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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 06:00

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Harold Ramis n'est plus.

Qui ?

Monsieur Harold Ramis.

Les millions de geeks, de nerds, de puceaux, de solitaires, de tarés savent de quoi je parle.

Les autres ont intérêt à me lire.

Parce qu'Harold Ramis, déjà, a réalisé le plus grand film des années 90.

Un Jour Sans Fin. 1993. La plus belle boucle de l'histoire sur pellicule, le plus beau sample en salle obscure, le croisement idéal de magie et de mort, de rire et de larmes, d'amour et d'éternité. Bill Murray, son pote de toujours, anti-héros, coincé le jour de la marmotte. “Ça caille tous les jours par ici”, comme un mantra. Un réveil en gros plan qui répète l'impossible, des chiffres qui s'écrasent avec un bruit d'outre-tombe, le temps figé, la possibilité non pas d'une île mais de pouvoir refaire encore, encore et encore encore pour détruire les ténèbres, pour vivre au coeur plutôt qu'à la périphérie des choses.

Avant le chef d'oeuvre se déroulant à Punxsutawney (2800 points au Scrabble), Ramis avait filmé des choses débiles et magnifiques, cramées et quotidiennes, folles et encore plus folles, généreuses, inutiles et donc indispensables, aux couleurs toujours justes. Des navets qui ont illuminé mes longues nuits de provincial, des séries Z qui m'ont permis de choisir les bons amis. Un mec qui connaît Caddyshack (Le Golf En Folie) 1980 et Arrête de Ramer, T'es Sur le Sable (1978) et qui en plus te les conseille avec insistance, tu ne le lâches plus. Bien sûr. Et puis, trois ans plus tard, la véritable première preuve que Ramis en avait dans le coeur. Assez pour flirter avec le beau et le sublime. Bonjour les Vacances avec l'Empereur Chevy Chase, la bandante Beverly d'Angelo, le mongol Randy Quaid. L'histoire d'un daron qui décide de traverser les États-Unis en voiture (Chicago-Californie) pour emmener sa petite famille dans un parc d'attractions, Walley World, qui devra affronter mille épreuves pour enfin caresser son Graal, même se transformer en terroriste pour que le rêve prenne vie. Chevy Chase qui drague sur l'autoroute, avec les Pointed Sisters à toute birzingue. “I'm so excited !” Ou qui transporte sa tante morte sur le toit de son break. Ou qui mange, stoïque, des sandwiches au pipi de chien. On s'incline déjà. Ramis raconte sans recul, il ne dévisage pas ses personnages, il les enlace, les protège, même quand la tempête menace de tout emporter. Après encore, Mafia Blues, qu'il ne faudra plus regarder mais qui, à l'époque, n'avait déshonoré personne. De Niro joue à la mafia et c'est trop tard mais ça passe. Et puis, il y avait Tony Bennett au micro, à la fin, c'était bien, suffisant pour adhérer sans se forcer. Ramis, conteur populaire, savait toujours alléger la note. Et puis encore Endiablé. Où un gros nigaud pactise avec la diablesse Liz Hurley, alors encore juste à tomber et multiplie les voeux foireux. Brendan Fraser est à sa place et c'est parfait. Petit film, petits gags, artisanat irréprochable. Que demander de plus à l'heure des blockbusters obèses et des autoproductions aux béquilles émoussées ? Rien.

Harold Ramis, moi, je l'ai aimé tout de suite. Pas comme réalisateur. D'abord comme acteur.

La première fois que je croise sa route, c'est au cinéma, au milieu des années 80. Il s'appelle Egon Spengler et chasse les fantômes. Aux côtés de Bill Murray et de Dan Aykroyd, autre ami indécrottable et ex Blues Brothers. Il a le rôle du prof à lunettes, intello et collectionneur de moisissures. Quand la secrétaire sexy lui fait du gringue, il ne la voit même pas. Mais derrière le grand tout mince, on devine un séducteur pas dupe, un homme discret et redoutable. Dans la suite, SOS Fantômes 2, largement sous-estimé par la critique (la quoi ???), il mène des expériences sur des enfants et semble éprouver un malin plaisir à les faire soufrir (gentiment bien sûr, tout le monde n'est pas Marc Dutroux, hein!), comme ça, juste pour voir. Je le retrouverai souvent, dans Airheads, comédie hard rock complètement idiote et incontournable, dans Orange County, avec l'énorme Jack Black, en doyen de faculté qui gobe par mégarde des acides et qui m'offre un délire psychédélique encore vivace à l'heure où j'écris ces lignes. Je comprends, là, maintenant, tout de suite, que Ramis a beaucoup compté dans ma vie de cinéphage désordonné et amnésique. Son visage, ce regard presque de pékinois, cette voix grave, ronde, à la chaleur pas soldée, je savais déjà, sans même jamais me l'être avoué ouvertement, qu'il me manquerait. Comme me manqueront à leur mort Chase, Murray, Aykroyd, Landis, même James Belushi, oui ! Tous ces mecs qui ont creusé dans les années 70-80 non pas pour trouver du pétrole mais de l'absolu à la portée de toutes les bourses. Ramis, c'était aussi le père aimant et largué dans un autre chef d'oeuvre, de Judd Apatow celui-là, En Cloque, Mode d'Emploi. Il avait aussi scénarisé American College. Besoin d'en rajouter ?

Oui ? Allez vous faire foutre.

Ce soir, j'emmerde Orson Welles, je brûle Godard, je piétine von Stroheim, j'encule l'om (mais ça n'a rien à voir).

La mort est une incompétente, elle n'emmène que les bons. Veut-elle que je lui fasse une liste ?
Harold Ramis. Putain !

Photo - dr     Texte - Jérôme Reijasse

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Published by Jérôme Reijasse dr www.legrigriinternational.com - dans Jérôme Reijasse 7 jours loin du monde
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