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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 08:10

Armée malienne 21 mars 2012

Pour nombre de médias et d'analystes occidentaux, le pouvoir malien est une sorte de « boite noire » incompréhensible, analysée - si on peut dire -, comme opérant la succession entre un « bon » militaire et un « mauvais », l'ancien chef d'Etat et le putschiste, ou encore entre un président victime de la foule - exilé à Paris -, et un Premier ministre débordé par l’ampleur de la crise. Mais au-delà de ces dichotomies simplistes qui se concluent par des appels à des interventions extérieures, le Mali n'a-t-il pas une alternative civile à la crise, même si l'Occident en a rarement entendu parler ?

Quelle intervention extérieure d'ailleurs ? Les interventions étrangères n’ont réglé nulle part aucun problème, bien au contraire. En Irak, en Afghanistan, au Congo, au Soudan et dernièrement en Libye. Elles ont surtout provoqué le massacre des populations civiles innocentes et conduit à des guerres civiles prolongées ou à une instabilité politique chronique. Les gouvernements nationaux mis en place et sous tutelle internationale ont été contraints à payer la facture de la guerre ainsi décidée de l’extérieur avec les ressources nationales tant convoitées. Le résultat est à l’évidence partout un véritable désastre.

Il n’appartient pas à la CEDEAO, à l’Union Africaine, au Conseil de Sécurité des Nations Unies, à la France ni à aucune autre puissance étrangère de venir imposer une solution en dehors des Maliens eux-mêmes. La sagesse recommande vivement qu’il soit fait recours au peuple souverain du Mali pour qu’il puisse assumer en toute indépendance son propre destin. Les problèmes du Mali doivent être réglés au Mali par les Maliens eux-mêmes et en toute souveraineté par un sursaut national. L'interventionnisme autoritaire fait en effet l'impasse sur l'Histoire. Le Mali contemporain est l’héritier d'une longue histoire qui, avec ses hauts et ses bas, fait la fierté de son peuple. Un peuple qui a développé un sens aigu de l’honneur et de la dignité. Un président de la République doit incarner l’État et la Nation. Il doit être est le garant de l’unité et de la cohésion du pays.
Dans une conférence prononcée en Sorbonne le 18 mars 1882 Ernest Renan disait : "Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis." Aujourd’hui, tous les signes laissent à croire que le gouvernement en place ne maîtrise pas la situation. Il n’arrive pas à contrôler le peuple du sud du Mali sur lequel il a encore un tant soit peu d’autorité, a fortiori  à faire face à la crise au nord. L’échec le plus patent a été l’absence de création d’institutions politiques véritables. Qu’une difficulté importante se présente, c’est l’ensemble de ses institutions étatiques qui est remis en cause. C’est le vide institutionnel et organisationnel.

Mais les moments de crise dévoilent non seulement la faillite des institutions, mais aussi leur incapacité notoire, sinon par la force, à faire face aux conflits sociaux. La tentation est alors grande, pour une autre force, de se substituer, pour donner solidité et efficacité à un Etat en voie de dissolution. Cette force a été l’armée qui a, en principe, l’avantage d’être mieux organisée et plus disciplinée. Dans un premier temps, l’armée s’empare du pouvoir parce qu’elle est appelée à l’aide par le régime qu’elle écarte et remplace. Dans un deuxième temps, elle s’empare du pouvoir de sang-froid, alors qu’elle n’est guère sollicitée par l’autorité politique. Ce faisant, et contrairement à ce qu’elle croit, elle aggrave l’instabilité politique dans le pays.

C’est ainsi que  la CEDEAO veut recourir à la force pour mettre fin à la partition du Mali, après la déclaration d’indépendance du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) dans le Nord du pays. Elle envisage d’envoyer sur place une force de 2 000 à 3 000 soldats, mais les buts de l’intervention ne sont pas encore clarifiés. Pour ce faire, elle exige un gouvernement de transition et d’union nationale d’ici la fin du mois de juillet. L’objectif étant soi disant de renforcer les institutions de transition, en situation « précaire », pour enfin affronter la crise dans le Nord. Si ce délai n'est pas respecté, « la Cédéao ne reconnaîtra plus le gouvernement du Mali et le pays sera suspendu de toutes les organisations sous-régionales ». Ce qui provoque en conséquence un puissant sentiment anti CEDEAO, qu'il faut se garder d'assimiler à un quelconque soutien à la junte, renforcé par un nationalisme qui s'est largement construit contre l’ancienne puissance coloniale, très mal placée en conséquence pour intervenir !

Les Maliens accusent en effet la France d’avoir facilité la chute du président ATT parce que ce dernier avait refusé de signer avec le gouvernement de Sarkozy un accord de réadmission des sans-papiers maliens et de s’engager plus clairement dans la lutte contre le terrorisme, les trafics de drogue dans le septentrion malien. D’aucuns même pensent qu’il y des connivences entre la France et le MNLA. On reproche aussi à la France d'être partiellement responsable de la crise, du fait de son intervention militaire en Libye, qui a précipité le retour au Mali de nombreux combattants touareg armés par Mouammar Kadhafi.

En d'autres termes, une intervention de la CEDEAO aurait toutes les chances de se heurter à des formes de résistance populaire qui compromettraient la résolution du conflit. Cela pourrait engendrer des risques géopolitiques qu'on pourrait ordonner ainsi :

1/ Risque d’entériner la démarcation entre le Nord et le Sud 

2/ Risque d’institutionnalisation un Islam intégriste

3/ Risque d’engendrement des solidarités ethniques dans un septentrion poussé au séparatisme

À l'inverse de ces aventures militaires, une solution interne au Mali doit venir à travers un dialogue lui aussi interne autour d’une table ronde, pour aborder les questions qui unissent et non celles qui divisent. La préservation de l’intégrité territoriale, et du tissu national sont pour la plupart des maliens des valeurs de référence. 
L’armée malienne a été elle aussi victime de la paupérisation et doit être réhabilitée, car face à la propagation de la corruption et à l’injustice, des militaires ont voulu opérer un changement radical. Le coup d’Etat a compliqué une situation déjà très complexe : cela aurait pu être un soulèvement populaire face à la situation qui prévalait, la révolte n’était pas très loin. C'est ce que disent des hommes politiques comme Ibrahim Boubakar Keita ou qu'analysent des intellectuelles comme la sociologue Aminata Traoré - car le Mali a bien une intelligentsia, comme un personnel politique !

Les analyses proposées ci-dessus sont bien l'opinion d'une partie dominante de l'opposition civile malienne : contrairement à ce que croit savoir l'extérieur, entre l'ancien régime du général Toumani Touré et les putschistes, ce n'est pas le vide, mais bien au contraire des partis structurés et des leaders respectés, formant une alternative crédible. Sans la prise de contrôle des indépendantistes touaregs et des islamistes au Nord, Ibrahim Boubakar Keita aurait certainement été élu aux élections qui n'ont pu se tenir, à cause du putsch militaire : il s'en est fallu d'un mois ! Ce leader n'est il pas plus légitime pour mener une réelle transition où tous auraient leur place plutôt qu'un président comme Dioncounda Traoré, assimilé à l'ancien régime, impopulaire et exilé à Paris - ou un Premier ministre impuissant comme Cheikh Oumar Diarra ?
Rappelons qu'Ibrahim Boubakar Keita a déjà exercé de hautes responsabilités, fédéré déjà partis (une vingtaine se sont rassemblés autour du Rassemblement pour le Mali - ou RPM), politiques et citoyens, représentant dès lors une alternance de gouvernement face à la confuse situation actuelle. Membre de l’Internationale socialiste, grand connaisseur du Nord, son passage à la primature de 1994 à 2000 a permis la signature des accords de paix avec la rébellion touarègue du Nord. Homme d'ailleurs respecté pour son sens élevé de l’honneur et surnommé affectueusement en bambara « Kanguélétigui » - homme d’une seule parole -, son style de gouvernement étant marqué par le respect scrupuleux de l’Etat de droit.

Loin de toute gouvernance militaire, mondialisée ou régionalisée, que l’extérieur - et  la France  en particulier -, laisse toutes ses chances à une solution malienne, basée sur sa société civile et son personnel politique !Toute autre tentative risque d’être catastrophique.

Photo - dr   Texte - Oumar Keita (Politologue, historien)

Bonus : retrouvez ICI l'entretien réalisé il y a quelques semaines avec Aminata Traoré

PS : tribune parue initialement dans Libération

PS 2 : la titraille est de la rédaction

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Published by Oumar Keita dr www.legrigriinternational.com - dans Mali
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