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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 03:00
My Denzel Washington / Jérôme Reijasse 7 Jours loin du monde (texte)

En attendant qu'il ait trouvé un titre de rubrique aussi performant que 7 jours loin du monde, les lettres d'amour amères de Jérôme Reijasse, destinées à ce qu'il reste d'humain, d'innocent et de non dérisoire en chacun d'entre nous, seront classées dans 7 jours...

C'est un jeudi et il pleut.

Je pourrais appeler mes amis pour briser le silence. Habiter le vide. Mimer le partage.
Non. Ils travaillent ou sont morts.

Je me rends aux Halles en RER. Saleté des profondeurs. Humanité putride.

Fantasme de meurtre de masse. De purification. Une envie presque brûlante : que le bruit baisse la tête, s'agenouille et accepte de crever.

Il est bientôt dix-sept heures. Un ordinateur me déleste de dix euros et quatre-vingt dix centimes. Direction la salle trente. Sous-sol. J'achète un soda au citron vert, un autre à la cerise et un sachet de bonbons aux chocolat (dix euros et dix centimes).

J'entre. La salle est petite, amphithéâtre tout en sourdine, aux sièges plutôt confortables. Une vingtaine de spectateurs me rejoignent. Ils sont tous noirs.

Raciste ?

Observateur.

Que Richard Millet, Renaud Camus et Éric Zemmour se rassurent. Point d'invasion ici. Pas de choc de civilisation ni de discrimination positive. La star du jour a elle aussi la peau foncée.

Denzel Washington.

Je l'ai vu (et aimé) dans : Ricochet, Malcolm X, Training Day, American Gangster, Le Livre d'Eli et d'autres films encore que je n'ai pas envie de mentionner. Mes vingt camarades d'obscurité ludique sont donc venus honorer (leur) Denzel. Il faudrait se demander aujourd'hui qui est le Denzel des Blancs, tiens ! Liam Neeson ? Peut-être...

Ça commence.

Un homme (Denzel bien sûr) travaille dans un Leroy Merlin du côté de Boston. Il parle peu, sourit et tend la main sans rien attendre en retour à chaque fois qu'il sent que les gens qui croisent son quotidien sont sur le point de chuter pour toujours. Il est tondu comme un skinhead ou un bonze. On le voit même faire, avec son rasoir, tout au début, dans sa salle de bains minuscule, sombre, monacale. Il lit des romans (Le vieil homme et la mer, Don Quichotte), est insomniaque, va chaque nuit poursuivre ses lectures dans un café ouvert h24, où le thé seulement caresse son gosier. On devine que derrière cet homme calme, mesuré, discipliné, se cache un secret, une vie d'avant, un autre lui. C'est du scénario américain, sans promesse ni surprise. On sait avant de savoir.

Et on s'en fout.

Depuis une quinzaine d'années, nous subissons les super héros, leurs collants ridicules, leurs gadgets hors de prix et leurs traumatismes pitoyables. Pour un sublime Watchmen, un valable X-Men, combien de Spiderman pénible, de Hulk moisi, de Superman tapette ? Denzel, lui, sans masque ni Denzelmobil, sans araignée radioactive ni rien, fait beaucoup mieux. Il joue un Saint, un putain de Saint. Il dégaine la carte de l'amour contre celle de la dérision, l'arme des salopes et de la haine soldée, le flingue de tout le monde. Il démontre, à chaque nouvelle séquence, qu'aimer est une chose difficile, exigeante, définitive. Et que le reste est à la portée de n'importe quel trou du cul. Et quand Denzel aime, c'est la grande valse des sentiments ! Gorges tranchées, poumons perforés, corps broyés, brûlés, tordus, âmes libérées. Billets qui brûlent et larmes tardives. On pourrait évoquer ici Paul Kersey, Harry Callahan, les vengeurs urbains burnés et solitaires. Vigilante. On pourrait... L'action est violente, permanente, sollicitée.

Bas du front, diront en tremblant les pleutres démocrates occidentaux.

Fasciste ?

Denzel rit maintenant. Sans que son visage n'esquisse le moindre mouvement. Ses poings déjà prêts pour rétablir la justice. Pas celle des tribunaux.

La nôtre. Bafouée à chaque nouvelle élection, à chaque nouvelle parole médiatique, à chaque nouveau mensonge.

Denzel est ici le grand frère protecteur, le père silencieux prêt au sacrifice, l'ami fidèle, irréductible (c'est d'ailleurs là qu'il est le plus super héros, les amis n'en sont que quand tout va bien, évidemment), le chef également, quand il accepte de montrer l'exemple. La voie. Il avance, il ne risque rien car la mort n'est plus son problème.

Deux heures et dix minutes plus tard (il faudra tout de même un jour interdire les films dépassant les 100 minutes), la salle se vide. Il y aura eu des rires en décalage. Quand les autres s'esclaffaient, j'avais moi les poings serrés, je me retournais alors, comme pour comprendre, élucider cet autre rythme mystérieux. Il y aura eu surtout quelques moments de grâce. De beauté gratuite. Quand la violence déchire les Ténèbres. Et que Denzel fait bégayer l'impossible.

Texte / Jérôme Reijasse

31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 02:00
My Denzel Washington / Jérôme Reijasse lu par Protche (#SeptJoursLoinDuMonde #Vidéo)

En attendant qu'il ait trouvé un titre de rubrique aussi performant que 7 jours loin du monde, les lettres d'amour amères de Jérôme Reijasse, destinées à ce qu'il reste d'humain, d'innocent et de non dérisoire en chacun d'entre nous, seront classées dans 7 jours...

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