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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 14:09

 

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse ne peuvent que chanter la gloire du chasseur. C’est par ce proverbe, cher aux Africains, que la ministre de la Culture du Mali, Madame N’Diaye Ramatoulaye Diallo, a commencé son discours au siège de l’UNESCO à Paris, le jeudi 7 décembre 2016, lors de la rencontre qui allait se conclure par la Déclaration d’engagement de la cinquantaine d’artistes maliens présents ce jour-là, à la «Coalition des Artistes pour la promotion des huit volumes de L’Histoire générale de l’Afrique».

Le travail sur L’Histoire générale de l’Afrique a été lancé par l’Unesco en 1964, pour «remédier à l’ignorance généralisée sur le passé de l’Afrique, pour relever ce défi qui consistait à reconstruire une Histoire de l’Afrique libérée des préjugés raciaux hérités de la traite négrière et de la colonisation, et favoriser une perspective africaine».

 

La Directrice générale de l’Unesco, Madame Irina Bokova, a affirmé que L’Histoire générale de l’Afrique est un des chantiers intellectuels les plus ambitieux de l’Unesco. «Supervisée par un Comité scientifique international dont deux tiers étaient africains, l’élaboration des huit volumes de l’Histoire générale de l’Afrique a mobilisé plus de 230 historiens et autres spécialistes pendant plus de 35 années. Achevé en 1999, ce travail colossal qui eut un grand retentissement en Afrique et, au-delà, dans les milieux scientifiques et universitaires, est considéré comme une contribution majeure à la connaissance de l’Histoire et de l’historiographie africaines.»

Mais, il ne suffit pas d’écrire l’Histoire de l’Afrique, il faut la faire connaître aux Africains, sans distinction d’âge et de condition sociale, et le constat est amer. Quoique traduite en treize langues, dont trois langues africaines (l’haoussa, le swahili et le peul), et disponible en téléchargement gratuit sur le site de l’Unesco, L’Histoire générale de l’Afrique est inaccessible à la plupart des Africains, et les milieux scolaires et universitaires africains en ignorent l’existence. Et pourtant, comme l’a mentionné la ministre de la Culture du Mali, il faut «se connaître soi-même pour aller de l’avant».

Madame N’Diaye Ramatoulaye Diallo a salué les artistes maliens «qui n’ont pas attendu ce projet pour faire de l’Histoire de l’Afrique la matière première de leurs œuvres. Leur inspiration trouve sa source dans les personnages historiques, dans les faits héroïques, et dans les lieux symboliques du passé du Mali, et de l’Afrique en général. Dans un pays à tradition orale comme le Mali, ils ont été et demeurent les véritables transmetteurs du passé. Le Mali regorge d’artistes qui ont bâti leur renommée sur le genre historique dans les domaines qui sont les leurs. Ils savent faire passer l’Histoire.»

Madame la Directrice générale de l’Unesco a demandé aux artistes maliens d’être «les porte-drapeaux de cette Histoire générale de l’Afrique qui est l’Histoire commune à toute l’Humanité. Les artistes sont en première ligne dans le combat contre l’ignorance. Une meilleure connaissance de l’Histoire de l’Afrique est une des armes de ce combat. Il faut répondre à l’extrémisme par l’art et la culture qui sont les manières les plus interactives, les plus pérennes, et les plus riches de le faire.»

Le musicien, Cheick Tidiane Seck, n’a pas manqué d’affirmer que la musique, la peinture, le théâtre, la littérature, le cinéma, la photographie, la danse, les arts plastiques, la mode, chaque art, tous les arts, chaque artiste, tous les artistes, contribuent chaque jour, tous les jours, à rétablir l’Histoire du continent. Les artistes maliens ne sont pas les seuls à s’être engagés à promouvoir le rayonnement de L’Histoire générale de l’Afrique. En un an, environ 200 artistes africains ont décidé de faire partie de cette Coalition pour combattre la méconnaissance et l’ignorance entretenues autour de l’Histoire du continent.

D’ici la fin 2017, l’Unesco publiera un ouvrage électronique gratuit d’une centaine de pages qui résumera le contenu des 8 volumes de L’Histoire générale de l’Afrique, afin que l’Histoire vraie du continent soit enfin accessible à tous. Le volume 9, qui est en cours d’élaboration, examinera «L’Africanité globale contemporaine». Il s’agira «d’écrire une histoire sereine des Africains et des Afro-descendants à l’échelle de la planète toute entière».  L’Unesco et le ministère de la Culture du Mali comptent sur les artistes maliens pour honorer leur engagement, les artistes maliens espèrent pouvoir compter sur l’engagement de ces institutions culturelles pour promouvoir les artistes.

Habib Dembélé, Guimba national, a été invité à clôturer cette rencontre d’engagement. Il a raconté l’histoire de  «Sara», probablement pour rappeler à chacune et chacun que «la parole est contraignante», et qu’un être humain «devrait choisir la mort ou la prison pour respecter sa parole donnée».

Texte : Françoise WASSERVOGEL

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 09:47

 

Quand un garçon survit grâce à son maigre salaire de «prentikê» sur une Sotrama, quand un garçon ne supporte pas de voir sa sœur se prostituer pour pouvoir acheter les condiments qui manquent, quand un garçon s’attend à devenir le chauffeur d’une Sotrama, et que le fils du patron lui vole la place, le désespoir l’envahit. Il ne veut pas passer le reste de sa vie accroché à la porte d’un des minibus verts qui sillonnent la capitale malienne, d’un quartier à l’autre, en quête de passagers. Il a les mêmes ambitions que tous les jeunes du monde, il veut s’en sortir, il veut réussir.

Il ne voit qu’une solution à sa misère financière et morale, aller frapper à la porte de la belle maison que tout le monde connaît pour offrir ses services aux trafiquants de drogue qui y habitent. Peu importent le risque, la peur, l’illégalité, au bout, il y aura de l’argent, beaucoup d’argent, énormément d’argent. Fini, l’humiliation, fini, la galère, fini, la prostitution de sa sœur. Il est un chien au bas de l’échelle sociale, il sera un chien dans ce milieu sans foi ni loi. 

C’est l’histoire de Ladji dans Wùlu, le film réalisé par le jeune franco-malien Daouda Coulibaly. Projeté en avant-première au Forum des Images, à Paris, le jeudi 24 novembre, Wùlu a impressionné le public. Le fourmillement de la gare routière de Rail Da à Bamako, les échoppes sombres où on encaisse les injustices les dents serrées, les ruelles défoncées, les portes closes derrière lesquelles chacun cherche une solution à la pauvreté. Le silence qui vaut mieux que les paroles qui ne serviraient de toute façon à rien. La puissance de celui qui possède sur celui qui n’a rien. La corruption et le trafic illicite en filigrane, à tous les niveaux. 

La peur de Ladji qui transporte la drogue entre Bamako et Conakry quand les contrôles policiers ou militaires se font trop insistants. La violence du trafic subie dans le septentrion. C’est le choix déterminé et silencieux de Ladji, car au bout de tout, il y a l’argent. Quoiqu’il soit contraint de faire, Ladji va réussir. L’argent remplacera la misère, les produits de luxe remplaceront la prostitution de sa sœur. L’ascension sera fulgurante pour eux deux. 

Après la projection du film, le public a pu échanger avec l’équipe du film. Daouda Coulibaly a expliqué qu’il travaillait déjà au scénario de Wùlu lorsqu’en 2009, un avion cargo, rempli de cocaïne, atterrissait dans le Nord du Mali. Il a donc inscrit son film dans le contexte nébuleux de ce qu’on appelle l’affaire Air Cocaïne. Il avait prévu de tourner Wùlu au Mali, mais l’insécurité qui y règne depuis début 2012 l’a amené à changer ses plans. Mises à part quelques scènes à Bamako, la majeure partie du film a été tournée au Sénégal. 

Conseiller en stratégie sur l’Afrique, ex- sous-directeur du service Afrique occidentale, chargé du Mali au sein du ministère français des Affaires étrangères, Laurent Bigot avait été invité à la projection. Selon lui, «Wùlu est un film courageux, car il aborde un sujet pratiquement tabou. Un sujet dont personne ne parle, ni les Maliens, ni le gouvernement malien, ni la communauté internationale, alors que le fond de la crise malienne repose sur le trafic de drogues, de cocaïne en particulier. Les vrais sujets de la crise malienne sont les trafics. Les réseaux terroristes sont avant tout des réseaux narcotrafiquants. Tout le monde le sait. Tout le monde y est mêlé, le Mali, les pays de la sous-région, les groupes armés, l’Occident, donc personne n’aborde la question.» 

Le parcours de Ladji est un parcours individuel, mais il est le reflet d’une tendance lourde de la société. Les jeunes ne se voient pas d’avenir, ils ne voient pas comment sortir de leur misère socio-énonomique. Certains subissent passivement, d’autres partent «à l’aventure vers l’Eldorado européen», une poignée de ces jeunes désespérés prend la même décision que Ladji. Dans un pays où la moitié de la population a moins de 16 ans, les décideurs nationaux et internationaux devraient agir, et vite, car il y va de l’avenir de tout un pays, il y va de la dignité d’un peuple.  

Dans Wùlu, l’atmosphère est pesante, oppressante, les images sont belles et dures à la fois. C’est un thriller. Un «polar» à l’odeur de désespoir, à l’odeur de trafic, à l’odeur d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), à l’odeur de sacs de drogue et de billets de banque qui passent d’une main à l’autre. Après avoir été présenté aux festivals internationaux de films de Toronto (Canada), Londres (Royaume Uni), Angoulême (France), Namur (France), et Hambourg (Allemagne), Wùlu vient de remporter le Prix du Public au 36ème Festival International du Film d'Amiens (France). Quand il sera projeté au Mali, Wùlu, que Laurent Bigot a qualifié de film engagé, recevra peut-être un accueil mitigé, car il met le doigt là où ça fait mal. 

Texte : Françoise WASSERVOGEL

SourceLe Reporter

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 07:35

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Alors que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, rendait un dernier hommage à l’adjudant Fabien Jacq, mortellement blessé le 4 novembre par l’explosion d’une mine au passage de son véhicule de l’avant blindé (VAB) lors d’une mission de ravitaillement dans le nord du Mali, l’État-major des armées (EMA) a précisé, dans son dernier compte-rendu hebdomadaire, les mesures en vigueur pour assurer la sécurité des convois logistiques sur ce théâtre d’opérations.

Les missions de ravitaillement menées dans le cadre de l’opération Barkhane sont à la fois dangereuses et éprouvantes, d’autant plus qu’elles concernent un territoire aussi vaste que l’Europe. « Elles font l’objet d’une préparation minutieuse incluant l’étude du contexte, du terrain, des itinéraires, l’articulation du détachement, et la définition des conduites à tenir », souligne l’EMA.

Un « déplacement tactique », pour reprendre l’expression de l’état-major, obéit à quatre grands principes : la sécurité, la protection, la sûreté et la protection.

Ainsi, les différents véhicules d’un convoi doivent respecter une distance de sécurité les uns par rapport aux autres, en particulier à cause du sable soulevé par leur passage, lequel réduit la visibilité de leurs conducteurs. Elle doit aussi permettre « d’observer l’environnement et de réagir en cas d’incident. » Qui plus est, elle ne doit pas non plus être trop importante, notamment quand il s’agit d’aborder des points de passage « particuliers ».

En outre, assure l’EMA, sans donner plus de précision, des éléments de protection « font systématiquement partie du convoi ». Ils doivent être en mesure d’intervenir immédiatement en cas de problème, que le convoi soit en déplacement ou à l’arrêt.

Enfin, les points de passage particuliers font systématiquement l’objet d’une reconnaissance « spécifique » afin de s’assurer que le convoi peut passer sans prendre de risques. « Le cas échéant, les éléments spécialisés du génie interviennent pour permettre la reprise de la progression », explique l’EMA.

Ainsi, la mise en oeuvre de ces mesures fait que, dans certaines conditions difficiles, un convoi de 60 véhicules peut s’échelonner sur 10 à 12 km et qu’il faut parfois 48 heures pour parcourir 100 km seulement.

Reste que, cette année, les quatre militaires français tués au Mali appartenaient tous à un régiment du Train. Á chaque fois, une mine (ou un engin explosif improvisé) a explosé au passage de leur véhicule, placé en tête d’un convoi logistique.

 

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 00:21
Le ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières, Mohamed Aly Bathily
Le ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières, Mohamed Aly Bathily

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Article de Françoise WASSERVOGEL, initialement paru sous le titre :

Mohamed Ali Bathily à Paris : Comme un parfum de campagne électorale dans l’air


Ministre de la Justice, Garde des Sceaux dans le gouvernement formé par le Premier ministre Oumar Tatam Ly après l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta à la tête du Mali en septembre 2013, Mohamed Ali Bathily a été nommé au ministère des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières dans le gouvernement Modibo Keïta. C’est à ce titre qu’il avait été invité par la Mouvance présidentielle en France à rencontrer la diaspora malienne sur le thème de la bonne gouvernance au Mali, le 18 juin 2016, dans les locaux de la Bourse du Travail, à St Denis, au Nord de Paris. Choguel Kokalla Maïga (ministre de l’Economie numérique et de la Communication, porte-parole du gouvernement) et Hamadoun Konaté (ministre de la Solidarité, de l’Action humanitaire et de la Reconstruction du Nord), qui avaient été annoncés comme invités, ont été excusés par les organisateurs.

Pas étonnant que les recommandations de Mohamed Bathily aient récemment agité certains bancs de l’Assemblée nationale, car il ne mâche pas ses mots. Après avoir dit que le thème choisi avait tendance à l’effrayer un peu, il a clairement exposé son point de vue. Plutôt que de le paraphraser, il vaut mieux restituer fidèlement les 25 minutes de son intervention face à un public nombreux.

«La bonne gouvernance, c’est vaste. Les périmètres vont à l’infini. Il faut tenir compte de la réalité du Mali et ne pas traiter de la fiction. Historiquement, et depuis fort longtemps, le Mali a été un terrain de mauvaise gouvernance, un terrain on ne peut plus inquiétant. La preuve, dans notre histoire, pratiquement tous les dix ou quinze ans, il y a des convulsions qui renversent tout sur leur passage et chaque fois, on a l’impression de faire un travail de Sisyphe, c’est à dire toujours recommencer à zéro. Au Mali, on recommence toujours à remonter les choses au nom de la bonne gouvernance. Cette bonne gouvernance s’incarne dans un mimétisme institutionnel qui peine à instaurer ce qu’est la bonne gouvernance. Pour dire qu’on est un Etat démocratique, on pense qu’il faut élire un président, mettre en place une Assemblée nationale, une Cour suprême et déclarer indépendante la justice.

Mais la reconnaissance de l’institutionnel théorique et le contenu réel de l’institutionnel sont deux choses différentes. Le Mali est passé par la désignation de ces institutions. En 1991, nous avons renversé un Etat dont on disait qu’il était très autoritaire, pour ne pas dire dictatorial. Le régime de Moussa Traoré proclamait des droits les empêchant d’être exercés. Après la chute de ce régime, on a voulu exercer tous les droits, ce qui a mis l’Etat en lambeaux. On avait accès à tous les droits, mais l’Etat était incapable de garder le contrôle. Le Mali est allé vers une forme larvée d’anarchie, où chacun faisait ce qu’il voulait, selon son rang, selon sa position dans l’administration, selon sa fortune, selon ses relations, selon sa position politique. Les moyens et les pouvoirs de l’Etat avaient été transférés dans des réseaux privés qui ne se préoccupaient que d’eux-mêmes.

De 1991 à 2012, c’est ce type d’Etat qu’était le Mali. Et c’est ce type d’Etat qui a fait faillite en 2012, car l’Etat n’existait plus. Le Mali a fait faillite, car l’Etat avait été accaparé par des gens qui utilisaient les moyens de l’Etat à des fins personnelles. Quand IBK est arrivé au pouvoir, la société était à deux vitesses. D’une part les citoyens lambdas et d’autre part, ceux qui avaient les moyens, les moyens économiques, les pouvoirs administratifs, civils ou militaires. Ces gens s’étaient installés comme à perpétuité dans une forme d’impunité absolue. Ces gens se prévalaient de leurs privilèges et on en tenait compte. Les institutions maliennes étaient utilisées par des réseaux plus forts qu’elles. L’indépendance de la justice est inscrite dans la Constitution malienne comme dans toutes les Chartes internationales, mais personne n’ignore qu’au Mali cette indépendance est comme une licence à tout faire. Lorsque les lois ne sont pas respectées, le juge s’enferme dans le mythe de l’indépendance de la justice, prend une décision, sachant pertinemment que cette décision n’est pas adossée à la loi, qu’elle obéit à autre chose. Pourquoi prétend-on qu’on a donné des libertés et des droits et que chacun est libre de les exercer, lorsqu’on ne peut pas en contrôler l’exercice par un système judiciaire fiable ? Cette question mérite d’être posée. C’est la raison pour laquelle le président IBK a déclaré l’année 2014, année de lutte contre la corruption. C’était une décision pour réhabiliter le système judiciaire, une décision pour que le citoyen reprenne confiance en l’Etat, une décision pour que les lois soient appliquées dans leur intégralité et leur intégrité. C’est ce que la bonne gouvernance signifie pour moi. C’est ce que le Mali doit rechercher, encore aujourd’hui.

La bonne gouvernance, ce n’est pas la proclamation de la bonne gouvernance, c’est un ensemble de pratiques qui doivent être construites et mises en application. Il y a donc un grand pas à faire. Le Mali est en train de le faire, mais ce n’est pas facile. Au Mali, 65 à 70% des citoyens sont des paysans qui exploitent la terre de façon très rudimentaire. Ils dépendent de leurs terres pour survivre. Au Mali, environ 90% des conflits et contentieux portent sur la terre. Comment pouvons-nous espérer un développement de notre pays, lorsque la terre est au cœur de toutes les convoitises ? Nous devons rationaliser l’accès au droit foncier. Les lois foncières doivent être mises au service de ceux qui utilisent la terre.

Dans un rapport de 2015, on apprend qu’au Mali, qui a un budget annuel de 2000 milliards de Fcfa, la terre a servi de sûreté foncière dans les banques à hauteur de 1534 milliards de Fcfa. C’est la somme que la terre a rapportée en terme de dette intérieure. Si on avait injecté cette somme dans l’agriculture, on aurait résolu les questions d’emploi, de disponibilité de l’eau en creusant des forages, de diversification des productions agricoles afin de dépasser l’auto-consommation actuelle, et d’atteindre une véritable commercialisation des produits. Ces 1534 Fcfa ont servi, non pas aux paysans, mais à des spéculateurs fonciers qui n’investissent pas dans le développement du pays. Ces 1534 Fcfa ont servi à des spéculateurs fonciers qui n’investissent que pour eux-mêmes, dans les voitures de luxe, des voyages, des villas somptueuses et inondent le marché malien de produits chinois. C’est cet ensemble de choses qu’il faudrait combattre. C’est le combat du Président IBK, mais cela devrait être notre combat à tous, qu’on soit dans le gouvernement ou pas, qu’on appartienne à un parti politique ou pas. C’est notre combat, car le Mali nous appartient à tous, autant que nous sommes.

L’impunité est un fléau. L’impunité au Mali est très élevée. Qu’il s’agisse de maires, d’élus en général, beaucoup spéculent sur le foncier. Ils morcellent et vendent des terres dont ils ne disposent pas, au vu et au su de tout le monde. On ne peut prétendre être en démocratie et tolérer de telles pratiques de la part de responsables qui parlent à notre nom, nous citoyens, dans certaines instances, alors qu’ils violent la loi que nous, Maliennes et Maliens, nous sommes donnée pour gérer notre pays. Cela est de l’ordre de l’inadmissible. C’est aux citoyens, à chacun d’entre nous, d’exiger et d’obtenir que les lois soient appliquées. Nous devons tous cesser de fonctionner dans un système qui permet à certains de profiter de privilèges qu’ils se sont eux-mêmes arrogés à perpétuité. Ce sont des intérêts mal acquis.

La bonne gouvernance, c’est notre capacité individuelle à respecter les règles qui nous paraissent essentielles. Si nous ne les respectons pas nous-mêmes, ne nous étonnons pas que d’autres nous fassent souffrir en les utilisant. Le Mali a du mal à trouver la bonne gouvernance parce que l’élite malienne a manqué, et manque toujours de loyauté dans l’application des textes. Cette élite a toujours pédalé à côté du vélo Mali, l’empêchant ainsi d’avancer. Cette élite se tourne vers les bailleurs de fonds, expliquant que nous n’avons pas de moyens et quand les moyens sont alloués, les Maliens n’en voient pas la couleur, car cette élite n’a aucun respect à l’égard des citoyens de ce pays. Si ces paroles dérangent, tant mieux, nous devons les prononcer, ces paroles permettront un jour de ranger. Et le Mali en a besoin».

C’était inattendu d’entendre un membre du gouvernement dénoncer des pratiques que bien de Maliennes et Maliens reprochent aux acteurs gouvernementaux eux-mêmes. Excellent orateur, le ministre Bathily a été écouté avec attention, souvent applaudi. Il y avait déjà comme un parfum de campagne électorale dans l’air.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 09:58
A propos du film O Ka / Le foncier, la bombe à retardement qui fera exploser la République du Mali

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Le cinéaste malien Souleymane Cissé a invité la diaspora à la projection de son dernier film, O Ka, au Cinéma des Cinéastes, Place Clichy, dans le 18ème arrondissement de Paris, le mercredi 17 février dernier, à 11h. Debout devant l’écran, il a expliqué que son film raconte une histoire personnelle, mais que c’est une histoire qui peut arriver à chaque Malien, à tout moment.

O Ka signifie «notre maison» en langue soninké. Ce film raconte le combat de sa famille maltraitée par un conflit foncier que personne ne comprenait. Sa famille avait fait toute sa vie dans une maison à Bozola, un des plus anciens quartiers de Bamako. Les parents, les grands-parents et leurs parents, avant eux, y avaient fait leur vie.

La famille possédait tous les documents officiels qui le prouvaient. Mais un jour, on est venu leur dire que ce n’était pas leur maison, qu’il fallait que les quatre sœurs âgées sortent. Le ciel leur est tombé sur la tête. Ils ne comprenaient pas. Les choses se sont enchainées, de tribunal en tribunal, jusqu’au jour où ils ont reçu l’acte notarial d’expulsion. Souleymane Cissé avait eu l’idée de réaliser un film sur ses sœurs, mais là, il n’avait plus le choix, il allait faire un film sur cette histoire de foncier.

«Grâce au soutien exceptionnel du chef de l’Etat malien d’aujourd’hui, le tournage du film a pu être finalisé. Grâce à ses amis, et particulièrement à Patou, O Ka a été présenté au Festival de Cannes 2015, dans la catégorie hors compétition, sélection “séances spéciales”», a indiqué Souleymane Cissé. Qui a prévenu ceux qui étaient venus assister à la projection de O Ka que c’est «un film intimiste, mais très profond, car c’est un film sur nos sociétés».

Bien sûr, le film relate la souffrance que sa famille a subie pendant plusieurs années à cause de gens mal intentionnés qui voulaient s’approprier leur concession, mais pas seulement. «Partout, il y a des gens qui meurent parce qu’ils sont humiliés au fond d’eux-mêmes. Autrefois, on ne supportait pas d’être humilié. On disait plutôt : la mort que la honte.

Mais cette expression a perdu son sens au Mali, et c’est bien dommage. Ce film s’adresse surtout à la nouvelle génération et aux suivantes. Il faut qu’ils sachent que tant qu’il n’y aura pas la justice, rien ne pourra se faire dans notre pays. Ce film est un combat pour la justice. Il faut espérer qu’il pourra être vu au Mali, mais on risque de se heurter à ceux qui voudront le piétiner», a clamé le cinéaste.

Avant et après la projection, Souleymane Cissé a invité ceux qui étaient dans la salle à parler de la question du foncier au Mali. Ils ont témoigné. Leur propre famille au pays est touchée par des menaces d’expulsion. La gestion du foncier interpelle tous les Maliens. Quand une famille est menacée, la justice demande des preuves de propriété. Or, la société malienne est basée sur l’oralité.

Les familles vivent dans leurs concessions depuis des générations, tout le monde le sait : les chefs de quartiers, les chefs de village peuvent le confirmer, mais des gens mal intentionnés sortent soudainement des documents assez récents qu’ils brandissent au tribunal pour prouver le contraire. Des individus très organisés arrivent en masse dans la maison ou sur les terrains, ils font peur et si, en face, les gens ne sont pas assez solides, ils sont «morts».

Tous les jours, on entend des papas et des mamans expliquer qu’ils ont été spoliés par d’autres qui ont acheté de faux documents et des faux témoignages pour les jeter dans la rue. Les familles mettent toute leur énergie, leur combativité, leur persévérance pour prouver qu’elles sont dans leur droit.

Après des années de lutte, certaines, comme celle de Souleymane Cissé, y parviennent. D’autres, peut-être parce qu’elles n’ont pas assez d’envergure et de soutien moral pour continuer à se battre, finissent par baisser les bras face à l’adversité. Elles tombent dans le désarroi le plus profond, car «il n’y a pas de plus grande détresse que celle d’un être face à l’injustice».

Au Mali, il y a des villages entiers qui ont été vendus, et les villageois ignorent que leur village a été vendu. Il y a des quartiers entiers de Bamako qui ont été vendus, et les gens du quartier ne le savent pas. La terre a été vendue et les populations ignorent que leurs parcelles agricoles ont été vendues. Pourquoi l’Etat a-t-il tout vendu ? Pourquoi les populations n’ont-elles pas été consultées ?

«Le foncier est la bombe à retardement qui va faire exploser la République», murmure-t-on. Tout le système y est mêlé, car la corruption règne. La société est minée par la soif de l’argent. Les gens y perdent leur âme. On se bat pour la justice, mais il faut que tous les Maliens acceptent la justice, car il y a toujours un perdant et un gagnant. «La gestion du foncier doit être mise au cœur des prochaines élections». «La grande Histoire commence toujours par une petite histoire.

Cette histoire de foncier est une petite histoire parmi les mille autres» qui font tanguer le Mali. L’impunité ne peut pas durer, les gens sont fatigués, les jeunes ne peuvent plus supporter cette situation. «Si l’Etat ne fait pas attention, cette question du foncier sera le prochain problème du Mali, ce sera pire que la guerre, ça va exploser. Tout pouvoir qui humilie les ancêtres des gens doit s’attendre au pire ; car, même en temps de guerre, on n’humilie pas son ennemi».

Souleymane Cissé a été félicité, car son film est au cœur du problème du pays. Il a été remercié pour son travail, car O Ka rappelle les valeurs fondamentales de la société malienne, seules capables de permettre au Mali de se sortir enfin des turbulences actuelles.

Françoise WASSERVOGEL

Source: Le Reporter

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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 09:58
#PacteNéoColonial France/Mali : un partenariat d'égal à égal ? LOL !

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Un traité de coopération de défense entre la France et le Mali vient d’être voté au Sénat. Il s’inscrit dans une démarche hégémonique de long terme. Le texte met en avant un «partenariat» d’égal à égal et «une réciprocité entre les deux pays». Or, il n’en est rien. L’étude d’impact révèle en outre que le traité «inscrit dans la durée l’influence militaire française».

Il s’agit d’un traité passé avec un État «failli», en situation de faiblesse. Seule prévaut une logique de domination militaire et économique. L’utilisation du complexe militaro-industriel vise à sécuriser l’extraction des matières premières dans l’espace sahélo-saharien et à avoir une mainmise sur l’économie officielle ou souterraine. Concernant les ventes d’armes, la démarche est limpide. L’étude d’impact rattachée au projet de loi prévoit qu’il permettra d’offrir «des débouchés aux entreprises françaises dans les domaines de l’armement». Ainsi, la France compte donner aux forces maliennes «des méthodes de travail et d’équipement favorables, sur le long terme, aux exportations». L’armée malienne devra s’équiper français. Voilà pour le volet «coopération». Quant au volet «défense», le traité n’est qu’un leurre car l’essentiel est ailleurs, comme précisé dans l’article 25. Le traité est «sans préjudice de la mise en œuvre d’autres accords»... en particulier l’accord déterminant le statut de la force «Serval». Non seulement il n’abroge ni ne remplace ces accords, mais il permet tout arrangement spécifique laissant le champ libre à l’armée française.

Tout cela s’inscrit dans une logique de militarisation du Sahel incarnée par Barkhane, avec une distribution des tâches entre les troupes françaises et américaines. Quel paradoxe ! L’État français prétend apporter des réponses, alors qu’il a participé à engendrer l’effondrement du Mali. Avec la guerre en Libye, il porte en effet une lourde responsabilité dans la déstabilisation de la sous-région.

Aujourd’hui, le conflit qui se joue est une guerre pour le contrôle des trafics de marchandises, d’armes, de drogue, d’êtres humains. Le recyclage de sommes colossales par le système financier international est en jeu. Cette gangrène s’est développée sur un modèle économique imposé aux forceps. Le cycle infernal de la dette et des plans d’ajustements structurels ont fragilisé les États. Il a produit des économies de rente et conduit au délitement y compris des forces armées. Demain, les Accords de libre-échange intégral, dits «de partenariats économiques» impulsés par l’Union européenne vont profiter aux groupes transnationaux et réduire davantage les rentrées financières des États. A qui vont profiter ces nouveaux déséquilibres ?

C’est sur le terreau de la misère, du chômage et des frustrations que se développent l’obscurantisme et les violences. Le Mali a besoin de reconstituer un État, les jeunes Maliens de retrouver un espoir. Cela nécessite une réelle coopération pour soutenir une démarche endogène, souveraine de développement. Celle-ci passe par l’écoute du peuple malien, pour qu’il décide lui-même de son propre destin. Or, jusqu’ici, on lui refuse toute parole, tout débat en son sein. Je veux rappeler à ce propos les paroles d’Aminata Dramane Traoré : «Si les soldats étaient des enseignants, des médecins, des ingénieurs, et si les milliards d’euros qui vont être dépensés étaient destinés à ceux et celles qui en ont le plus besoin, nos enfants n’auraient pas besoin d’aller se faire tuer en soldats mal payés, en narcotrafiquants ou en fous de Dieu.»

Texte : Lydia Samarbakhsh

Responsable du secteur international du PCF

article paru dans Communistes du 17 février 2016

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 01:00
#ProcèsDeLaHonte / Fatim Walett, jeune Malienne, écrit au Président Gbagbo

‪#‎ProcèsDeLaHonte‬ ‪#‎FreeLGetBG‬

UNE JEUNE MALIENNE ÉCRIT AU PRÉSIDENT GBAGBO

Très cher Président Laurent Gbagbo,

Le lynchage médiatique, dont vous avez été victime, ces dernières années par la presse occidentale notamment française et vu la gouvernance des nouvelles autorités installées au pouvoir par la France de Sarkozy, qui a lieu actuellement en Côte d’ivoire, gouvernance devant laquelle, nous observons un silence complice de ces même médias, qui ne rataient aucune occasion pour vous diaboliser ainsi que votre régime, ont davantage poussé ma curiosité à m’intéresser à votre personne et comprendre enfin la vraie nature du conflit ivoirien.

Ainsi, je me suis rendue compte, que vous êtes un Homme d’État et un grand Homme, dont l’Afrique a besoin. Vous êtes un digne fils de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique ! Et cela me rassure de savoir qu'en 2016, l’Afrique a un successeur de Lumumba et Sankara: il se nomme LAURENT GBAGBO !

Monsieur le Président, je retiens de tout votre parcours politique, qu‘il faut sincèrement et profondément aimer l'Afrique pour prendre les risques que vous avez pris, car si vos prédécesseurs, Sankara et Lumumba, n'ont pas eu la chance de survivre pour mener jusqu’au bout leurs rêve. d’une Afrique libre et indépendante.

Je considère que vous êtes désormais l’espoir de l’Afrique contre le néo-colonialisme, car vous êtes encore en vie. Personnellement, je rends Grâce à Allah pour cela ! Car la jeunesse africaine consciente aux quatre coins du monde, voudrait vous voir libre dans un futur très proche, dans votre village Mama, InchAllah !

Sachez, Monsieur le Président que le combat que vous avez commencé depuis plus de 30 ans, nous le continuerons et nous l'enseignerons à nos enfants ! On leur parlera de vous en leur rappelant aussi un autre grand Africain Nelson Mandela qui s'est battu contre la domination et l'oppression blanche dans son pays l’Afrique du sud.

Nous leur parlerons de vous comme nos parents au Mali le font pour Soundjata Kéita, digne fils de l’empire Mandingue qui s'est battu toute sa vie pour la dignité et la grandeur de son peuple, comme Patrice Lumumba qui a osé dire NON à l'impérialisme et à l'asservissement du Congo, comme Thomas Sankara qui a tourné le dos à la FrançAfrique, comme Kwamé N'krumah qui a prôné l'indépendance culturelle, économique et politique de son Ghana et de l'Afrique toute entière.

Pour finir, je vais me permettre de vous appeler affectueusement Mon président, tout simplement, parce vous avez vécu et vous continuez de vivre une vraie histoire d'amour avec votre peuple et aussi pour votre amour pour l‘Afrique!

Mon Président, chez nous au Mali, il y un proverbe Malinké, qui dit ceci : " Douwawou den bé seguen, n'ga a té malo (Les enfants bénis souffrent, mais ne connaissent jamais l‘humiliation)". Tenez bon, car l'Histoire est témoin de tout ce que vous avez subi pour la cause de votre peuple, sachez que votre souffrance contre la domination néo-coloniale francaise n'est pas en vain et vous ne connaîtrez jamais l'humiliation, comme l'ont voulu ceux qui vous combattent, car nombreux sont les africains, qui comprennent maintenant le sens de votre combat pour votre pays la Côte d’ivoire ainsi que de l’Afrique, et qui souhaitent vous voir en liberté et en bonne santé !

TEXTE : FATIM WALETT
citoyenne malienne débordant d'énergie pour la cause afri
caine !

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 15:05
#AttentatBurkina / Et si on regardait du côté de #Compaoré et #Soro... (#AQMI #Bamako #Ouaga #Abidjan)

SOURCE


L’attentat terroriste qui a fait 29 morts et 30 blessés à Ouagadougou et dans le Nord du Burkina est la première attaque djihadiste d’envergure dans ce pays. Dans l’après-midi du 15 janvier les assaillants ont tiré sur une gendarmerie, puis dans la soirée, ils se sont lancés à l’assaut de deux cibles : le Splendid Hôtel et le café Cappuccino situés, eux, dans le centre de la capitale. Immédiatement, ces attentats ont été revendiqués par al-Quaeda au Maghreb islamique (AQMI) en précisant que c’était sa « filiale » al-Mourabitoune qui était passée à l’action. Cette organisation est dirigée par le djihadiste Moktar Belmoktar. Le drame survient quinze jours après l’investiture du nouveau Président Roch Marc Christian Kaboré et quatre mois après la tentative de coup d’Etat manqué du général Gilbert Diendéré. Compte tenu de certains faits troublants en provenance de Côte d’Ivoire et des liens qu’entretenaient l’ancien Président Blaise Compaoré et quelques hommes de son clan avec certains chefs djihadistes, il parait légitime de s’interroger sur les véritables commanditaires de ces attentats meurtriers.

Trois pays interconnectés

Pour comprendre les derniers événements survenus à Ouagadougou, il est nécessaire de les remettre dans leur contexte, celui del’Afrique de l’Ouest dans l’œil du cyclone. Le Mali, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso sont trois pays interdépendants, à la fois géographiquement, économiquement mais aussi politiquement.
Les attaques djihadistes ont été perpétrées trois jours seulement après la mise en place du nouveau gouvernement burkinabè. Quelques jours plus tôt, le 28 décembre, veille de l’investiture du Président Roch Marc Christian Kaboré, un commando d’une vingtaine de personnes a été arrêté à Ouagadougou car il projetait d’attaquer plusieurs casernes de la capitale afin de semer la panique dans la ville et d’en profiter pour faire libérer leurs camarades incarcérés après le coup d’Etat manqué du 16 septembre. Parmi les personnes emprisonnées qu’il fallait extraire des griffes de leurs geôliers, se trouvaient, bien évidemment, le général Gilbert Diendéré auteur du putsch raté, et Djibrill Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères. Coup d’Etat, tentative de déstabilisation et de libération des prisonniers, autant de faits qui prouvent que le camp de l’ancien Président Compaoré rêve toujours de reprendre la main.

La Côte d’Ivoire base arrière du clan Compaoré

Lorsqu’il a été obligé de fuir le Burkina Faso après la révolution d’octobre 2014, Blaise Compaoré s’est exilé en Côte d’Ivoire avec quelques-uns de ses plus proches conseillers. Ce pays est donc devenu la base arrière de l’ancien président et de son clan. Quelques jours avant le coup d’Etat, Gilbert Diendéré était à Abidjan. Etrange retournement de l’histoire, puisque jusqu’en 2011, c’est le Burkina Faso qui servait de base arrière à Guillaume Soro, ancien chef rebelle et actuel Président de l’Assemblée Nationale et à ses amis des Forces Nouvelles.
Les liens qu’entretiennent Guillaume Soro, Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré sont anciens, ils datent de 2001. C’est à cette époque que le Burkina a formé, armé et aidé matériellement les rebelles. Guillaume Soro entretient des liens presque filiaux avec Blaise Compaoré.

L’implication du Président de l’Assemblée Nationale ivoirienne dans le coup d’Etat au Burkina

Désormais, il ne fait plus aucun doute que Guillaume Soro, a joué un rôle notable lors du coup d’Etat du général Diendéré. Des écoutes téléphoniques entre le deuxième personnage de l’Etat de Côte d’Ivoire et Djibrill Bassolé ont été interceptées et ont révélé son implication. Au cours de cette conversation, d’une durée de 16 minutes, le Président de l’Assemblée Nationale ivoirienne propose de l’argent pour aider financièrement les soldats qui combattent aux côtés de Gilbert Diendéré puis, il explique doctement sa stratégie pour déstabiliser l’armée burkinabé. « On frappe un commissariat ou une gendarmerie au Nord et puis on frappe là… » Si Guillaume Soro nie la paternité de cet échange, sa véracité ne fait pourtant aucun doute. Il a d’ailleurs été versé au dossier judiciaire instruit par le tribunal militaire de Ouagadougou.

Faits troublants

A quel jeu joue Guillaume Soro dans la sous-région ? A la lumière des informations recueillies par l’IVERIS cette question s’avère cruciale. En effet, depuis quelques semaines, Guillaume Soro a recruté une petite centaine d’anciens soldats de l’armée malienne. Des recrutements de combattants ont également été effectués dans tout le Mali pour le compte du Président de l’Assemblée Nationale ivoirienne.
Les nouvelles recrues sont arrivées en car et par petits groupes de cinq à six personnes jusqu’à la ville de Ségou devenue un carrefour des arrivées de combattants en provenance de plusieurs localités du Mali. Sous couvert de recrutement dans les mines d’or ivoiriennes, ces jeunes hommes étaient ensuite convoyés à Katiola. Cette commune n’a pas été choisie au hasard. D’une part, elle se situe à 50 km de Bouaké, fief du Président de l’Assemblée nationale. D’autre part, selon des sources ivoiriennes, elle abriterait un important arsenal militaire.
Les contacts de Guillaume Soro avec AQMI passent par l’ancien conseiller de Blaise Compaoré, Mustapha Chafi, un mauritanien d’origine qui réside en Côte d’Ivoire depuis la chute de son mentor. Cet homme de l’ombre est proche de Moktar Belmokthar avec qui il a négocié pendant des années la libération de nombreux otages occidentaux. L’autre proche du Président de l’Assemblée Nationale est Ben Maouloud, ce narcotrafiquant fut le bras droit de l’ancien président malien Amadou Toumani Touré, il vit également en Côte d’Ivoire depuis le coup d’Etat de 2012 qui a renversé le Président malien. Mustapha Chafi et Ben Maouloud sont tous deux des arabes proches de Moktar Belmokthar et de ses lieutenants notamment de Yoro ould Dah très actif à la frontière du Mali et du Niger. Lors de leur conversation téléphonique, Guillaume Soro et Djibrill Bassolé, évoquent à plusieurs reprises le surnom de Mustapha Chafi.

La fuite en avant

Certes, il ne fait aucun doute qu’AQMI et la branche de Moktar Belmoktar al-Mourabitoune aient revendiqué les attentats du 15 janvier à Ouagadougou, d’autant qu’ils offrent une vitrine médiatique forte à leurs organisations et leur permet de gagner des points dans leur guerre de communication et d’influence avec l’organisation de l’Etat islamique. Néanmoins, la déstabilisation des nouvelles autorités du Burkina Faso poursuit le même objectif que celui de Blaise Compaoré. D’autant que la justice burkinabé vient de demander son extradition aux autorités ivoiriennes dans le cadre de l’assassinat de l’ancien Président Thomas Sankara.
Quant à Guillaume Soro, l’étau se resserre autour de lui. Depuis quelques mois le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, qui malgré ses nombreuses exactions avait réussi à passer entre les gouttes, encaisse les coups durs. Le jour de l’attentat de Ouagadougou, la justice burkinabè a lancé un mandat d’arrêt international contre lui, avec demande d’extradition dans le cadre de sa participation au coup d’Etat du 16 septembre. Il a également du fil à retordre avec la justice française. La juge Sabine Kheris a émis un mandat d’amener contre lui le 7 décembre dernier dans le cadre de l’instruction du dossier de Michel Gbagbo, fils de Laurent Gbagbo. Alors qu’il était à Paris en visite privée, il a réussi à fuir la France grâce à un ordre de mission signé par le Président Alassane Ouattara, le mandatant à postériori comme membre de la délégation de la COP 21. Enfin, lui et les chefs de la rébellion ont au-dessus de la tête l’épée de Damoclès de la justice internationale. La Cour Pénale internationale (CPI) a toujours exprimé la volonté de ne pas juger un seul camp. A quelques jours de l’ouverture du procès de Laurent Gbagbo, qui se tiendra à partir du 28 janvier, la tension dans le camp des ex-chefs rebelles est à son comble. Quand la CPI émettra-t-elle des mandats d’amener ? Enfin, sur le plan de la politique intérieure, Guillaume Soro a perdu la bataille de la succession d’Alassane Ouattara, qui le soutient comme la corde soutien le pendu. Le Président de l’Assemblée Nationale se retrouve le dos au mur. Dans ces conditions, il ne parait pas étonnant qu’il adopte la stratégie de la terre brûlée.

Enfin, les attentats de Ouagadougou posent d’autres questions cruciales sur l’action et l’efficacité des services de renseignement(I). Si en cette période de transition, la fragilité des services burkinabè peut se comprendre, les défaillances des services ivoiriens, maliens, français et américains- ces deux pays ayant des bases de leurs forces spéciales à Ouagadougou, l’opération Barkhane couvre également le Mali- est inexplicable. Dans une période où le Mali, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso sont dans la tourmente, comment ne pas scruter à la loupe tous les événements et regarder les réalités de ces pays pour comprendre ce qui s’y passe et être en situation de réagir ? En Afrique, le recrutement de combattants ne peut pas passer inaperçu. Les populations locales savent. Et elles parlent…

Leslie Varenne directrice de l'IVERIS

(I) Sur ce sujet vient de paraïtre un article très pertinent de Laurent Bigot

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 11:30
#Terrorisme / Quels impacts sur l'économie africaine ? Samuel Mathey, économiste (#Diasporoom)

Ajoutée le 7 janv. 2016

L’attaque du musée du Bardos à Tunis, celle de l’hôtel Radisson de Bamako, l’université de Garissa au Kenya…Les groupes terroristes enchaînent les conquêtes territoriales et sèment le chaos en Afrique.

Une situation qui pèse sur le développement des pays africains. En Afrique de l'ouest, malgré une croissance évaluée entre 5 et 8 % pour l'année 2015, les risques d’un ralentissement ne sont pas à écarter. Pour contrer la menace terroriste, le président en exercice de la CEDEAO (la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), prévoit de durcir la politique de libre circulation des biens et des personnes pour mieux contrôler les allées et venues des terroristes dans la sous-région.

"Mais il ne faut pas que le terrorisme amène les états à s'enfermer sur eux-même (...)en remettant en cause les leviers nécessaires au développement des économies africaines" souligne l'économiste Samuel Mathey. Dans cette vidéo, Samuel Mathey milite pour une restauration des services militaires et civiques dans les programmes des écoles africaines. Il prône également le soutien à l'entreprenariat dans les secteurs des societés de protection , de l'innovation et des nouvelles technologies de l'information et des télécommunications.

Rappelons qu'en 2015, environ 300 attentas on été commis à l'échelle planétaire, dont près du tiers sur le continent africain.

FLORE ONISSAH

DIASPOROOM

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 05:00
#Ouaga / 8 jours après le mandat contre Soro, la situation bascule au Faso... (#Compaoré #Mujao #MNLA #Maliweb)

SOURCE

En octobre 2014, au lendemain de la chute de Blaise Compaoré, certains Burkinabè redoutaient que l’ancien président du Faso ne continue à tirer les ficelles. Ils connaissaient toutes les facettes de celui qui avait régné en maître absolu sur leur pays depuis octobre 1987. Blaise était le bon élève du FMI et de la Banque mondiale. Il hébergeait une base militaire française et savait s’imposer dans la sous-région, car il connaissait les secrets de tous ses homologues. Son rôle dans les guerres au Libéria, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire ou vis-à-vis du Guinéen Dadis Camara, était connu de tous sur le continent et en Occident.

Personne n’ignorait que Blaise connaissait tous les trafiquants, ceux au Nord du Mali et ailleurs. D’une manière ou d’une autre, rien ne pouvait se faire sans passer par le Faso. En juin 2012, lorsque le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) chasse le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) de Gao (Mali), le Secrétaire général du groupe indépendantiste, Bilal Ag Achérif, blessé lors des affrontements, est évacué vers la capitale du Burkina.

C’est à l’Hôtel Laïco, à Ouagadougou, que s’installent les leaders du Mnla. Des gens du Mujao viennent y séjourner de temps en temps. C’était un peu comme si Blaise s’était entendu avec eux : «On se connaît bien, je vous héberge, vous ne touchez pas à mon pays». À Ouaga, personne n’y prêtait vraiment attention. Personne ne s’en offusquait, ni le Mali, ni l’armée française, ni les «Communautés internationales». Personne !

Médiateur de la Cédéao dans le dossier malien et épaulé par Djbril Bassolé, son ministre des Affaires étrangères, Blaise Compaoré héberge les négociations qui amènent les protagonistes et l’Etat malien à signer «l’accord préliminaire de Ouagadougou», le 18 juin 2013. Au pays des Hommes intègres, on ne se sentait pas menacé par l’insécurité qui prévalait chez les voisins. Nul ne peut occulter que dans la sous-région, tout s’entremêle.

Alors que Blaise Compaoré est hébergé en Côte d’Ivoire, les membres du Conseil national de transition burkinabè votent, en juillet 2015, la mise en accusation pour haute trahison de l’ancien président du Faso et de plusieurs de ses ministres. En novembre 2015, deux enregistrements sont publiés par la presse, comme étant ceux d’une conversation entre Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale ivoirienne et Djibril Bassolé. On entend deux hommes évoquer un soutien, notamment financier, au putsch que le général Gilbert Diendéré a tenté le 17 septembre au Burkina.

En octobre 2015, le général Diendéré et Djibril Bassolé sont inculpés pour attentat à la sûreté de l’Etat. Le 8 janvier 2016, une semaine après l’investiture de Roch Marc Kaboré, le nouveau président burkinabè, un mandat d’arrêt international est émis contre Guillaume Soro. Huit jours plus tard, la situation bascule au Faso.

Au petit matin du 15 janvier 2016, des individus non identifiés attaquent à la roquette une patrouille de la gendarmerie de Tinakof, dans le Nord du Burkina. Au même moment, un couple d’Australiens, un médecin et son épouse, sont enlevés dans le Nord du Faso où ils vivaient depuis plus de 40 ans. Dans la soirée, à Ouaga, des hommes armés attaquent l’Hôtel Splendid et le restaurant Capuccino. Un responsable d’Ansar Dine, le groupe jihadiste d’Iyad Ag Ghaly, a affirmé que le couple d’Australiens est retenu par «l’Emirat du Sahara», une branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). C’est le groupe Al Mourabitoune, lié à Aqmi et à des éléments du Mujao, et dirigé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar dit le Borgne, qui revendique l’attaque meurtrière contre le Splendid et le Capuccino.

Al Mourabitoune, c’est le groupe qui a aussi revendiqué les attentats contre l’Hôtel Radisson Blu de Bamako, en novembre 2015 ; l’Hôtel Byblos à Sévaré (Bamako) en août 2015 ; le Restaurant «La Terrasse» à Bamako, en mars 2015 et le site «In Amenas» (Algérie) en janvier 2013.

Le 16 janvier 2016, au lendemain de l’attaque terroriste à Ouagadougou, qui a provoqué la mort de 29 personnes et blessé des dizaines d’autres, Mossa Ag Attaher, porte-parole du Mnla, est arrêté par les services de sécurité du Burkina Faso. Les raisons de son arrestation sont inconnues et il semble, à l’heure où nous écrivons, qu’il ait été libéré. Iyad Ag Ghaly, Mokhtar Belmokhtar, Ansar Dine, Aqmi, Al Mourabitoune, Mujao, Mnla… les acteurs de la bande sahélo-saharienne n’ont jamais cessé d’agir, mais cette fois-ci, ils surgissent au pays des Hommes intègres. Certains Burkinabè craignaient qu’après la chute de Blaise, des ficelles ne soient actionnées de loin et que des terroristes ne fassent qu’une bouchée du Faso. Ils ne souhaitaient pas être des oiseaux de mauvais augure.

TEXTE : Françoise WASSERVOGEL

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