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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 09:13
#Niger #BokoHaram / Free Moussa Tchangari !

SOURCE

L’Observatoire a été informé par des sources fiables de l’arrestation et de la détention de M. Moussa Tchangari, secrétaire général de l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC).

APPEL URGENT - L’OBSERVATOIRE

NER 001 / 0515 / OBS 042
Arrestation / Détention arbitraire
Niger
20 mai 2015

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de l’Organisation Mondiale Contra la Torture (OMCT) et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Niger.

Description de la situation :

L’Observatoire a été informé par des sources fiables de l’arrestation et de la détention de M. Moussa Tchangari, secrétaire général de l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC).

Selon les informations reçues, le 18 mai 2015, alors qu’il se rendait à la Cellule Anti-terroriste (CAT) de Niamey pour y apporter de la nourriture à plusieurs détenus, M. Tchangari a été appréhendé par des éléments de la CAT, relevant de la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN).

Au moment de la publication de cet appel urgent, M. Moussa Tchangari n’avait toujours pas pu s’entretenir avec son avocat et les raisons de son interpellation n’étaient pas connues.

En mai 2015, AEC a publié un rapport sur la situation humanitaire et des droits de l’Homme dans la région de Diffa, dénonçant particulièrement les violations des droits de l’Homme consécutives à la proclamation de l’état d’urgence dans la région de Diffa dans le cadre de la lutte contre le groupe armé terroriste « Boko Haram ».

L’Observatoire dénonce l’arrestation M. Moussa Tchangari, en ce qu’elle semble n’avoir pour seul but que de sanctionner ses activités de défense des droits de l’Homme, et prie les autorités du Niger de procéder à sa libération immédiate et inconditionnelle.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités nigériennes en leur demandant de :

I. Libérer immédiatement et inconditionnellement M. Moussa Tchangari car sa détention est arbitraire en ce qu’elle ne vise qu’à sanctionner ses activités de défense des droits de l’Homme ;

II. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de M. Moussa Tchangari et de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme nigériens ;

III. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à son article 1 qui stipule que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales aux niveaux national et international” et son article 12.2 qui prévoit que “l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration” ;

IV. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Niger.

Adresses :

· M. Issoufou Mahamadou, Président de la République du Niger, Tél. : +227 20 72 24 72, Fax : + 227 20 73 34 30
· M. Brigi Rafini, Premier Ministre, Cabinet du Premier Ministre BP 893 Niamey, Niger ; Tél : + 227 20 72 26 99, Fax : + 227 20 73 58 59
· M. Marou Amadou, Ministre de la Justice, Tél : +227 08 00 11 11Fax : +227 20 72 37 77
· M. Massaoudou Hassoumi, Ministre de l’Intérieur, Tél. :+227 20 32 32 62, Fax : + 227 20 72 21 76
· Mission permanente du Niger auprès de l’Union européenne, Fax : + 32 2 648 27 84
· Mission permanente du Niger auprès des Nations unies à Genève, 23 Avenue de France, 1202 Genève, Suisse. Tél : +41 22 979 24 50 – Fax : +41 22 979 24 51

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Niger dans vos pays respectifs.


Paris-Genève, le 20 mai 2015

24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 08:17
#BokoHaram / De la secte à l'Etat, par Michel Galy

La planète entière est, avec un mois de retard sur les événements, bouleversée à juste titre par le rapt de 200 lycéennes du Nord Nigeria, ce « géant pétrolier » de l’Afrique qui s’est vite révélé incapable de les retrouver. Emerge alors, via un hashtag devenu célèbre et bientôt détourné à qui mieux mieux, une campagne internationale inédite qui mobilise les foules, et mêle Web.2.0, bonne conscience « humanitaire » ou mondaine et…intervention militaire sans précédent !

Le « sommet de l'Elysée » du Samedi 18 mai est un moyen pour l’Armée et l’Etat français de ne pas perdre la main – surtout de ne pas laisser les USA intervenir à grand fracas : mieux vaut provoquer une intervention supplémentaire, même hors de nos moyens, opinent les géopolitologues ou « intellectuels » organiques, plutôt qu’en être exclus !

Si, sans contester le devoir de sauver les jeunes filles victimes, on garde la tête froide et l’analyse raisonnée, on ne peut s’empêcher de faire des parallèles : la situation rappelle en fait celle des djihadistes du Nord Mali et de l’opération Serval en janvier 2013. Ou encore celle des « rebelles » de la Seleka - qu’on laisse prendre Bangui, la capitale centrafricaine - et de l’opération Sangaris en décembre de la même année.

Et en remontant la série plus en amont, la série des « OPEX » qui s’accélère, en grande continuité sous Sarkozy et Hollande : Libye, Côte d’Ivoire, Mali, RCA, Nord Nigeria… ou pour celles qui se dessinent, faut-il dire : Nigeria, et Niger, et Cameroun, et Tchad ? Quoique la base française, dans ce dernier pays, y soit depuis « l’Indépendance », confortant de nos jours le régime d’Idriss Deby – tout en prétendant en « finir avec la Françafrique »…

L’« opération Boko Haram » (titre provisoire, nul doute qu’un terme exotique fera dans les jours qui viennent le bonheur des journalistes…) comporte déjà ce qui caractérise le « triangle » des pouvoirs dans la très bushienne « guerre au terrorisme » : Etats/groupes armés/médias, en interaction complexe mais permanente.

Au-delà, il est bien clair pour les observateurs, et déjà les historiens, que l'« affaire Boko Haram » est bien le symptôme d’une série de soulèvements sporadiques des sociétés africaines qu’il convient d’interroger, et de répressions occidentales à répétition .

Et que pour éviter leur recommencement - et peut être un jour des lendemains désenchantés ou peut-être des défaites militaires -, il faut en comprendre les causes, pour en esquisser des alternatives politiques.

Et ce ne sont pas les explications simplistes à la Huntington qui apportent quelques lumières, Occident vs Islam ! Autant dire que nous serons virtuellement en guerre contre un milliard de croyants…

D’une part parce que des syncrétismes d’inspiration chrétiennes sont ailleurs en jeu, telle la fameuse « Armée de Résistance du Seigneur » de Joseph Kony - qui a le même modus operandi que Boko Haram, pour l’enlèvement de jeunes filles destinées à devenir esclaves sexuelles des combattants.

D’un autre côté, les nationalistes africains, voire les panafricanistes, sont explicitement désignés par la prospective du Ministère français de la Défense comme les ennemis du pays - à l’instar par exemple de Laurent Gbagbo, de Paul Kagamé…ou d’IBK du Mali, si ce dernier ne répond pas assez vite aux diktats de la puissance (néo)coloniale pour signer très vite les « traités inégaux » et forcés du XXI ème siècle - qu’on appelle par antiphrase « accords de défense ».

Enfin parce que l’instrumentalisation des rébellions par le « complexe militaro-colonial » français – ou leur « containment », ou leur destruction - ne tiennent pas à leur religion, mais tout à leur supposée utilité immédiate, pour soutenir ou combattre à peu de frais telle dictature ou tel régime.

Sans parler des « alliances contre nature » qui font répéter à notre échelle la bourde grandiose des Américains soutenant les Talibans contre les Soviétiques en Afghanistan : n’est ce pas ce qu’il s’est passé en Libye, et ce que nous pratiquons en Syrie ?

A travers les terrains aussi différents que la Centrafrique, le Mali et aujourd’hui le Nigeria - mais qu'on a pu aussi observer en RDC, Liberia, Sierra Leone et autres terrains de guerre -, on retrouve des invariants bien mal analysés par les politologues en faveur à Paris : échec de l’Etat et du système électoral « à l’occidentale », refuges ou alternatives dans des utopies religieuses ou radicales, insurrection des périphéries délaissées et paupérisées, et dissémination des « guerres nomades ».

Car c’est bien un modèle occidental, surlégitimé par les instances onusiennes, qui est en cause : Etat prédateur, élections truquées, corruption du développement sont observés dans tous ces pays en guerre, et vont bien évidemment à l’encontre de la doxa gouvernementale, fut elle française, britannique, ou nord américaine. Et c’est plus pour conforter un « modèle failli » et non un « Etat effondré » que l’on intervient, en mettant à chaque fois des motifs « humanitaires » pour envoyer des corps expéditionnaires à répétition.

Pétrole, uranium et matières premières : c’est bien ce modèle colonial et archaïque d’échange inégal et de prédation déséquilibrée qui persiste depuis le XIX ème siècle, sous d’autres formes, mais avec la même structure, entre Occident et Afrique. Et le Nigeria en est un des derniers exemple : riche en pétrole, il n’ avait pas encore de base militaire fixe ni de corps expéditionnaires, comme au Mali il y a peu ; dès lorsque les troupes internationales s’installent à demeure, le peu d’indépendance nationale est définitivement obérée - y compris par les militaires sous contrôle UN, qui ne sont trop souvent, comme l’ont prouvé Licorne et Onuci en Côte d’Ivoire, que les supplétifs de l’ancienne puissance impériale.

L’insurrection généralisée qui vient dépasse de toute évidence, en particulier en période de crise et de restrictions des budgets militaires, les capacités françaises : le modèle militaire colonial de ce siècle sera multilatéral, ou ne sera plus.
C’est tout l’enjeu implicite du sommet de Paris, au delà de Boko Haram et des jeunes filles enlevées - qui sont d ailleurs sans doute en partie au Cameroun, Niger, ou Tchad.

TEXTE / MICHEL GALY (Politologue et enseignant à l'ILERI)

PS : tribune initialement publiée par Le Monde, en date du 20 mars 2015

19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 01:40
#Boko Haram / L'armée française déploie, lie et contacte au Cameroun

SOURCE

Lors de la conférence de presse qu’il a donnée le 11 mars, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé un « léger » renforcement des effectifs engagés dans l’opération Barkhane, dont l’objet est de contrer les groupes jihadistes présents dans la bande sahélo-saharienne (BSS).

« On va légèrement augmenter notre chiffre sur Barkhane, on le diminue par ailleurs sur Sangaris [en Centrafrique, ndlr], pour nous donner des moyens de soutien et d’accompagnement sur les tensions qui se produisent autour du lac Tchad », a ainsi affirmé M. Le Drian.

Aussi, l’annonce faite ce 17 mars par l’État-major des armées (EMA) et relayée par l’agence Reuters n’est pas une surprise. En effet, l’armée française va mettre en place un détachement de liaison et de contact au Cameroun. Et cela afin de soutenir les efforts menés contre les jihadistes du groupe nigérian Boko Haram.

« Nous sommes dans une logique de soutien, nous ne sommes pas dans une logique d’intervention militaire armée » au Nigeria, a précisé le colonel Gilles Jaron, le porte-parole de l’EMA.

Il s’agira du second détachement de liaison de ce type mis en place par les forces françaises. Le premier, qui compte une quinzaine de militaires, a été déployé à Diffa, dans le sud du Niger. Sa mission est de recueillir et de transmettre du renseignement vers la cellule de coordination et de liaison (CCL), qui, adossée à l’état-major de l’opération Barkhane, installé à N’Djamena (Tchad), est opérationnelle depuis décembre dernier.

Pour rappel, le Tchad a envoyé des troupes au Niger et au Cameroun afin d’y contrer les incursions de Boko Haram. À partir de ces pays, ces dernières ont lancé deux offensives au Nigéria contre les jihadistes.

Enfin, une force régionale, à laquelle participeront le Tchad, le Cameroun, le Nigéria, le Niger et le Bénin, devrait entrer en lice sous l’égide de l’Union africaine. Du moins après l’adoption d’une résolution par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Published by Gri-Gri International - dans BokoHaram Nigeria Cameroun Niger Armée
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 21:41
A qui profitent les conflits en Afrique / Moundé, Hodonou, Sy Savané & Protche chez Enogo & Keumayou (#VoxAfrica)

Mise en ligne le 12 mars 2015

Le deuxième numéro de Politiquement Incorrect

http://www.voxafrica.com

Thème de l'émission : "À qui profitent les conflits en Afrique ?"

Invités :

Abdelaziz Moundé, journaliste indépendant
Grégory Protche, Le Gri Gri International
Valentin Hodonou, Enjeux Africains
Saliou Sy Savané, consultant

20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 09:00
#BokoHaram / Remember Biafra - Alain Chouet (ex DGSE)

SOURCE

PS : la titraille est de la rédaction

Les attaques de Boko Haram se succèdent, et malgré l’aide de la communauté internationale, le Nigeria n’arrive pas à sécuriser le nord du pays. Décryptage par Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité à la DGSE (service de renseignement extérieur de la France).

Le Nigeria est au devant de la scène internationale. Pour cause, les plus de 200 lycéennes enlevées par le groupe extrémiste Boko Haram à la mi-avril dans leur établissement de Chibok, dans l’Etat de Borno, sont toujours retenues en otage. Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité à la DGSE (service de renseignement extérieur de la France), explique le processus de radicalisation de Boko Haram qui échappe jusqu’à présent aux occidentaux.

Afrik.com : Comment définissez-vous Boko Haram ? Qui se cache derrière Boko Haram ?
Alain Chouet
: Boko Haram est en fait une appellation familière d’un groupe politico-militaire intitulé « Jama’a al-Islamiyyah lil-da’awa wal-jihad » (Groupe islamique pour la prédication et le combat) créé en 2002 par le Nigérian Mohammad Yussuf. C’est au départ un mouvement de revendication politique, économique et social qui conteste le basculement progressif du pouvoir et des rentes au Nigeria au détriment des populations majoritairement musulmanes du nord du pays et au profit des élites sudistes essentiellement chrétiennes et animistes. Si le mouvement s’est ancré dans l’islamisme, c’est parce que l’Islam est le dénominateur commun des populations hétérogènes du nord du pays et un moyen démagogique de mobilisation contre les sudistes.

Afrik.com : Comment expliquer la radicalisation de ce mouvement depuis 2009 et l’arrivée à la tête du mouvement d’Abubakar Shekau ? Quels intérêts a-t-il à mener toutes ces tueries de masse ?
Alain Chouet
: A ses débuts, le mouvement n’a pas connu un grand succès ni des résultats appréciables. Comme tous les mouvements de ce genre, il a donc été l’objet en interne de surenchères constantes où les plus radicaux, les plus intransigeants et les plus violents, donc les plus voyants, ont rapidement pris le dessus. Voyou et « gros-bras » de la ville de Maiduguri dans le nord est du Nigeria, il a rejoint assez tôt le mouvement de Mohammad Yusuf auquel il a servi de bras armé et exécuteur des basses œuvres. A la mort de Yusuf, tué dans un assaut de l’armée en 2009, Shekau s’est autoproclamé chef du mouvement sans que personne ne cherche à le contester tant sa réputation de férocité était devenue légendaire. Shekau est incontestablement une brute de quartier dénué du moindre sentiment et il a tout intérêt à entretenir cette image pour être pris au sérieux...

Se « payer sur la bête »

Afrik.com : Dans quelle mesure le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, contrôle-t-il vraiment ceux qui se revendiquent de son mouvement ?
Alain Chouet
: C’est sa réputation de brutalité et son intransigeance qui ont permis à Shekau d’établir son autorité. Mais pour la conserver, il lui a aussi fallu faire preuve d’habileté dans ses choix stratégiques et tactiques ainsi que dans le management des hommes. C’est pourquoi il est certainement erroné de le présenter comme un fou furieux. Boko Haram est comparable aux « grandes compagnies » de mercenaires qui écumaient l’Europe à la fin du Moyen Age. Ce ne sont pas des armées ordonnées et disciplinées. Le chef définit des grands axes stratégiques et tactiques que les sous groupes doivent en gros respecter. S’ils ne le font pas, la brutalité du chef s’abat sur eux. S’ils le font, le chef leur donne licence de se « payer sur la bête » par le pillage, la mise à sac et le viol, et partage les bénéfices avec eux.

Afrik.com : L’enlèvement de deux prêtres italiens et d’une sœur canadienne récemment libérés n’avait pas été revendiqué par cette organisation, quelle est le degré d’homogénéité de ce mouvement ?
Alain Chouet
: Pour Boko Haram, l’enlèvement de ressortissants occidentaux a d’abord une finalité financière qui est d’obtenir une rançon aussi élevée que possible. Si les négociations avec le pays d’origine des otages se révèlent prometteuses et fructueuses, il n’est pas nécessaire de faire du bruit autour. Ce n’est qu’en cas de marchandage ou de réticences à payer le prix des otages que Boko Haram interpelle l’opinion publique internationale par de la publicité et des revendications plus ou moins fantaisistes et évidemment d’ordre politique pour ne pas avoir à afficher ses appétits d’argent. Personne n’est dupe.

« Asile et protection parmi la population locale »

Afrik.com : Boko Haram, qui n’opère principalement que dans l’Etat de Borno, au Nord-Est, déstabilise-t-il réellement le pays le plus peuplé d’Afrique ?
Alain Chouet
: L’État de Borno est le territoire d’origine et le principal réservoir de militants du mouvement. Mais Boko Haram est aussi actif dans les territoires voisins de Yobe et Gombe et mène aussi des opération dans le saillant de Jos, excroissance vers le nord de l’Etat du Plateau (Etat où ne s’applique pas la charia et où vivent de nombreux chrétiens) ainsi que des attaques ponctuelles un peu partout dans le nord du Nigeria. Le fait qu’un groupe extrémiste puisse ainsi mener à sa guise des actions offensives répétées et meurtrières au nez et à la barbe des forces de sécurité nationales dont l’impuissance est ainsi démontrée est évidemment très déstabilisant pour le pouvoir fédéral qui se trouve réduit à solliciter publiquement l’assistance de ses voisins et de la communauté internationale.

Afrik.com : Boko Haram multiplie les attaques, comment expliquer, selon vous, que les pays occidentaux lancés à leur trousse, avec tous les moyens logistiques et humains mis en œuvre, n’arrivent toujours pas à repérer les bases arrières de l’organisation ?
Alain Chouet
: Le nord-est du Nigeria n’est pas le désert du Sahara. Entre les nombreux villes et villages, on y trouve des zones cultivées, voire boisées, où il est possible d’échapper aux surveillances aériennes. Contrairement aux miliciens d’AQMI au Mali, les militants de Boko Haram sont chez eux dans cette région du Nigeria dont ils sont majoritairement issus. Ils trouvent fréquemment asile et protection parmi la population locale qui, bon gré mal gré, leur fournit le gîte, le couvert et des caches sûres. Les pays occidentaux disposent effectivement d’importants moyens techniques de surveillance et d’écoute, mais ces moyens sont d’une utilité très relative face à une rébellion armée rustique évoluant « comme un poisson dans l’eau », qui utilise très peu de technologie et se sait surveillée et écoutée. Quant aux moyens humains, les Occidentaux en ont très peu sur le terrain. Agitée depuis un demi-siècle par les propagandes nationalistes et extrémistes religieuses, la population se méfie des Occidentaux et refuse généralement de coopérer avec eux. Au Nigeria, tout le monde garde en mémoire l’aventure biafraise des années 60 au cours de laquelle certains Occidentaux avaient encouragé la sécession du sud et la révolte des Ibos avant de les abandonner en rase campagne et les livrer au massacre. Et ce ne sont pas les exemples du Viet-Nam, de l’Afghanistan, de l’Irak ou de la Libye qui risquent de donner confiance à la population locale dans l’intervention - forcément limitée dans le temps - des Occidentaux….

Seconde partie de l'entretien demain

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