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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 18:00
IBK marche pour Charlie à Paris et oublie les militaires maliens tués / par Omar Mariko, député malien

Cette tribune nous a été envoyée avec pour titre initial "Le prix de l'inconséquence"

Deux jours avant la tuerie de Charlie Hebdo, le 5 janvier au matin, une milice a attaqué les positions de l’armée malienne dans la ville de Nampala, ville du Mali proche de la frontière mauritanienne. Lors de cet attentat onze militaires maliens ont été tués. Dès l’annonce de cette triste nouvelle, le Parti Sadi a demandé au Gouvernement l’organisation de funérailles nationales. Malheureusement, nous n’avons pas été entendus et nous avons été les seuls à nous déplacer pour présenter nos condoléances aux familles des victimes. Le 11 janvier sept dirigeants africains, dont le Président du Mali, IBK, défilaient dans les rues de Paris pour rendre hommage aux 17 morts Français. Ces deux événements, Charlie Hebdo et Nampala, étaient pourtant en tous points similaires, une attaque commando organisée pour tuer et réalisée par les mêmes groupuscules obscurantistes se revendiquant de l’Islam. Evidemment, nous avons de la compassion pour les familles des victimes françaises, mais est-il anormal de demander la même compassion pour nos morts et en particulier celle de notre Président ? En se précipitant à Paris pour être sur la photo des puissants de ce monde contre la barbarie, ces chefs d’Etat, de Faure Gnassigbé à Ali Bongo, en passant par IBK et Mahamadou Issoufou, n’ont pas mesuré les conséquences de cette présence sur leurs opinions publiques. Les populations ont-elles eu tort d’interpréter la marche de leurs Présidents sur le pavé parisien comme du mépris face à leur sort, à la barbarie qu’elles affrontent chaque jour et aux drames qu’elles vivent quotidiennement ? En tweetant : « Mes collègues Africains rendent des hommages aux morts français, mais les morts de chez nous, ils s’en foutent. Vous faites honte à l’Afrique. » le Président camerounais, Paul Biya, a dit tout haut ce que beaucoup d’Africains pensaient tout bas.

Car il ne faut pas s’y tromper, les manifestations au Niger comme au Mali contre les dernières caricatures du Prophète publiées par Charlie Hebdo, relèvent plus de la colère contre leurs Présidents respectifs Mahamadou Issoufou et IBK que d’une révolte contre la liberté d’expression ! Ensuite, il a été facile pour les fondamentalistes de récupérer les manifestations, ils savent parfaitement et depuis longtemps instrumentaliser cette colère, la frustration, la misère et le ressentiment des populations. Conséquence de cette marche parisienne : au moins 10 morts au Niger. Qui leur rendra hommage ?

Personne n’a relevé qu’il n’y avait eu aucune manifestation contre ces caricatures au Burkina Faso, alors que ce pays est à majorité musulmane. La raison en est simple, non seulement les autorités de transition, qui dirigent ce pays depuis la chute de Blaise Compaoré, n’étaient pas présentes à Paris, mais elles ont honoré leurs morts en rendant les 13 et 14 janvier dernier, un hommage national et digne lors du rapatriement des corps de 19 victimes burkinabé décédées lors du crash de l’avion d’Air Algérie. J’étais le seul représentant malien à ces cérémonies, pourtant cet accident a eu lieu sur notre sol et le Mali est responsable de l’enquête sur les circonstances de ce drame. Ni notre Président, ni aucun membre de notre Gouvernement n’a fait le voyage jusqu’au Burkina voisin pour présenter ses condoléances aux familles. Y ont-ils seulement pensé ? Lors de la veillée funéraire, le Président de la transition Michel Kafando et son Premier ministre Yacouba Zida étaient aux côtés d’un imam, d’un évêque, d’un pasteur et d’un chef coutumier dans un hommage œcuménique. C’est cette Afrique là que nous reconnaissons et aimons.

Depuis ces événements, les attaques des groupes armés, des djihadistes, des milices ont fait encore plus d’une vingtaine de morts notamment lors de combats dans le village de Ténenkou. La situation sécuritaire au Mali se dégrade vite. Le cessez le feu négocié lors du troisième round des pourparlers d’Alger en octobre 2014, est une lettre morte. Ces pourparlers doivent reprendre mais il ne faut pas être naïf, les négociations ne peuvent pas aboutir à une paix durable. En effet, les accords seront signés pour satisfaire aux exigences de la communauté internationale et non pour préserver l’unité du Mali et des Maliens. La paix ne peut être gagnée que par un véritable dialogue entre Maliens avec comme seul et unique but : l'intérêt du Mali.

En attendant, le peuple malien paye le prix fort à la fois de l’inconséquence de ces dirigeants successifs qui n’ont pas su, pas pu, pas voulu, régler la question du Nord Mali et de l’inconséquence de la coalition internationale qui a mené la guerre en Libye sans en mesurer les effets pour toute la région sahélienne et pour le Mali en particulier. A l’époque, les Maliens ne s’étaient pas trompés, par dizaines de milliers, ils étaient descendus dans les rues pour dire : « Non à la guerre en Libye ». Ils n’ont pas été entendus…

Par Oumar Mariko
Président du Parti SADI (Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance)
Député de l’Assemblée Nationale du Mali

Published by Gri-Gri International Oumar Mariko - dans Mali CharlieHebdo Niger
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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 14:16
Jean Genet aux USA près du Black Panther Party
Jean Genet aux USA près du Black Panther Party

En septembre 1977, prenant la défense des terroristes d'ultra gauche allemands de la Fraction armée rouge (R.A.F), après les Algériens du FLN (à la demande de Jacques Vergès) et les Noirs américains du Black Panther Party et Angela Davis, l'écrivain Jean Genet publie dans le quotidien de référence devenu de révérence Le Monde une tribune restée fameuse (reprise dans le volume d'écrits politiques de Genet publié chez Gallimard, L'ennemi déclaré). Opposant la violence terroriste à la brutalité du système, Genet développe un argumentaire qui, non seulement ne serait pas publié aujourd'hui par Le Monde (qui diffuse, on l'a vu en Côte d'Ivoire, en Libye et en Syrie, exactement ce que les autorités françaises lui demandent), mais lui vaudrait plaintes, procès et condamnations. Sous le gouvernement du Sarkozy à la catalane Valls, l'apologie du terrorisme valant le terrorisme. Relisons Genet sur le terrorisme (et tout le reste) avant que le grand Inquisiteur bonzaï Valls, ce vulgaire Mandchourian premier ministre, cet ancien pro-Palestiniens devenu "éternellement lié à Israël" (Quand même !), ne le mette à l'index, nie et révise l'histoire de la littérature en vue de l'en effacer.

Les journalistes jettent à la volée des mots qui en mettent plein la vue sans trop se préoccuper de la lente germination de ces mots dans les consciences.

Violence - et son complément indispensable: non-violence, sont un exemple. Si nous réfléchissons à n'importe quel phénomène vital, selon même sa plus étroite signification qui est: biologique, nous comprenons que violence et vie sont à peu près synonymes.

Le grain de blé qui germe et fend la terre gelée, le bec du poussin qui brise la coquille de l'oeuf, la fécondation de la femme, la naissance d'un enfant relèvent d'accusation de violence. Et personne ne met en cause l'enfant, la femme, le poussin, le bourgeon, le grain de blé ".

Le procès qui est fait à la " RAF " (Rote Armee Fraktion), le procès de sa violence est bien réel, mais l'Allemagne fédérale et, avec elle, toute l'Europe et l'Amérique veulent se duper. Plus ou moins obscurément, tout le monde sait que ces deux mots: procès et violence, en cachent un troisième: la brutalité.

La brutalité du système.

Et le procès fait à la violence c'est cela même qui est la brutalité. Et plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire. Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu'à l'héroïsme.

Voici une phrase d'Andreas: " La violence est un potentiel économique ".

Quand la violence est définie ou décrite comme plus haut, il faut dire ce qu'est la brutalité, il ne s'agit pas de remplacer un mot par un autre en laissant à la phrase sa fonction accusatrice à l'égard des hommes qui emploient la violence.

Il s'agit plutôt de rectifier un jugement quotidien et de ne pas permettre au pouvoir de disposer à leur gré, pour leur confort, du vocabulaire, comme ils l'ont fait, le font encore avec le mot brutalité qu'ils remplacent, ici, en France, par " bavures " ou " incidents de parcours ".

Comme les exemples de violence nécessaire sont incalculables, les faits de brutalité le sont aussi puisque la brutalité vient toujours s'opposer à la violence.

Je veux dire encore à une dynamique ininterrompue qui est la vie même.

La brutalité prend donc les formes les plus inattendues, pas décelables immédiatement comme brutalité: l'architecture des HLM, la bureaucratie, le remplacement du mot -propre ou connu- par le chiffre, la priorité, dans la circulation, donnée à la vitesse sur la lenteur des piétons, l'autorité de la machine sur l'homme qui la sert, la codification des lois prévalant sur la coutume, la progression numérique des peines, l'usage du secret empêchant une connaissance d'intérêt général, l'inutilité de la gifle dans les commissariats, le tutoiement policier envers qui a la peau brune, la courbette obséquieuse devant le pourboire et l'ironie ou la grossièreté s'il n'y a pas de pourboire, la marche au pas de l'oie, le bombardement d'Haïphong , la Rolls-Royce de quarante millions...

Bien sûr, aucune énumération ne saurait épuiser les faits, qui sont comme les avatars multiples par lesquels la brutalité s'impose.

Et toute la violence spontanée de la vie continuée par la violence des révolutionnaires sera tout juste suffisante pour faire échec à la brutalité organisée.

Nous devons à Andreas Baader, à Ulrike Meinhof, à Holger Meins, à Gudrun Ennslin et Jan-Carl Raspe, à la " RAF " en général de nous avoir fait comprendre, non seulement par des mots mais par leurs actions, hors de prison et dans les prisons, que la violence seule peut achever la brutalité des hommes.

Une remarque ici: la brutalité d'une irruption volcanique, celle d'une tempête, ou plus quotidienne celle d'un animal, n'appellent aucun jugement.

La violence d'un bourgeon qui éclate - contre toute attente et contre toute difficulté - nous émeut toujours.

Evidemment une chance est possible: que la brutalité, par son excès même, se détruise, ou plutôt, non qu'elle change de fin - par définition elle n'en a pas - mais en arrive à s'effacer, à s'anéantir à long terme, devant la violence. La colonisation du 1/3 monde ne fut qu'une série de brutalités, très nombreuses et très longues, sans autre but que celui, plutôt atrophié, de servir la stratégie des pays colonialistes et l'enrichissement des sociétés d'investissement aux colonies.

Il en résulta donc une misère, un désespoir qui ne pouvaient que nourrir une violence libératrice.

Mais jamais dans ce que nous connaissons d'eux, les membres de la " RAF " ne laissent leur violence devenir brutalité pure, car ils savent qu'ils seraient immédiatement métamorphosés en cet ennemi qu'ils combattent.

Dans cette correspondance, dans les dépositions, une préoccupation est particulièrement remarquable: sans se soucier des anecdotes sur le Kremlin, des vaticinations de De Gaulle sur certain dîner de Staline ou d'autres détails rapportés par les kremlinologues et qui ont autant de signification que les écarts sentimentaux de la reine d'Angleterre, la " RAF " s'attache à démontrer que, de Lénine jusqu'à maintenant, la politique soviétique ne s'est jamais écartée du soutien aux peuples du 1/3 monde.

Qu'on l'explique comme on voudra, cette politique n'est jamais en défaut.

Elle peut se trouver, et se trouve souvent, embarrassée par la complexité toujours vive des rapports féodaux, tribaux, à laquelle ajoutent les intérêts, les manoeuvres contradictoires des anciennes puissances coloniales et ceux de l'Amérique, mais depuis 1917 et malgré ce que nous disent les commentateurs occidentaux, malgré ce que serait sa politique intérieure, l'Union soviétique, soit par des accords de gouvernement à gouvernement, soit par ses votes à l'O.N.U. et dans les organismes internationaux, a pris toujours le parti du plus faible, du plus démuni.

Cela, beaucoup de personnes le savent, c'est certain.

En Europe - et par Europe il faut entendre aussi le monde européen d'Amérique - et surtout en Allemagne de l'Ouest, dans cet univers tellement anti-soviétique, la " RAF " rétablit une évidence politique, occultée en Europe.
Est-ce pour cela que la Fraction Armée Rouge est si peu - malgré le retentissement de ses arguments politiques, étouffés il est vrai par une action violente nommée ici "terrorisme " (parenthèse: un mot encore, celui de "terrorisme " qui devrait être appliqué autant et davantage aux brutalités d'une société bourgeoise) - est si peu, disons-nous, acceptée par certains gauchismes?

Il y a peut-être encore d'autres raisons: c'est que la Fraction Armée Rouge paraît être le contraire de ce que fut Mai 1968, et son prolongement. Surtout son prolongement.

Dès le début, la révolte étudiante - mais non les grèves dans les usines - se donne une allure frondeuse qui se traduit en escarmouches où les adversaires, polices et manifestants, cherchent, avec plus ou moins d'élégance, à éviter l'irréparable.

Les jeux nocturnes des rues relèvent plus de la dans que du combat. Les manifestations sont verbeuses, ouvertes même à la police et aux provocateurs de droite.

Quant aux prolongements de ce mois de mai, nous les apercevons comme une sorte de dentelle angélique, spiritualiste, humaniste.

La " RAF " s'est organisée avec à la fois une dureté de bouchon bien vissé, avec une étanchéité des structures, avec une action violente qui ne cesse ni en prison ni hors d'elle, et conduit, avec précision, chacun de ses membres aux limites de la mort, aux app-roches de la mort soufferte en s'opposant encore violemment aux brutalités judiciaires et carcérales, et jusqu'à la mort elle-même.

L'héroïsme n'est pas à la portée de n'importe quel militant. On peut donc penser que les gauchistes désinvoltes, épinglés par Ulrike... " le radicalisme seulement verbal "... sont apeurés devant une détermination aussi conséquente.
Dans cette longue correspondance et ces déclarations, on ne trouvera pas le mot de Goulag.

Ce que l'URSS a fait, ce qu'elle aurait fait de négatif - sans être escamoté - cède à ce qu'elle a fait, qu'elle fait de positif.

Chaque membre de la " RAF " accepte, revendique, exige d'être, et entièrement, jusqu'à la torture et jusqu'à la mort, l'une des îles de cet archipel du Goulag occidental.

Toute la " déclaration d'Ulrike pour la libération d'Andreas au procès de Berlin-Moabit " dit très bien, d'une façon explicité, que c'est la brutalité même de la société allemande qui a rendu nécessaire la violence de la " RAF ".

On le comprend à la lecture de cette déclaration, et particulièrement du passage commençant par: " La guérilla, et pas seulement ici, car il n'en pas été autrement au Brésil... on est un groupe de camarades qui a décidé d'agir, de quitter l'état léthargique, le radicalisme seulement verbal, les discussions de plus en plus vaines sur la stratégie, nous avons décidé de lutter... ".

L'Allemagne est devenue ce qu'en attendaient les gouvernements des Etats-Unis: leur extrême glacis à l'Est, et le plus offensif.

A cette brutalité se perpétuant elle-même selon sa logique devenue folle, interdisant ou laminant un parti communiste presque hors-la-loi , la " RAF " ne pouvait opposer que la violence héroïque.

Admettons un court instant que la correspondance d'Andreas, d'Ulrike et de ses camarades se nourrit, se fortifie d'exigences de plus en plus inaccessibles, de plus en plus "inhumaines ", il faut alors se demander qui est la cause: cette Allemagne inhumaine voulue par l'Amérique.

Et demandons-nous si l'aggravation n'est pas obtenue par la prison, l'isolement, les systèmes d'écoute - à les lire, on a l'impression que les prisonniers sont à l'intérieur d'une énorme oreille - , les systèmes d'observation, le silence, la lumière; et si l'aggravation n'était pas voulue - par Buback et le système - afin que les prisonniers nous apparaissent monstrueux, que leurs écrits nous éloignent d'eux, que leur mort, lente ou brutale, nous laisse indifférents; afin que nous ne sachions plus qu'il s'agit d'hommes que d'autres torturent mais d'un monstre qu'on a capturé.

Si c'était le but, de Buback et du système, ils ont perdu: Holger nous donne à voir le portrait terrifiant de celui qui s'oppose à la brute capitaliste, Ulrike, Andreas, Gudrun et Jan-Carl tout au long de leur correspondance ou de leurs débats, ont réussi à nous convaincre, et à nous émouvoir.

Voici une citation d'Ulrike: " Les flics essaient, par leur tactique de la guerre psychologique de retourner les faits que l'action de la guérilla avait remis sur leurs pieds.

A savoir que ce n'est pas le peuple qui dépend de l'Etat mais l'Etat qui dépend du peuple; que ce n'est pas le peuple qui a besoin des sociétés par actions des multinationales et de leurs usines, mais que ce sont ces salauds de capitalistes qui ont besoin du peuple; que la police n'a pas pour but de protéger le peuple des criminels, mais de protéger l'ordre des exploiteurs impérialistes du peuple; que le peuple n'a pas besoin de la justice, mais la justice du peuple; que nous n'avons pas besoin ici de la présence des troupes et des installations américaines, mais que c'est l'impérialisme US qui a besoin de nous.

Par la personnalisation et la psychologisation, ils projettent sur nous ce que eux sont: les cliches de l'anthropologie du capitalisme, la réalité de ses masques, de ses juges, de ses procureurs, de ses matons, de ses fascistes: un salaud qui se complaît dans son aliénation, qui ne vit qu'en torturant, opprimant, exploitant les autres, dont la base d'existence est la carrière, l'avancement, jouer des coudes, profiter des autres; qui se réjouit de l'exploitation, de la faim, de la misère, et du dénuement de quelques milliards d'êtres humains dans le 1/3 monde et ici ".

Je souligne cette phrase car elle révèle que la misère du 1/3 monde - misère physique, morale, intellectuelle - est constamment présente en eux, que cette misère la " RAF " la vit dans sont esprit et dans son corps.

Quand ils dénoncent les brutalités des Etats-Unis et de son agent privilégié, l'Allemagne fédérale, c'est de cette Allemagne asservie qu'ils se préoccupent mais c'est au même moment, dans le même mouvement qu'ils se préoccupent de toute la misère du monde.

Et quand ils écrivent cela, les membres de la " RAF " ne prouvent pas seulement la générosité et la tendresse voilée de tout révolutionnaire, ils disent encore une sensibilité très délicate à l'égard de ce qu'ici, en Europe, nous continuons à nommer le rebut.

Si l'analyse de Marx est juste: " Le progrès révolutionnaire se fraie son chemin quand il provoque une contre-révolu-tion puissante, qui se ferme sur elle-même, en engendrant son adversaire qui ne pourra ame-ner le parti de l'insurrection dans sa lutte contre lui qu'à évoluer vers un véritable parti révolutionnaire... ", alors nous devons recon-naître que la "RAF ", au prix de sacrifices cette fois surhumains, décide de "frayer " le chemin, avec tout ce que cela implique de solitude, d'incompréhension, de violence intérieure.

Ils sont dans cette situation dangereuse, attentifs à en refuser l'orgueil, sachant que leur pensée doit être débarrassée de toutes scories imbéciles afin d'être de plus en plus aiguë par une analyse toujours plus fine.

Et attentifs aux méthodes de lutte du système contre eux.

Au procès du 26 août 1975, Andreas déclare sèchement: "L'Etat se bat ici avec tous les moyens dont il dispose - c'est ce que [le chancelier] Schmidt a suffisamment répété, qu'il s'agissait de mettre en oeuvre tous les moyens - et ce sont justement tous les moyens organisés de la répression, du mensonge, de la manipulation, de la technique - il y va de l'image d'omnipotence impériale qu'il se donne de lui-même contre la tendance historique consciemment articulée de notre politique, dans l'insurrection, c'est là qu'elle apparaît en antagonisme avec la société et dont illégitime ".

En lisant certaines déclarations au tribunal, nous comprendrons ce qu'il leur faut de franchise et de finesse afin de laisser dans le gris les structures de l'Organisation, de dire, par le moyen de magnétophones installés par le tribunal, de dire clairement, expressément ce qu'ils ont voulu faire, de dire la situation de l'Allemagne (celle de[s chanceliers] Brandt et Schmidt), une Allemagne imposée par l'Amérique et dont la bourgeoisie, enorgueillie par les exploits du deutsche Mark, se croit tenue pour quitte du nazisme grâce à son anticommunisme.

Il est du reste évident que l'opposition de l'Allemagne fédérale à tout parti communiste ouvert est dans une grande part responsable de l'existence de la " RAF " qui prouve, de façon éclatante, que la social-démocratie est démocrate dans ses discours, inquisitoriale quand elle le veut.

Et inquisitoriale - avec tortures " propres ", " raffinées ", grâce aux techniques modernes - inquisitoriale sans remords, sans troubles.

L'Allemagne, qui a aboli la peine de mort, conduit à la mort par grèves de la faim et de la soif, isolement par la "dépréciation " du moindre bruit sauf le bruit du coeur de l'incarcéré qui, sous vide, est amené à découvrir dans son corps le bruit du sang qui bat, des poumons, enfin son bruit organique afin de savoir que sa pensée est produite par un corps.

Dire que la situation qui est faite aux membres emprisonnées de la " RAF " est criminelle, c'est ne rien dire.

Le jugement moral cesse, dans les consciences des magistrats et dans celles de la population que les moyens de presse, donc de pression, ont conduit à l'état passionné du répit absolu.

Il est à craindre que l'Allemagne ne se sente purifiée quand " tous seront morts, et morts par leur volonté de mourir ", donc " morts parce qu'ils se savent coupables ", puisque c'est la signification tranquillisante pour l'Allemagne des grèves de la faim et de la soif jusqu'à la mort.

En lisant ce livre d'Andreas et d'Ulrike, de Gudrun et de Jan-Carl, souvenons-nous que des journalistes allemands s'élèvent contre la nutrition par sonde et décrètent que le devoir du médecin est de placer la nourriture à portée des détenus: libre à eux de vivre ou de mourir.

Comme de la même façon les magistrats se tirent d'affaire en décrétant que ce sont les avocats, incapables de convaincre leurs clients, qui sont coupables du délit - ou crime? - de non-assistance à personne en danger.

Mais accuser le gouvernement allemand, l'administration allemande, la population allemande, qu'est-ce que cela signifie?

Si les USA n'étaient pas présents physiquement en Allemagne, si leur ambition n'avait pas atteint cette enflure, si l'Europe n'avait pas, clairement ou non, assigné à l'Allemagne de l'Ouest une fonction policière face à l'Est, cette aiguille qu'est la " Raf " dans la chair trop grasse de l'Allemagne serait peut-être moins aiguë et l'Allemagne moins inhumaine.

Si l'on veut, je crois voir ici un double phénomène de mépris. L'Allemagne cherche - et dans une certaine mesure réussit - à donner de la " RAF " une image terrifiante, monstrueuse. D'autre part, et par le même mouvement, le reste de l'Europe et l'Amérique, en encourageant l'intransigeance de l'Allemagne dans son activité tortionnaire contre la " RAF ", cherchent, et dans une certaine mesure réussissent, à donner de l'Allemagne " éternelle " une image terrifiante, monstrueuse.

JEAN GENET

Published by Gri-Gri International - dans Terrorisme CharlieHebdo Littérature Politique
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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 11:34
#LibertédExpression / Qui défendra le dirlo de ce journal marocain ? (#CharlieHebdo)

SOURCE

Le président français figure en première page de l'hebdomadaire Al Watan Al An, affublé d'une moustache et d'une croix gammée. Le directeur de la publication «assume» et parle de «sonnette d'alarme».

Avec cette couverture, l'hebdomadaire entend dénoncer l'attitude de la France vis-à-vis des citoyens musulmans. «Le gouvernement français n'assure pas la sécurité des citoyens musulmans en France», assure Abderrahim Ariri, directeur de la publication, interrogé par Tel Quel, affirmant que «plusieurs lieux de culte musulmans sont attaqués quotidiennement sans que cela n'alerte les autorités françaises». Le patron de l'hebdomadaire considère par ailleurs que «la gauche comme la droite française sont partis dans une compétition qui va causer le plus de tort à la communauté musulmane après ces attentats», en référence aux attaques à Charlie Hebdo et celles de Montrouge et de l'Hyper Cacher de Vincennes les 7, 8 et 9 janvier.

Sa critique est alimentée par la hausse d'actes anti-musulmans en France depuis les attentats. Le 19 janvier, l'Observatoire contre l'islamophobie en dénombrait 116 depuis le premier attentat, soit une augmentation de plus de 110% sur la totalité du mois de janvier 2014.

Passible de poursuites

L'hebdomadaire Al Watan Al An n'est pas un média de référence au Maroc. «Son tirage et son impact restent limités par rapport aux autres», explique Abderrahim Ariri à Francetvinfo. Auparavant journal régional de Casablanca, il est devenu en hebdomadaire en 2006. «Il n'hésite pas à prendre position, mais il n'est pas habitué des unes à scandale», indique le directeur de la publication au site d'actualité, qui «assume» néanmoins cette couverture. «C'est une sonnette d'alarme pour la classe politique, au Maroc et en France», assure-t-il au site d'actualité, évoquant «beaucoup de témoignages» indiquant une hausse de l'islamophobie en France.

Assumée ou pas, cette couverture pourrait entraîner des poursuites. Tel Quel évoque ainsi l'article 52 du Code de la presse marocain, selon lequel «l'offense commise publiquement envers la personne des chefs d'État et leur dignité (...) sera punie d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de 10 000 à 100 000 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement». Ce choix éditorial ne devrait pas non plus aider à l'amélioration des relations franco-marocaines, dont les tensions régulières se sont encore accentuées ces derniers jours avec l'annulation d'une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays.

PS : la titraille est de la rédaction

Published by Gri-Gri International - dans Ordre (du jour) Politique CharlieHebdo
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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 12:00
#CharlieHebdo / Les frères Kouechi sont les enfants de la France, pas de l'islam (Yasmina Khadra)

Ajoutée le 17 janv. 2015

The French-Algerian author shares his views on literature, politics, freedom of speech, and the Charlie Hebdo attack.

http://www.yasmina-khadra.com/

Published by Gri-Gri International - dans CharlieHebdo Gos et Gars du moment Algérie
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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 09:10
En route vers I Télé, Bassam Tahhan répond au Cercle des Volontaires
En route vers I Télé, Bassam Tahhan répond au Cercle des Volontaires

Ajoutée le 10 janv. 2015

Le Cercle des Volontaires a souhaité s'entretenir avec Bassam Tahhan, géopoliticien et spécialiste du Coran, à propos de l'attaque de Charlie Hebdo et des événements qui s'en sont suivis. Qui sont les djihadistes ? Qui les soutient, les finance ?

http://www.cercledesvolontaires.fr

Published by Gri-Gri International Cercle des Volontaires - dans Syrie CharlieHebdo Politique
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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 09:04
#CharlieHebdo / Pourquoi Hollande et Fabius ne peuvent pas être Charlie / ITV Jean-Loup Izambert

Ajoutée le 11 janv. 2015

Cinq jours après l'attaque du Charlie Hebdo, le Cercle des Volontaires a souhaité de nouveau s'entretenir avec Jean-Loup Izambert afin de décrypter les événements, qui se sont soldés par la mort des trois djihadistes. Après une courte analyse des faits, nous revenons sur les réactions politiques, et notamment la manifestation de dimanche, à Paris et dans plusieurs villes de province. Ensuite, nous évoquons ce que révèle l'utilisation de l'expression « La France est en guerre » par nombre de commentateurs dans les médias « mainstream ». Enfin, nous nous interrogeons sur la vague d'indignation internationale qui a pris la forme du slogan « Je suis Charlie », omniprésent notamment sur les réseaux sociaux.

Jean-Loup Izambert est journaliste indépendant, ancien collaborateur à VSD, Les Echos et L'Humanité. Il finalise actuellement l'écriture d'un livre, "56", résultat d'enquête sur les liens entre des politiciens socialistes français et la mouvance terroriste.

http://www.cercledesvolontaires.fr

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 08:00
#JeSuisCharlie fait irrésistiblement penser au Nous sommes tous américains, par F.Lordon

SOURCE

mardi 13 janvier 2015, par Frédéric Lordon

Ce texte est tiré d’une intervention à la soirée « La dissidence, pas le silence ! », organisée par le journal Fakir à la Bourse du travail à Paris le 12 janvier 2015.

Lorsque le pouvoir de transfiguration de la mort, ce rituel social qui commande l’éloge des disparus, se joint à la puissance d’une émotion commune à l’échelle de la société tout entière, il est à craindre que ce soit la clarté des idées qui passe un mauvais moment. Il faut sans doute en prendre son parti, car il y a un temps social pour chaque chose, et chaque chose a son heure sociale sous le ciel : un temps pour se recueillir, un temps pour tout dire à nouveau.

Mais qu’on se doive d’abord à la mémoire de ceux qui sont morts n’implique pas, même au plus fort du traumatisme, que toute parole nous soit interdite. Et notamment pour tenter de mettre quelque clarification dans l’inextricable confusion intellectuelle et politique qu’un événement si extrême ne pouvait manquer, en soi, de produire, à plus forte raison sous la direction éclairée de médias qui ne louperont pas une occasion de se refaire la cerise sur le dos de la « liberté d’expression », et de politiques experts en l’art de la récupération.

Disons tout de suite que l’essentiel de cette confusion se sera concentré en une seule phrase, « Je suis Charlie », qui semble avoir tout d’une limpide évidence, quand tant d’implicites à problème s’y trouvent repliés.

« Je suis Charlie ». Que peut bien vouloir dire une phrase pareille, même si elle est en apparence d’une parfaite simplicité ? On appelle métonymie la figure de rhétorique qui consiste à donner une chose pour une autre, avec laquelle elle est dans un certain rapport : l’effet pour la cause, le contenu pour le contenant, ou la partie pour le tout. Dans « Je suis Charlie », le problème du mot « Charlie » vient du fait qu’il renvoie à une multitude de choses différentes, mais liées entre elles sous un rapport de métonymie. Or ces choses différentes appellent de notre part des devoirs différents, là où, précisément, leurs rapports de métonymie tendent à les confondre et à tout plonger dans l’indistinction.

Charlie, ce sont d’abord des personnes humaines, privées – par bonheur, on s’est aperçu rapidement que dire simplement « Charlie » pour les rassembler faisait bon marché de deux policiers, un agent de maintenance, un malheureux visiteur de ce jour là, et puis aussi de cinq autres personnes, dont quatre juives, tuées les deux jours d’après. Sauf à avoir rompu avec toute humanité en soi, on ne pouvait qu’être frappé de stupeur et d’effroi à la nouvelle de ces assassinats.

Mais l’émotion n’a été si considérable que parce qu’il était perceptible à tous que ce qui venait d’être attaqué excédait évidemment les personnes privées. Et voici donc le deuxième sens possible de « Charlie » : Charlie comme métonymie des principes de liberté d’expression, des droits à exprimer sans craindre pour sa sécurité, tels qu’ils sont au cœur de notre forme de vie.

On pouvait donc sans doute se sentir Charlie pour l’hommage aux personnes tuées – à la condition toutefois de se souvenir que, des personnes tuées, il y en a régulièrement, Zied et Bouna il y a quelque temps, Rémi Fraisse il y a peu, et que la compassion publique se distribue parfois d’une manière étrange, je veux dire étrangement inégale.

On pouvait aussi se sentir Charlie au nom de l’idée générale, sinon d’une certaine manière de vivre en société, du moins d’y organiser la parole, c’est-à-dire au nom du désir de ne pas s’en laisser conter par les agressions qui entreprennent de la nier radicalement. Et l’on pouvait trouver qu’une communauté, qui sait retourner ainsi à l’un de ses dénominateurs communs les plus puissants, fait une démonstration de sa vitalité.

Mais les choses deviennent moins simples quand « Charlie » désigne – et c’est bien sûr cette lecture immédiate qui avait tout chance d’imposer sa force d’évidence – quand « Charlie », donc, désigne non plus des personnes privées, ni des principes généraux, mais des personnes publiques rassemblées dans un journal. On peut sans la moindre contradiction avoir été accablé par la tragédie humaine et n’avoir pas varié quant à l’avis que ce journal nous inspirait – pour ma part il était un objet de violent désaccord politique. Si, comme il était assez logique de l’entendre, « Je suis Charlie » était une injonction à s’assimiler au journal Charlie, cette injonction-là m’était impossible. Je ne suis pas Charlie, et je ne pouvais pas l’être, à aucun moment.

Je le pouvais d’autant moins que cette formule a aussi fonctionné comme une sommation. Et nous avons en quelques heures basculé dans un régime de commandement inséparablement émotionnel et politique. Dès ses premiers moments, la diffusion comme traînée de poudre du « Je suis Charlie » a fait irrésistiblement penser au « Nous sommes tous américains » du journal Le Monde du 12 septembre 2001. Il n’a pas fallu une demi-journée pour que cette réminiscence se confirme, et c’est Libération qui s’est chargé de faire passer le mot d’ordre à la première personne du pluriel : « Nous sommes tous Charlie » — bienvenue dans le monde de l’unanimité décrétée, et malheur aux réfractaires. Et puis surtout célébrons la liberté de penser sous l’écrasement de tout dissensus, en mélangeant subrepticement l’émotion de la tragédie et l’adhésion politique implicite à une ligne éditoriale. Ceci d’ailleurs au point de faire à la presse anglo-saxonne le procès de se montrer hypocrite et insuffisamment solidaire (obéissante) quand elle refuse de republier les caricatures. Il fallait donc traverser au moins une mer pour avoir quelque chance de retrouver des têtes froides, et entendre cet argument normalement élémentaire que défendre la liberté d’expression n’implique pas d’endosser les expressions de ceux dont on défend la liberté.

Mais cette unanimité sous injonction était surtout bien faite pour que s’y engouffrent toutes sortes de récupérateurs. Les médias d’abord, dont on pouvait être sûr que, dans un réflexe opportuniste somme toute très semblable à celui des pouvoirs politiques dont ils partagent le discrédit, ils ne manqueraient pas pareille occasion de s’envelopper dans la « liberté de la presse », cet asile de leur turpitude. A l’image par exemple de Libération, qui organise avec une publicité aussi ostentatoire que possible l’hébergement de Charlie Hebdo. Libération, ce rafiot, vendu à tous les pouvoirs temporels, auto-institué dernière demeure de la liberté d’expression ! — peut-être en tous les sens du terme d’ailleurs. Et combien de la même farine derrière Libé pour faire de la surenchère dans le Charlisme ?

« Si cet homme qui, dit-on, riait de tout revenait en ce siècle, il mourrait de rire assurément », écrit Spinoza dans une de ses lettres. Et c’est vrai qu’il y a de quoi rire longtemps à voir ainsi les organes de la soumission à l’ordre social entonner avec autant de sincérité l’air de l’anticonformisme et de la subversion radicale. Rire longtemps... enfin pas trop quand même, car il faudra bien songer un jour à sortir de cette imposture.

Ce sera sans l’aide du pouvoir politique, qui n’a jamais intérêt au dessillement, et à qui l’union nationale a toujours été la plus fidèle des ressources. Union nationale, et même internationale en l’occurrence, dont une version carabinée nous aura été administrée. Fallait-il qu’elle soit incoercible la pulsion récupératrice de François Hollande de se faire reluire à la tête de Paris « capitale du monde » pour convier, de proche en proche, jusqu’à Orban, Porochenko, et puis Netanyahu, Lieberman, etc. de hautes figures morales, connues pour se partager entre défenseurs de la liberté de la presse et amis du dialogue interconfessionnel [1].

Par bonheur, il s’est déjà trouvé suffisamment de voix pour s’inquiéter des usages, ou plutôt des mésusages, que ce pouvoir ne manquera pas de faire d’une mobilisation de masse qu’il s’empressera de considérer comme un mandat.

Espérons qu’il s’en trouvera également pour recommander à quelques éditorialistes un court séjour en cellule de dégrisement, et pour leur apporter le café salé. Dans la concurrence pour être à la hauteur de l’Histoire, et même – pente aussi fatale que grotesque de l’information en continu – pour être les premiers à « annoncer » l’Histoire, il était logique que tous criassent à l’Histoire et à l’Historique à propos de la manifestation d’hier. S’il est permis d’en rire, on dira que, historique, elle l’a sans doute été sous quelque rapport, au moins pour être la première du genre où le comptage de la police avait une chance d’être supérieur à celui des organisateurs. On ne sache pas cependant qu’il soit resté grand-chose des manifestations monstres de Carpentras et du 1er mai 2002, effusions collectives qui avaient déjà hystérisé le commentariat, mais dont on doit bien reconnaître que la productivité politique aura été rigoureusement nulle.

On aimerait beaucoup qu’il en aille autrement cette fois-ci, mais on ne peut pas s’empêcher de poser en toute généralité la question de savoir s’il n’y a pas un effet de substitution entre le degré de l’unanimité et sa teneur politique possible. Par construction, arasant toute la conflictualité qui est la matière même de la politique, la masse unie est tendanciellement a-politique. Ou alors, c’est que c’est la Révolution – mais il n’est pas certain que nous soyons dans ce cas de figure…

Il y aurait enfin matière à questionner la réalité de l’« union nationale » qu’on célèbre en tous sens. Tout porte à croire que le cortège parisien, si immense qu’il ait été, s’est montré d’une remarquable homogénéité sociologique : blanc, urbain, éduqué. C’est que le nombre brut n’est pas en soi un indicateur de représentativité : il suffit que soit exceptionnellement élevé le taux de mobilisation d’un certain sous-ensemble de la population pour produire un résultat pareil.

Alors « union nationale » ? « Peuple en marche » ? « France debout » ? Il s’agirait peut-être d’y regarder à deux fois, et notamment pour savoir si cette manière de clamer la résolution du problème par la levée en masse n’est pas une manière spécialement insidieuse de reconduire le problème, ou d’en faire la dénégation. A l’image des dominants, toujours portés à prendre leur particularité pour de l’universel, et à croire que leur être au monde social épuise tout ce qu’il y a à dire sur le monde social, il se pourrait que les cortèges d’hier aient surtout vu la bourgeoisie éduquée contempler ses propres puissances et s’abandonner au ravissement d’elle-même. Il n’est pas certain cependant que ceci fasse un « pays », ou même un « peuple », comme nous pourrions avoir bientôt l’occasion de nous en ressouvenir.

Il y a une façon aveuglée de s’extasier de l’histoire imaginaire qui est le plus sûr moyen de laisser échapper l’histoire réelle — celle qui s’accomplit hors de toute fantasmagorie, et le plus souvent dans notre dos. Or, l’histoire réelle qui s’annonce a vraiment une sale gueule. Si nous voulons avoir quelque chance de nous la réapproprier, passé le temps du deuil, il faudra songer à sortir de l’hébétude et à refaire de la politique. Mais pour de bon.

Published by Gri-Gri International - dans CharlieHebdo Politique
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