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Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

#Mozambique / Mais pour l'Humanité, l'accord de paix entre le Frelimo et la Renoma "sent le gaz"...

Publié le 13 Août 2019 par Pierre Barbancey (l'Hhumanité), Gri-Gri International in Mozambique, Economie

La Renamo et le gouvernement du Frelimo ont signé un traité de paix définitif vingt-sept ans après la fin de la première guerre civile. Deux anciens ennemis, maintenant adeptes du néolibéralisme, qui comptent bien se partager le grisbi…

L’« accord de paix et de réconciliation de Maputo », signé cette semaine entre le gouvernement du Mozambique – dirigé par le Frelimo (Front de libération du Mozambique) – et son adversaire de toujours, la Renamo (Résistance nationale du Mozambique), semble autant un mariage de raison qu’une manière d’acter la fin d’un antagonisme politique et historique en cours depuis 1992, date du déclenchement de la guerre civile. Mouvement historique de lutte contre le colonialisme portugais et d’obédience marxiste sous la houlette de Samora Machel (tué lorsque son avion s’est écrasé en 1986 alors qu’il survolait l’Afrique du Sud de l’apartheid), le Frelimo a abandonné toutes ses références idéologiques de classe pour se couler dans le moule du néolibéralisme. La Renamo, elle, créée en 1975 par la volonté de la Rhodésie raciste d’alors (aujourd’hui Zimbabwe) et des États-Unis, n’a pas eu à changer des orientations économiques partagées depuis le début. Depuis des années, la philosophie des institutions de Bretton Woods a irrigué les orientations du pouvoir avec les résultats habituels que l’on connaît : désindustrialisation du pays, mainmise sur les richesses minérales par les « investisseurs » étrangers et apparition d’une élite locale liée au capital international.

Des élections seront organisées en octobre prochain

Le président mozambicain, Filipe Nyusi, et le chef de la Renamo, Ossufo Momade, ont donc signé le document sur la place de la Paix, à Maputo, en présence de responsables venus de tout le continent, dont les présidents sud-africain, Cyril Ramaphosa , et rwandais, Paul Kagame, et sous les applaudissements de milliers de spectateurs. Le Mozambique ne sera plus « jamais un théâtre de guerre », a promis son président Filipe Nyusi. « Le processus que nous avons créé est irréversible. Nous ne voulons pas voir la guerre à nouveau. » De quoi faire une belle photo et, surtout, organiser des élections au mois d’octobre prochain que personne ou presque ne contestera, contrairement à ce que faisait jusque-là la Renamo. Celle-ci va maintenant désarmer totalement et pleinement entrer dans le jeu institutionnel, elle qui contrôle déjà un certain nombre de provinces mais aimerait, à la faveur du scrutin de ce printemps austral, prendre la tête du pays.

Les deux parties sont également d’accord pour mettre en place un bipartisme si cher aux « démocraties » occidentales qui leur permet d’écarter les formes d’opposition désireuses de remettre en cause les décisions économiques. C’est le cas notamment de l’Union nationale des paysans, qui a su, malgré les menaces physiques et la répression, organiser des manifestations, seule catégorie sociale aujourd’hui capable de s’affronter au pouvoir et qui rassemble les éléments les plus à gauche de la société.

Reste maintenant à se partager le gâteau, enjeu non avoué des élections. De très importantes réserves de gaz ont été découvertes dans la province de Cabo Delgado, dans le nord du pays, qui pourrait, dès 2022, dégager en valeur de gaz 1,5 milliard de dollars par an. Ce qui pourrait transformer le Mozambique en troisième pays du monde pour l’exportation de gaz liquéfié. La compagnie italienne ENI s’est déjà positionnée et a obtenu un contrat d’achat avec British Petroleum (BP). C’est dans cette même zone de Cabo Delgado que sévit un mouvement islamiste particulièrement violent. Hasard ou nécessité ? Pour l’heure, ce groupe djihadiste évolue sans problème. Jusqu’à ce qu’il touche au grisbi ?

 

Pierre Barbancey

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