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Encore un "souchien" pour jouer le rôle d'un métis à l'écran, après Depardieu dans L'Autre Dumas, c'est au tour de Nicolas Briançon de jouer le rôle de l'avocat Jacques Vergès né d'une mère vietnamienne et d'un père réunionnais. Il y a quelques mois l'affaire Dumas avait fait beaucoup de bruit, mais là personne ne semble s'étonner du casting de cette série à gros budget diffusée sur Canal et selectionnée à Cannes.
La vérité n'est pas toujours là où on l'attend.
Récemment, un documentaire français, Antifa, Chasseurs de Skins se proposait de raconter la traque des skinheads nazis durant les années 80, à Paris
essentiellement, par des bandes d'adolescents antifascistes. Pourquoi pas ? Le pitch, très Villeneuve, avait de quoi exciter l'intérêt d'une génération n'ayant pas connu ces
années. Ce documentaire, après visionnage, n'en est finalement pas un. Succession d'entretiens et d'images d'archives, pauvrement filmé et sans la moindre intention de réalisation, il se propose
non pas de relater simplement les faits mais de glorifier l'action de quelques individus, sans malheureusement jamais donner la parole au camp d'en face (lâcheté préméditée ou manque total de
professionnalisme, le mystère reste entier...). On cite les "nazis", on les aperçoit au détour d'un vieux reportage télé mais jamais on ne les entend aujourd'hui. Comment alors prendre au sérieux
toute cette histoire ? Nous sommes en pleine propagande, plus de 20 ans après les faits. Passons. Pendant un peu plus d'une heure, on écoute donc des vétérans d'une petite guéguerre oubliée
se vanter de leurs actions héroïques. Ici, un certain Kim (photo de gauche) rappe ses souvenirs de bastons sanguinaires, desservi par un flow tout de même catastrophique, là, un
autre assure que lui et ses potes ont nettoyé les rues de la racaille extrémiste, évoque des descentes à la kalashnikov (on n'est plus à Paname mais à Beyrouth !), sans jamais vraiment
rentrer dans les détails. En guise de conclusion, la voix off assène un énième slogan débilitant. En gros, le fascisme, c'est mal et ne passera plus jamais par chez nous. Merci. Bref, une
rédaction adolescente sur des adolescents qui ont refusé de grandir. Un film bâclé et inutile, quand même vendu en Fnac pour la modique somme de 19 euro. On est habitué. Rien de grave.
Là où tout ça devient véritablement pathétique, c'est que l'ennemi brun a répliqué sans attendre en mettant gratuitement en ligne sa réponse. Pareil : une heure et quelques où des
anciens donnent leur version de la chose. Les skinheads soi-disant pourchassés témoignent, font le boulot qu'a refusé d'assumer le réalisateur. Là où les Antifa s'agitaient, les yeux brûlants,
les skinheads, eux, se contentent de raconter calmement, sans mythomanie. Juste avec de la dérision et de la précision. Que cela agace les bien pensants et les Jean Moulin
perpétuels n'est pas le problème. Quand les Antifa gonflent le torse et bandent tous leurs muscles, les skinheads, eux, préfèrent relativiser la violence d'une époque enterrée et évoquer
certaines de leurs erreurs de parcours. Surtout, ils démontent une par une les vantardises adverses et on rit, haut et fort, on rit à intervalle régulier, sans même rougir. Pire, on a tendance à
les croire. Peut-être parce qu'ils sont passés, depuis longtemps, à autre chose, en tout cas à une autre forme de lutte, plus politique, moins urbaine, alors que les Antifa, eux, ne parlent qu'au
passé, toujours, comme si leur présent n'était que vide et désillusion. Ils réclament des médailles, pauvres petits soldats instrumentalisés par un montage à la truelle. Et puis, quand
Serge Ayoub dit "Batskin" (photo de droite), leader nationaliste hautement médiatisé depuis 20 ans, rappelle, certes avec malice, que certains Antifa aimaient
bien, à l'époque, tendre le bras bien haut, on s'interroge. Pourquoi le documentaire Antifa, Chasseurs de Skins a dissimulé de telles informations ? Pourquoi a-t-il préféré, à une
réalité indiscutable et vérifiable en deux coups de fil, un manichéisme malsain ? Pour mieux se rassurer d'être du bon côté probablement. Quitte à réinventer l'histoire, à la travestir. La
médiocrité sera toujours l'ennemie du sens.
Jérôme Reijasse
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