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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 09:19

Via le lien sous la vidéo, retrouvez diverses photos historiques de Fidel Castro en compagnie de leaders africains indépendants.

ICI.

26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 07:25

Passant en revue un très informé site relatif aux questions militaires, à l’armée et aux soldats français en particulier, Opex 360, en date du 11 novembre dernier, on pouvait lire le solide et circonstancié récit du parcours de Camille Mortenol.

Creusant le sujet, on tombe vite sur le portrait que fait de Camille Mortenol l’essayiste Claude Ribbe, sur le site Une autre histoire, dont il est l’initiateur.

Eclairages, focus et conclusions différentes, logique.

Il nous a néanmoins semblé profitable de vous proposer ces deux présentations sans autre forme de commentaire.

 

Sur Opex 360

Camille Mortenol, un fils d’esclave devenu officier de marine et défenseur de Paris

Sous l’impusion de Victor Schoelcher, la IIe République adopta, le 27 avril 1848, un décret abolissant l’esclavage. Et, ainsi, près de 250.000 esclaves antillais, guyanais et réunionais, devinrent des citoyens à part entière.

En Guadeloupe, un dénommé « André » n’avait pas eu à attendre l’application de ce décret puisqu’il avait été « affranchi » un an plus tôt par un arrêté du gouverneur de l’île et adopta « Mortenol » comme patronyme. Et, en novembre 1859, son épouse, Julienne, lui donna un fils, qu’il baptisa Sosthène Héliodore Camille.

Élève de l’école communale tenue par les Frères de Ploërmel, le jeune garçon montra très tôt de grandes facilités intellectuelles, en particulier dans le domaine des mathématiques. Et il fut ainsi remarqué par Victor Schoelcher, qui fit jouer de ses relations pour lui obtenir une bourse pour lui permettre de continuer ses études au lycée Montaigne à Bordeaux. Là, Camille Mortenol obtint son baccalauréat ès Sciences et prépara le concours d’entrée à l’École Polytechnique, où il fut reçu en 1880. Il y fut en effet accueilli par ses camarades avec cette cote :

« Si tu es nègre, nous sommes blancs ; à chacun sa couleur et qui pourrait dire quelle est la meilleure? Si même la tienne valait moins, tu n’en aurais que plus de mérite à entrer dans la première École du monde, à ce qu’on dit. Tu peux être assuré d’avoir toutes les sympathies de tes ans. Nous t’avons coté parce que l’admission d’un noir à l’X ne s’était jamais vue ; mais nous ne songeons pas à te tourner en ridicule ; nous ne voyons en toi qu’un bon camarade auquel nous sommes heureux de serrer la main. »

Premier élève de couleur noire de Polytechnique, Camille Mortenol se distingua par ses résultats : il en sortit classé 18e sur 205. Sa scolarité à l’X terminée, il choisit de faire carrière dans la Marine, pourtant très élitiste et aristocratique à cette époque. Ce choix s’explique probablement par le métier de son père, qui était maître voilier.

Devenu officier de marine, Camille Mortenol participa à « pacification » de Madgascar, où il fut repéré par le général Galliéni. En 1895, grâce à ses faits d’armes, il fut fait chevalier de la Légion d’Honneur. Par la suite, il prit part à de nombreuses autres campagnes militaires, dont à l’expédition de l’Ogowé, au Gabon, en 1901. Puis, entre deux missions, il obtint son brevet de torpilleur, domaine dans lequel il distinguera particulièrement.

Mais si la République française ne regardait pas les origines et la couleur de ceux qui la servaient, il n’en allait pas forcément ainsi dans d’autres pays à l’époque. Lors d’une escale, dans un port étranger, du navire sur lequel il était commandant en second, il ne fut pas invité à une réception par les autorités locales… Le « pacha » du vaisseau français prétexta alors un malaise pour permettre à Camille Mortenol de prendre la tête de la délégation française…

À partir de 1904, promu capitaine de frégate, Camille Mortenol servit plusieurs fois en Extrême-Orient. Il prit même le commandement, trois ans plus tard, de la 2e flottille des torpilleurs des mers de Chine méridionale et orientale.

Puis vint la Première Guerre Mondiale. En 1915, le capitaine de vaisseau Mortenol compte alors 34 années de service, dont 26 passées en mer. En poste à Brest, il fut alors appelé par le général Galliéni, gouverneur militaire de Paris, pour organiser la défense contre aéronefs (DCA) de la capitale. Mission qu’il accomplira avec succès.

Le dispositif qu’il mit en place s’appuya notamment sur l’installation de projecteurs de grande puissance afin de pouvoir déceler la présence d’aeronefs ennemis, ainsi que sur des unités de « tireurs d’infanterie » et d’artilleurs, mettant en oeuvre des canons de 47 et de 75. L’idée maîtresse était alors d’assurer une surveillance relativement éloignée du camp retranché de Paris afin de prendre au plus vite les mesures nécessaires pour neutraliser les dirigeables Zeppelin et autres avions allemands dès leur signalement.

Le 21 mars 1915, ces moyens permirent de déjouer une tentative de raid allemand sur Paris. Le général Galliéni écrivit : « L’attaque a permis de constater le bon fonctionnement de la défense contre aéronefs… Le système des postes de guet, transmissions téléphoniques,…a donné son plein rendement. Les projecteurs ont constamment tenu sous leurs feux les objectifs aériens… L’artillerie a ouvert le feu sitôt l’ennemi en vue mais les difficultés de réglage n’ont pas permis de donner au tir toute l’efficacité désirable. Les escadrilles, volant de nuit, on fait preuve de hardiesse… Le Général de division, GMP, adresse ses félicitations à tout le personnel de la DCA et du Service de l‘Aéronautique… et appelle l’attention sur la nécessité de perfectionner et d’améliorer le tir et d’obtenir plus de rapidité dans la manœuvre. »

En 1917, atteint par la limite d’âge de son grade, le capitaine de vaisseau Mortenol est maintenu dans ses fonctions, mais avec les galons de colonel d’artillerie de réserve. La guerre terminée, il prit sa retraite définitive en 1919 et fut fait commandeur de la Légion d’Honneur un an plus tard, avec cette citation : « Officier supérieur du plus grand mérite, à son poste jour et nuit pour veiller sur Paris, assure ses fonctions avec un rare dévouement et une compétence éclairée. »

L’on pourrait déplorer que Camille Mortenol n’ait pas pu terminer sa longue et riche carrière avec les étoiles d’amiral. Mais cette perspective ne pouvait pas être envisagée à l’époque, étant donné qu’il n’avait jamais pris le commandement d’un navire dit de premier rang. Viscéralement attaché aux valeurs de la République, il eut la tentation, pendant un temps, d’avoir des activités politiques. Il s’éteindra le 22 décembre 1930, à Paris.

Sur Une autre histoire

 

Le futur commandant Mortenol est né à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) en 1859 dans une famille pauvre. Son père, esclave né en Afrique, n’avait été affranchi que onze ans plus tôt.

Brillant élève au séminaire-collège diocésain de Basse-Terre,  Camille Mortenol est remarqué par Victor Schoelcher qui lui obtient une bourse afin de poursuivre des études secondaires à Bordeaux, au lycée Montaigne.

En 1880, Camille Mortenol est facilement reçu à l’École polytechnique. C’est l’un des premiers Antillais (après Perrinon) à entrer dans cette école.

Une légende veut que le président Mac-Mahon, connu pour ses gaffes, ait visité l’école. Ayant demandé à voir le « nègre » (ainsi nomme-t-on le meilleur élève de la promotion), on lui aurait désigné Mortenol. Et Mac-Mahon, embarrassé, aurait lancé : « Ah, c’est vous le nègre ? Eh bien continuez ! »

Si l’anecdote est vraie – ce qui reste à démontrer- il serait difficile que cette visite ait pu avoir lieu alors que Mac Mahon était président de la République puisque, ayant démissionné en 1879, il avait été remplacé par Jules Grévy au moment où Mortenol était élève à Polytechnique.

Sorti de Polytechnique en 1882, Mortenol choisit de faire carrière comme officier de Marine.

De ce fait, dans un contexte d’expansion coloniale,  Mortenol, en 1894, sous les ordres de Galliéni, participe à la conquête de Madagascar où il se heurte à une résistance inattendue de l’armée malgache. Il intervient également au Gabon et en Extrême-Orient.

Au moment où la Grande guerre se déclenche, Mortenol, malgré sa qualité de polytechnicien et plus de 30 ans de services, est toujours capitaine de vaisseau (un grade équivalent à celui de colonel dans l’armée de Terre). Polytechnicien et toujours colonel à l’âge de 54 ans, alors qu’il aurait dû être amiral depuis longtemps.

Comment expliquer cet avancement médiocre : le préjugé de couleur ou un comportement trop favorable aux indigènes qu’aurait pu avoir Mortenol à l’occasion de ses campagnes coloniales ? Peut-être les deux.

En 1915, Galliéni, gouverneur militaire de Paris, fait appel à Mortenol, qu’il avait eu sous ses ordres à Madagascar, et lui confie la défense antiaérienne de Paris.

Dans ces fonctions, installant des projecteurs de forte puissance, Mortenol joua un rôle essentiel pour contenir les raids de bombardement aérien allemands qui avaient commencé sur la capitale dès l’été 1914 et qui auraient pu se développer dangereusement avec les progrès de l’aéronautique.

Mortenol prit sa retraite à la fin de la guerre avec le grade de colonel d’artillerie de réserve.

La dernière partie de sa vie, moins connue, n’est pas sans intérêt, car il semble que Mortenol, jusqu’à sa mort, en 1930, ait profité des loisirs que lui procurait sa retraite pour s’impliquer très activement dans les mouvements antiracistes, voire anticolonialistes, qui se développèrent à Paris pendant l’entre-deux-guerres, notamment autour de Lamine Senghor.

On peut expliquer ce revirement ou cette radicalisation, même si Mortenol resta toujours assimilationniste, par une prise de conscience tardive du rôle qu’il avait joué dans l’expansion coloniale de la Troisième république et peut-être aussi par le constat que sa carrière avait certainement été freinée par les préjugés racistes d’une hiérarchie qui ne lui a pas permis d’accéder au grade d’amiral auquel il pouvait légitimement prétendre.

Il repose au cimetière de Vaugirard, division 5, au n°320 de la rue Lecourbe à Paris. 

Published by Gri-Gri International Opex 360 Claude Ribbe - dans Dom-Tom - Caraïbes & Amériques Francophonie Devoir d'histoire
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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 07:19
19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 09:01

SOURCE


Droit à l’autodétermination pour tous les kanak !


Une marche dans les rues de Nouméa pour revendiquer l’inscription automatique et sans condition de tous les kanak sur la liste de consultation de 2018. Objectif annoncé des représentants du Rassemblement des Indépendantistes et des Nationalistes (RIN) est d’interpeller l’Etat et le Comité des signataires de novembre prochain.

Une grande mobilisation le 26 octobre 2016. « Une marche qui partira du Mwa Ka à 13 heures, elle fera un arrêt à la mairie et se dirigera vers le Haussariat », indique ce matin1, Olga Nassele, militante du mouvement des indépendantistes en ouverture de la conférence de presse. Objectif clair et sans détour, « interpeller l’Etat et le Comité des signataires du 7 novembre 2016 sur l’inscription automatique et sans condition des kanak sur la liste électorale spéciale de consultation de 2018 », souligne-t-elle. 

La liste définitive de la LESC (liste électorale spéciale de consultation) a été arrêtée le 28 juillet 2016. Il est de 153 678 électeurs. « A ce jour, 25 282 personnes kanak de statut civil coutumier, sont absents de la LESC sous-prétexte qu’ils ne figurent pas sur la liste électorale générale de la Nouvelle-Calédonie. Ce chiffre est la différence entre les 90 749 personnes en âge de voter, recensées par la Direction Générale de la Règlementation des Affaires Coutumières (DGRAC) et les 65 467 personnes identifiées par l’ISEE (Institut de la Statistique et des Etudes Economiques) sur la liste électorale générale de 2016. Toutefois, jusqu’à présent, et malgré les demandes répétées de nos représentants politiques, nous sommes dans l’incapacité de le vérifier puisque l’Etat, représenté en Nouvelle-Calédonie par le Haut-commissaire, n’a, pour le moment, pas donné suite à nos demandes d’accès au registre d’état civil coutumier », apprend-t-on. 

Inscriptions dans les mairies du Grand-Nouméa. Deux constats observés par le chef de file du Parti Travailliste. « L’inscription massive et frauduleuse de gens qui ne devraient pas y figurer, et qui sont arrivés récemment dans le pays et une mise à l’écart systématique des kanak », un certain nombre de kanak, un nombre non négligeable, soit plus de 25 000 personnes figurant dans le registre de statut civil coutumier et elles ne paraissent pas sur la liste électorale générale. « C’est  scandaleux, c’est grave, c’est incroyable… », les adjectifs ne manquent pas, une situation qualifiée par les représentants du RIN, presque grotesque au vue du nombre colossal des non-inscrits des kanak pour le référendum de 2018.

Focalisation sur le scrutin d’autodétermination. 2018, est une année cruciale pour accéder à la pleine souveraineté. « Pour nous, c’est le scrutin d’autodétermination », martèle le leader du P.T. « Evidemment, le premier peuple concerné, c’est le peuple kanak, le peuple colonisé de ce pays ». Il reste peu de temps avant le scrutin d’autodétermination. « Le kanak colonisé dans son propre pays doit pouvoir exercer son droit de vote », répète-t-il. « C’est révélateur du fait colonial qui perdure », insiste-t-il en indiquant qu’on ne retrouve cette situation nulle part ailleurs. La décision doit être arrêtée au sortir du prochain Comité des signataires ; les indépendantistes souhaiteraient entendre, « que tous les kanak soient inscrits sur la liste référendaire ».

Un grand écart sur les chiffres annoncés. « Comment peut-on expliquer un grand écart entre les chiffres donnés par l’ISEE, l’organisme chargé de constituer la liste pour le référendum et la DGRAC. Un écart de plus de 25 000 personnes relevant du statut coutumier que l’on ne trouve pas sur la liste référendaire », soulève également Sylvain Pabouty, représentant la Dynamique Unitaire Sud. Y’a-t-il un manque de données de la part de la DGRAC et de l’ISEE, ou n’effectuent-elles pas correctement leurs missions ? Des doublons dans les tableaux, mais « cela n’explique pas l’écart des 25 000 ! ». Peut-être que des « kanak ont perdu leurs droits civiques » mais pour l’instant, les représentants du RIN s’interrogent. « On ne nous donne pas les chiffres des kanaks ayant perdu leurs droits civiques, ni les chiffres des kanaks de droit commun ». Une demande à formuler. « On a l’exemple des personnes de statut coutumier inscrits sur la liste générale mais qui ne sont pas inscrits automatiquement sur la liste référendaire », dans ce cas, l’ISEE est pointé du doigt par les indépendantistes. Des recours ont été entrepris, allant jusqu’à la cour de cassation. « Les conditions pour aller au référendum de 2018 ne sont pas réunies », disent clairement les représentants du RIN.

De nombreux kanak de droit commun. « Mais s’ajoute aux 25 282 personnes kanak de statut civil coutumier tous ceux de droit commun qui sont très nombreux », appuie Madeleine Ounou, également en charge du traitement de ce dossier. « Des enfants de pasteurs, des enfants d’étudiants etc.… Nés hors du pays mais qui sont des kanak ». Une évidence mais dont le RIN ne dispose d’aucun élément chiffré. A l’Etat de voir comment il s’y prendra pour lever toute incertitude quand aux questions posées.

 

Itinéraire de la marche du 26 octobre 2016

Rassemblement au Mwa Ka à partir de 11 heures.

Départ du cortège à 13 heures du Mwa Ka (passage devant la poste puis devant la caserne des pompiers jusqu’aux feux tricolores avant la station Shell ; direction la mairie de Nouméa).

Premier arrêt devant la Mairie avec des prises de paroles.

Reprise de la marche de la Mairie jusque devant le CHT puis direction au Haussariat.

Deuxième arrêt au Haussariat : une délégation se détache pour apporter le cahier de revendications.

Démobilisation vers 16 h 30 devant le Haussariat, dès le retour de la délégation avec des informations.

Publié sur le site de l’USTKE

http://ustke.org/actualites/actualite-politique/Droit-a-lautodetermination-pour-tous-les-kanak-!-at_767.html

1 Mercredi 12 octobre 2016

12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 08:54
Pourquoi les USA surestiment les effets des frappes contre Daesh ? (#Syrie #Turquie)

SOURCE

Titre initial :

Les effets des frappes aériennes contre l’EI ont été volontairement surestimés

Il y a près d’un an, l’on apprenait que l’Inspecteur général du Pentagone venait d’ouvrir une enquête pour vérifier les affirmations d’un analyste civil de la Defense Intelligence Agency (DIA), à qui il avait été demandé, entre 2014 et 2015, de manipuler les renseignements sur l’État islamique (EI ou Daesh) afin d’édulcorer la situation et de surestimer les effets de la campagne aérienne de la coalition internationale sur les capacités militaires de l’organisation jihadiste.

Si l’enquête interne du Pentagone est toujours en cours, celle du Congrès, qui s’était aussi saisi de cette affaire, vient de faire l’objet d’un rapport, diffusé le 11 août. Et ce dernier reprend à son compte les accusations portées par l’analyste de la DIA contre sa hiérarchie.

Ainsi, ce rapport établit que, à partir de la mi-2014 [depuis la prise de Mossoul par Daesh], les renseignements transmis par l’US CENTCOM [commandement militaire pour l'Asie centrale et le Moyen-Orient] contredisaient les évaluations initialement faites par ses analystes.

« Les faits sur le terrain ne correspondaient pas aux renseignements » donnés par l’US Centcom, a affirmé le représentant républicain du Kansas Mike Pompeo, qui a pris part à l’enquête. Aussi, a-t-il expliqué, « ceux qui se servaient de ces renseignements ont eu constamment une vision un peu trop rose des succès opérationnels américains contre l’EI ». Et, quand on dispose de mauvaises informations, on ne prend pas les bonnes décisions… Aussi, cette falsification du renseignement est une affaire très grave.

Le rapport indique que 40% des analystes ont subi des pressions « pour déformer ou supprimer des renseignements durant l’année passé ». Et nombreux sont ceux qui ont dénoncé un « encadrement toxique ».

Qui plus est, l’enquête du Congrès a mis en évidence que les communiqués de presse du Centcom publiés lors de cette période décrivaient une situation « significativement plus positive » que la réalité.

Depuis, les choses ont changé : de nouveaux responsables ont été affectés au Centcom, dont le général Joseph Votel, qui a en pris le commandement.

Cela étant, la question est de savoir pourquoi ces renseignements ont été manipulés… Et là, le rapport en ignore les raisons. « Les responsables du Centcom doivent rendre des comptes s’ils ont fait pression sur des analystes pour qu’ils déforment les informations sur la lutte contre l’EI », a estimé Kelly Ayotte, du comité sénatorial de la Défense et des Forces armées.

En raison de son enquête interne en cours, le Pentagone n’a pas explicitement réagi aux conclusions de l’enquête du Congrès. « La communauté du renseignement donne régulièrement un vaste éventail d’évaluations basées sur des données liées à la situation sécuritaire », a toutefois dit un porte-parole. « Ces évaluations et les experts qui les effectuent sont vitaux pour nos efforts, particulièrement quand on prend en compte la nature incroyablement complexe de batailles menées sur plusieurs fronts en ce moment en Irak et en Syrie », a-t-il expliqué.

Et d’ajouter : « Les experts sont parfois en désaccord sur l’interprétation de données complexes, et la communauté du renseignement et le département de la Défense sont très ouverts à un dialogue constructif sur ces sujets vitaux de sécurité nationale. »


Published by Gri-Gri International Opex360 - dans Syrie Politique Dom-Tom - Caraïbes & Amériques
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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 09:38
Ainsi parla Angela Davis...

SOURCE Investig’Action

Dans cette interview, Angela Davis aborde le poids du complexe pénitentiaire industriel au sein des sociétés capitalistes, ainsi que le rôle de l’ idéologie raciste et coloniale comme source des discriminations actuelles. Une interview réalisée par Maria Colera Intxausti pour Espai Fabrica.

Dans l’essai « Are prisons obsolete ? » {Les prisons sont-elles obsolètes?}, vous parlez de l’emprisonnement massif des gens pauvres et des migrants illégaux. Le capitalisme considère ces personnes comme autant de sujets qui ne sont pas indispensables mais les utilise comme main d’œuvre esclavagée et bon marché, et les transforme en consommateurs captifs de l’excédent de production. Ce même excédent qui se trouve à l’origine d’une crise économique engendrant aussi pauvreté et migration, formant une parfaite boucle. Percevez-vous un quelconque parallélisme entre ces politiques d’emprisonnement et le processus entamé pendant la transition du féodalisme au capitalisme, où des millions de personnes furent expulsées des terres qui assuraient leurs moyens de reproduction et furent forcées à l’esclavage salarié ?

Il y a, certes, des parallélismes/similitudes entre les deux époques mais le plus important est de constater qu’il y a aussi entre elles des différences considérables. Dans le saut du féodalisme au capitalisme, tel que Marx l’a décrit, les enclosures et d’autres processus de dépossession privèrent les gens des terres qui constituaient leur moyen de subsistance et façonnèrent simultanément une classe de personnes à qui il ne restait plus que la force de travail. Ces personnes sont alors devenues la main d’œuvre nécessaire pour que le capitalisme naissant multiplie sa richesse. Ces personnes furent en effet libérées des contraintes féodales mais elles se sont vues forcées, in fine, à passer d’une forme d’oppression à une autre.

S’il est vrai qu’il est souvent inutile de faire un classement des différentes formes d’oppression, l’on peut quand-même affirmer que, malgré la dépendance totale et absolue du capitalisme vis-à-vis de l’exploitation, le fait de dépasser l’esclavage et le féodalisme constitua un progrès certain. Au moins quelques travailleurs trouvèrent accès à l’emploi, quoiqu’il qu’il fût, et continue d’être, dégradant.

D’autre part, le complexe pénitentiaire industriel et global est certainement plus rentable. Néanmoins, sa rentabilité réside dans les technologies destinées à reléguer une grande masse de la population à des vies marginales, improductives et chargées de violence. L’emprisonnement massif aux Etats Unis, en Australie, ou encore en Europe de citoyens de couleur ou immigrants, s’appuyant sur la persistance d’un racisme et d’une xénophobie structurels, sont la preuve de l’échec absolu du capitalisme global à faire face aux nécessités des individus de par le monde.

L’on pourrait pareillement considérer que c’est aussi la preuve la plus convaincante du besoin de concevoir un système socio-économique au-delà du capitalisme. Dans cet espoir, le mouvement abolitionniste contemporain, à travers son appel à démanteler le complexe pénitentiaire industriel, se présente comme un mouvement anticapitaliste qui exige l’égalité raciale, des emplois dûment rémunérés, un logement abordable, des soins de santé et une éducation gratuits, et une justice environnementale concernant tous les êtres vivants.


Tu défends la justice restauratrice au lieu de la justice punitive. Comment faire disparaître les inégalités et l’injustice issues du processus d’accumulation primitive qui est à la base du capitalisme ? Autrement dit, quelle serait la forme d’une justice restauratrice destinée à réparer le « péché originel » d’exploitation et d’accumulation duquel découlent les inégalités de répartition dans nos sociétés ?


J’ai en effet souvent utilisé les termes « justice restauratrice», « justice réparatrice » et aussi « justice transformatrice » comme alternatives à la justice punitive ou vindicative. Dans l’absolu, je préfère la notion « justice transformatrice » car elle ne suppose pas l’existence d’un état idéal qu’il faille restaurer.

Pour répondre à ta question, j’aimerais souligner l’importance de la mémoire historique dans notre contexte actuel qui a besoin d’une analyse explicitement anticapitaliste. « L’accumulation primitive du capital » est l’un des passages les plus importants du Capital, justement parce qu’il met en lumière l’expropriation, l’injustice et la violence qui marquèrent les débuts du capitalisme, et demeurent, malgré les apparences, au centre du processus capitaliste.

Vers la fin du XXème siècle, le complexe pénitentiaire industriel commence à nous révéler combien pèsent encore, au sein des sociétés capitalistes, les idéologies racistes et coloniales quand il s’agit de développer des technologies de violence. De cette façon se poursuit la violence séculaire de l’esclavage et de la colonisation.


Tu as parlé des réflexes automatiques avec lesquels on répond au crime et au délit, cherchant le refuge auprès des institutions juridiques et policières au lieu d’imaginer des solutions provenant de l’intérieur de la communauté. Pour ce qui est des cas de violence sexuelle, tu soutiens l’autodéfense, ce qui nous amène au sujet des femmes face à la violence. Dans « Are prisons obsolete ? » tu mentionnes la « nécessité de remettre en question l’idée préconçue selon laquelle la seule relation possible entre les femmes et la violence suppose que les femmes en soient les victimes ». C’est quoi selon toi l’autodéfense féministe ?


J’ai toujours choisi soigneusement la façon dont j’employais le terme « violence ». En tant que chercheuse dans la théorie critique, je me rappelle toujours que les outils conceptuels que je décide d’emprunter peuvent, en réalité, contrevenir à ce que je tente d’exprimer. C’est pour cette raison que j’essaye de ne pas associer « autodéfense » et « violence contre l’agresseur ». D’ailleurs, la formation en autodéfense que je soutiens s’inscrit dans un contexte plus large : elle se base sur une analyse qui relie la violence misogyne aux systèmes de domination raciale, de genre et de classe, dans une stratégie qui prétend purger nos sociétés de toute forme d’exploitation et de violence.


Dans « Women, Race and Class » {Femmes, Race et Classe} tu déconstruis le mythe du violeur noir et tu expliques qu’il fut une « invention clairement politique ». Une propagande élaborée en vue de justifier et pérenniser les lynchages, une méthode de « contre-insurrection » ayant pour but d’éviter que les Noirs prennent possession de leurs droits. Nous avons encore assisté au déroulement de ce même mythe à Cologne en fin d’année : on a ciblé les hommes « d’apparence arabe ou nord-africaine » et, dans un nouvel exemple de « purple washing », on a utilisé le soutien aux femmes pour criminaliser les demandeurs d’asile et les résidents illégaux. Comment interprètes-tu l’utilisation faite des droits des femmes (voile, violeur noir, oppression des femmes afghanes…) pour s’engager dans d’autres croisades ?


Dans le livre « Arrested Justice : black women, Violence, and America’s Prison Nation » {La justice sous arrestation : femmes noires, violence et la prison-nation d’Amérique}, Beth Richie dévoile le danger de faire confiance aux technologies de la violence comme étant des solutions aux problèmes de la violence de genre.

Son argument est que le mouvement anti-violence prédominant aux Etats Unis opéra un virage, dangereusement orienté, lorsqu’il commença à soutenir la répression policière et l’emprisonnement comme stratégies principales pour la protection des « femmes » vis-à-vis de la violence masculine. Il était facilement prévisible que ces efforts de protection cibleraient tout particulièrement les hommes des communautés déjà soumises à l’hyper-vigilance policière, les mêmes qui contribuent de façon disproportionnée à l’augmentation de la population pénitentiaire.

En fait, la généralisation du concept « femme » cachait toute un racialisation clandestine à l’intérieur de la catégorie. De cette façon, les « femmes » devenaient en réalité les « femmes blanches » voire les « femmes blanches et aisées ».

Ce qui est arrivé à Cologne et le discours sur le violeur arabe (qui prétend consolider les représentations colonialistes des hommes arabes en tant que potentiels agresseurs sexuels) nous rappelle l’importance des théories et des pratiques féministes qui questionnent l’instrumentalisation raciste des « droits des femmes » et mettent l’accent sur l’inter-sectionnalité des combats pour la justice sociale.


Ces dernières décennies, nous avons été témoins de ce que Nancy Fraser définit comme le « découplage des dénommées « politiques identitaires » des politiques de classe », qui s’est transformé en une lutte pour la reconnaissance au lieu d’une pour la redistribution, avec le déplacement du sujet collectif vers un sujet individuel. D’un autre côté, tu as défendu les « communautés de la lutte » quand tu considères que « les communautés sont toujours des projets politiques ». Quel est ton avis sur les politiques identitaires ? Quels sont les combats et projets politiques qui devraient être au centre de l’hégémonie néolibérale actuelle ?


Ce qui me semble le plus problématique dans les politiques identitaires, c’est la manière dont on naturalise souvent les identités pour ne plus les considérer comme un produit du combat politique. De cette façon, on les coupe des luttes de classe et de la lutte antiraciste.

Le mouvement « trans », par exemple, est récemment devenu une dimension importante du combat pour la justice. Après tout, il y a une différence fondamentale entre les représentations dominantes des questions « trans », axées sur l’identité individuelle, et les mouvements « trans » inter-sectionnels qui considèrent la race et la classe comme éléments fondamentaux des luttes menées par les personnes « trans ».

Au lieu de se focaliser sur le droit de la personne à « être » elle-même, ou lui-même, ces mouvements « trans » font face à la violence structurelle (de la police, des prisons, du système sanitaire, du système de logement, du chômage, etc.) que les femmes « trans » noires ont le plus de probabilité de subir, plus que n’importe quel autre groupe social. Autrement dit, ces mouvements luttent pour des transformations radicales dans nos sociétés, en opposition à l’assimilation simple d’un fait établi.


Poursuivons au sujet de l’identité : au vu de ce que tu dis sur l’inter-sectionnalité, je comprends que tu es davantage en faveur d’une confluence des luttes (Ferguson, Palestine), que d’une conjonction d’identités différentes, diverses et multiples. Ceci, dans un contexte où une grande partie des défenseurs des politiques inter-sectionnelles affirment et naturalisent les identités, au lieu de les questionner, tout en ignorant souvent le contexte matériel et historique qui les entoure. Comment comprends-tu l’inter-sectionnalité et en quels termes devient-elle, selon toi, productive aujourd’hui ?


Le concept d’inter-sectionnalité, tel que je l’entends, a une généalogie particulièrement intéressante qui remonte au moins à la fin des années 60, début des années 70. Comme je ne peux pas rentrer maintenant dans les détails, je ferai seulement mention de ce fait saillant : la création de l’organisation Alliance de femmes noires, en réponse à la volonté d’engager un débat sur les questions de genre au sein du Comité de Coordination Étudiante Non Violente (SNCC), principale organisation de la jeunesse du Mouvement pour la Liberté du Sud.

L’Alliance soutenait qu’il était impossible de comprendre le racisme dans toute sa complexité sans y ajouter une analyse sur le sexisme. C’est pour défendre cette thèse qu’en 1970 Fran Beale écrivit l’article amplement diffusé « Double Jeopardy : To Be Black and Female » {Risque double : être noir et femme}.

Peu après la publication de l’article, alors que l’on prenait conscience des luttes des femmes portoricaines contre la stérilisation forcée, l’Alliance de Femmes Noires se transforma en Alliance des Femmes du Tiers-Monde, et publia un journal nommé Triple Jeopardy, en référence au racisme, au sexisme et à l’impérialisme. Cet article rendait nécessaire une militance de terrain pour, simultanément, lutter contre le racisme, la misogynie et la guerre impérialiste.

C’est avec l’esprit de ces anciens efforts intellectuels organiques qui tentaient de comprendre les catégories de race, de genre et de classe en tant qu’éléments connectés, entrelacés, noués, que je conçois aujourd’hui les concepts féministes d’inter-sectionnalité.


Dans un cycle de conférences données récemment au CCCB sous le titre « La frontière comme centre. Zones d’être et de ne pas être {migration et colonialisme} », la représentante du Parti des Indigènes de la République Houria Bouteldja affirmait ce qui suit : « Je ne sais pas qui est blanc, mais la police française, elle, le sait très bien. Elle ne se trompe jamais quand il s’agit de décider sur qui faire tomber la discrimination et la violence ». Pareillement, Itziar Ziga, féministe basque, dans une interview chez Argia, disait d’elle-même « je suis une femme car c’est en l’étant que j’ai subi la violence physique, affective, économique, symbolique… J’affirme être une femme, mais pas à cause de ce que j’ai entre les jambes ». Dans les deux cas, le sujet se définit politiquement par l’oppression et, donc, le combat. Dans ce sens, c’est quoi selon toi être femme et c’est quoi être noire ?


Ces deux catégories se sont élargies et répandues au-delà de ce que j’aurais pu imaginer auparavant dans ma vie. De façon que si je prétendais m’accrocher aux définitions historiques, je continuerais de me sentir obligée de me baser sur des définitions politiques de genre et de race quoi qu’il arrive, tant du point de vue des structures de domination et de ses idéologies associées, que du point de vue des mouvement collectifs qui cherchent à démanteler lesdites structures et combattre ces idéologies.

Par ailleurs, j’ai toujours insisté sur la priorité de la pratique radicale au-delà de l’identité pure et simple. Ce que l’on fait pour faciliter la transformation radicale est plus important que l’imaginaire que l’on a de soi-même et de ce que l’on est. Et, évidemment, comme je l’ai déjà indiqué, les catégories de race et de genre, de même que la sexualité et la classe, ne sont significatives que dans des inter-relations plus complexes.


En relation à la politique étatsunienne, tu as mis en avant le « défi de compliquer le discours », étant donné que la « simplification de la rhétorique politique facilite l’adoption de positionnements extrémistes ». Ces dernières années, en Europe, nous avons été témoins de l’apparition de la prétendue « nouvelle politique », qui s’oppose à « ceux d’en haut » et dont l’objectif premier est celui d’enclencher une révolution démocratique par la voie de la « révolution des sourires ». Dans cette ère de populisme dépolitisant et de signifiants creux, que signifie pour toi la démocratie ?


Il est vrai que nous qui sommes à gauche aux États Unis (mais c’est le cas aussi de certains cercles conservateurs), nous vivons avec stupéfaction la montée en puissance de Donald Trump et l’expansion de son influence. Celle-ci profite du fait que des secteurs clé des communautés de classe ouvrière blanche sont attirés par cette rhétorique politique simpliste, extrémiste et d’inclinaison fasciste.

De façon analogue, une dangereuse attraction envers des personnages et partis d’extrême droite fait son chemin en Autriche, en France, en Pologne, et encore d’autres territoires européens, où la combinaison d’une récession économique et d’une crise des réfugiés a propulsé le populisme d’extrême droite sur un fond de racisme anti-noir et anti-immigrants. Cette même combinaison a servi à réactiver l’islamophobie, offrant de nouveaux spectacles au racisme séculaire.

Il ne sera possible de faire face au populisme d’extrême droite, ainsi que de générer un dialogue sur des horizons démocratiques – approches substantives et transformatrices qui déplacent le focus politique de la représentation néolibérale de l’individu vers les nécessités et aspirations des communautés – que si nous sommes capables de structurer des mouvements puissants contre le racisme et la xénophobie partout dans le monde.


Interrogée à propos de ton positionnement vis-à-vis des élections présidentielles aux Etats Unis, tu as récemment évoqué « qu’il nous faut un nouveau parti ». Pour quelle raison ? À quel type de parti penses-tu ? En tant qu’ancienne candidate à la vice-présidence du Parti Communiste des Etats-Unis, en quoi ce nouveau parti devrait-il y ressembler et en quoi s’en différencier ? Quant au programme, considères-tu que les 10 points du Parti des Black Panthers continuent d’être d’actualité ? Quelle serait la base électorale de ce nouveau parti ?


La politique électorale étatsunienne est depuis de nombreuses années l’otage du système bipartite. Que ce soit le Parti Démocrate ou le Parti Républicain, ils sont tous les deux totalement enchaînés au capitalisme. Il nous faut une structure politique alternative qui ne capitule pas devant les entreprises mais qui, au contraire, représente en premier lieu les nécessités des travailleurs, des pauvres, et des différentes races.

Ceci est évident depuis de plusieurs cycles électoraux et, quand j’ai pris part directement dans la politique électorale en tant que candidate à la vice-présidence du Parti Communiste il y a de cela de nombreuses années, je l’ai fait pour rendre visible ce besoin de déclarer l’indépendance vis-à-vis du système bipartite.

Au regard du retour obtenu par Bernie Sanders, il est devenu clair qu’un nombre considérable de gens désirent une alternative au capitalisme. De plus en plus de monde réfléchit sérieusement à la nécessité d’un parti qui représente la classe ouvrière, les mouvements antiracistes, les questions féministes et LGBTQ, les revendications contre la guerre et la justice environnementale.

Quant au Parti des Black Panthers, il est clair que son programme en 10 points est profondément enraciné dans les conditions historiques de la première moitié du XXème siècle et, néanmoins, chacun des points demeure encore tout aussi lié aux luttes radicales contemporaines.


Les Black Panthers furent des pionniers avec leur politique de « womanism » qui plaçait au même niveau la lutte des classes et la lutte raciale. Elle soutenait le droit à l’avortement, organisait la garde des enfants lors des réunions et soutenait le modèle traditionnel africain de la famille élargie en opposition à la famille bourgeoise et nucléaire. De même, le journal du parti était dirigé par des femmes et 70 % des militants étaient des femmes. Mis à part le fait que les hommes étaient en train d’être emprisonnés, voire assassinés, comment a-t-on pu atteindre ces résultats? Quelles leçons pourraient en retirer les mouvements de libération, et spécialement les féministes, de l’expérience du Parti des Black Panthers?


En réalité, nous ne devrions pas être excessivement surpris d’apprendre que la majorité des militants des Black Panthers étaient des femmes, de la même façon qu’il n’est pas surprenant que les femmes aient joué un rôle fondamental au sein du Mouvement pour la Liberté du Sud des Etats-Unis. Ce qui est véritablement surprenant c’est qu’un demi-siècle après nous continuions d’être captifs des visions historiquement obsolètes d’un leadership charismatique masculin.

Historiquement, les paradigmes associés au leadership féminin – d’Ella Baker à Erika Huggins – tendent à mettre l’accent sur le leadership collectif au-delà de l’individuel. La jeunesse des mouvements radicaux actuels est en train de prioriser le leadership des femmes, le leadership queer et celui des collectivités.


Parce-que tu as été élève de Marcuse, j’aimerais te poser une question que lui-même posait dans son livre « An Essay on Liberation » [Un essai sur la libération] : « comment [l’individu] peut-il satisfaire ses nécessités sans toutefois […] reproduire, à travers ses aspirations et ses satisfactions, la dépendance à un système exploiteur qui, lorsqu’il satisfait ses besoins, perpétue son esclavage ? ». En d’autres termes, comment pouvons-nous nous libérer de la marchandisation de nos sentiments ?


Aujourd’hui, je ne suis plus sûre qu’il soit possible d’esquiver totalement les conséquences du désir marchand car il est devenu la nature même du désir contemporain ; le capitalisme a tellement envahi nos vies intérieures qu’il nous est extrêmement difficile de nous en séparer. Je crois néanmoins que je suis la tradition philosophique de Marcuse quand j’affirme que nous devrions essayer de développer une conscience critique envers notre propre implication, par le biais de la marchandisation de nos sentiments, dans l’entretien du système capitaliste. C’est à travers ce type de réflexions négatives que nous pouvons commencer à entrevoir des possibilités de libération.


Pendant ta visite au Pays Basque, nous avons discuté de l’importance de l’art et de la littérature en tant que sphères permettant d’étendre les limites de l’intelligible, de démonter les paradigmes du sens commun hégémonique, d’affronter la camisole de force de la vraisemblance, de mettre à terre le monopole de la réalité, et de traduire, donner, former, et mettre en pratique nos notions politiques. Comment concrétise-t-on tout ça ?


Maintenant (et spécialement maintenant) que la possibilité de libération semble être mise à l’écart par ces mêmes luttes politiques qui prétendent nous montrer la voie vers des futurs meilleurs, nous pouvons profiter de ce que Marcuse nommait la « dimension esthétique » et Robin Kelley les « rêves de liberté » ou « imagination radicale ».

Ce que la toute-puissance capitaliste a complètement étouffé, c’est notre capacité collective d’imaginer une vie qui ne soit pas chargée de marchandises. C’est pour cette raison que nous avons besoin de l’art, de la littérature, de la musique et d’autres pratiques culturelles dans le but d’éduquer notre imagination de façon à ce qu’elle s’affranchisse des contraintes de la privatisation.


Lors de cette visite à Bilbao, un concert fut organisé en ton hommage pendant lequel tu fis mention d’une très belle chanson de Nina Simone « I Wish I Knew How It Would Be To Be Free » [j’aimerais savoir ce que c’est que de se sentir libre], et qui dit : « I wish I could break all the chains holdin’ me, I wish I could say all the things that I should say, say ’em loud, say ’em clear for the whole ’round world to hear » [j’aimerais pouvoir rompre toutes les chaînes qui me retiennent, j’aimerais pouvoir dire tout ce que j’ai à dire, les dire haut et fort pour que tout le monde l’entende]. Que signifie être libre pour toi et quelles sont les chaînes que l’on doit briser ?


J’ai évoqué cette chanson de Nina Simone, non pas pour laisser entendre qu’un demi-siècle après j’ai finalement une réponse définitive à la question sous-jacente à l’aspiration de savoir ce que c’est que d’être libre enfin, mais plutôt pour que nous continuions de nous déterminer par ce désir de nommer et de faire l’expérience de la liberté.

Aux Etats Unis, cet objectif est de nos jours beaucoup plus difficile à atteindre qu’à la moitié du XXème siècle. De fait, il semble que, plus on approche de ce que l’on avait initialement imaginé comme « liberté », plus nous nous rendons compte qu’il s’agit de quelque chose de bien plus compliqué, de bien plus vaste…



Angela Davis est professeur afro-américaine marxiste du Département d’Études Féministes de l’Université de Californie et leader historique du Parti Communiste des EUA et des Black Panthers.


Traduit du catalan par Joan Roisse pour Investi
g’Action


Source : Espai Fàbrica/l’esquerra avui

16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 04:32
#PremièresPages / Autobiographie Mohamed Ali (#LectureProtche)

Ajoutée le 13 oct. 2013

Le Plus grand #1 - Mohamed Ali lu par Grégory Protche / 13 oct2013
1er extrait de l'autobiographie de Mohamed Ali
www.legrigriinternational.com

D'autres lectures sur la chaîne youtube gri-griinternational :

http://www.youtube.com/playlist?list=...

8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 09:15
#DomTom / La ministre George Pau-Langevin à propos de Mayotte (#Vidéo)

Vendredi 20 mai 2016.

Auditorium de la Mairie de Paris.

A l'invitation d'associations de femmes mahoraises et après projection d'un documentaire à propos des "Chatouilleuses de la république", ces Mahoraises qui dans les années 1970-1980 ont beaucoup pesé dans le choix pour Mayotte de rester dans le giron français.

Intervention de la ministre des Dom-Tom, George Pau-Langevin

31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 19:40
#RIP / Emmanuel Maubert, l'ami de Babette de Rozières (#Sagasdom #FranceO #Europe1)

Initialement mis en ligne fin février 2016

Emmanuel Maubert soutient le #Sagasdom2016 et Babette de Rozières

Les auditeurs d'Europe 1 et les téléspectateurs de France Télévisions le connaissent très bien... Emmanuel Maubert aime la gastronomie, et en particulier celle des Outre-Mer. Entre un enregistrement d'émission avec Babette et de multiples conversations avec le public du Salon, il a répondu aux questions du Gri-Gri (qu'il connaissait et situait plutôt bien...)

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 21:07
France Télévisions insulte le président bolivien Morales (#Mélenchon #DPDA)

SOURCE

Un texte de Maurice Lemoine

Incident, ce 26 mai 2016, sur le plateau du magazine « Des paroles et des actes », animé par David Pujadas, avec comme invité Jean-Luc Mélenchon, sur France 2. Entendant démontrer au candidat présidentiel de « La France insoumise » que tous ceux qu’il a « pris en exemple » ont échoué, le « spécialiste économique » François Lenglet évoque, entre autres, le président bolivien Evo Morales qu’il traite publiquement de « corrompu ». S’entendant répondre« Tenez vos mots M. Lenglet, vous êtes sans doute plus corrompu que ne le sera jamais M. Morales, pesez vos mots ! », l’éditocrate vedette enfonce le clou : « La petite amie de M. Morales, qui est la mère de son fils, a bénéficié de 500 millions de dollars de commandes publiques. Alors, allez m’expliquer que tout ça est normal »
Ce qui n’est sans doute pas « normal », c’est qu’on puisse, devant 2 471 000 téléspectateurs (11,5% de part d’audience), « corrompre » à ce point le débat public et l’information, sans qu’aucun média, le lendemain, plutôt que de gloser sur l’« agressivité » de Mélenchon, ne dénonce l’imposteur Lenglet.

C’est l’ancien chef des services de renseignement boliviens (1989-1993) Carlos Valverde, reconverti en « journaliste », qui a lancé l’« affaire » à la veille d’un référendum qu’il s’agissait de faire perdre au président Morales : ce dernier ayant eu une liaison amoureuse avec une jeune femme, Gabriela Zapata, entre 2005 et 2007, et celle-ci occupant un poste de cadre de haut niveau (à partir de février 2015, huit ans plus tard) au sein de China CAMC Engineering, une firme bénéficiaire d’importants contrats avec l’Etat, il y aurait eu « trafic d’influence » pour favoriser cette entreprise chinoise – ce qui, après examen des faits, se révélera totalement faux [1]. Pour ajouter à la beauté de la « telenovela » et à la connivence entre « les amants », le même Valverde révélait, certificat de naissance à l’appui, qu’Evo Morales et Gabriela Zapata avaient eu ensemble un bébé, décédé immédiatement après sa naissance et que le président, de ce fait, n’avait jamais vu. Cette sombre histoire « d’amour secret » et surtout de « corruption » ternit très sérieusement l’image du chef de l’Etat et, entre autres raisons, lui fit perdre le référendum du 21 février 2016 [2].

A l’évidence, l’éminent spécialiste Lenglet, qui, à la veille d’un débat, doit faire préparer ses fiches en même temps que ses tasses de café par un stagiaire ou une petite main, en est resté là. A moins qu’il n’ait choisi de mentir délibérément… Car, en Bolivie, le « feuilleton Zapata » a connu tant de rebondissements qu’il a fait passer le président Morales du statut d’« accusé » à celui de victime d’une machination.
Le premier de ces rebondissements, et non des moindres, intervint le 26 février 2016 lorsque Mme Zapata fut détenue – en même temps que deux cadres moyens du ministère de la présidence –, accusée d’usurpation de fonction, de trafic d’influence et d’enrichissement illicite. Tous trois, présentant Gabriela Zapata comme une « très proche » du président, utilisaient discrètement un bureau de ce lieu gouvernemental pour s’y réunir avec des entrepreneurs, des hommes d’affaires, des fonctionnaires, et y passer des accords douteux donnant lieu à rétrocommissions ou pots-de-vin. Déjà spectaculaire en soi, cette arrestation donne lieu à un nouveau coup de théâtre, la famille de la détenue affirmant que l’enfant qu’elle a eu avec le président, et dont elle lui a affirmé en 2007 qu’il était décédé, est en réalité… vivant. Entraînant une réaction immédiate d’Evo Morales. N’ayant jamais nié sa liaison de deux années avec la jeune femme, il assume la nouvelle donne et déclare publiquement le 29 février : « J’ai le droit de connaître mon fils, de prendre soin de lui, de le protéger. J’espère qu’on me l’amènera ces prochaines heures [3]… »
N’obtenant pas satisfaction, le président va effectuer la même requête devant une juge du droit familial. Laquelle se verra effectivement présenter, dans les jours suivants, un enfant de onze ans. Toutefois, lorsque « Evo », de son propre chef, se soumet à un test ADN, Zapata refuse de l’imiter et interdit que cet examen soit effectué sur le présumé fils du chef de l’Etat.

La vérité va éclater le 18 mai lorsque la justice conclut que « le fils du président » n’a jamais existé. Deux jours plus tard, la tante de Gabriela Zapata, Pilar Guzmán, ainsi que les trois avocats de l’ex-« fiancée », Eduardo León, William Sánchez et Walter Zuleta, sont arrêtés, accusés d’avoir cherché à tromper la justice en tentant de faire passer un neveu de Guzman pour l’enfant de Morales et Zapata [4]. Cette aventurière, pour tromper le président, a utilisé à l’époque un faux certificat de naissance établi sur la base d’un document falsifié émanant d’une maternité. Dit plus officiellement par la juge Jacqueline Rada, le 6 mai : « Il a été mis en évidence qu’il n’existe aucun registre accréditant et confirmant l’existence physique du sujet. »
Comme il se doit, Carlos Valverde, l’homme qui, il y a quatre mois, a ouvertement orchestré la machination, a cru devoir réapparaître pour se dédouaner et a affirmé sur Twitter : « J’ai eu accès a une information sérieuse [sic !] qui confirme que le supposé fils de Gabriela Zapata et du président Morales n’existe pas [5]. » Inutile de préciser que si d’aventure il est mis en cause ou poursuivi pour sa campagne crapuleuse destinée à affaiblir et déstabiliser politiquement le président, la grande internationale médiatique se mobilisera au nom du « droit d’informer » et de la « liberté d’expression ».

Inclure un morceau de vérité dans une « intox » ne la rend que plus efficace : Evo Morales a effectivement eu une liaison avec la jeune Gabriela Zapata. Mais tout le reste est faux : elle n’est plus, et depuis longtemps, sa « petite amie » ; ils n’ont pas eu d’enfant ensemble ; il n’existe pas de faits de corruption les liant. Quant à François Lenglet, nous apprend Wikipedia – qui doit également pratiquer le « journalisme d’investigation » –, « sa maîtrise des dossiers et son sens de la précision sont reconnus par les observateurs ». On nous permettra d’ajouter qu’il prend le public pour un ramassis de débiles et que, corrompu pour corrompu, il corrompt et le débat et l’information.

NOTES

[1] Lire « En Bolivie, victoire de la carpe et du lapin », Mémoire des Luttes, 9 mars 2016.

[2] En cas de victoire, M. Morales aurait pu se représenter à l’élection présidentielle de 2019 et effectuer un nouveau mandat de cinq ans.

[3] BBC Mundo, Londres, 1er mars 2016.

[4] Chefs d’inculpation : altération et substitution d’état civil, traite et trafic de personne, soustraction d’un mineur, etc.

[5] BBC Mundo, 18 mai 2016.

Published by Gri-Gri International Maurice Lemoine - dans Dom-Tom - Caraïbes & Amériques Politique
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