1) Les faits rapportés par Amnesty international
[30/05/2016]
Le jugement rendu lundi 30 mai, qui condamne l'ancien président tchadien Hissène Habré, marque un tournant pour la justice internationale et un immense soulagement pour les dizaines de milliers de victimes qui attendaient ce jour depuis plus de 25 ans.
À l'issue d'un procès ouvert en juillet dernier, les Chambres africaines extraordinaires à Dakar ont condamné Hissène Habré à la réclusion à perpétuité après qu’il a été reconnu coupable de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et actes de torture commis au Tchad entre 1982 et 1990.
RÉCLUSION À PERPÉTUITÉ POUR LE CRIMINEL DE GUERRE
69 victimes, 23 témoins et 10 experts ont témoigné dans le cadre de cette procédure. Entre autres éléments de preuve, l'accusation s'est appuyée sur des rapports de recherche publiés par Amnesty International dans les années 1980.
Un ancien employé d'Amnesty International a également témoigné durant le procès en tant qu'expert. Deux des victimes qui avaient porté plainte contre Hissène Habré sont mortes dans l'intervalle. Leurs enfants et leurs familles vont enfin savoir que justice leur a été rendue.
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UN COMBAT DE LONGUE HALEINE
Depuis les années 1970, nous faisions campagne en faveur des victimes de violations des droits humains au Tchad. Malgré des obstacles politiques majeurs, les victimes en collaboration avec des organisations de la société civile ont mené une campagne énergique aux niveaux régional, national et international, qui a permis la création en août 2012 des Chambres africaines extraordinaires.
La commission d'enquête nationale du Tchad a estimé que 40 000 personnes pourraient avoir trouvé la mort aux mains des forces de sécurité tchadiennes entre 1982 et 1990. Les forces gouvernementales ont commis des actes de torture, et procédé à des arrestations arbitraires, à des exécutions extrajudiciaires et à des disparitions forcées au cours de cette période. Plus de 50 000 lettres et cartes de nos membres ont été retrouvées dans les archives de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS).
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DES COMPLICES TOUJOURS DANS LA NATURE
Malgré le verdict historique rendu dans cette affaire, le Tchad a à plusieurs reprises refusé de coopérer et que l'Union africaine n'ait pas réagi à ces incidents, pas plus qu'aux problèmes liés à la protection de certains témoins et avocats.
Il importe de maintenir la pression sur le Tchad et même sur d'autres États, afin d'enquêter sur d'autres personnes accusées d'avoir commis de graves atteintes aux droits humains entre 1982 et 1990 – notamment des crimes de nature sexuelle et des violences fondées sur le genre – et de les poursuivre en justice dans le cadre de procès équitables, excluant tout recours à la peine de mort. En particulier, le Tchad doit enquêter sur les massacres commis en septembre 1984 dans le sud du pays.
2) Victimes et bourreaux oubliés du procès Habré (#Tchad)
Une enquête réalisée par Justine Okimi
Parue pour partie en décembre 2013
dans Le Nouveau courrier à Abidjan
Lecture Grégory Protche