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Jérôme Reijasse 7 jours loin du monde

Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 12:30

TOF 7 JOURS 35

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Météorique rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.
Cette semaine, j'ai vu des choses horribles.
D'abord, une armée de chanteurs, d'acteurs, de tâcherons français chanter pour l'Afrique. Une opération de l'UNICEF. Ça s'appelle “Des Ricochets” et c'est lourd comme un caillou. On ne citera évidemment aucun participant. Il ne manquerait plus que ça ! Le clip, qui, bien sûr, tourne en boucles à la télé, est atroce, les paroles débiles (on y parle d'enfants affamés qui rêvent de danser pour faire tomber la pluie, ce genre de conneries), la musique à vomir, sorte de reggae FM que même Tiken Jah Fakoly n'aurait pas osé composer. Ils ont tous le sourire sauveur, les larmes retenues, le déhanchement coupable. La charité, c'est de la merde. Si la justice avait son mot à dire, on ne subirait plus ce genre d'initiatives charnier. Risiblement dégueulasse.
Ensuite, une femme apparemment engagée (rires) qui n'a pas apprécié mon dernier texte sur Whitney Houston. Cette féministe militante n'a pas supporté que je traite Whitney de princesse putain. Quelle drôle d'idée ! Les princesses, et surtout les putains, sont aimables. Mieux, elles assurent l'équilibre de la planète, elles bercent les grands enfants que nous sommes toujours, elles freinent les glaives belliqueux. Il n'y a bien qu'une femme pour ne pas le reconnaître. Et puis, cette résistante moderne me reprochait également de préfèrer, à Obama le noir et démocrate (et donc intouchable, pur, inattaquable), les Reagan et Nixon, bien sûr racistes, méchants et abominables parce que blancs et républicains. Quelle idiote ! Obama, jamais Oliver Stone n'en fera un film. Il n'y aurait rien à dire ou alors, des choses tellement désagréables pour ses admirateurs que les salles de cinéma finiraient par brûler (c'est souvent ainsi que les progressistes marquent leurs désaccords). Et oui, j'insiste : voir Nixon ému, rendre un dernier hommage public, sur le perron de la Maison Blanche, à la chanteuse, quel spectacle, quel paradoxe formidable, quelle boucle enfin. Mais de nos jours, il faut absolument choisir son parti. Cette lectrice du Gri-Gri est bien de son époque. Elle ne veut de mal à personne mais... Il y a toujours un mais avec ces gens à qui il faut des drapeaux à suivre, des causes à épouser, des horreurs à dénoncer... Ils détestent le pouvoir, le capitalisme, le racisme, le fascisme, le nazisme, les pesticides, les légumes pas bio, les voitures pollueuses, le PSG, les censeurs, l'Islam (c'est le mot poli et pratique pour “Arabes”)... Ils gesticulent, manifestent, défilent, pétitionnent, accusent. Il ne faudrait pas qu'ils parviennent tout en haut. J'en tremble d'avance. Les caves d'interrogatoire, ils les rempliraient fissa. Ils n'ont que le mot liberté à la bouche et ne rêvent que de vengeance, de gibets, de tribunaux aux grands coeurs, de brouillages historiques. Ils ne veulent pas de la différence. Ils sont la vraie décadence.
Enfin, je vois une équipe de Paris éteinte assurer de justesse le nul contre une très bonne formation de Montpellier dimanche soir. Et je m'en fous. Je regarde surtout le public du Parc, sorte de madeleine molle, passive, qui applaudit quand on lui demande, qui trouve normal de voir déambuler sur notre pelouse avant le match cette mascotte merdique, Germain et ses grosses mains de félin à la con. J'entends des gens autour de moi se plaindre, ils attendaient une victoire, ils repartent frustrés. C'est donc vrai : ils sont là pour la gagne. Rien d'autre. Les ânes. Les brebis même plus égarées. Juste ravies quand l'heure de la tonte à sonner. Je rentre chez moi triste. Avec l'éviction des ultras, la mascarade des abonnements aléatoires, je pensais que plus rien ne pourrait m'atteindre. Je n'avais, comme d'habitude, rien vu venir. Ils vont tout me prendre. Ce n'est même plus de la haine. Lassitude qui coupe le souffle, qui n'offre aucune compensation. Je m'étais trompé. Encore. Je suis un naïf. Un gros con de naïf !
Heureusement, il reste les livres. Mais cette semaine, eux-aussi me terminent, m'accablent, me démontrent que je suis comme tous les autres. Une toute petite âme qui préfère, au courage et à l'élévation, la trouille refuge. Denis Tillinac est un vieux monsieur de droite, ami de Chirac, écrivain, ancien éditeur. Ces jours-ci, il sort Considérations Inactuelles (chez Plon, 16 euros). Je l'achète en bas de chez moi. Il a décidé de donner quelques conseils à la jeunesse. On peut être d'accord ou pas avec lui. Moi, j'adhère. Jusqu'à la page 105, je me dis même que je suis indéniablement déjà un vieux con. Un réac assumé. Et ça me va. Et puis cette page terrible, où je me reconnais. J'ai beau d'abord me défiler, presque me convaincre que ça ne peut pas être moi mais non. J'ai passé l'âge du mensonge qui apaise. Je suis là, résumé en quelques lignes assassines. Tillinac écrit : “Ne poujadise pas sur le dos des élus, qu'ils soient locaux, nationaux ou internationaux. L'Histoire se trame ailleurs que dans l'enclos de plus en plus étroit de leur pouvoir. (...) À défaut, une catastrophe pourrait infléchir  le cours de l'Histoire – et aux carrefours de l'utopie et du nihilisme, des esprits la désirent confusément. Ceux-là sont les plus dangereux.” C'est moi, le couillon au carrefour, qui, depuis des années, rêve secrètement à la fois  d'effondrement global et d'un monde lavé de tous ses péchés. J'ai honte. Tillinac s'en moque, il persiste et signe: “Le moment viendra où la perspective d'une aventure se profilera. (…) Ne le manque pas. Si l'aventure se révèle foireuse, tu en seras quitte pour la déception. On s'en remet. À l'heure des bilans, tu regretteras moins tes égarements que tes renoncements dictés par la prudence ou par la peur. Moins les ratés de ta carrière que tes infidélités à tes rêves d'évasion.” Aïe, aïe et aïe encore. La frousse me dicte sa loi depuis trop longtemps. Je ne suis qu'un lâche. Si je ne l'ai pas écrit cent fois... La seule chose qui me rassure ? De savoir que vous tous m'accompagnaient. C'est minable. C'est comme ça.

Photo & Texte - Jérôme Reijasse

 Bonus


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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 08:02

TOF 7 JOURS N°34 

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Météorique rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

La première fois que j'ai entendu Whitney Houston, je ne savais pas que sa peau était plus sombre que la mienne. C'était à la radio. À l'époque, je n'avais pas de goût, pas de référence, aucune certitude, juste des coups de coeur, des émotions sauvages. Capable de vénérer Huey Lewis and The News, Mozart et les Cure dans la même journée. 1985, je crois. “Saving All My Love For You” déchire les ondes sur mon mini transistor, là, en plein Limousin sinistré, terre de l'ennui titane. J'aime tout de suite. La voix bien sûr, la caresse de princesse-putain, la douceur d'une mère à distance également. C'est beau, c'est puissant, c'est Whitney. Je tanne ma grand-mère qui finit par m'acheter le vinyle de cette chanson d'amour pas comme les autres. En boum (pour les plus jeunes, c'est ainsi que l'on baptisait les après-midi dansants dans les années 80), je fais à chaque fois le forcing pour que celui qui est en charge de la platine, (à l'époque encore, on acceptait ce silence délicieux qui marquait le changement de 45 tours), joue ma Whitney. Restant à côté de lui une fois que le disque tournait, pour être sûr de ne pas me faire piquer le précieux objet. Peine perdue : il disparut une journée d'automne, entre un slow maladroit avec une jeune fille depuis oubliée et une razzia sur des cookies encore chauds... Très vite, Whitney devient ma chose. Ma petite protégée, ma femme idéale à moi, le puceau campagnard. “I Wanna Dance With Somebody” finit de me convaincre, quelques mois plus tard (1987?), moi, l'anti danseur ! Alors que désormais, j'ai affiné mes influences, que j'écoute Joy Division, Jesus & Mary Chain, Bauhaus, en cachette, je guette toujours Whitney. J'ai honte, bien sûr, mes amis cold wave ne m'auraient pas pardonné une telle déviance et aujourd'hui, alors qu'elle n'est plus, je rougis dans mon salon, au moment d'écrire ce texte. J'aurais dû la défendre. J'ai préféré les rendez-vous intimes, secrets, lâches. Pardonne moi, Whitney, pardonne moi. Je suis en fac, quelques années plus tard. Le film BodyGuard sort en salles. Kevin Costner en garde du corps discipliné et Whitney en diva capricieuse. Une fois, deux fois, trois fois, je défie du regard l'ouvreuse la même semaine pour revoir, en VF, ce film horrible, lourdingue, troupier où Whitney n'est même plus belle, non, simplement sublime. La scène du sabre et du foulard, celle où Whitney, pour attiser la jalousie de son protecteur, simule une partie de jambes en l'air avec un couillon de passage, celle finale où l'avion, au ralenti, freine sa course pour que Whitney enlace enfin son héros sauveur. Et cette pluie de tubes ! La reprise de Dolly Parton, “I Will Always Love You”, mais toutes les autres aussi. J'achète le single, je l'ai encore et il m'arrive de l'écouter, toujours avec la même joie intérieure, mêlée d'une mélancolie tenace. Quand la batterie frappe une ultime fois, comme si les fûts étaient couverts d'une rosée prophétique et qu'elle se met à honorer les anges... “And IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII Will Always Looooooooooooooooooove You ou ou...” Impossible de résister, évidemment.
Madonna, que j'ai aimé jusqu'en 1985, ne vaut rien à côté. Elle a eu un jour honte de vendre à un public de galeries marchandes. Elle a voulu jouer les branchées, les défricheuses, les reines de ghetto. Les nouvelles riches. Résultat : elle vit toujours, ne chante en playback que des chansons bâtardes, asexuées, détestables. Clône d'elle même, conne revendiquée au corps effroyable. Whitney, elle, n'a jamais abandonné son peuple ni les supermarchés. Elle ne chantait pas pour impressionner les médias ou séduire les décideurs. Non. Elle chantait pour nos âmes. Et contrairement à la blonde zombie, elle parlait peu. Quand Madonna insultait son personnel, prônait le libéralisme le plus coupable dans les colonnes des quotidiens anglais, Whitney chérissait son dealer. Aimable, aucun doute.
Le monde pleure aujourd'hui sa disparition. Le monde, je veux dire par là les fans, les gens, les anonymes, moi. Certains journalistes français, eux, lui manquent déjà de respect alors que la police californienne n'a peut-être pas même encore complètement quitté la scène du drame. On lit des choses sales, idiotes, faciles. Amy Winehouse était moins noire, plus moderne, plus tatouée, moins divine, elle avait de quoi exciter les petits branleurs à la plume molle. Les filles ont toujours aimé les voyous. Les journalistes les dingues inoffensives. Whitney, elle, ne se bradait pas. Elle préférait le sacrifice. Le sien. Winehouse est une victime. Whitney une offrande. Pas pareil.
J'avais regardé sur le net une vidéo de l'un de ses derniers concerts. Je n'avais pas tenu 30 secondes. Elle était déjà ailleurs. Sa voix comme étoufée par trop de larmes et de rêves piétinés. Je n'ai pas pu. On ne lui a rien pardonné à Whitney. Trop de succès, trop rapidement, un sourire trop vainqueur, une voix trop céleste, une peau peut-être encore trop claire... Rien.
Moi, je l'ai aimée et je l'aime encore. Plus fort même que Bobby Brown.
Flash. Je revois Gainsbourg jouer les porcs avec elle sur un plateau télé. Comme je l'avais haï à cet instant. Une créature difforme qui parle de cul à table pour choquer et arracher une petite part de lumière. Enfant monstre. Dégueulasse.
Entendre Reagan ou Nixon lui rendre un dernier hommage, voilà qui n'aurait pas manqué de charme. Que va dire l'autre con ? J'ai déjà peur... Obama ne vaut rien. De Guantanamo à Gaza, on fait bien de le maudire. Qu'il se taise. À jamais. No, You Can't. Et qu'il laisse Whitney partir, loin. Là où les coeurs fidèles se souviennent avec un sourire bienfaisant. Les baignoires sont des dévoreuses d'étoiles. Des trous noirs avec robinets. Il faudrait les interdire.

Photo & Texte - Jérôme Reijasse

Version vidéo du texte de Jérôme Reijasse lu par Grégory Protche

(Double) Bonus


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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 17:00

7 JOURS TOF 33 

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Météorique rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

Samedi. Je suis libre. Hier soir, j'ai enlevé l'affiche de Nico, le chef d'oeuvre avec Steven Seagal, qu'Arnaud m'avait offert et qui occupait, à l'allemande, un mur de notre bureau. Le poster était bizarrement parvenu à assassiner la banalité des lieux. “On se croirait dans un commissariat” disait le producteur, qui avait autant d'humour qu'un jeune UMP en campagne. 8 punaises arrachées aux ciseaux, hop, dans mon sac à dos. Voilà. La partie était jouée. Je quittais le train-train, je regagnais mon bunker chéri, je ne perdais pas un salaire, je fuyais simplement la mort. Mais je laissais avec regret Arnaud, Élodie, Pierre. Il y aura de la revoyure mais ce ne sera pas la même chose. Il s'agira de se battre. Nos petites tranchées dérisoires me manqueront. Nos rires fous et nos regards comme ailleurs également. Il y a, dans la répétition quotidienne d'une souffrance acceptable, quelque chose d'indiscutablement magique. Enviable. Nécessaire. L'enfermement, la fuite, en tout cas la volonté de ne pas trop collaborer, est un devoir. Mais le travail offre tout de même de beaux instants de communion spontanée, invisible. Le soir, je m'effondre sur le canapé, je regarde Zemmour et Naulleau, je n'écoute pas, je ne savoure pas mon évasion, non, je voudrais simplement pleurer. Mon existence est une chanson de Corinne Charby. Qui roule, qui roule... Je n'avance jamais. J'abandonne. Souvent.
C'est fini. Il fallait partir. Merde.
Dimanche. Jules se réveille, me regarde et me sourit. Ses joues se tendent, ses yeux explosent, nous sommes un. Il est pourtant très tôt. Trop. Je hais les matins. Jules s'en fout. Il a faim. Mais avant de brailler, il m'aime. Hier, je crois que le PSG a gagné. Qu'il gagne alors ! Qu'il envahisse l'Europe si ça lui chante. Je l'aime un peu moins. Il me fait presque déjà l'effet d'une ex avec qui tu simulerais la jalousie juste pour te faire croire que tu ressens encore quelque chose. Quand tu ne veux pas que le passé soit piétiné. Mais au fond, tu sais que ça brûle un peu moins, qu'on t'a pété à l'intérieur un truc fragile mais primordial. Comme tout le reste, il va falloir que je lutte. Mais je vais l'écrire tellement je le crois : si le PSG devait emporter dans les années à venir une Ligue des Champions, elle aurait un goût amer. Un goût de mort, de haine aussi peut-être. Il y a encore trois ans, les joueurs, les dirigeants, je les maudissais, les vomissais à quasiment chaque match, leur médiocrité avait de quoi rendre fou, je rêvais de finale un mercredi soir en direct sur TF1, j'enviais les fans de Manchester, Milan, Madrid. Et marseille. Je déconne. Là, pas tout à fait rien à foutre mais pas loin non plus. Je sens la nostalgie creusant déjà la terre. Mon fils vient au monde et je perds Paris. Le pauvre Chrétien que je suis ne peut évidemment s'empêcher de tout lier. La finale, je la regarderai peut-être avec Jules, chez moi. Peut-être même sans potes. Triste avant même la première passe. Détruit deux heures plus tard, quoi qu'il arrive. Merde encore.
Lundi. Vu quatre films en une journée. Qu'il est bon de retrouver l'ancienne habitude. Pas mal. Bien sûr, le connard paresseux que je suis préfère s'avaler trois daubes. Paul l'Extraterrestre, comédie patate, L'Emprise (ou L'Empire, me souviens plus) des Ombres, film d'horreur prout prout et Black Death, fable médiévale sur la peste noire. BORIIIIIIIIIIIING ! Même la sublime Carice Van Houten (celle de Black Book) en sorcière salope ne parvient pas à éteindre mon ennui. Heureusement, Halal Police d'État, le navet du duo Canal +, offre vingt premières minutes parfois même hilarantes. J'en suis là. Sinon, un mec me raconte une anecdote trop parfaitement belle pour être vraie. Il me jure qu'elle l'est pourtant. Cantat se pointe à la bourre à un meeting avec le reste du groupe Noir Désir et des gens du label dans un bar. Le garçon lui demande ce qu'il désire boire et le chanteur répond: “Un Bloody Mary, merci.” Je ne peux y croire. “Une Marie Brizard, gracias”, là, j'aurais presque pu adhérer. Mais là !!! Non !!! Formidable.
J'ai aussi déjeuné avec deux stars parisiennes : Sir Karim Boukercha et Lord Bertrand Burgalat. Dans un Asiat pas loin des Champs que mon imagination à deux euros ne pût s'empêcher de transformer en restaurant clandestin où des bandits voyageurs viendraient se perdre. Burgalat me dit que son nouvel album est prêt. Toutes Directions, si mon cerveau ne se fout pas encore trop de moi. Hâte indéniablement. Et peur. Si je n'aimais pas, devrais-je, pourrais-je lui dire ? Je crois qu'il l'a écrit au coeur des montagnes. Peut-être un peu à Paris. J'ai confiance.
Mardi. Je croise sur un plateau télé l'écrivain Patrick Besson. Il ressemble à un enfant géant, qui rit de ses propres blagues. Il accepte de me dédicacer son dernier ouvrage. “À Jérôme. Sacha Guitry”. Parfait.
Enfin, c'est Orange qui a les droits de diffusion de la CAN. Merde toujours.
Écoutons alors Soko. Une Française qui vit à Los Angeles et qui écrit de jolies chansons. Normal, elle a peur de la mort.

Photo & Texte - Jérôme Reijasse

Bonus :


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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 01:10

7 JOURS N°32

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

Au bureau, il y a cette femme.
Véronique.
Véronique occupe un poste à responsabilités. Elle a pour mission de gérer les budgets. On ne choisit pas une telle fonction par hasard, jamais. Il faut ne pas aimer l’absolu pour accepter de se battre avec des chiffres toute la journée. Il faut avoir renoncer à quelque chose d’important, presque vital, pour ainsi jongler entre colonnes grises et calculs mesquins. Elle n’est jamais là avant 11h30, part rarement après 17 heures. La belle vie ?
Pas vraiment en fait. Véronique a le quotidien amer, l’amitié rare et l’aigreur solidement vissée aux tripes. Elle ne se mélange pas et accuse le monde de se refuser à elle. Comme tous les êtres tristes, esseulés et désagréables, elle préfère reprocher aux autres ses propres errances. Plus facile, en tout cas moins douloureux. Ça lui permet de tenir encore un peu, de repousser l’instant où elle devra regarder le miroir de l’éternité. La chute s’annonce longue, pénible, conclusion prévisible d’une existence dédiée à la facilité et au piétinement du plus faible, du moins gradé. Car Véronique adore rappeler à ceux qui l’auraient oublié qu’une hiérarchie existe et qu’il faut s’y soumettre. Quand on lui demande pourquoi, elle répond, la lèvre pincée et le regard à la fureur presque concrète : “Ça a toujours été comme ça !” Elle se sent bien au cœur de la machine, la Véro, un poisson dans l’eau, troublée tout de même par les milliards de reflets de ces âmes torturées, humiliées, piétinées depuis que le travail rythme nos déserts intimes. Celles de ceux qui ont un jour croisé la route d’une Véronique ou de l’une ou l’un de ses semblables. Céline écrivait : "Il n'y a qu'un seul héroïsme, c'est de gagner sa vie”. Il avait bien sûr raison. Bosser avec une Véro et ne jamais se plaindre, courber l’échine pour ramener de quoi payer le loyer, voilà la vraie bravoure ! Un jour de décembre, une petite stagiaire de 14 ans doit demander à Véronique de signer son rapport de stage après une semaine passée dans nos bureaux. Elle s’exécute mais ne peut s’empêcher d’ajouter, de sa plume molle et à la férocité assumée: “Stagiaire agréable mais beaucoup trop pipelette.” Voilà Véronique une nouvelle fois démasquée. Incapable d’oublier les notes, les classements. La sanction, quoiqu’il arrive. Et ce vocabulaire ! “Pipelette”… À part Stéphane Bern et Madame de Fontenay, on se demande bien qui emploie encore ce genre d’expressions ? Et puis, si on commence à épargner les enfants, comment progresseront-ils ? Il faut taper fort, sans attendre, montrer à la prochaine génération que le monde est impitoyable et que les politesses, les encouragements sont réservés aux faibles, aux parasites, aux merdes… Véronique ne le dira jamais comme ça mais c’est exactement comme ça qu’elle pense. Père autoritaire ? Mère absente ? On laissera le soin à Freud et sa bande d’élucider le mystère. Véronique, en revanche, ne hausse jamais le ton quand elle s’adresse à ses supérieurs. Fourmi ouvrière zélée, irréprochable. Les patrons sont des icônes, des balises. Sa dévotion une prison. Bien sûr, ici et là, Véronique mime l’humanité. En accrochant sur le mur, le sentiment d’injustice à peine caché, la couverture du quotidien Libération, le jour de la mort de Steve Jobs. Son héros crevé, elle lui rendait un dernier hommage en le punaisant. Plus guillerette (histoire d’utiliser la même famille de mots qu’elle), un autre jour, elle afficha fièrement, à côté de Jobs, la quatrième de couverture de Libé qui annonçait que le film Polisse avait dépassé les 2 millions de spectateurs. Avec un simple “Merssi” en milieu de page. Cinéphile, Véro. Aussi adepte des expositions, qu’elle visite sans relâche, le jour, le soir, la semaine et le week-end. Mélomane également. Ses sources, ses Bibles ? Libé et les Inrockuptibles. Autant dire que Madame n’a peur de rien. Qu’elle a le goût sûr et la référence sensible. Mais, me direz-vous, comment fait-elle alors pour en plus gérer sa vie de famille ? La question est salope. Il n’y a pas de vie de famille. Il n’y a pas de petits moments de complicité, pas d’intimité qui reconstruit. Juste un chien, sorte de bouledogue pas fini et des soirées alcoolisées à outrance avec des copines qui n’en sont pas. Il y a peut-être encore un gode planqué dans la table de nuit mais pas d'amour. Il y a probablement souvent des larmes, la nuit, quand le monde ne la dévisage plus. Des sanglots de petite fille perdue. C’est atroce. C’est ainsi. Malgré toute ma mauvaise foi, parfois toute ma colère quand elle se comporte comme un kapo, je me dis que Véronique mériterait d’être aimée. Il faudra quand même qu’elle y mette un peu du sien.

On écoute le formidable Jef Barbara, nouvelle signature de Tricatel et son Cocaïne Love, la Cage aux Folles percutant un Ian Curtis sous acide. Peut-être que ça offrira à Véronique quelques secondes d’apaisement…

Texte & Photo - Jérôme Reijasse

Par Jérôme Reijasse www.legrigriinternational.com - Publié dans : Jérôme Reijasse 7 jours loin du monde - Communauté : Afrique panafricaine
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 18:04

Reijasse 7 jours 31 11 01 2012 

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

On nous parle de fin des temps, de Mayas Mystiques Visionnaires.
Connerie. Et bonne année !
Le monde a crevé il y a bien longtemps.
Il tressaille encore un peu, ici ou là, quand il se rappelle qu’il a, un jour, existé.
Mais ce ne sont que des réflexes électriques, des sursauts gazeux, des souvenirs secoués, qui expulsent une dernière larme avant d’accepter les Ténèbres.
Une preuve ?
Free qui lance aujourd’hui son forfait téléphonique à moins de 20 euros. Et même un autre, spécial pauvres, à 2 euros (comprenant je crois une heure d’appel et 60 sms) ! Comprendre : Tous les opérateurs nous sodomisent depuis toutes ces années. Ils baisent nos cadavres de Terriens, étouffés par autant de cynisme et de profit malade. Que nous sommes bêtes, soumis, détestables !
Pas convaincus ?
Les nouveaux propriétaires du PSG n’y pensent même plus, ils avancent carrément sur le dossier. Ils veulent que le prochain PSG-om se joue au Stade de France. Le Parisien en a fait sa couverture, sans mentionner les supporters, tristesse... Là, on touche à quelque chose de sacré. On profane une tombe, on se moque des Dieux de l’Ancien Temps, on joue avec le feu. PSG-om au SDF ? Faut-il être sale pour avoir de telles idées ? Le peuple, celui récemment abonné, l’autre qui se moque de tout, celui, enfin, le mien, qui sait que le symbole reste le dernier combat : Qui va suivre, qui va aller à l’abattoir, en chantant, en se marrant, la passion et l’appartenance en berne ? Je hais évidemment nos nouveaux propriétaires, je hais avec encore plus de vivacité et de certitude Leonardo, qui n’est pas un mercenaire mais bel et bien un envoyé de Satan. Je déteste surtout les abonnés ou sympathisants qui vont adhérer au projet. Et quel projet ! Abandonner leur foyer, leur pays, leur foi pour aller communier dans le temple de la fin des espérances, dans ce stade mou, bâtard, anti-football et pro-rentabilité. Aller simple. Cimetière. Fin. Peut-être pas. Il y a pire. On parle de détruire le Parc pour construire au même endroit d’autres tribunes. Ils veulent casser notre église, les infidèles ! Je ne peux y croire. Je ne peux y croire. Hier, à la télé, un con de l’Équipe dit : “Regardez Arsenal avec Highbury ! Ca dérange qui aujourd’hui ?” Tous les vrais passionnés, connard ! Mais l’époque n’est pas aux cœurs qui vibrent. Non. Tristesse encore. Toujours. Et merde.
Oui, le monde est bien mort parce que sinon, je respirerais encore, non ?
Ah, Jérôme Reijasse et son romantisme rance, son désespoir oxygène, son incapacité à accepter l’évidence !!! Toujours le premier à refuser en bloc, jamais le dernier pour tirer sur la modernité !
Suis-je le seul à voir que tout est crevé ? À voir que notre vie n’est qu’un décor pour un film qu’il n’aurait jamais fallu tourner ?
Nous évoluons dans une sorte d’immense Theresienstadt, figurants d’une mascarade morbide. Nous savons que nous nous faisons du mal et nous célébrons encore nos bourreaux, nous sommes nos propres bourreaux. Aujourd’hui, un SS serait obsolète. Un Hun au chômage, un mec de la Stasi recyclé en vendeur de téléphonie mobile. Besoin de personne d’autre à l’heure du grand vide. Aujourd’hui, on tweete son appétit de gouffre, on fessebouc son existence riquiqui, on textoïse sa connerie. On affiche sa culpabilité. Pire, on la revendique, on la fait circuler, on l’incarne. On ne mérite pas mieux.
Il n’y a plus de victimes. Le gamin en Chine qui fabrique mes Nike, le Syrien qui lèche les chenilles d’un tank, l’ingénieur bourguignon qui explose à Karachi, la connasse qui chiale en terminant son Gavalda, le blaireau qui applaudit Pastore, quoiqu’il fasse. Tous responsables, tous morts je vous dis. On danse, zombies à la chorégraphie jamais enivrante, on célèbre quelque chose que l’on devrait pleurer. Haïr. Combattre ?
Pfff. À quoi bon ? J’ai perdu. Et qui a gagné ? Qui ?
Bien sûr, le tableau est noir, comme d’habitude chez moi. Je n’aime pas relativiser. Mais quelques étincelles offrent parfois un certain répit. En tout cas une évasion, minutée, vite essoufflée mais indispensable. Je lis, privilégié que je suis, le prochain Patrick Besson, Au Point, recueil des chroniques de l’écrivain français dans l’hebdomadaire du même nom (sortie le 18 janvier, chez Fayard). Et c’est bien, c’est drôle, c’est écrit, c’est mille pages de délicatesse mordante au cœur de la fange. Je joue aux gorilles avec mon fils, qui rit sans plus s’arrêter avant de me regarder gratuitement, intensément, éternellement. Je sers contre moi ma femme qui, après une année de souffrance, sans jamais se plaindre, recommence à vivre. Je partage quelques phrases silencieuses avec mes derniers amis. Et après ?
Je vais quitter dans dix jours mon boulot. Enfin ! Je vais perdre pour toujours le Club et le Parc de mon cœur. Je vais vieillir au milieu d’un monde que plus jamais je ne pourrai défendre. Je veux rire encore aux bêtises lumineuses de l’immense Will Ferrell… Je veux croire encore en mon âme.

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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 12:27

7 JOURS N°29

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

 Cette semaine, pas vraiment vécu.
Le travail dévore tout, ce connard.
J'ai croisé des gens médiatiques puants, des anonymes pas moins gerbants, j'ai dormi dans le métro, j'ai ri dans ses couloirs mais d'un rire inquiétant, d'un rire qui annonce des jours noirs.
J'ai quand même vu le PSG battre difficilement Auxerre au Parc en compagnie de Karim et Patrice. J'ai aimé ma femme et mon fils. J'ai ri avec Arnaud, Pierre et Élodie, entre deux tâches ingrates cathodiques. On a passé notre semaine à imiter Patrick Sébastien et Gilbert Bécaud. Les autres nous regardent comme si nous étions condamnés à la camisole. L'absurde nous sauvera. Peut-être...

Il faut fuir, bientôt. Il faut s'arracher à cette répétition débilitante. Il faut convoquer le peu de courage qui reste encore dans les veines. Surtout ne pas craindre de manquer. Fuir, loin et vite, fuir avant de se transformer en une créature dégueulasse, aux mots vides et aux actes sales.
Dieu qu'ils me dégoûtent tous ces zombies aux désirs en béton armé et aux émotions soldées.
Je ne vaux certainement pas mieux qu'eux. Mais je les emmerde quand même, je les méprise, je les vomis, je les tue à chaque regard.

Vendredi, mon couple hurle. Un enfant, c'est une magie indiscutable et également une certitude de déchirure. Pour les faibles et les merdes surtout. Devenir parents, c'est accepter la lutte. Il s'agit de se battre, d'être plus fort que le démon de l'égoïsme. Pas gagné au coeur d'une époque qui n'a rien fait pour que l'on célèbre la moindre dignité. Se forcer à rester ensemble, se forcer à avancer, coûte que coûte. Renoncer tout de suite, maladie contemporaine, c'est véritablement détestable. Oublier le glamour, privilégier l'amour, le vrai, celui qui a traversé des océans de doutes et de larmes et qui a vaincu. J'emmène donc Madame au restaurant et au cinéma. Comme un beauf. Comme un Homme. Le restaurant est chinois et ne casse pas trois pattes à un canard laqué. Le film est touchant, parfois même magique. The Artist. Avec Jean Dujardin. Bien sûr, il n'est pas question de parler de chef d'oeuvre. Qu'il gagne un Oscar ou autre chose, peu m'importe. Il suffit pourtant de se laisser aller, d'accepter d'être privé de mots (qui s'en plaindra vu l'indigence des dialogues cinématographiques depuis 20 ans en France?) et de danser immobile devant cette histoire d'un acteur déchu muet qu'une actrice en vogue parlante va aimer. J'ai toujours eu un faible pour les films naïfs, les comédies musicales américaines où l'on réglait ses comptes à coups de claquettes. Ma part de féminité sans doute... Nous sortons de la salle tendrement enlacés. Les Champs-Élysées scintillent, un Noël de pacotille pour touristes-lapins gâche mon horizon. Ces décorations lumineuses, cercles vulgaires comme échoués dans les arbres, sont atroces. Il faudrait qu'une neige méchante, Béréziniesque, écrase ce décor au rabais, dernière faute de goût coupable de l'autre Delanöé.
Et puis mardi, dans ma boîte aux lettres, un livre acheté sur un site marchand pour quatre euros. Panne de Sens de Mouss Benia. Quel titre ! Qui ça ? Un écrivain français qui n'a pas eu droit aux honneurs des médias. Son nom peut-être, trop arabe, pas assez rive gauche. Quoique... Aujourd'hui, on vend des gens parce qu'ils sont issus de la diversité. C'est même devenu un véritable business. Rires. En tout cas, jamais je n'en avais entendu parler. Mouss Benia, je le connais parce que je travaille avec lui. Gueule dense, regard pas tout de suite sympathique, yeux perçants de celui à qui on ne la fait pas sans risquer quelque chose. Mouss est régisseur sur l'émission pour laquelle je trime. Régisseur, ça signifie s'occuper des loges des invités, leur fournir boissons et friandises pour qu'ils patientent sans criser. Ça signifie courir à gauche et à droite pour parer à toute éventualité. Un jour, Mouss m'apprend qu'il écrit, qu'il a été publié, que ses éditeurs ont foiré sa promo. Son sourire en coin mêlé à une distance salutaire ayant de quoi convaincre n'importe quel humain à l'écoute, j'ai acheté son premier roman. Jilali est un adolescent aux poches vides et aux rêves pas encore morts et ce roman, c'est un long, beau et dur travelling, on navigue d'un camping hexagonal à une Algérie toujours pas fixée. De la réalité au songe. Le style est brut, drôle, tendre, on pense peut-être à Romain Gary, on lit et des émotions jamais galvaudées traversent l'âme. Ce livre est important parce qu'il raconte une histoire que personne ne veut entendre. La plume de Mouss Benia n'hésite pas entre haine et générosité, non, elle accepte de tout dire, loin des clichés qui arrangent tout le monde. Convaincu, je viens de cliquer pour me procurer son autre ouvrage, Chiens de la Casse, encore un titre qui claque. Mouss Benia écrit toujours. Il a raison.
 

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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 10:00

7 JOURS 28 29 nov 2011

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

 Paris a perdu au Vélodrome. Où ça ?
D'abord, se réjouir.
Parce que le PSG est peut-être en train de redevenir le PSG, le seul, l'unique, celui qui sait perdre en déjouant tous les pronostics, celui que 40 000 soldats adoraient même quand il insultait leur foi. Combien de temps les nouveaux abonnés resteront au Parc si les défaites s'enchaînent ? Quoi ? 6 mois grand max. Et encore, j'oubliais l'hiver. Possible que les tribunes se vident plus vite que prévu. Doux rêve...
Une équipe techniquement au dessus du lot et qui continue à refuser la tactique, qui joue quand ça lui chante, qui déçoit ses supporters et les bookmakers, qui s'enfonce là où elle devrait s'envoler.
Parce que marseille (oups, j'ai oublié la majuscule), cette année, ce n'est rien. Si peu. Ils ont battu Paris. Cela sera-t-il suffisant pour se qualifier en Europa League ? Pour sauver le nain gras, le géant gogol chauve, la milliardaire botoxée qui rote quand on l'en... et le yuppie président de comptoir qui les gouvernent ? Diouf me manquerait presque...
Les ultras sudistes avaient promis une grève des encouragements. Le premier pion de l'attaquant Rémy aura suffi à rompre cette promesse. Pas sérieux, comme toujours. Ils avaient tellement peur, hier, ils étaient tellement persuadés que Paris allait les torcher, les mettre à 12 points, que ce sont leurs intestins qui ont chanté. Pas leurs âmes, qu'ils ont vendu si souvent (Valenciennes, Milan...) que même sur Ebay, on ne peut plus rien en tirer. Ca sentait la merde donc.
Peu importe. Laissons aux cigales leurs petites joies provinciales. Là-bas, les magasins ferment à 17 heures et les enfants rasent les murs. Occupons nous du PSG.
Se réjouir donc.
Ensuite, analyser la chose.
Que s'est-il passé hier, et contre Nancy la semaine dernière?
L'équipe a-t-elle lâché Antoine Kombouaré ? Est-elle simplement épuisée, à bout, carbo ?
Pastore valait-il en fait non pas 42 millions mais 42 euros ? Jérémy Ménez est-il amoureux de son coiffeur sadique ? Kevin Gameiro ne devrait-il pas changer de prénom et aussi de nom ? Et arrêter de vénérer Erding ? Surtout, quand exactement Lugano a-t-il changé de sexe ? Son regard fou, sa coupe de cheveux de Playmobil psychédélique, ses petits mollets roses comme une dragée de baptême, c'est une évidence: cet homme a été opéré. On devine la femelle dangereuse, hystérique derrière l'Urugayen défenseur... Et on frissonne. On meurt de rire également.
Hier, passées l'incompréhension, la tristesse, la désillusion, une autoroute d'oubli s'est offerte à moi sans attendre. Ce match n'est déjà plus. Paris nous a blindés pour toujours, marseille (décidément, j'ai beaucoup de mal avec les majuscules aujourd'hui!) n'est même plus un ennemi bandant, juste une sorte de kermesse qu'il faut visiter une fois par an, contrat oblige. Pfff. Que je regrette l'époque de la haine idiote, de la peur vertige, de la certitude de l'appartenance. Maintenant, c'est un match comme un autre. Pire, un match de gala pour handicapés sponsorisés ou médias boursouflés. Un divertissement au rabais. On solde, on solde, on solde !
On s'emmerde surtout. On perd, on grogne et on zappe sur Faites Entrer l'Accusé et la moindre histoire de violeur récidiviste devient, en à peine cinq minutes, plus captivante, plus prometteuse, même présentée par l'étrange remplaçante de Hondelatte (peut-être d'ailleurs Hondelatte lui-même simplement travesti). Rendez-nous les salopes Ravanelli, les catins Fiorèse et Dehu, les égalisations Simone, les crucifixions Pauleta, les fumigènes voyageurs, les tifos prophétiques, les chants douloureux, rendez-nous les Glassmann et les Tapie, rendez-nous le Parc, rendez-nous la mort, rendez-nous la vie.
MARSEILLE, MARSEILLE, ON... J'en ai même oublié la suite.

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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 19:51

PSG AU SDF www.legrigriinternational.com

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Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 09:18

7 jours reijasse 21 11 2011 

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.
C'était jeudi soir au nord de Paris. Dans une salle au nom tellement agaçant que je ne l'écrirais pas. Un nom juste bon pour un disque des Têtes Raides. Dégueulasse. Dans une salle qui ressemble à une ancienne salle de boxe. Pas l'Élysée-Montmartre, elle, elle a brûlé.
Là, environ 200 personnes. Beaucoup de punks à chien, des bobos aux pantalons larges et aux chaussures haïssables. Des anonymes, pas mal, des groupies, quelques enfants aussi. De la diversité ethnique à faire chialer Josiane Balasko. Une petite France.
La lumière s'éteint. Sur la scène, un homme au visage comme ravagé par des générations de consanguinité totalement assumée, surgit de nulle part le cul vissé sur un vélo et exécute une cascade improbable, probablement dangereuse pour le non initié.
Sans attendre, ça gueule, ça hurle, ça expulse. Un groupe de mutants moins Blade runner que Terminus (le seul chef d'oeuvre de Johnny), le regard méchant et tourné vers le public, deux choristes pas jolies mais étrangement presque excitantes entament une mélodie où rien n'est à sa place et où tout semble possible. Pour le meilleur, je le ressens tout de suite. Ça ne me ressemble pas. Un certain Fabrice, muet, l'oeil à la poésie inquiétante, tête de fou et corps de bouffon, arpente les planches, mongolien perdu.
L'homme au vélo parle ensuite. Il raconte que depuis un accident survenu il y a quelques années, il a perdu la foi. Il n'a plus la haine. Il le dit comme ça. Il beugle qu'il veut redevenir ce chanteur engagé d'autrefois, pour de nouveau faire du pognon. Pour de nouveau séduire des fans débiles, qui n'aiment la révolution que quand elle rime avec divertissement. Il a l'air vraiment déprimé, là, allongé sur un lit qui n'en pas vraiment un, à parler à son immense nounours surgi de son enfance (en fait interprété par l'une des choristes, qui s'est changée rapidement à peine dissimulée derrière un paravent). Le nounours lui dit que s'il veut retrouver cette méchanceté d'autrefois, il n'y a pas 36 solutions. Il doit partir sur la route et rencontrer l'homme le plus méchant au monde. Pour se racheter une virginité noire. Pour rejoindre l'humanité putride.
Alors, notre héros part à l'aventure. Il va d'abord en banlieue. Là, un mur tagué proclame, avec les fautes d'orthographe où il faut, qu'il faut “libéré la Pastine”, qu'il faut “vendre la Corse aux Juifs”. On va aussi en Afrique où un couple de milliardaires se déchirent sans pudeur. On croise Hitler, un rabbin et Ben Laden, un guitariste qui, casque sur le crâne, donne des coups de boules sur une batterie minimaliste. Des chansons sur la gauche et la droite (celles des urnes), encore des cascades improbables, des vannes à la lourdeur métaphysique, un n'importe quoi que l'on devine travaillé au corps. Ce petit monde à l'hystérie plus généreuse que cynique, à la poésie physique, viscérale, est un formidable moment d'évasion. Je me laisse porter par ses âmes en peine, par cet humour qui se moque de l'équilibre comme de sa première balle. Derrière la critique sociale (on peut rire de tout, il reste presque impossible, quand on a du coeur, de dissimuler longtemps le camp que l'on a choisi), des couleurs se marient pour faire naître pendant à peine 1h30 un vrai univers inédit, la comédie est musicale mais pas seulement : elle emprunte des couloirs temporels, elle ne chante pas si mal que ça, elle raconte surtout. Je l'écoute, je la suis, j'en veux encore, malgré la fatigue, malgré la migraine qui m'empêche depuis ce matin de croire à demain, malgré ces bancs d'école sans confort. Dieu que je déteste sortir. J'ai beau subir les quelques gimmicks que l'artiste se sent encore obligé de balancer pour rassurer ses couillons fidèles, détester les gens qui sont là, assis, comme moi parce qu'ils m'empêchent de totalement fuir la réalité, je ne me contente pas de rire, je voyage immobile. Une sorte de Petite Boutique des Horreurs sans plante carnivore extra-terrestre mais avec une sauvagerie d'enfant jubilatoire.
Jeudi soir, je suis allé applaudir Didier Super. En vrai, il s'appelle Olivier je crois.
Cet homme est un magicien.
NB : Il a aussi sorti une bande-dessinée sur sa vie. Je l'ai lue. C'est con. C'est vraiment bien.

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Samedi 12 novembre 2011 6 12 /11 /Nov /2011 10:46

Reijasse # 26

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

 Le livre s'appelle L'Enculé. L'auteur, c'est Marc Édouard Nabe. L'Enculé... Faut-il avoir des couilles ou être resté cet éternel adolescent provocateur pour baptiser ainsi son oeuvre ? C'est un titre plutôt moche, à peine drôle, finalement plutôt convenu, punk, idiot. Et depuis que Nabe a mis une carotte taille XXL au petit monde moisi de l'édition, l'Enculé, c'est devenu son lecteur. 31 euros et quelques centimes pour recevoir la chose à domicile. 31 euros ? Je sais bien que Nabe s'est fait lui même enculer durant des années par ses amis éditeurs, je comprends qu'il veuille aujourd'hui gagner plus d'argent, avant le grand saut, c'est tout de même lui l'auteur, celui qui souffre avec son stylo mais de là à fourrer bien profond ceux qui le suivent encore... Curieuse façon de faire. Vengeance mesquine, au minimum... J'imagine qu'il répondrait qu'il se moque de ses lecteurs, que ce n'est pas son problème, que chaque Français reste libre de ne pas le consommer... Mouais. À force d'avoir trop fréquenté les salons qu'il vomissait, il ne lui reste plus qu'un costume à Nabe, celui de l'auteur petit-bourgeois qui cache son cynisme derrière des montagnes de décalage, derrière des micro explosions médiatiques. Mais on l'a aimé, on est du genre fidèle, on a parfois adoré le lire alors on accepte le hold-up bancaire. Et on raque. La livraison est rapide, à peine quatre jours. Moindre des choses. L'objet est sobre et joli. Nabe a gardé la ligne esthétique de son dernier roman, L'homme Qui Arrêta d'Écrire. Couverture noire, sans code-barre ni pitch de merde au verso. Et donc, le petit homme qui avait décidé d'arrêter d'écrire en 2010 (pari tenu, le livre du même nom restant son pire échec littéraire, sa plus grosse daube bâclée) a finalement remis le couvert. De quoi Nabe parle-t-il durant ces quelques 250 pages ? De l'affaire DSK, racontée par DSK. Le style nabien n'est toujours pas de retour. Certes, ici et là, des phrases provoquent des sourires en coin, demandent à être relues tellement leurs constructions sont belles, sonores, d'évidence. Mais pas non plus de quoi donner envie de crier au réveil du génie. L'exercice a bien sûr exigé d'aller vite, de surfer sur la réalité du moment et donc de jongler entre journalisme et véritable travail de création. Marrant d'ailleurs, pratiquement au même instant, Sportès et Nabe sortent chacun un livre basé sur un fait divers brûlant. On avance quand même, on rigole souvent. Nabe délaisse ici la littérature et entre dans le gaguesque, l'anecotique potentiellement poilant. Anne Sinclair en obsédée de la Shoah, Martine Aubry en bouledogue de compagnie, Tristane Banon en nymphomane flinguée de la tête, DSK en antisémite solitaire et goguenard, en enfant perdu, presque sympathique: on rit donc souvent, on veut connaître la suite, revivre tout ça mais du point de vue de Nabe. Alors on progresse, on rit encore et toujours. On a oublié le style, la force, la vision et on se contente de la facilité séductrice, des bons mots, des décalages, des interprétations. Ce livre, c'est presque un vaudeville, une pièce de boulevard. Il faut le lire ainsi. Jamais autrement. Nabe est balèze, il publie à l'entrée de l'hiver un bouquin destiné aux plages estivales. L'Enculé, c'est typiquement l'ouvrage idéal pour rire de la saloperie humaine loin des tracas du quotidien. Sur une plage donc ou dans un camping auvergnat ou depuis un parc londonien. À l'heure où j'écris ces lignes, il me reste une centaine de pages à parcourir. Peut-être qu'elles dégagent une force philosophique totale, un prophétisme noir et impressionnant et alors peut-être aussi que cette petite chronique tombera à plat...
Peu importe. Nabe est à l'image de l'époque. Plus à l'aise dans la fiction documentaire que dans la grande épopée. On ne lui en veut pas. On est même ravi à l'idée que ce soir dimanche, après Bordeaux-PSG, on va pouvoir replonger dans les aventures de Dominique et de sa queue, de sa femme ogresse et de ses courtisans pitoyables. On aurait juste aimé ne pas se faire mettre à l'heure de l'addition. Trop tard... Je, tu, elle, nous, vous, ils sont l'Enculé.

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