Tyson - Trailer / Bande-Annonce HD [VO]
. Ce film n’aurait pu commencer autrement : gros plan sur le regard le plus effrayant des années 90. Tyson à 20 piges, se dandinant sur le ring sans quitter celui du champion en titre. Qui a déjà les yeux fuyants de la vache qui va à l’abattoir : Tyson a toujours gagné avant de combattre.
. Toback, réalisateur, a permis l’introspection de celui qu’on imagine comme une simple brute. Sans script, juste
Tyson à disposition pendant sa cure de désintoxication. A l’arrivée : un chef-d’œuvre. Avec pour fil conducteur l’éternel combat entre la confiance en soi et la peur de
l’humiliation.
. On découvre une enfance avec Tyson dans le rôle de la victime. D’où sa peur d’être humilié à nouveau, de quelque
façon que ce soit. Peur qui le hantera et l’animera toute sa vie. Ali s’est mis à la boxe pour rosser le voleur de vélo, Tyson pour coucher celui qui avait étranglé un de ses pigeons
apprivoisés.
. « Je ne reculerai jamais devant un combat de rue ».
. Décor social dressé : une mère « aux mœurs faciles », un « peut-être père » qui a filé et donc une famille nombreuse pour une mère seule : le tout dans un ghetto de Brooklyn. On apprend mieux et plus vite que dans n’importe quelle émission « sociétale ». A l’image de son style de boxe, Tyson « crache sa vie » tout au long d’entretiens très bien orchestrés avec des archives.
. Tout est dit sur ce qu’un coach peut apporter à un pauvre. « Il m’a détruit puis reconstruit ». À propos de
Cus d'Amato : entraîneur, père, gourou pour la boxe et la vie.
. Contrairement à beaucoup de « films de boxe », le noble art est traité ici en tant qu’art : que ce soit au niveau du
sport ou de ses mythes. Le style de Tyson inspiré des poids légers ; « caractère et personnalité » ; lorsqu’il s’agit de décrire les points forts d’Ali, « c’est dur de casser
des mâchoires » ; technique ; dextérité ; précision ; vitesse ; mental ; psychologie du guerrier ; abstinence avant un combat ; « mon job c’est de faire mal » ; férocité...
Tout ou quasiment y est.
. Tyson et les femmes : « Je n’aime pas être aimé, j’aime aimer ». Connaître la gloire du champion du monde à
vingt ans et toutes les sangsues qui tournent autour. Se marier trop tôt puis, lorsque interviewé par une wasp décrépie, se voir décerner un « il est maniaco dépressif » par sa
propre femme en direct à la télé. C’est avec brutalité que Tyson stigmatise les rapports noirs blancs dans une Amérique dégueulasse des années 90. Tyson incarne cela : le Trump
Palace, une psychothérapie en direct à la télé, une condamnation pour viol à cause d’une pute apprentie chanteuse, la dope, le « 300 millions puis la ruine » : une vie
spéculative.
. L’Islam pour emmerder le Wasp : Tyson n’était ni le premier, ni le dernier. Comme tous les grands poids lourds, Tyson est extrêmement intelligent. Seuls les malins peuvent marquer une époque, les autres crèvent ou voient leur carrière gâchée trop tôt par leur manager.
. Et si le « Tyson - Holyfield II » était le deuxième combat du siècle ? Le calme avant la tempête, la tricherie, la riposte, la férocité puis la folie mise en scène, poussée à son paroxysme. C’est à cela que doit servir le sport : de l’histoire en temps réel.
James Toback - L'homme qui a confessé Tyson
. Tyson doit profondément aimer la boxe. Peut-être plus que n’importe quel autre grand poids lourd. Allez vous taper des pellicules de combats des années 30 tous les soirs entre l’âge de 13 et 20 ans. La même impression surgit lors de son dernier combat perdu face à un médiocre en 2005. « Je n’ai plus la rage, plus le cœur à ça, plus les tripes », « I’m not an animal anymore ». Tout en reconnaissant que ses combats de trop servaient à payer ses dettes et factures, Tyson pose une barrière. « Je n’insulterai plus ce sport ». Le tout sans jamais blâmer personne sinon lui-même.
. Tyson vient de Brooklyn et il s’en fout : il préfère Tupac à Biggie. Tyson est un grand.
. Rares sont les introspections avec analyse et autocritique si fines.
. « On peut me juger mais pas me comprendre ». Tyson a réussi à devenir celui que les amoureux du personnage rêvaient de voir une fois la page de la boxe tournée. L’ex champion s’efforce aujourd’hui d’être un bon père, de devenir un meilleur homme et d’avoir un jour des petits-enfants. Et si le film de Toback était la dernière image qu’il fallait garder de Tyson ?
. « What I did is history, what I will do is mistery »
Texte - EI
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