’est ainsi que beaucoup de Sénégalais consomment depuis plusieurs décennies le lait, en particulier dans la capitale, Dakar. La poudre de lait qu’ils utilisent a une caractéristique : elle vient d’Europe. Il existe pourtant une production locale de lait, mais par manque de moyens et de soutien politique, elle arrive rarement jusqu’en ville. Cela sera encore longtemps le cas si l’Afrique de l’Ouest ratifie l’accord de libre-échange que la Commission européenne cherche à lui imposer depuis plusieurs années. Cet « accord de partenariat économique » (APE) régional prévoit de faire tomber à zéro le niveau des barrières douanières pour le lait en poudre et un certain nombre d’autres produits européens entrant dans les quinze États membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Jugeant ce traité néfaste pour leurs économies, le Nigeria et la Gambie refusent de le signer. 

Pour les industriels européens du lait, la mise en œuvre de l’APE serait un formidable coup de pouce : depuis quelques années, ils cherchent à développer leurs affaires avec le continent africain. Depuis la fin des quotas laitiers dans l’Union européenne (UE), la production a beaucoup augmenté et il leur faut trouver de nouveaux débouchés pour écouler les surplus. Le contexte est propice : contrairement à l’Europe, il n’y a pas assez de lait en Afrique de l’Ouest et la demande croît chaque année. Cette dernière a ainsi augmenté de 22 % entre 2006 et 2012, selon une étude conjointe de l’OCDE et de la FAO. Certes, la consommation de produits laitiers est encore marginale dans plusieurs États de cette région d’Afrique : 5 kg par an seulement par habitant en Côte d’Ivoire et 30 kg au Sénégal, contre 260 kg en France. Mais l’urbanisation croissante est en train de modifier les comportements alimentaires. 

Les groupes agroalimentaires européens ont un autre avantage : leur lait en poudre est peu cher et ce depuis plusieurs années. Cela est dû aux subventions accordées pendant longtemps par l’UE aux producteurs de lait : elles ont eu pour effet de réduire les prix à l’exportation (jusqu’à 40 %). Aujourd’hui, si les aides à l’exportation « ont pratiquement disparu depuis 2012, les subventions internes, qui profitent aussi aux produits exportés, continuent à avoir un effet de dumping important », explique l’agroéconomiste Jacques Berthelot. Parmi ces aides, il y a celles que reçoivent les producteurs des aliments consommés par les vaches laitières et celles données pour le stockage de la poudre de lait, qui sont « à nouveau importantes depuis l’effondrement des prix du lait » selon Jacques Berthelot. Une partie des poudres de lait a en plus été « ré-engraissée » : les matières grasses d’origine ont été remplacées par des matières végétales, comme de l’huile de palme, rendant le produit final encore moins coûteux. 

Chance supplémentaire pour les géants européens du lait : avant même l’APE, les taxes douanières sont depuis plusieurs années très faibles en Afrique de l’Ouest. Entré en vigueur en janvier 2015, le tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO fixe à seulement 5 % les droits de douane sur la poudre de lait en vrac.

Cet environnement plus que favorable a déjà permis aux industriels d’Europe d’augmenter leurs ventes vers l’Afrique. En 2013, la Commission européenne avait estimé que les exportations de lait en poudre, qui étaient de 231 000 tonnes en 2009, seraient de 450 000 tonnes en 2014, avant de passer à 637 000 tonnes en 2023. Mais dès 2015, elles ont atteint 691 000 tonnes.

 

Les agro-industries ne font pas que vendre : depuis 2010, elles investissent aussi de plus en plus sur le continent africain. Danone, par exemple, y a engagé près d’un milliard d’euros depuis 2012. Son directeur général, Emmanuel Faber, a expliqué, début 2016 : «  L’Afrique est le continent de demain. Nous investissons aujourd’hui sur ce continent comme nous l’avons fait en Asie il y a quinze ans.  » Pour s’implanter, ces multinationales passent par des joint-ventures avec des entreprises déjà installées, l’objectif étant d’augmenter sur place les capacités de transformation du lait en poudre européen. Danone est par exemple devenu l’actionnaire majoritaire de Fan Milk au Ghana, tandis que le danois Arla Foods s’est associé avec une société ivoirienne pour la création en Côte d’Ivoire d’une entreprise de conditionnement et de vente de lait en poudre produit au Danemark, avant de s’installer aussi au Nigeria et au Sénégal. Aujourd’hui, les plus grosses entreprises laitières européennes, c’est-à-dire Nestlé (Suisse), Lactalis, Sodiaal et Danone (France), Friesland-Campina (Pays-Bas) et Arla Foods sont « toutes présentes en Afrique de l’Ouest », a constaté le rapport « L’industrie laitière européenne lorgne sur l’Afrique de l’Ouest », publié mi-octobre par SOS Faim Belgique et Oxfam-Solidarité, qui soutiennent des organisations d’éleveurs en Afrique de l’Ouest.

https://www.sosfaim.be/wp-content/uploads/2016/10/EtudIndusLait-FR.pdf

https://www.sosfaim.be/lindustrie-laitiere-europeenne-lorgne-sur-lafrique

 

Menaces sur les agricultures locales

Ce sera donc un immense boulevard qui s’ouvrira devant les industriels européens du lait si l’APE régional, concocté par la Commission européenne, est ratifié et mis en œuvre.

Pour les consommateurs africains, il y a évidemment des avantages à voir des produits laitiers venir de l’extérieur, en particulier dans un pays comme le Sénégal où la production nationale ne peut actuellement répondre qu’à un tiers de la demande. Le fait que ce lait en poudre soit peu onéreux compte. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les dirigeants de la CEDEAO ont choisi un tarif extérieur commun faible : permettre aux populations urbaines de se nourrir à bas prix réduit le risque d’« émeutes de la faim » comme celles des années 2007 et 2008. 

Mais la hausse des importations n’est pas sans conséquences négatives : elle met en danger les filières nationales de production de lait. Dans plusieurs pays, ces dernières jouent un rôle important, parvenant à répondre à la demande nationale au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Au Mali, 30 % de la population vit directement de l’élevage, selon le rapport de SOS Faim Belgique et Oxfam-Solidarité. 

Entre production locale et produits importés, le combat est très inégal : au Burkina Faso, un litre de lait fabriqué à partir de poudre de lait importé coûte 225 FCFA (0,34 euro), alors qu’un litre de lait produit et transformé par les producteurs locaux vaut 600 FCFA (0,91 euro), explique Ibrahim Diallo, secrétaire général de l’Union nationale des mini-laiteries et producteurs de lait (UMPLB) du Burkina Faso. La différence de prix s’explique notamment par le prix élevé des « aliments pour nourrir le bétail », précise-t-il. La petite taille des exploitations et la sécheresse ont aussi une forte incidence. Contrairement à ce qui se passe en Europe, le secteur agricole en Afrique de l’Ouest n’a en outre pas bénéficié pendant très longtemps d’aides des États – les plans d’ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale les interdisaient.

Souffrant déjà des importations, les producteurs se sont organisés depuis plusieurs années en groupements et ont créé des « mini-laiteries » qui récoltent et transforment leur lait avant sa commercialisation. « Nous ne pouvons empêcher les multinationales de s’installer, mais nous pouvons faire en sorte de ne pas perdre notre place », dit Ibrahim Diallo. Son organisation, l’UMPLB, a lancé entre autres un label équitable, Faireso, avec des producteurs belges et Oxfam-Solidarité, et mène des campagnes de promotion du lait local auprès du public burkinabè. Pour permettre aux producteurs locaux de s’en sortir, il faudrait que l’État leur confie des marchés institutionnels comme celui des cantines scolaires, suggère Ibrahim Diallo. Il explique aussi : « Pour se donner bonne conscience, les multinationales disent qu’elles vont utiliser le lait de nos producteurs. Mais ce n’est pas un mariage qui pourra durer : nos coûts de production sont trop élevés pour elles. Elles vont donc rapidement se désister. Entre-temps, nos mini-laiteries auront disparu. » 

Le rapport de SOS Faim Belgique et d’Oxfam-Solidarité relève de son côté l’exemple suivant : « Lorsqu’une initiative locale comme la Laiterie du Berger à Richard-Toll au Sénégal a du succès en vendant du yaourt à base de lait local agro-pastoral, et qu’elle n’arrive plus à répondre à la demande, Danone s’y intéresse et rachète 25 % des parts de cette laiterie qui, maintenant, utilise 30 % voire 50 % de poudre de lait Danone pour ses yaourts Dolima. » 

Parmi les leviers que devraient pouvoir actionner les gouvernements pour protéger la production locale, il y a celui des barrières douanières. Au début des années 2000, le Kenya, en Afrique de l’Est, s’en est servi : Nairobi a décidé d’augmenter les taxes douanières de 25 à 60 %, alors que le pays était inondé de lait en poudre importé et que les éleveurs manifestaient leur colère face à ce phénomène. Cette mesure a permis de relancer la filière et de faire du pays un exportateur de produits laitiers. La même politique de protection est depuis appliquée par la Communauté des États d’Afrique de l’Est, dont le Kenya fait partie : elle a fixé à 60 % les droits de douane communautaires sur les produits laitiers.

Les organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest estiment qu’il faudrait pour leur région des taxes douanières d’au moins 50 % sur les produits agricoles. C’est précisément sur ce point que l’APE s’annonce très problématique, car il interdit tout retour en arrière : si l’accord est appliqué, les États ouest-africains ne pourront plus jamais relever les droits douaniers et perdront ainsi « une partie des moyens nécessaires pour mener la politique commerciale de leur choix, au service de leurs populations »comme l’a souligné le Comité français pour la solidarité internationale (CFSI).

http://www.cfsi.asso.fr

 

Ils verront aussi évidemment baisser les recettes fiscales « nécessaires au financement de leur développement ».

 

« Le discours de la Commission européenne sur le dossier des APE a toujours été de dire qu’il n’y avait pas d’intérêt offensif d’entreprises européennes en Afrique et la libéralisation profiterait d’abord aux entreprises africaines », explique à Mediapart Jean-Jacques Grodent, de SOS Faim Belgique. Or cette libéralisation va « hypothéquer l’avenir » du secteur du lait, « qui fait vivre des millions d’éleveurs dans la région ouest-africaine, en permettant l’importation de poudre de lait européenne, largement subventionnée – au moins indirectement via la PAC, mais aussi directement via les mesures prises suite à la crise du lait ». Pendant ce temps, l’UE applique des droits de douane sur les produits laitiers qui sont parmi les plus élevés du monde (74 % sur le lait frais, par exemple), remarque Jacques Berthelot. 

L’enjeu pour les pays de la CEDEAO est de « maîtriser les règles d’importation pour qu’elles ne freinent pas le développement de leur production agro-pastorale », résument SOS Faim Belgique et Oxfam-Solidarité. Il faut laisser aux producteurs le temps de s’organiser pour ne pas disparaître : « Si les marchés européens sont excédentaires et les marchés ouest-africains déficitaires, il faut prévoir une transition permettant que les producteurs locaux puissent progressivement rencontrer les besoins locaux, ce qu’une libéralisation des échanges n’autorisera pas, puisque les instruments de régulation des importations seront devenus inopérants », estime Jean-Jacques Grodent. 

La partie a cependant été rendue encore plus compliquée pour les pays d’Afrique de l’Ouest depuis la décision de la Côte d’Ivoire et du Ghana, en août 2016, de ratifier un APE bilatéral avec l’UE. Les deux pays ont en effet cédé aux pressions de la Commission européenne qui leur avait donné jusqu’au 1er octobre 2016 pour le signer, sous peine de supprimer leur accès préférentiel au marché européen. Pour que les bananes, ananas, café et cacao, dont ces deux États sont producteurs par le biais de multinationales européennes, puissent continuer à entrer librement sur le marché européen, ils se sont donc désolidarisés du reste de la CEDEAO. 

La mise en œuvre de ces APE bilatéraux va forcément bouleverser l’organisation de la région et l’application de son tarif extérieur commun : le lait en poudre et les autres produits importés sans droits de douane depuis l’UE qui arriveront en Côte d’Ivoire et au Ghana risquent fort d’être ensuite réexportés vers les autres pays de la zone, sans que ces derniers puissent « les taxer, compte tenu du laxisme des règles d’origine de la CEDEAO », souligne Jacques Berthelot.

 

Texte : Fanny Pigeaud

Published by Gri-Gri International Fanny Pigeaud - dans Economie Politique Francophonie
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 12:05

 

NB : la titraille est de la rédaction, la tribune ayant été mise en ligne ICI sous le titre :

Financements libyens: une honte, en effet

18 NOV. 2016

PAR FABRICE ARFI

 

Le présentateur du 20 Heures de France 2, David Pujadas, a expliqué que son JT n'avait pas consacré une seule seconde aux confessions de Ziad Takieddine parce que rien ne viendrait les « accréditer ». Voyons voir.

 

Le concept de « post-vérité », qui vient d'être consacré mot de l'année par le vénérable dictionnaire britannique Oxford, s’est dangereusement emparé de l’affaire libyenne. La post-vérité fait référence, selon sa définition, « à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ».

Sorte de petite sœur du système de “doublepensée” de George Orwell dans 1984 – « l’ignorance, c’est la force », « la guerre, c’est la paix », etc. –, la post-vérité autorise aujourd’hui à ce que, dans l’affaire des financements libyens de Sarkozy par exemple, les faits n’existent tout simplement plus. Ils ont été remplacés, dans certaines rédactions qui ont décidé de taire les derniers développements du dossier, par un journalisme d’impression, de sentiments, sans rapport avec le réel.

Les faits sont morts et les mots ne sont plus. C’est ce phénomène bizarre, entre autres explications évidemment plus complexes, qui a favorisé le climat de l’élection démocratique de Donald Trump, un menteur, un raciste et un sexiste, à la tête de la première puissance mondiale.

Dans la France médiatique, il y a depuis quelques jours un patron de la post-vérité. Il s’appelle David Pujadas, journaliste et présentateur du 20 Heures de la première chaîne de service public, France 2. Vous savez, celle que nous finançons tous. Voilà, celle-là.

Depuis le 15 novembre et la révélation par Mediapart des aveux de l’intermédiaire Ziad Takieddine, qui a confessé face caméra avoir remis trois valises d’argent libyen à MM. Sarkozy et Guéant en 2006 et 2007, le 20 Heures de France 2 n’a pas consacré une seconde de son temps d’antenne à cette affaire. Pas une seule.

Hier, jeudi 17 novembre, David Pujadas a consenti, du bout des lèvres, à poser LA questionà Nicolas Sarkozy, ancien président de la République et candidat pour le redevenir, lors du débat de la primaire de droite. « Avez-vous, oui ou non, reçu de l’argent liquide de Libye ? », a demandé le présentateur. Évidemment, personne ne s’attendait à ce que l’intéressé réponde : « Merci M. Pujadas de me poser la question parce que c’est vrai que cela fait dix ans que j’en ai gros sur la patate. Eh bien oui, je connais bien les valises de Ziad Takieddine. On s'est gavés avec Claude. »

Sans rien répondre sur le fond, Nicolas Sarkozy, tout à son habitude, a choisi d’humilier le présentateur, le service public et le journalisme avec eux. « Vous n’avez pas honte de donner écho à un homme qui a fait de la prison et qui a été condamné à d’innombrables reprises pour diffamation et qui est un menteur. Ce n’est pas l’idée que je me fais du service public. C’est une honte », s’est indigné l’ancien chef de l’État. Mais après tout, pourquoi pas ? Nicolas Sarkozy répond comme il le veut et on le sait habitué au « casse-toi pauv’ con »quand quelque chose n’a pas l’heur de lui plaire.

Et que s’est-il passé ensuite ? Rien. David Pujadas a laissé dire. Pas de relance. L’épisode, qui n’a pas duré plus de 30 secondes, s’est conclu par un pressé « On enchaîne ».  

Alors oui, Ziad Takieddine a fait de la prison. Il a été placé en détention provisoire pour avoir violé son contrôle judiciaire imposé après sa mise en examen dans l’affaire Karachi. Nicolas Sarkozy a juste oublié de rappeler que dans cette affaire, Ziad Takieddine est mis en examen pour avoir reçu des commissions occultes sur des marchés d’armement et d’avoir, comme il a fini par l’avouer, transporté… des valises de cash au bénéfice du clan Balladur, dont un certain Sarkozy Nicolas était un pilier.

D’ailleurs, d’après les propres aveux de Takieddine, corroborés par l’enquête du juge Renaud Van Ruymbeke, les deux hommes aujourd’hui suspectés d’avoir reçu les espèces en question étaient Thierry Gaubert, à l’époque collaborateur de Nicolas Sarkozy, et Nicolas Bazire, futur témoin de mariage du même Sarkozy. De cela, les téléspectateurs de France 2 n’en sauront rien. Pas plus qu’ils ne sauront que Ziad Takieddine a été condamné pour être revenu de Libye, en mars 2011, avec une valise de 1,5 millions d’euros en liquide. Tiens, tiens…

Sur la forme, David Pujadas s’est laissé gifler, humilier, sans rien dire. Sans défendre notre métier. Sans dire pourquoi il pose la question et pourquoi elle est d’intérêt public. Il a accepté sans ciller d’être rabaissé au niveau de la honte par un homme déjà deux fois mis en examen (pour « corruption » dans l’affaire Bismuth et « financement illégal de campagne » dans Bygmalion). Après l’émission, le porte-parole de Sarkozy, Éric Ciotti, n’a rien trouvé de mieux que de dénoncer la « violence inouïe » de France 2 à l’encontre de son champion. Je vous le dis : les mots n’ont plus de sens.

Mais il y a pire que cette séquence déjà désastreuse. Interrogé au micro de France Info pour savoir pourquoi le JT de France 2, son JT, n’avait rien fait sur l’aveu de Takieddine, Pujadas a répondu que « rien ne l’accréditait ».

C’est là que la post-vérité entre en jeu. Rien n’accréditerait donc les aveux de Takieddine ?

Voyons voir.

  • 1) Le témoignage de Takieddine vient confirmer en tous points (dates, lieux, montants, protagonistes) les aveux sur procès-verbal d’Abadallah Senoussi, ancien chef des services secrets libyens, devant la Cour pénale internationale. 

Nous avons déjà raconté les circonstances de l’entretien avec Ziad Takieddine et pourquoi cela le rend aujourd’hui crédible. Je me permets de le redire. Le journaliste indépendant Nicolas Vescovacci, qui a cosigné nos révélations, a rencontré Ziad Takieddine le 18 octobre 2016 dans le cadre d’un projet personnel autour, notamment, de la Libye. Lors de cet entretien, qui a duré plus de quatre heures, l’homme d’affaires franco-libanais lui a confié pour la première fois avoir remis des valises d’espèces en provenance de Libye à MM. Sarkozy et Guéant pour un montant total de 5 millions d’euros.

Trois semaines après cette entrevue, Mediapart rendra public le procès-verbal d’audition – inconnu jusqu’alors et que Ziad Takieddine ne pouvait pas connaître matériellement avant sa révélation – d’Abdallah Senoussi, recueilli en 2012 dans le cadre d’une procédure d’instruction de la CPI. Senoussi y racontait donc, dans le détail, comment il avait fait livrer à MM. Sarkozy et Guéant la même somme de 5 millions d’euros par l’entremise du même Takieddine. La justice française n’a eu connaissance de cette audition devant la CPI que le 20 juin 2016.

En résumé, nous avons aujourd’hui celui qui a remis l’argent en Libye (Senoussi) qui a avoué sur PV et celui qui l’a transporté et livré en France (Takieddine), aussi – après ses confidences à Mediapart, l’homme d’affaires a tout confirmé à la police. Pour ceux qui en doutent, il existe des témoignages concordants qui font des preuves testimoniales.

  • 2) Cela semble avoir échappé à M. Pujadas, mais Ziad Takieddine a livré devant les caméras de l’agence Premières Lignes (qui a filmé ses confidences pour Mediapart) bien plus qu’un témoignage. Ce sont des aveux. L’intermédiaire, pour la première fois, a accepté de s’auto-incriminer, c’est-à-dire de reconnaître la commission d’un possible délit au cœur des secrets financiers entre deux États, la Libye et la France. Cela ne sera pas sans conséquence judiciaire pour lui, à n’en pas douter.
  • 3) Cela ne s’arrête pas là. Comme nous l’avons déjà raconté, l’ancien premier ministre libyen, Choukri Ghanem, avait consigné, en 2007, dans un petit carnet manuscrit l’existence de versements libyens, notamment de… Senoussi, au profit de Nicolas Sarkozy. Et en 2007, la lune de miel entre Kadhafi et Sarkozy était totale. Personne ne peut objecter aujourd’hui que Choukri Ghanem avait anticipé la guerre quatre ans en avance pour consigner la corruption dès 2007, dans le but éventuel de monter une forgerie financière contre Sarkozy pour venger le régime Kadhafi. Cela est impossible matériellement. Il n’est de toute façon pas possible d’opposer quoi que ce soit à Choukri Ghanem : son corps a été retrouvé flottant dans le Danube à Vienne (Autriche), le 29 avril 2012, le lendemain des premières révélations de Mediapart sur la corruption libyenne de Sarkozy.
  • 4) La justice dispose par ailleurs d’éléments matériels qui confirment que Ziad Takieddine s’est bien rendu en Libye à plusieurs reprises entre novembre 2006 et janvier 2007, dates durant lesquelles aurait eu lieu la valse des mallettes, d’après l’intermédiaire. Ils ont aussi des éléments qui prouvent qu’il rencontrait fréquemment à l’époque Claude Guéant, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur. De fait, Takieddine n’est pas n’importe qui dans l’histoire franco-libyenne. Il est celui – et ceci est également documenté par la justice – qui a introduit Nicolas Sarkozy auprès du dictateur libyen en 2005. C’est lui qui a organisé les visites, les déplacements, a parfois assuré la traduction des entretiens, y compris les plus confidentiels.
  • 5) Senoussi est bien connu de l’ancienne présidence de la République et des amis de Nicolas Sarkozy. Comme Mediapart l’a déjà raconté, l’Élysée a tout fait jusqu’en 2009 pour accéder au vœu le plus cher (sans mauvais jeu de mots) de Senoussi : faire tomber le mandat d’arrêt dont il avait écopé en 1999 après avoir été condamné par la cour d’assises de Paris à la réclusion criminelle à perpétuité dans l’affaire de l’attentat du DC-10 d’UTA. Et qui M. Senoussi avait-il choisi comme avocat en novembre 2005, un mois après la première visite de Sarkozy à Tripoli, pour défendre ses intérêts ? Un certain Thierry Herzog, l’avocat personnel de Nicolas Sarkozy.
  • 6) Je passe sur ce que nous avons déjà raconté mille fois sur Mediapart : le document officiel libyen que nous avions révélé et que M. Sarkozy avait qualifié de « faux grossier » – la justice lui a donné tort ; la fuite organisée par l’État français du directeur de cabinet de Kadhafi, Bachir Saleh, pourtant recherché par Interpol, au lendemain de révélations de Mediapart ; les témoignages concordants qui parlent des financements libyens de Sarkozy par le clan Kadhafi ; les espèces de l'ambassadeur Boillon, proche de Sarkozy et Kadhafi…

OK, mais Takieddine est « sulfureux ». Vous avez sûrement vu passer l’adjectif dans de nombreux articles de presse consacrés à cette affaire. Bien sûr qu’il est sulfureux. Mais un ancien président deux fois mis en examen pour « corruption » et « financement illégal de campagne », un ancien ministre et secrétaire général de l’Élysée (Claude Guéant) condamné pour « détournement de fonds publics » ne seraient-ils pas, eux aussi, un peu « sulfureux » ?

J’ai même vu passer des articles pour dire, comme Nicolas Sarkozy d'ailleurs, que Ziad Takiddine a menti par le passé. C’est vrai. La belle affaire : c’est justement le propre de celui qui passe aux aveux après ne pas avoir dit la vérité. Il se passe aujourd’hui avec Kadhafi ce qu’il s’était déjà passé dans l’affaire Karachi où, après avoir nié (en mentant) pendant trois ans, Takieddine a fini par reconnaître avoir porté les valises de cash du clan Balladur.  

Ziad Takieddine n’est pas un parangon de vertu. Quelle découverte ! Qui peut croire raisonnablement que l’on enquête sur la corruption avec des oies blanches ? Ziad Takieddine, avec qui Mediapart a eu des rapports extrêmement complexes et désagréables, a fait du chemin. Il a décidé de parler pour des raisons qui lui appartiennent (au risque de se mettre en cause devant la justice) dans le but, dit-il, de dénoncer un système qu’il qualifie de « mafieux » et auquel il avait donc pris part. Ce n’est pas rien et cela mérite, je trouve, d’être pris en compte vu le contexte décrit plus haut. Sauf pour le plus grand JT de service public. Cela n’existe pas pour lui et, par ricochets, pour ses téléspectateurs.

Cela me rappelle tellement le dossier Cahuzac. J’entends la même musique : la mise en cause de Mediapart – comme si nous étions le problème des informations que nous révélons –, la même gêne politique, le même cirque médiatique. La même injonction : il n’y a pas de preuves.

Ah bon ?

Les silencieux de l’affaire devraient se souvenir de quelques grands moments de l’histoire du journalisme : l’affaire Ben Barka, le Watergate, les micros du Canard ou le Rainbow Warrior. Quelles étaient les « preuves » de Jacques Derogy dans la première quand il révèle le témoignage qui fera ce titre de légende de L’Express« J’ai vu tuer Ben Barka » ? Quelles étaient les preuves des journalistes du Washington Postdans la deuxième quand ils révèlent le système d’espionnage mis en place par Nixon ? Quelles étaient les « preuves » de Claude Angeli dans la troisième quand il livre l’identité des agents de la DST qui ont posé des micros-espions dans les futurs locaux de l’hebdomadaire ? Quelles étaient les « preuves » d’Edwy Plenel dans la dernière quand, journaliste au Monde, il raconte que c’est bien la DGSE qui a coulé le bateau de Greenpeace ? Il se trouve que les journalistes n’ont pas toujours des preuves, mais ils ont toujours des sources. Le plus fou, c’est que dans l’affaire libyenne, il y a des documents…  

Mais quelle serait la preuve d'une remise d'espèces ? Un selfie de Takieddine, place Beauvau, avec Sarkozy mettant les doigts en “V” ?

Alors bien sûr, mon propos ne consiste pas à dire qu’il faut prendre pour argent comptant (sans mauvais jeu de mots, bis) le travail de Mediapart. Surtout pas. Bien entendu, il faut contre-enquêter sur ce que l’on fait. Vérifier. Contredire. Mais voir que la plus grande chaîne du service public passe sous silence cette affaire avec des arguments dignes d’un videur de boîte de nuit, oui, cela me fait un peu honte.

Bienvenue dans la faille spatio-temporelle de la post-vérité.

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ADDENDUM - L'historien américain Timothy Snyder a signé, le 19 novembre, une tribunedans Le Monde en forme de kit de survie intellectuelle en vingt points pour « résister au monde de Trump ». Au point n°8, il est écrit: « Abandonner les faits, c’est abandonner la liberté. Si rien n’est vrai, personne ne peut plus critiquer le pouvoir, puisqu’il n’y a plus de base pour le faire. Si rien n’est vrai, tout est spectacle. Le plus gros portefeuille paie pour les plus aveuglantes lumières ». C'est évidemment valable pour la France.

 

Published by Gri-Gri International Fabrice Arfi Blog Mediapart - dans Libye 2011 Politique Economie
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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 12:51

Chers participants à la COP22,

Les exactions contre la biodiversité dans le Sahara occidental occupé, à savoir dans la région d’El-Ayoun et dans la zone de Dakhla, ont été causées par les dégâts énormes résultant de la concentration des activités économiques dans le territoire sahraoui contesté. Cela a eu un immense impact sur l’environnement et a laissé des empreintes négatives sur la biodiversité et la carte géologique dans la partie du Sahara occidental occupée par le Maroc.

La destruction des ressources naturelles a également conduit à un déséquilibre dans l’environnement et dans le climat, y compris les eaux souterraines. Les eaux usées et leur évacuation sont gérées d’une manière irrationnelle, ce qui les rend nuisibles pour la mer et les réservoirs d’eau souterrains.

La péninsule de Dakhla est également menacée de s’affaisser sous le niveau de la mer dans les années à venir, du fait du réchauffement climatique qui menace le climat et la terre dans le monde entier. Des forages pétroliers sont également en cours sur le territoire, menés par des sociétés étrangères comme Kosmos Energy, avec la bénédiction du gouvernement marocain.

Les forages pétroliers signifient plus de pollution pour l’eau, la terre et pour l’ozone. Cela se traduira par une contribution plus importante au réchauffement de la planète. Produire plus de pétrole signifie qu’il sera utilisé. Et cela va augmenter le dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, ce qui élèvera la température de l’atmosphère. En outre, les activités de forage pétrolier se traduiront par la mort de beaucoup d’oiseaux migrateurs qui se déplacent le long des côtes sahraouies. Sans oublier la pêche, vu que nos eaux sont très poissonneuses. Il a été prouvé que les activités pétrolières sont une menace directe pour les animaux sur la terre ferme et les poissons. Dans la ville d’El-Ayoune, une centrale thermique est en cours de construction et entrera bientôt en fonction. Cette même centrale a été refusée dans le passé dans plusieurs villes marocaines qui en ont bloqué la construction et l’exploitation sur leur territoire. Ce type de centrale thermique fonctionne en utilisant du fioul lourd, considéré comme le pire type d’énergie car il provoque de grands dommages à l’environnement.

Des sources internes à la banque d’État allemande  KFW, la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement et l’Union européenne, ont toutes rapporté à l’agence Reuter que leurs institutions ne financeront pas de projets au Sahara occidental. De sources bancaires on a dit : « Soutenir  ces investissements sera vu comme un soutien à la position du Maroc. Nous sommes neutres à l’égard du conflit. » Une autre source a dit « ne jamais soutenir un quelconque  projet dans les territoires du Sahara Occidental, et ne pas le faire en dépit du fait que les plans d’énergie solaire marocains signifient beaucoup pour nous. »

La région, en général, n’est pas à l’abri de l’impact des changements climatiques prévus dans le monde entier, mais on peut dire que des phénomènes tels que la forte hausse des températures ces derniers temps dans les villes de Smara, El-Ayoune et Boujdour, en sont témoins, ainsi que les importantes inondations, suite à des fortes pluies, provoquées par le fleuve Saguiat El Hamra, en raison du phénomène du changement climatique mondial provoqué par le réchauffement. Les récentes inondations au Sahara occidental ont montré l’insuffisance des infrastructures et l’impréparation des autorités locales pour gérer de telles crises.

 

Le Maroc parie sur l’exploitation du vent pour produire de l’énergie propre au Maroc et au Sahara. Même si nous soutenons le recours à des telles initiatives respectueuses de l’environnement, nous désapprouvons la stratégie délibérée du Maroc, qui est de piller les ressources naturelles du Sahara occidental en violation flagrante de la loi internationale. Le Maroc a ainsi construit beaucoup de fermes éoliennes dans le territoire occupé du Sahara Occidental contre la volonté des Sahraouis et de leur représentant légitime et internationalement reconnu, le Front Polisario. En outre, les Sahraouis ne bénéficient pas de tels projets et investissements.

Malheureusement, certaines entreprises étrangères se font complices du Maroc pour légitimer sa présence au Sahara occidental et renforcer son occupation illégale du Sahara Occidental. Parmi ces entreprises on trouve Siemens et Alstom.

Par conséquent, nous demandons à ces compagnies de se désengager d’un tel projet et de tous les investissements actuels et futurs au Sahara occidental. Ces compagnies et ces projets seront plus que bienvenus une fois le conflit du Sahara occidental résolu une fois pour toutes.

Enfin, en tant que citoyens sahraouis concernés, nous ne voulons pas que la COP22 soit une autre complice du Maroc dans la prolongation de l’occupation du Sahara occidental et dans la légitimation de la présence marocaine illégale au Sahara occidental.

Nous appelons également la COP22 à inclure la société civile sahraouie et le Front Polisario dans les futures conférences et initiatives.

Nous exhortons tous les dirigeants et les institutions à reconsidérer toute recommandation ou résolution de manière à ne pas rendre la communauté internationale responsable de la continuation de la  misère, du pillage et des souffrances des Sahraouis.

Les Sahraouis demandent à tous les investisseurs étrangers et aux acteurs internationaux de cesser d’aider le Maroc à piller les ressources naturelles sahraouies.

VERT ne signifie pas PILLAGE !

Signé

Société civile sahraouie

El-Ayoune, Sahara Occidental occupé

Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي
Source : http://sahararesources.org/open-letter-to-cop22/
Date de parution de l’article original: 06/11/2016
Tlaxcala, http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=19238

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 19:29

 

SOURCE

NB : la titraille est de la rédaction, la vidéo et le texte ayant été mis en ligne sous le titre :

Takieddine: «J’ai remis trois valises d’argent libyen à Guéant et Sarkozy»

 PAR FABRICE ARFIKARL LASKE ET NICOLAS VESCOVACCI

Dans un entretien filmé avec Mediapart, Ziad Takieddine, l’homme qui a introduit Nicolas Sarkozy auprès de Mouammar Kadhafi, avoue avoir apporté au ministère de l’intérieur, fin 2006 et début 2007, plusieurs valises d’argent liquide préparées par le régime libyen, pour un montant total de 5 millions d’euros. « J’ai découvert des choses qui ne méritent plus d’être cachées », déclare-t-il, en annonçant son intention de « raconter exactement les faits à la justice ».

 

Il mime la scène en même temps qu’il parle : « C’est une valise comme ça. Ça s’ouvre comme ça. Et l’argent est dedans. » Ziad Takieddine, l’intermédiaire qui a introduit Nicolas Sarkozy auprès de Mouammar Kadhafi dès 2005, révèle pour la première fois dans un entretien filmé avec Mediapart et l'agence Premières Lignes qu’il a personnellement remis à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, fin 2006 et début 2007, plusieurs valises contenant de l’argent liquide préparées par le régime libyen, pour un montant total de 5 millions d’euros.

Ce témoignage en forme d’aveu a été recueilli une première fois le 18 octobre, puis enregistré face caméra samedi 12 novembre, chez lui à Paris. Ziad Takieddine décrit avec précision la livraison des valises d’argent libyen au ministère de l’intérieur, place Beauvau. Il déclare les avoir remises à deux reprises à Claude Guéant, alors directeur de cabinet du ministre, dans son bureau, puis une troisième fois, en janvier 2007, à Nicolas Sarkozy en personne, dans l’appartement privé du ministre de l’intérieur.

« J’ai découvert des choses qui ne méritent plus d’être cachées », déclare Ziad Takieddine, qui se dit « libre de parole » et prêt à témoigner devant la justice pour« raconter exactement les faits de l’intérieur ». « Je veux dénoncer l’État mafieux dans lequel on est en train de vivre. Je n’en peux plus », déclare-t-il, évoquant ce qu’il a « vu depuis 1993 jusqu’à aujourd’hui ».

Lors de l’enquête sur l’affaire Karachi et les ventes d’armes au Pakistan et à l’Arabie saoudite entre 1993 et 1995, Takieddine, qui servait de go-between aux politiques et industriels français, avait déjà avoué aux juges avoir remis des fonds au clan Balladur dans la perspective de la présidentielle de 1995. Renaud Donnedieu de Vabres, Thierry Gaubert et Nicolas Bazire – collaborateurs respectifs des ministres François Léotard et Nicolas Sarkozy et du premier ministre Édouard Balladur – ont d’ailleurs été renvoyés devant le tribunal correctionnel par la justice dans ce dossier, qui a été dépaysé à Lyon.

Dans l’affaire libyenne, Ziad Takieddine a, dès l’origine, servi d’introducteur à Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’intérieur, en préparant sa première visite à Tripoli et sa rencontre initiale avec Mouammar Kadhafi, en octobre 2005. À raison d’un ou deux voyages en Libye par mois à compter de cette date, il s’est chargé de la signature de nombreux contrats sécuritaires ou pétroliers, en concertation permanente avec Claude Guéant, comme l’ont montré des documents déjà publiés par Mediapart.

Les valises d’argent que Ziad Takieddine s’accuse d’avoir transportées à Paris lui auraient été remises à Tripoli par l’un des chefs des services secrets libyens, Abdallah Senoussi, un proche de Mouammar Kadhafi dont il était le beau-frère par alliance.

Le 9 mai 2012, Takieddine avait déjà déclaré aux juges « tout à fait crédibles » les « informations révélées par la presse au sujet du financement de la campagne de M. Nicolas Sarkozy de 2007 à hauteur de 50 millions d’euros ». Un an plus tard, le 18 décembre 2013, il avait expliqué sur procès-verbal qu’à l’issue de la première visite de Nicolas Sarkozy, en 2005 à Tripoli, Abdallah Senoussi lui avait fait part de l'appétit financier de Nicolas Sarkozy dans la perspective de l'élection de 2007.

Un an plus tôt, en 2006, lorsque les Libyens demandent à Ziad Takieddine d’opérer des remises d’espèces à Paris, c’est sous couvert de l’activité des services spéciaux libyens, que supervise Abdallah Senoussi, raconte aujourd'hui l’homme d’affaires franco-libanais.

« Mon commentaire est simple, a réagi Claude Guéant, sollicité par Mediapart. Je n’ai jamais reçu d’espèces du gouvernement libyen, non plus de quiconque d’autre du reste. Je n’en ai pas davantage vu passer. Le prétendre est mensonger et diffamatoire. »Contacté, l’entourage de Nicolas Sarkozy n’a pas voulu réagir.

Les faits avoués aujourd’hui par Takieddine avaient déjà été évoqués par Abdallah Senoussi dans le cadre d’une procédure secrète devant la Cour pénale internationale (CPI), dont Mediapart a révélé la teneur le 7 novembre dernier. Or, Takieddine avait confié exactement le même récit au journaliste Nicolas Vescovacci (lire notre Boîte noire), quelques jours plus tôt, le 18 octobre, à une date où l’intermédiaire ne pouvait pas connaître matériellement l’existence du PV de Senoussi devant la CPI.

Lors de son audition devant la CPI le 20 septembre 2012 (récemment transmise aux juges français), l’ancien dignitaire libyen affirmait avoir « personnellement supervisé le transfert » d’une somme de 5 millions d'euros, « pour la campagne du président français Nicolas Sarkozy en 2006-2007 ». Il précisait que ce transfert avait été réalisé « via un intermédiaire français, en la personne du directeur de cabinet du ministre de l’intérieur »et « un second intermédiaire, le nommé Takieddine, un Français d’origine libanaise installé en France ».

« À ce propos, je dois préciser que Sarkozy m’a, en personne, demandé d’éviter que Saïf Kadhafi ou Bachir Saleh ne soient mis au courant, avait ajouté Senoussi. Et jusqu’à la livraison de la somme, rien n’a en tout cas filtré. Mais je confirme que cette somme a bien été réceptionnée par Sarkozy. » C’est donc ce récit que Ziad Takieddine confirme désormais, au risque de s’auto-incriminer devant la justice.

« C’est une valise avec un zip en cuir marron »

Abdallah Senoussi était, côté libyen, l’un des artisans du rapprochement Kadhafi-Sarkozy. Il espérait que la France pourrait l’amnistier, ou en tout cas revenir sur la condamnation à perpétuité prononcée contre lui à Paris, en 1999, dans l’affaire de l’attentat contre le DC-10 d’UTA. Nicolas Sarkozy et son équipe en avaient non seulement accepté le principe, mais ils avaient confié le dossier à Thierry Herzog, l’avocat personnel du ministre devenu président, comme Mediapart en avait apporté la preuve ici.

Les listings des déplacements de Ziad Takieddine, désormais entre les mains de la justice, confirment ses nombreux allers et retours Paris-Tripoli entre novembre 2006 et janvier 2007 : les 16-17 et 27 novembre 2006, le 6 décembre 2006, les 15 et 26-28 janvier 2007. Sous réserve des vérifications que ne manqueront pas de faire les enquêteurs, ces voyages rendent matériellement possibles les transferts de fonds évoqués par Takieddine.

  • LA PREMIÈRE VALISE

La première remise d'espèces remonterait à novembre 2006. C’est Abdallah Senoussi qui aurait demandé à Takieddine d’opérer ces versements d’argent.

« Un jour, M. Senoussi me demande si je peux être celui qui transporte ces sommes à Claude Guéant, de l’intérieur. À ce moment-là, je dis “si c’est bon, c’est bon”. Mais comment faire rentrer ça en France? Il me dit : “Le ministère de l’intérieur sera informé et donc tu rentres, il n’y a pas de problème” », raconte Takieddine. La première fois, c’est Hameda Senoussi, le frère d’Abdallah, qui se présente avec l’argent en espèces. Abdallah Senoussi explique à Takieddine : « Voilà, il t’amène une valise pour que tu la ramènes en France demain à Monsieur Guéant. »

Cette valise contient à peu près 1,5 million d'euros « en billets de cinq cents », et « quelques liasses de deux cents ». Des billets « totalement neufs ! », selon Takieddine.

L’intermédiaire a ouvert la valise et regardé ce qu'il y avait à l'intérieur. « Je n’ai pas compté, j’ai ouvert et j’ai vu, précise-t-il.Je me suis fait un plan dans ma tête pour savoir ce que j’allais mettre dessus pour cacher, si j’avais de la place. Il [Senoussi] me dit : “Ne vous inquiétez pas, de toute manière les services sont prévenus… Vous rentrez avec, vous le livrez à M. Guéant et vous nous confirmez quand c’est reçu !” »

L’intermédiaire est conduit à l'aéroport de Tripoli par l'officier de sécurité d’Abdallah Senoussi qui reste avec lui jusqu'à l’embarquement. Il prend un vol Tripoli-Paris « des plus classiques et normaux », le vol quotidien affrété par la compagnie Afriqiyah Airways. Il arrive à Paris. Son chauffeur l’attend à l’aéroport. Il passe les contrôles sa valise à la main, « comme n’importe quel passager ».

Les Libyens l’ont assuré qu’il passerait la frontière sans problème : « Tout le monde est avisé. Ils vous attendent. Donc je leur fais confiance. J’ai confiance en Senoussi. »

« Dans ma voiture, je téléphone à M. Guéant, poursuit Takieddine, et je lui donne rendez-vous immédiatement. » Il est reçu immédiatement. Il se rend place Beauvau, au ministère de l'intérieur.

« Et je sors de la voiture avec la valise. Et je rentre par la porte principale. Je donne mon nom. Je sais que je suis attendu. Je rentre directement. On m’accompagne chez Monsieur Guéant. » L’intermédiaire a sa valise à la main. « C’est une valise avec un zip en cuir marron. C'est un grand sac marron. »

Ziad Takieddine connaît les lieux. « Je rentre, explique-t-il. Vous allez en face vous avez les escaliers principaux où vous avez le grand bâtiment. Et le bâtiment collé et une autre entrée à droite. Au premier étage, c’est le bureau de Monsieur Guéant. »

Il fait son entrée dans le bureau du directeur de cabinet. « Il sort de derrière son bureau,poursuit Takieddine. On parle un tout petit peu. Il voit où j’ai laissé la valise. Et voilà. »Guéant « s’attendait » à cette remise, d’autant qu’elle s’effectue sans commentaire si l’on en croit l’intermédiaire.

Takieddine laisse la valise dans le bureau : « À côté de l'armoire là, je la laisse, dit-il. À lui de se débrouiller. Je n’ai pas à savoir où il va la mettre… » Claude Guéant ne l'ouvre pas devant son visiteur. Aussitôt la valise déposée, Takieddine ne songe qu’à « partir, fuir… ». « Ça ne m’intéresse pas du tout. Je sors, je monte dans ma voiture. Et je suis allé déjeuner. Et voilà. »

  • LA DEUXIÈME VALISE

Le deuxième voyage s’effectue sur le même mode. Mais chez Abdallah Senoussi, l’intermédiaire constate que tout est prêt. « C’était la même valise. Et moi d’ailleurs j’ai dit : “Est-ce que vous avez des valises destinées à ce genre… parce que c’était la même !” »

Cette fois, l’intermédiaire évalue son contenu à deux millions d’euros. À l’arrivée à l’aéroport, il appelle encore Claude Guéant. « J’avais un numéro de téléphone sur lequel il me répondait tout le temps. [C’est] un numéro de téléphone qu’il a conservé jusqu’à la présidence et après… où il m’avait promis de ne jamais le changer pour moi… »

« J’ai transporté un total de 5 millions d’euros »

À l’arrivée au ministère, il y a un léger changement : « Je devais me diriger vers M. Guéant et là on me dit qu’il faut qu’on me dirige ailleurs. Et là je vois M. Guéant qui nous amène chez M. Sarkozy. Qui est dans un bureau. Donc je dépose la valise, le truc… Guéant le prend. Et je vois Sarkozy et il me dit : “La prochaine fois vous venez chez moi direct !” »

Claude Guéant laisse la valise dans son bureau. « Il n’ouvrait jamais la valise, pas devant moi en tout cas, dit Takieddine. Je ne sais pas ce qu’il en faisait après. Il la ramenait chez lui, il l’a montée dans un coffre. Je n’en sais strictement rien. »

L’intermédiaire s’est installé. Il a posé la valise là où il pouvait. Il a échangé quelques mots, « comme s’il n’y avait pas de valise », sur des dossiers en cours – c’est l’époque où Takieddine envoie de nombreuses notes à Guéant. « Et je m’en vais comme s’il n’y avait pas de valise », conclut-il.

Ce jour-là, Takieddine ne s’attendait pas à voir le ministre. C’est en passant par un salon qu’il a vu Sarkozy sortir. « Il me dit “essayons de se voir la prochaine fois, passez directement chez moi” », précise Takieddine. C’est ce qu’il a fait la fois suivante.

À chaque fois, Ziad Takieddine « rend compte » de son voyage à Abdallah Senoussi. « Et il pose des questions : “Comment ça s’est passé ? Qu’est-ce qu’il a pris ? Est-ce qu’il les a comptés ?” »

L’intermédiaire dit qu’il « sait très bien » qu’il a « transporté de cette manière un total de 5 millions d’euros pour les échanges de services ».

  • LA TROISIÈME VALISE

Elle doit contenir 1,5 million. Mais « je n’ai compté ni là, ni là ! », assure-t-il.

La dernière remise aurait eu lieu en janvier 2007. « Moi, j’ai pris le rendez-vous avec M. Guéant », poursuit l’intermédiaire. Mais cette fois, il se rend « directement en haut au premier étage », où il y a « un appartement ». L’appartement privé du ministre. C’est un endroit qu’il connaît parce qu’il y a déjà rencontré Nicolas Sarkozy. Il y est venu pour téléphoner avec le ministre de l’intérieur à son homologue saoudien, le prince Naïef, en 2004. Lorsqu’il espérait vendre le système de surveillance des frontières au royaume saoudien – des tractations qui avaient été stoppées sur l’ordre du président Chirac. C’était un dimanche après-midi.

Nicolas Sarkozy est là. Takieddine et le ministre échangent un « Bonjour ». L’échange avec Nicolas Sarkozy dure quelques minutes : « Il me parle, il me dit : “Qu’est-ce qu’on fait à propos de ces nurses, de ces infirmières [bulgares – ndlr] ?” » Takieddine a posé la valise, cette fois encore.

« À l’entrée, il y a quelque chose de rectangulaire, qui est très profond, comme un salon, qui est en longueur. » La valise est posée dans un petit salon, « contre le mur ». Nicolas Sarkozy sait-il ce qu’elle contient ? « Ça franchement, bien sûr ! », s’exclame Ziad Takieddine. En tout cas, le ministre de l'intérieur n’a pas ouvert la valise. « Ni ouvert, ni vérifié, ni rien du tout. On parlait tout de suite d’autre chose. »

Dans quel état d'esprit se trouve l’intermédiaire à ce moment là ? « Comme d’habitude, je suis serein », déclare-t-il. Comment sent-il le ministre, nerveux ? « Non, non, il est faux ! Il est faux ! C’est quelqu’un qui est faux ! », explose-t-il. Mais « en 2006-2007, pour moi, Sarkozy était toujours un champion », confie-t-il aussi. Les deux hommes se disent au revoir. Cette fois, Takieddine n’a pas croisé le directeur de cabinet.

L’image du « champion » s'est éclipsée. L'intermédiaire reproche désormais à Nicolas Sarkozy les « bains de sang »et « la guerre déclenchée en Libye ». Le 5 mars 2011, Ziad Takieddine avait été arrêté par les douanes au Bourget, de retour de Tripoli où il avait accompagné des journalistes du JDD partis interviewer Kadhafi. L’homme d’affaires était porteur d’une valise contenant 1,5 million d’euros, de l’argent non déclaré provenant de ses affaires personnelles avec le régime, explique-t-il.

Selon ses explications aux juges en mai 2012, il était« également porteur d’un message de M. Kadhafi à l’attention de M. Guéant » : en substance, que la France ne s’ingère pas, qu’il voulait « préserver l’intégrité de la Libye et éviter une guerre civile » et qu’il allait « quitter le pouvoir »« Je n’ai pas pu transmettre ce message puisque j’ai été interpellé à mon retour au Bourget, avait poursuivi Takieddine. Je suis convaincu que j’ai fait l'objet de cette interpellation et une fouille corporelle par le fait que M. Guéant était persuadé que je détenais des preuves de ce financement » – « les éléments » dont allaient faire état Mouammar Kadhafi et son fils Saïf al-Islam dans les jours précédant l’offensive occidentale.

« Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale, allait expliquer le fils de Kadhafi. C’est nous qui avons financé sa campagne et nous en avons la preuve. Nous sommes prêts à tout révéler. »

 

Boîte noire :

Le journaliste indépendant Nicolas Vescovacci, qui co-signe cet article, a rencontré Ziad Takieddine le 18 octobre 2016 dans le cadre d’un projet personnel autour, notamment, de la Libye. Lors de cet entretien, qui a duré plus de quatre heures, l’homme d’affaires franco-libanais lui a confié pour la première fois avoir remis des valises d’espèces en provenance de Libye à MM. Sarkozy et Guéant pour un montant total de 5 millions d’euros.

Trois semaines plus tard, Mediapart rendra public un procès-verbal d’audition – inconnu jusqu’alors et que Ziad Takieddine ne pouvait pas connaître avant sa révélation – d’Abdallah Senoussi, ancien chef des services secrets libyens, recueilli en 2012 dans le cadre d’une procédure d’instruction de la Cour pénale internationale (CPI). Senoussi y racontait, dans le détail, comment il avait fait livrer à MM. Sarkozy et Guéant la même somme de 5 millions d’euros par l’entremise du même Takieddine. La justice française n’a eu connaissance de cette audition devant la CPI que le 20 juin 2016.

Ziad Takieddine a accepté de répéter son témoignage, face caméra, le samedi 12 novembre. L’entretien a été mené par Nicolas Vescovacci. Il a été filmé puis monté par les équipes de l’agence de presse télévisuelle Premières lignes.

Nicolas Vescovacci est par ailleurs le réalisateur d’un documentaire d’enquête remarqué sur le Crédit mutuel et la fraude fiscale, que l’actionnaire de référence du groupe Canal+, Vincent Bolloré, avait censuré.

 

 

 

 

 

Published by Gri-Gri International Mediapart - dans Libye 2011 Françafrique Politique Economie
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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 21:00

 

Nous avons tous constaté que depuis l’avènement de la première alternance en 2000 et de l’instauration du régime libéral, le service public au Sénégal perd au fur et à mesure son sens ainsi que son rôle principal, au détriment des citoyens, en se dépérissant et se privatisant progressivement. Ainsi, de fil en aiguille et petit à petit, les citoyens sénégalais se voient privés illégalement de certains de leurs droits légitimes, comme l’usage gratuit des services publics de l’Etat. Ces services qui sont à leur charge, parce qu’ils sont payés par les impôts des contribuables.

En effet, la désocialisation des charges publiques et le transfert des frais sur le dos des citoyens sont des politiques typiquement libérales, qui sont dans l’ère du temps. Les preuves, pour illustrer cet état de fait, sont manifestes et ne se comptent même plus, au Sénégal. Et, la première tentative de cette privation des services publics, qui ne dit pas son nom, a commencé par l’école publique et se poursuit encore. En effet, l’école de la République, qui était entièrement gratuite pour tous les enfants de la République, avec l’assurance d’une éducation scolaire de qualité, est aujourd’hui dépourvue de moyens nécessaires et suffisants. Elle est ainsi délaissée par l’Etat, à telle enseigne qu’elle se trouve maintenant dans un piteux état de délabrement, faute de moyens adéquats, et à cause d’une perte de qualité dans l’enseignement. Cet abandon délibéré de l’école publique par l’Etat est une forme voilée, pour décourager et pousser certains parents d’élèves à la fuir, au profit de l’école privée laïque. Et, en plus de cela, l’Etat tend vers sa privatisation, par le fait que, tout, ce qui y était gratuit hier, est devenu aujourd’hui payant, avec de surcroît, une baisse inquiétante de qualité et du quantum horaire, donc, une conséquence logique d’un enseignement au rabais. Et, à cause de cette raison, qui est majeure, certains parents d’élèves, nantis, ont préféré ainsi transférer leurs enfants dans le privé, là où ils estiment qu’un enseignement de qualité y est délivré, avec la garantie d’une scolarité sans perturbation. Sinon, certains parents sont obligés de recruter des répétiteurs, qui donnent des cours particuliers à leurs enfants, afin de relever le niveau de connaissance très insuffisant, dans le public. Voilà, là où les régimes passés et présents de notre pays ont conduit l’école de la République !

Il y a ensuite, nos services de sécurité publique ou forces publiques de sécurité qui tendent aussi vers une privatisation, notamment la Police nationale, la Gendarmerie nationale et voire l’Armée nationale. Nous constatons que pratiquement, ces forces de sécurité publique ne sont plus affectées gratuitement au service des citoyens. Et cependant, leurs personnels émargent sur le budget national, qui est alimenté par les impôts des contribuables. Aujourd’hui, ces forces de sécurité, dites publiques, sont en grande partie, ou tout au moins la plupart en tout cas, hormis d’être au service des autorités de l’Etat, elles sont au service du capital, c’est-à-dire en vente aux plus offrants. Ainsi, elles sont à disposition pour les ambassades, pour les Nations unies, pour les privés, ou alors en affectation à la répression des manifestations d’opposants insoumis, etc. Mais, en vérité, aujourd’hui, elles ne sont plus au service des populations. A qui cependant, elles doivent, comme les y oblige la loi, protection et sécurisation à tout instant, aussi bien de leur personne physique que leurs biens, par leur présence permanente à travers le pays. Une condition qui qui exige leur nombre assez suffisant. Ainsi, nos forces de sécurité publique, que nous payons avec nos impôts, sont transformées en forces de sécurité privée et proposées à des nantis très solvables. C’est un désastre et une violation grave d’une règle élémentaire de sécurité dans la République, à savoir que les forces de sécurité publique sont d’abord et avant tout, au service du public pour sa protection et pour celle de ses biens. Tous les Sénégalais peuvent, incontestablement, attester aujourd’hui, que tel n’est plus le cas, chez nous.

D’ailleurs, voici encore, un nouveau fait désolant de violation, mais qui ne fait que confirmer cette tendance à la privatisation à outrance et sans retenue, de nos services publics. Il s’agit, notamment du fait que maintenant, en cas d’accident de la circulation, les citoyens sont obligés de recourir à un Huissier, pour le dressement du constat, avec l’obligation du paiement séance tenante du coût par le citoyen. C’est aussi un acte qui rentre parfaitement dans le cadre cette illogique et illégale privatisation des tâches qui, d’antan étaient dévolues aux services publics de l’Etat. Mais, voilà que ce dernier le transfert à des entreprises privées, avec les frais à la charge des citoyens. Alors qu’historiquement, cette tâche relevait toujours des services de Police et de gendarmerie nationale. Ce qui n’est rien de pus normal, parce que c’est une tâche qui relève de leurs prérogatives, de leurs compétences, mais aussi fait partie de leur formation professionnelle. Alors, au nom de quelle raison ou de nécessité absolue, l’Etat s’est-il prévalu pour retirer cette compétence aux services habilités que sont la Police nationale dans les agglomérations et la Gendarmerie nationale en dehors de celles-là, pour l’affecter arbitrairement à des privés (aux huissiers), avec de surcroît, de faire supporter les frais par les usagers ?  

Aujourd’hui, il y a vraiment lieu de se demander si au Sénégal, nous sommes bien dans un Etat de droit, dans une République consacrée ou bien, dans une République de privilèges au service d’une minorité d’entre nous, aux commandes du pays, au détriment de la majorité des autres Sénégalais ? Sinon, au nom de quoi et sur la base de quel texte réglementaire, les autorités en place se sont-elles fondées pour changer un ordre légalement établi depuis Mathusalem ? Ainsi, ils ont, délibérément et de manière flagrante, violé les droits des citoyens. Et, sans aucun doute, pour arranger des amis en activité dans ce secteur.

Il est devenu urgent de rapporter immédiatement cette décision incongrue et mesure inopportune, le fait de confier le constat des accidents de la circulation qui, matériellement est inapplicable par les Huissiers dans leur état actuel. D’abord, c’est une privatisation illégale d’un service public, donc un droit des citoyens qui doit leur être garanti par l’Etat. Ensuite, même au-delà de tout cela, le nombre des Huissiers au Sénégal est insuffisant pour couvrir le territoire national et, en outre, ils sont peu outillés pour accomplir une telle tâche, qui exige de la promptitude, de la diligence, des moyens matériels et des ressources humaines adéquats, pour ne pas faire perdre du temps et de l’argent, etc., et surtout, si nous tenons  réellement compte des multitudes d’accidents de la circulation qui se produisent chaque jour au Sénégal. Enfin, hormis de tout cela, ce n’est non plus dans leur rôle de le faire si ce n’est exceptionnellement. Les Huissiers, à dire vrai, sont incapables de s’acquitter convenablement avec satisfaction, de cette charge si lourde. Le gouvernement doit être sérieux et savoir raison garder.

A propos de la circulation routière, on peut objectivement, se demander si l’Etat se rend bien compte, et s’il est bien conscient de la gravite de la situation qui prévaut, et qui est provoquée par la circulation routière dans le pays, et tout particulièrement, dans la région de Dakar, et la capitale ? Dans Dakar et sa banlieue, la circulation y a atteint son paroxysme ou le point de non retour. Et son impact négatif sur l’économie nationale est indiscutable et ne devrait être perdu de vue par personne, surtout encore par le gouvernement. C’est indéniable, elle est devenue maintenant incontrôlable et insupportable pendant les heures de pointe, surtout avec ses embouteillages montres, partout. Il va sans dire, que cela résulte de manque de forces de sécurité nécessaires, suffisantes et disponibles à affecter à cette rude tâche. Et également, de cette attitude irresponsable de l’Etat, à laisser la situation pourrir de plus en plus, sans doute, en disant, tant pis pour les usagers. Cette situation chaotique résulte aussi, de cette anarchie que nous observons depuis des années, sans lui trouver une juste solution définitive.

Pourtant, nous vivons ce calvaire de l’insécurité publique depuis des années avec tout son corollaire d’inconvénients qu’il induits, mais jusque-là, nous n’avons noté le moindre effort, allant dans le sens de l’amélioration de la situation. D’ailleurs, l’Etat, flemmard qu’il est, fait comme si rien de grave ne se passait dans ce domaine, en démissionnant totalement de ses charges, et en laissant les populations se débattre elles-mêmes dans les difficultés, afin de trouver leur propre solution. C’est inadmissible ou plutôt irresponsable de la part d’un Etat qui prétend être organisé et au service des citoyens. Et, paradoxalement, malgré tout ce qui précède, le gouvernement fait semblant d’ignorer totalement, qu’il est là, pour servir et régler les préoccupations des Sénégalais et non pour contempler passivement, toutes ces anomalies, soulignées plus haut se dégradaient chaque jour davantage, sans leur trouver de solution idoine durable. Ou bien alors, en lieu et place, de rationnaliser les dépenses, par ricochet diminuer le train de vie de l’Etat, il se permet de créer encore ce Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT), précisément, un Sénat bis et un gouffre à milliards inutile, face aux nombreux problèmes cruciaux auxquels le pays est confronté en ce moment, comme par exemple le chômage des jeunes et la sécurité publique, etc.

Par conséquent, l’Etat doit remettre les forces de sécurité à leur juste place, dans leur véritable rôle et leurs prérogatives. En priorité et en tout premier lieu, elles devront se remettre au service des populations. Naturellement, il faudra auparavant, renforcer suffisamment leurs effectifs actuels, pour leur permettre de se déployer, en permanence jour et nuit, afin d’assurer avec hauteur, la tranquillité et la sauvegarde des citoyens et leurs biens. Comme on le note si bien, dans le pays, la sécurité publique pêche énormément. Ainsi, les nombreux vols à main armée, les agressions de toutes sortes des citoyens par des bandits, les cambriolages des banques, magasins, maisons, sociétés, etc. en plein jour, dans l’ensemble du pays, sont une preuve irréfutable de cette insécurité inadmissible. Comme le prouvent ces deux exemples, des brigands viennent de saboter l’interrupteur aérien de la Sénélec et ont emporté 9 compteurs sans être pris ; ensuite tous les poteaux et lampadaires qui bordaient la voie de contournement de Thiès ont été tous emportés par des voleurs.

Mais, pendant tout ce temps, où se trouvaient l’Assemblée nationale, le médiateur de la République, le Comité sénégalais des Droits de l’Homme, etc. ? Ces institutions dont les rôles, si je ne m’abuse, consistent à contrôler la régularité de l’action gouvernementale, à rétablir les torts causés par le gouvernement aux citoyens et enfin, à veiller à ce que les droits des citoyens ne soient pas violés par qui que ce soit. Ont-ils accompli leurs devoirs ?

Et par ailleurs, à quoi servent finalement les respects que notre constitution proclame dans son préambule, à savoir :

- le respect des libertés fondamentales et des droits du citoyen comme base de la société sénégalaise ;

- le respect et la consolidation d’un Etat de droit dans lequel l’Etat et les citoyens sont soumis aux mêmes normes juridiques sous le contrôle d’une justice indépendante et impartiale ;

- l’égal accès de tous les citoyens aux services publics ;

- le rejet et l’élimination, sous toutes leurs formes de l’injustice, des inégalités et des discriminations ;

Je vous soumets à votre attention cette réflexion pertinente : "...comme Pythagore le disait déjà à son époque, l’harmonie et le bon fonctionnement d’une société reposent sur un équilibre entre les droits et les devoirs de chacun. Lorsque cet équilibre est rompu, la discorde, pour ne pas dire l’anarchie, s’instaure. Puis la dictature fait tôt ou tard son apparition, avec ce qui en résulte en termes de répression et de suppression des libertés..."

Enfin, le rapport, du représentant résident du FMI au Sénégal, paru dans l’AS du 28/10/2016 est une volée de bois vert et une critique acerbe au gouvernement du Sénégal. Mais, elle est très objective par rapport à la politique et la gestion pays qui sont appliquées par le gouvernement de Macky Sall. En tout cas, pour ceux qui savent lire entre les lignes, tout au moins. Monsieur Boileau Loko a effectivement souligné dans son rapport des vérités irréfutables, relatives aux dépenses irrationnelles, aux riches qui ne paient pas leurs impôts, et aux multitudes d’agences en doublure de certains ministères, qui ne servent à rien. Comme lorsqu’il dit : « Il faut que tout le monde paie ses impôts au Sénégal » en précisant : « Il faut que tout le monde paie ses impôts au Sénégal. Certains hommes riches doivent payer leurs impôts mais ils ne le font pas. Il y a des gens qui sont dans l’activité formelle, font des déclarations mais ne paient pas d’impôts ». Il a parfaitement raison. Et le président Macky Sall le sait très bien et mieux que quiconque. Puisqu’ils qu’il en a exonéré totalement certains, et d’autres riches ont trouvé des raccourcis ou chemins détournés (la fraude, sous estimation des bénéfices, les pertes simulées, etc.) pour contourner la loi afin de ne pas payer leurs impôts. La vérité, occultée par nos gouvernants pour des raisons obscures, c’est que, l’absence de patriotisme, est une caractéristique fondamentale de certains de nos riches hommes d’affaires. Ainsi, de tels individus s’enrichissent chaque jour davantage. C’est aussi vrai, quand il dit : « avec une volonté politique et un engagement, les autorités pouvaient recouvrer cet argent public pour réaliser plus d’investissements pour le bien-être de la majorité des Sénégalais. » C’est également une vérité irréfutable, quand il déclare à propos des agences : « Il y a une multitude d’agences dont certaines ne servent à rien… » Oui sans les nommer par simple diplomatie, mais cette fameuse APS fait bien partie de ces agences inutiles qu’il décrit : « Il y a une multitude d’agences dont certaines ne servent à rien sinon à payer des salaires qui doublent les salaires moyens de la fonctions publique. Il faut les supprimer, transférer les agents dans la fonction publique pour réduire leurs dépenses inutiles. Il ne faut pas chercher à protéger 2 à 3 personnes au détriment de la majorité de la population sénégalaise.  Il y a des agences à valeur ajoutée, mais d’autres ne sont que des doublons ». En effet, il a aussi raison, au plan de l’ordre des priorités du moment pour les Sénégalais, quand il nous suggère : « d’ignorer le pétrole et le gaz », pour l’instant.

Effectivement, aujourd’hui, le problème des Sénégalais en majorité et principalement des forces de progrès et des patriotes, c’est celui du système politique en place et les hommes qui l’animent. Par conséquent, tant que ces deux demeureront en place, quelles que puissent être nos richesses présentes ou futures, notre pays continuera de fonctionner ainsi, c'est-à-dire ses principales ressources seront au profit d’une minorité au sommet du pouvoir. Voilà pourquoi, cette idée de : « changement de majorité en 2017 » au sein de l’Assemblée nationale est très intéressante et constitue à mon sens une priorité de l’heure et bien possible. Et travailler sérieusement, pour l’instant autour de cette perspective, me semble plus crédible, plus urgent et prioritaire, que de passer tout notre temps à débattre sur une question qui, pour le moment, n’est pas à l’ordre du jour, donc prématurée. Et, de toutes les façons, ce pétrole et ce gaz sont des richesses nationales qui appartiennent à tout le peuple sénégalais, aujourd’hui comme demain, et personne ni aucune famille ne pourra se l’approprier. Par conséquent, nous devons organiser méthodiquement, en ordonnant rationnellement nos priorités si nous voulons réellement gagner des batailles décisives qui en valent la peine, car le temps est très précieux, et nous en avons déjà trop perdu au Sénégal, pour des raisons similaires.

Dakar, le 30 Octobre 2016

Mandiaye Gaye

 

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 08:00

Guy Maurice Total

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(Agence Ecofin) - Mardi, Guy Maurice (photo), responsable de l’exploration et de la production de pétrole en Afrique pour Total a déclaré à Reuters que la compagnie s’attend à une production de 100 000 barils de pétrole par jour dès la mise en service du champ Moho Nord, au Congo, courant premier trimestre de 2017.

Situé à près de 75 km au large de Pointe Noire et à 650 m et 1100 m de profondeur, c’est le premier projet en eaux profondes de l’industrie pétrolière locale. A plein régime, il devrait générer 140 000 barils de pétrole par jour. « La diminution des dépenses opérationnelles d'un côté et la diminution des coûts de développement d'autre part, devraient conduire à la possibilité d’investir dans le développement de nouveaux projets dans un environnement à bas prix » , a indiqué le responsable.

Il faut savoir que, vu les difficultés qu’il rencontre depuis le début de la chute des prix du pétrole, Total a adopté deux plans de réductions de ses dépenses en immobilisations. Ils portent à 7 milliards de dollars le montant que Total veut économiser en 2017. Ses investissements sont désormais réduits à 15-17 milliards de dollars par an. La compagnie s’est d’ailleurs débarrassée de certains de ses actifs contre-performants dans le pays pour mieux se concentrer sur ce gigantesque projet dont le développement coûtera 10 milliards de dollars.

Le projet de développement Moho Nord est la deuxième phase de développement de la licence Moho Bilondo. La première phase, Moho Phase 1B vise des réserves supplémentaires dans la partie sud, tandis que le Moho Nord cible de nouvelles réserves dans la partie nord de la zone de permis. Entré en service le 11 décembre 2015, Moho Phase 1B produit 40 000 barils de pétrole sur une base quotidienne.

Le projet est détenu à 53,5% par Total E&P Congo, la filiale locale du groupe français qui en est l’opérateur.

Texte : Olivier de Souza

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 11:00

Communiqué du Front du Refus relatif aux résultats du référendum

Front du Refus | 1er novembre 2016


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Le tournant historique de la vie politique dans notre pays est que le dimanche 30 octobre 2016, le peuple de Côte d’Ivoire a rejeté, à 95%, le projet d’une nouvelle constitution de monsieur Alassane Ouattara.

Malgré cela, depuis le 31 octobre, le peuple de Côte d’Ivoire constate que des résultats fantaisistes sont publiés par la commission centrale de la Cei.

Le Front du refus, dont certains membres ont des représentants à la Cei, est informé que de nombreux commissaires supervisant le référendum dans des régions du pays n’ont pas encore fait valider leurs résultats par la commission centrale de la Cei.

Le Front du Refus constate que dans beaucoup de localités, les résultats sont en train de faire l’objet de falsifications grossières, qui visent à gonfler le taux de participation, en violation des dispositions légales et réglementaires en vigueur.

Le Front du Refus déclare dès lors que les résultats actuellement publiés par la Cei, en flagrante violation des procédures légales et réglementaires en vigueur, sont frappés de nullité absolue.

Les partis membres du Front du Refus, refusant de se faire complices des tripatouillages auxquels monsieur Ouattara tente de contraindre la Cei, par des pressions et des menaces inacceptables, invitent les représentants de l’opposition à se retirer de la Cei.

Le Front du Refus invite aussi instamment les représentants de la société civile et des confessions religieuses à se mettre du côté du peuple et à se retirer de la Cei.

Le Front du Refus, en raison de tout le mal que monsieur Ouattara a déjà fait à la Côte d’Ivoire, ne peut accepter cette énième forfaiture qui consiste à imposer sa constitution à notre pays par un passage en force.

Par le vote référendaire du dimanche 30 octobre, qui s’est soldé par moins de 5% de taux de participation, le peuple de Côte d’Ivoire a rejeté définitivement et sans équivoque monsieur Ouattara, qui avait tenté de se faire plébisciter à travers ce référendum.

ll est de ce fait devenu évident que monsieur Ouattara a perdu toute légitimité à la tête de l’Etat de Côte d’Ivoire.

En conséquence, le Front du Refus demande au peuple de rester vigilant et mobilisé pour faire barrage à cette imposture, dès l’annonce des résultats truqués que la Cei s’apprête à publier.

LE POUVOIR AU PEUPLE!

Fait à Abidjan, le 1er novembre 2016

Pour le Front du Refus
La Porte-parole
Daniele Boni Claverie

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 17:24

...il faut qu'il y ait un corrupteur.

C'est ce que disait, souvent rapporté par feu Jacques Vergès, un autre feu, Félix Houphouët-Boigny.

C'est également ce qu'illustre l'article ci-dessous, dû à l'agence Ecofin.

Il est donc possible pour la Justice de s'exercer dès lors qu'on s'en remet à elle AUX BONS ENDROITS et CONTRE LES (VRAIS) GRANDS MECHANTS.

Ce qui ne devrait pas manquer d'interpeller les groupes de pression, ong et avocats plus ou moins militants qui essaient de traîner devant cette même Justice SYSTEMATIQUEMENT ET EXCLUSIVEMENT des présidents africains en occident - pour ne pas dire en France.

Et les inciter à orienter AUSSI leurs enquêtes en direction des corrupteurs occidentaux (souvent corrompus aussi). 

Manifestement, c'est plus efficace.

 

(Agence Ecofin) - Le fonds d’investissement américain Och-Ziff a été condamné à une amende de 413 millions $ pour des actes de corruption dans plusieurs pays africains, en l’occurrence le Zimbabwe, le Tchad, la Guinée, le Niger, la RD Congo, et la Libye. L’enquête a été entamée il y a deux ans par la Securities and Exchange Commission (SEC), gendarme financier américain.

Pour ce qui est des détails de l’enquête, il faut citer l’arrestation en août de Samuel Mebiame, fils de l’ancien premier ministre gabonais Léon Mebiame, pour des pratiques de corruption dans le secteur minier africain. Il aurait, apprend-on, régulièrement versé, au nom d’Africa Management Limited (AML), détenue par Och-Ziff, des pots-de-vin à des responsables publics afin d’acquérir des concessions minières au Niger, au Tchad et en Guinée. La société AML investit en effet dans les mines africaines.

En outre, le gérant de fonds américain est accusé d’avoir réalisé plusieurs investissements «lucratifs » (90 millions $) dans des mines en RD Congo en faisant appel à « un homme d’affaires ayant accès à de telles opportunités par le biais du versement de pots-de-vin à plusieurs responsables gouvernementaux de haut rang ».

S’il a admis sa culpabilité et accepté de payer l’amende pour éviter le procès et être autorisé à continuer ses activités, Och-Ziff espère ipso facto regagner la confiance de ses investisseurs. Ces derniers, dès lors que les premiers soupçons de poursuite pour corruption avaient émergé en 2015, ont commencé par retirer leurs parts.

Le poids de la société, qui était estimé à 48 milliards $ en juillet 2015, n’est plus que de 39 milliards $ aujourd’hui.

Louis-Nino Kansoun

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 09:11

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Déclaration finale de la conférence : Accords de libre échange, accords coloniaux contre les peuples
Publié le 15 octobre 2016 | Poster un commentaire
Nous, représentant.e.s des organisations venu.e.s du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, d’Europe et de Palestine, pour participer au séminaire international sur les accords de libre échange organisé par ATTAC CADTM Maroc le 01 octobre 2016 à Casablanca au Maroc, au local du syndicat UMT, dans le cadre de la campagne mondiale pour la souveraineté des peuples, pour démanteler le pouvoir des multinationales et mettre fin à leur impunité, nous félicitons des échanges d’analyses et d’expériences dans nos différentes régions qui confirment le caractère néocolonial des accords de libre échange – et du système de la dette – qui constituent des leviers plus puissants d’intégration à marche forcée des pays dans la mondialisation capitaliste néolibérale, avec tout ce que cela comporte : mesures d’austérité, dérégulations, privatisations, et déconnexion de la production de la satisfaction des besoins locaux.

Nous, représentant.e.s des organisations venu.e.s du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, d’Europe et de Palestine, pour participer au séminaire international sur les accords de libre échange organisé par ATTAC CADTM Maroc le 01 octobre 2016 à Casablanca au Maroc, au local du syndicat UMT, dans le cadre de la campagne mondiale pour la souveraineté des peuples, pour démanteler le pouvoir des multinationales et mettre fin à leur impunité, nous félicitons des échanges d’analyses et d’expériences dans nos différentes régions qui confirment le caractère néocolonial des accords de libre échange – et du système de la dette– qui constituent des leviers plus puissants d’intégration à marche forcée des pays dans la mondialisation capitaliste néolibérale, avec tout ce que cela comporte : mesures d’austérité, dérégulations, privatisations, et déconnexion de la production de la satisfaction des besoins locaux.

La mondialisation capitaliste a abouti à une crise aigüe du système à plusieurs facettes : crise climatique, écologique, alimentaire, culturelle, des réfugiés, de dette, ainsi que la multiplication des guerres et l’extension de la militarisation, jetant sur les routes de la migration les paysans dépossédés de leurs terres et les personnes dépossédées de leurs moyens de subsistance, fuyant les guerres et les violences. Cette crise sert à son tour de prétexte pour approfondir l’offensive contre les droits économiques et sociaux, contre les droits civils et politiques et contre la Nature et l’Humanité. La violence universelle des diktats néolibéraux a débouché sur la décomposition du tissu social et l’asservissement des peuples.

Les grandes puissances à travers les institutions internationales comme la BM, le FMI et l’OMC imposent des politiques néolibérales au profit des multinationales en bafouant la démocratie et de la souveraineté des peuples.

Les accords de libre-échange (ALE), qu’ils soient bilatéraux ou multilatéraux sont tous conçus pour assurer les profits des grandes entreprises. Celles-ci accaparent les ressources, les services publics, les terres agricoles des paysans et détruisent l’environnement. Elles détruisent les emplois, réduisent les salaires par la mise à concurrence des salariés et augmentent le chômage. Elles augmentent leur mainmise surtout sur les pays du Sud en accentuant leur dépendance structurelle alimentaire, financière et technologique. Elles inondent les marchés de ces derniers par des produits subventionnés du Nord qui détruisent leur tissu productif déjà fragilisé et dont la qualité suscite bien des méfiances. Elles sont fortifiées par les mécanismes de résolution de différents entre investisseurs et États qui leur confèrent plus de pouvoir exorbitant sur les Etats et sur les peuples. Ces derniers sont exsangues du fait du paiement du service de la dette et des politiques de destructions massives des droits sociaux qui en découlent. Le fardeau supporté par les femmes est particulièrement oppressif et inhumain.

La signature du TAFTA n’a pas abouti dans les délais prévus (même si celle du CETA est toujours programmée pour le 27 octobre de cette année), les négociations de l’ALECA entre le Maroc et l’UE sont suspendues, celles sur les APE reportées à 2017 et de nombreux parlements sont réticents à ratifier les accords passés dans le cadre du Traité Transpacifique (TTP). Les contradictions entre les puissants pour accaparer les sur-profits et garantir leur supériorité ne rendent pas aisées la signature des traités. Mais la pression des mobilisations citoyennes, notamment en Europe et en Amérique Latine pour stopper l’avancée des pourparlers est bien visible. Nous sommes solidaires des peuples en lutte contre les ALE et contre la complicité des gouvernements et des parlements qui les signent et les ratifient. Nous affirmons notre volonté d’œuvrer à augmenter nos résistances pour les faire tomber. Il est bien évident que cette lutte ne peut être pensée dans un cadre national étroit. Il est évident aussi que nous ne pouvons accepter aucun processus commercial dans la zone euro-méditerranéenne qui ne dénoncerait pas l’occupation et la colonisation de la Palestine par l’Etat d’Israël. Nous devons fortifier nos liens de solidarité entre les peuples du Nord et du Sud en créant des mécanismes de coordinations permanentes. Nous nous appuierons sur l’important travail déjà réalisé dans d’autres pays du Nord et du Sud notamment par des organisations partenaires comme le réseau des Attac, le réseau CADTM, la MMF, Via Campesina, la campagne européenne contre le TAFTA, la campagne latino-américaine contre les Traités de Libre Commerce ou la Campagne Globale pour Démanteler le pouvoir des Multinationales et mettre fin à leur impunité, etc.

C’est pourquoi, nous affirmons notre volonté de rejoindre les différents mouvements sociaux du monde entier, afin de contrer la domination des multinationales sur l’Homme et la Nature, appuyée par les Institutions Financières et Commerciales internationales. Nous continuerons à nous battre pour un monde basé sur la souveraineté des peuples.

Nous dénonçons toutes les formes de répression et d’intimidation contre nos luttes et soutenons les mouvements et les organisations qui les organisent. Nous exprimons notre solidarité avec l’association ATTAC CADTM Maroc et toutes les organisations de lutte qui subissent les tracasseries et la répression des autorités qui refusent de renouveler leur récépissé légal et s’acharnent pour perturber leurs activités.

NON AUX DIKTATS DES ENTREPRISES ET DES INSTITUTIONS FINANCIERES INTERNATIONALES


LIBERTE DE CIRCULATION DES PERSONNES


SOLIDARITE AVEC LE PEUPLE PALESTINIEN


COORDONNONS NOS LUTTES CONTRE LES ACCORDS DE LIBRE ECHANGE

Casablanca le 01 octobre 2016

Organisations participantes :

Attac Cadtm Maroc, Attac France, Attac España, Raid Attac Tunisie, Dynamiques citoyennes/CADTM – Cameroun, Transnational Institute, Campagne pour la souveraineté des peuples, pour démanteler le pouvoir des multinationales et mettre fin à leur impunité, FNSA-UMT, International treatment preparedness coalition, Observatoire Tunisien de l´Economie, Vía campesina.

CADTM

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