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Les Théories d'Eiji

Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 14:51

Tyson - Trailer / Bande-Annonce HD [VO]

. Ce film n’aurait pu commencer autrement : gros plan sur le regard le plus effrayant des années 90. Tyson à 20 piges, se dandinant sur le ring sans quitter celui du champion en titre. Qui a déjà les yeux fuyants de la vache qui va à l’abattoir : Tyson a toujours gagné avant de combattre.

. Toback, réalisateur, a permis l’introspection de celui qu’on imagine comme une simple brute. Sans script, juste Tyson à disposition pendant sa cure de désintoxication. A l’arrivée : un chef-d’œuvre. Avec pour fil conducteur l’éternel combat entre la confiance en soi et la peur de l’humiliation.

. On découvre une enfance avec Tyson dans le rôle de la victime. D’où sa peur d’être humilié à nouveau, de quelque façon que ce soit. Peur qui le hantera et l’animera toute sa vie. Ali s’est mis à la boxe pour rosser le voleur de vélo, Tyson pour coucher celui qui avait étranglé un de ses pigeons apprivoisés.

. « Je ne reculerai jamais devant un combat de rue ».

. Décor social dressé : une mère « aux mœurs faciles », un « peut-être père » qui a filé et donc une famille nombreuse pour une mère seule : le tout dans un ghetto de Brooklyn. On apprend mieux et plus vite que dans n’importe quelle émission « sociétale ». A l’image de son style de boxe, Tyson « crache sa vie » tout au long d’entretiens très bien orchestrés avec des archives.



Mike Tyson et James Toback


. Tout est dit sur ce qu’un coach peut apporter à un pauvre. « Il m’a détruit puis reconstruit ». À propos de Cus d'Amato : entraîneur, père, gourou pour la boxe et la vie.

. Contrairement à beaucoup de « films de boxe », le noble art est traité ici en tant qu’art : que ce soit au niveau du sport ou de ses mythes. Le style de Tyson inspiré des poids légers ; « caractère et personnalité » ; lorsqu’il s’agit de décrire les points forts d’Ali, « c’est dur de casser des mâchoires » ; technique ; dextérité ; précision ; vitesse ; mental ; psychologie du guerrier ; abstinence avant un combat ; « mon job c’est de faire mal » ; férocité... Tout ou quasiment y est.

. Tyson et les femmes : « Je n’aime pas être aimé, j’aime aimer ». Connaître la gloire du champion du monde à vingt ans et toutes les sangsues qui tournent autour. Se marier trop tôt puis, lorsque interviewé par une wasp décrépie, se voir décerner un « il est maniaco dépressif » par sa propre femme en direct à la télé. C’est avec brutalité que Tyson stigmatise les rapports noirs blancs dans une Amérique dégueulasse des années 90. Tyson incarne cela : le Trump Palace, une psychothérapie en direct à la télé, une condamnation pour viol à cause d’une pute apprentie chanteuse, la dope, le « 300 millions puis la ruine » : une vie spéculative.

. L’Islam pour emmerder le Wasp : Tyson n’était ni le premier, ni le dernier. Comme tous les grands poids lourds, Tyson est extrêmement intelligent. Seuls les malins peuvent marquer une époque, les autres crèvent ou voient leur carrière gâchée trop tôt par leur manager.

. Et si le « Tyson - Holyfield II » était le deuxième combat du siècle ? Le calme avant la tempête, la tricherie, la riposte, la férocité puis la folie mise en scène, poussée à son paroxysme. C’est à cela que doit servir le sport : de l’histoire en temps réel.



James Toback - L'homme qui a confessé Tyson

 

. Tyson doit profondément aimer la boxe. Peut-être plus que n’importe quel autre grand poids lourd. Allez vous taper des pellicules de combats des années 30 tous les soirs entre l’âge de 13 et 20 ans. La même impression surgit lors de son dernier combat perdu face à un médiocre en 2005. « Je n’ai plus la rage, plus le cœur à ça, plus les tripes », « I’m not an animal anymore ». Tout en reconnaissant que ses combats de trop servaient à payer ses dettes et factures, Tyson pose une barrière. « Je n’insulterai plus ce sport ». Le tout sans jamais blâmer personne sinon lui-même.

. Tyson vient de Brooklyn et il s’en fout : il préfère Tupac à Biggie. Tyson est un grand.

. Rares sont les introspections avec analyse et autocritique si fines.

. « On peut me juger mais pas me comprendre ». Tyson a réussi à devenir celui que les amoureux du personnage rêvaient de voir une fois la page de la boxe tournée. L’ex champion s’efforce aujourd’hui d’être un bon père, de devenir un meilleur homme et d’avoir un jour des petits-enfants. Et si le film de Toback était la dernière image qu’il fallait garder de Tyson ?

. « What I did is history, what I will do is mistery »


Texte - EI



Par Eiji Ieno - Publié dans : Les Théories d'Eiji - Communauté : Afrique panafricaine
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Samedi 5 septembre 2009 6 05 /09 /2009 16:20


Un dimanche après midi d’Août ? Parfait pour rester chez soi à ne rien faire. Le genre de journée où l’on se rend compte que les week-end sont décidemment trop courts. Il existe une autre alternative pour se remettre de son samedi soir (celui qui ne sert qu’à oublier toute la semaine passée) : le Palais de Tokyo. Cet endroit qui ne peut que vous apporter du prestige culturel si vous en parlez dans n’importe quel dîner en ville. Ce « haut lieu de la culture à Paris » qui n’est ni un musée, ni un théâtre, ni un cinéma mais un Palais. Avouez que tout de suite c’est plus classe, surtout si c’est celui de Tokyo : summum de l’avant-garde artistique pour tous ceux qui n’y sont jamais allés.

Le Palais de Tokyo c’est aussi un des lieux où sévit le trust hype et mondain de monsieur André. L’artiste qui le jour où La station Louvre s’est vue recouverte de tags, est venu distribuer sa carte de visite aux journalistes en disant : « Moi aussi je sais faire ça ». Ou quand une bêtise de jeunesse (le tag) peut procurer un prestige (celui d’un doux parfum de dissidence et de subversion) marquant à vie certains de ses auteurs. André aujourd’hui c’est Le Baron, l’Hôtel Amour, l’ex Paris Paris, Chez Regine, Chez Moune et aussi la boutique du Palais de Tokyo.

On y vend des art toys, de la bière japonaise Asahi et des tee-shirts siglés André.

Actuellement à l’affiche au Palais : l’exposition Spy Numbers. Dans la brochure c’est écrit « Au-delà du visible (donc le vide), toujours plus proche de l’infra-mince et du spectral (???), le Palais de Tokyo expérimente des formes d’art qui échappent à toutes velléités d’interprétations figées (en gros n’importe quoi). »

Mon résumé personnel illustré : ici on construit un mur pour le détruire :




et là on déterre des poteaux électriques en béton armé pour les poser au milieu d’une galerie :



Au Palais de Tokyo, il n’y pas de gardiens mais des « médiateurs ». De jeunes personnes que j’imagine être des étudiants en école art qui vous expliquent les œuvres avec l’air à peine masqué de penser « mais tu comprends rien toi».

S’il fallait trouver des bons côtés aux Palais de Tokyo ? Son restaurant éphémère et haut perché si vous en avez les moyens, sa cantine et son café si vous êtes toujours dans le même cas. Et au-dessus de cela : c’est un lieu où le sujet est loin de vous absorber. On peut y déambuler tout en déblatérant sur ses dernières vacances ou sur les derniers rappeurs français. Si vous avez peur de regarder vos pieds en prenant un café avec un vieil ami, l’endroit est parfait. Si vous voulez revoir une personne rencontrée dans une soirée et que le « viens on prend un verre un soir » n’est plus assez subtil pour notre époque, le Palais est aussi fait pour vous. Quoi de plus facile que « d’endormir » ou de « retourner le cerveau » de votre dulciné(e) » en faisant semblant de vous intéresser à de « l’art creux ». Evitez juste de répéter trop de fois « c’est sympa », vous risqueriez de révéler votre face d’imposteur.

Le Palais de Tokyo est donc prétexte à tout cela : ces rendez-vous, ces pylônes en béton armé et ces dimanches après-midi où l’on ne veut pas trop réfléchir.

EI

Par Gri-Gri International - Publié dans : Les Théories d'Eiji
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Vendredi 21 août 2009 5 21 /08 /2009 10:35

 

En 2009, la mode c'est de paraître pauvre : se déplacer en vélo avec une cagette ficelée à l'arrière pour transporter des courses faites au marché, s'habiller dans des friperies et sortir dans des troquets bondés à l'alcool bon marché. 
En tendances plus « underground » et plus futiles, après le street golf (faire du golf la nuit en jouant avec le mobilier urbain), j'ai vu se développer la mode du « fixie » (ou vélo à pignon fixe). De quoi s'agit-il ? Tout simplement d'un vélo sans roue libre, sur lequel on ne peut pas arrêter de pédaler (y compris en descente ou lorsque l'on veut freiner). Autrement dit : un truc super casse gueule et objectivement inutile à moins de faire de la piste ou d'être un dopé voulant parfaire son pédalage l'hiver venu (pratique d'entraînement des cyclistes professionnels dans les années 90).
Ce truc a ressurgi chez les coursiers de San Francisco, au Japon (numéro un sur le « sert à rien ») et récemment à Paris. Vous n'avez jamais croisé de graphistes aux coupes de cheveux négligées avec de grosses lunettes pédalant sur autre chose qu'un Vélib ? 
Avoir un frein revient à être un « fake » dans la communauté des fixies : le freinage doit s'effectuer au péril de sa vie en exerçant une sorte de pression sur des pédales équipées de cale-pieds à l'ancienne. Inutile de dire que toute montée/descente catégorie Rue de Belleville ou Montmartre est strictement proscrite à ces étranges sportifs.

Après l'objet utile : l'useful, je propose un nouveau concept : l'useless, l'inutile, le sert à rien. Prendre le métro (moyen de transport le plus efficient) est trop « normal », avoir une voiture à Paris relève de la folie en plus de faire banlieusard, le scooter fait trop livreur de pizza, le Vélib n'est qu'un jouet de mauvaise qualité : je me distingue, je me déplace en fixie. Ou quand notre société a atteint un état de développement tel qu'un vélo banal ne coûte plus que 75 euros et que la distinction passe par l'absurde. Le fixie est un anti Iphone, objet qui au-delà de son image sociale réunit en un seul objet téléphone, appareil photo, lecteur de musique et navigateur internet. Un « couteau suisse numérique » vraiment pratique d'après de nombreux amis. C'est aussi un objet socialement prestigieux, réservé aux mecs cools (attachés de presse, minets de Rive Gauche, artistes rentiers, décadents de Paris Ouest) ayant de l'argent (80 euros de forfait/mois en moyenne), mais qui n'a pas la folie de l'inutile contrairement au fixie. Je risque ma vie sur un vélo à 400 euros, ce n'est pas pour aller bosser que je me déplace mais pour le plaisir et la beauté du geste, j'ai du goût et je ne suis pas « normal » : voilà l'image créée autour de pratiquants majoritairement métro sexuels (cf couleurs choisies, se dandiner finement sur un vélo élégant...). De façon plus sérieuse, on pourrait y voir une forme de décadence de nos sociétés qui ont trop pour penser rationnellement. Sachant que le personnage le plus respecté de cette communauté est le coursier qui a choisi de renoncer à un vrai métier afin de « vivre pour et par son goût du risque ».

On ne peut pas enlever aux pratiquants de fixie un certain sens esthétique : ils récupèrent de vieux vélos de course, assortissent les couleurs, cherchent les meilleures pièces détachées allemandes ou japonaises : il s'agit là d'un tuning du riche de bon goût et « anti Super 5 rabaissée/jantes x pouces ».  

Juste pour conclure et prévenir ceux qui voudraient s'y mettre et eux aussi devenir des web designers cool, la semaine dernière j'ai rencontré une fille « hype » qui m'a raconté comment elle s'était ouvert le bras l'été dernier. C'était en fixie, à Berlin, contre un tramway après être rentrée dans un rail : ça lui a valu une opération longue, compliquée et douloureuse. Chacun doit bien se fabriquer ses mythes (ici tout y est : une ville bobo, une pratique excentrique, l'aventure de l'inconnu des rails de tramway, l'accident, la douleur), le fixie en est un moyen comme un autre.

 

EI


Par Gri-Gri International - Publié dans : Les Théories d'Eiji
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Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /2009 09:38

La Bourse : le Rungis des actions, obligations, devises et autres actifs financiers. Jusqu’à la fin des années 80, la plupart des échanges avaient lieu à la criée au Palais Brongniart. Durant une certaine plage horaire et à tel coin du Palais, s’échangeait une action donnée. Les courtiers passaient leurs ordres à la voix et à l’aide de signes. 1998 : fin du folklore : plus aucun échange n’a lieu au Palais Brongniart. Celui-ci s’est depuis converti en lieu d’accueil pour séminaires. Certaines bourses étrangères (matières premières aux Etats-Unis, Japon, pays en voie de développement) ont gardé le système à la criée alors que pour les autres, l’informatique l’a remplacé. De puissants algorithmes se chargent de « trouver le juste prix » afin d’assurer la rencontre entre l’offre et la demande. Cela a dématérialisé la Bourse, augmenté la liquidité et permis un développement massif de l’industrie financière. Rappelons qu’il y a deux ans, être trader (ou opérateur de marché) représentait une position sociale parmi les plus valorisées. Depuis, ces derniers sont devenus « les méchants », ont perdu beaucoup d’amis (dont Sarkozy) et sont la cible facile de moqueries plus ou moins réussies (la chanson "Save the Traders"). 
Alors qu’elle a été crée par un arrêt du Conseil d’état, la Bourse de Paris est aujourd’hui gérée par une entreprise privée : NYSE Euronext. Celle-ci regroupe plusieurs plates formes boursières et est basée à New York. Ce depuis qu’Euronext, groupe de bourses européennes (dont Paris) a fusionné en 2006 avec la bourse de New York (NYSE). L’Etat n’est plus qu’un partenaire de cette entreprise (par le biais de l’Autorité des Marchés Financiers) et n’exerce plus d’autorité réelle. Un événement est venu nous le rappeler cet été : la délocalisation d’une partie des activités de la Bourse de Paris à Londres. L’activité de NYSE Euronext est de maintenir et de développer des outils informatiques suffisamment puissants pour assurer en quasi permanence la rencontre entre acheteurs et vendeurs. Les exigences des acteurs sont de l’ordre du dixième de seconde pour ce qui est de l’exécution d’un ordre. Rappelons qu’un million et demi d’ordres peuvent être traités par jour sur la place de Paris (contre 150,000 en 1995). La bourse n’est aujourd’hui « qu’un » système informatique qui s’est complètement dématérialisé et peut donc être localisé en fonction des coûts, de la clientèle et de la réglementation. Cette délocalisation discrète, car survenue en plein été, l’illustre parfaitement.

Au-delà de la centaine d’emplois concernés par cette décision, la question de l’indépendance de la place financière de Paris et donc de la France est posée. Juste un chiffre : plus de la moitié du CAC 40 est détenue par des investisseurs étrangers qui sont en grande majorité des fonds de pension américains. Voir la moitié de son économie entre les mains d’un pays qui ne produit plus grand chose (excepté de la monnaie) ne peut pas être réjouissant. La France est le pays développé où le système de retraite par capitalisation est le plus faible, elle ne compte pas de fonds de pension et souffre donc d’un déficit d’investisseurs à long terme. 
Je sais que dire cela en pleine crise causée par les excès de la finance peut paraître déplacé. Cet épisode rappelle avant tout l’impuissance des pouvoirs publics par rapport à ces problématiques. Christine Lagarde qui dit militer activement pour l’établissement d’une place financière forte à Paris, appelle à ne pas surestimer cette décision. Décision qui pour tous les acteurs financiers parisiens représente un échec indéniable de leur place.
Il fut un temps où les pouvoirs publics s’occupaient des fonctions vitales de notre pays. Ils pouvaient aussi contrôler, à défaut d’assumer ces tâches. Aujourd’hui, ils déclarent dans Les Echos « Il est l’heure de sonner la mobilisation générale » lorsqu’ils ne peuvent plus rien faire.

 

EI
 

Par Gri-Gri International - Publié dans : Les Théories d'Eiji
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Mardi 4 août 2009 2 04 /08 /2009 08:02
 

Parce que seuls les vrais restent, que les jours sont plus longs et qu’on peut faire tout ce que le temps ne nous permet pas durant l’année : j’adore passer l’été à Paris. Idée de concept : arrêter de voyager. Parce que ça pollue, qu’on ne reste qu’un vulgaire touriste et que la nature humaine est partout la même. Mettre fin aux « c’était trop authentique »,

« il a fait trop beau » et « ils sont beaucoup plus souriants et chaleureux qu’ici ».

Un pays ou une ville ça se découvre en y vivant, sinon autant y aller avec Google Maps.

Cet été j’ai emmené une fille voir l’arrivée du Tour de France et ses caravanes sur les Champs. J’ai sympathisé avec un bouquiniste qui vend les bouquins de Mesrine en édition originale à 100 euros, et dit connaître son éditeur et son avocat de l’époque. Je suis allé prendre un verre dans un grand hôtel désigné par Philippe Starck qui a la particularité d’être situé dans un ex-quartier populaire (le Mama Shelter). Je suis allé voir une représentation de la compagnie d’Alvin Ailey au théâtre du Châtelet pour cinq euros. J’ai découvert Jacques Tati dans une rétrospective au Champo, l’été dernier c’était Ozu. J’ai pris une péniche Ratp qui joue au métro classe sur un bout de la Seine. J’ai nagé dans la Seine, ou plutôt dans une piscine qui y flotte (au pied de la Bibliothèque François Mitterand). J’ai vu pour la première fois les feux d’artifices tirés tous les ans en mon honneur (je suis né le 14 Juillet). A Belleville, c’était Bagdad version pétards. J’ai enfin osé aller prendre un verre chez Georges au sommet du Centre Pompidou.

L’été à Paris c’est le cinéma en plein air, les séances du mercredi après midi moins chères et sans les stupides gosses qui font du bruit et regardent leurs textos en plein film. C’est aussi redécouvrir certains quartiers. En deux ans, celui de Philippe Auguste, ravalé par les bobos, est devenu un vrai décor de film d’après guerre avec ses petites ruelles en pavés. C’est Paris Plage, si pour toi vacances ne peut rimer qu’avec mer. C’est manger chez Chartier sur les grands boulevards puis aller dans le meilleur cinéma de France : le Max Linder. C’est pique-niquer partout où il y a de l’eau (Ile de la Cité, canal Saint Martin, canal de l’Ourcq). C’est aller au musée pour ceux qui aiment. Pour les autres, c’est accompagner une fille au Palais de Tokyo parce qu’il n’y a rien de sérieux à voir et que tout cela n’est qu’un prétexte pour tailler une petite bavette.

Petit, je regrettais toujours de partir trop longtemps loin de Paris. L’été à Paris pour moi c’était faire plein de sports bizarres (aviron, tir à l’arc, équitation...) avec la Mairie de Paris, s’ennuyer avec ceux qui restaient et passer une journée entière dans une librairie. Un peu plus tard c’était faire un job rigolo surtout s’il ne dure qu’un mois (distribuer des tracts, faire des hamburgers chez Quick, être postier vacataire) et avoir son premier vrai argent pour pouvoir faire tout ce qui n’était pas possible jusque là.

Parce que l’hiver est long à Paris et que les vacances économiques sont souvent foireuses, rester à Paris cet été devrait être ce qu’il y a de mieux à faire pour la plupart d’entre nous.

 

EI


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Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /2009 07:42

Parce que réaliser son premier long métrage à 21 ans sans être un « fils de » ne peut qu’être respectable, j’éprouve une grande sympathie pour Djamel Bensalah. Parce qu’il reste peu connu du grand public, qu’il n’est pas et ne se prend pas pour un « grand réalisateur incompris ». Ses références se situant plus du côté des Tontons flingueurs que de la Nouvelle Vague. Cultivé, marrant, naturel et s’exprimant normalement, il est l’Arabe dont les télés ne veulent pas. 
Ce réalisateur a la particularité de réaliser un bon film sur deux : son dernier étant mauvais, j’attendais Bensalah au tournant. A défaut de le réaliser, il a produit et écrit Neuilly sa mère qui sortira en salles le 12 Août. Pour ma part, je suis persuadé de passer un bon moment cet été.
Là où certains font des classiques à partir d’une intrigue de série B (La Haine : un flic perd son arme, on la trouve, « qu’est ce qu’on va bien pouvoir en faire les copains ? »), Djamel Bensalah parle du quartier en le déplaçant dans une station balnéaire franco-française. Cela revient à adopter un point de vue sociologique et surtout à éviter de faire comme les autres. Avec Le Ciel les Oiseaux et ta mère, Djamel Bensalah a su détourner le genre film du ghetto français en faisant une comédie sans guns ni rap hardcore. Genre qui, rappelons le, n’a donné naissance ces dix dernières années qu’à des farces (Ma 6T va craquer, Banlieue 13), des fausses copies de Spike Lee (La Haine) et d’autres œuvres heureusement restées confidentielles (La Squale, On est pas des marques de vélo...). 
Deuxième film de Bensalah : Le Raid, un des pires films de l’année 2001. Contrairement à son premier film, il s’agit d’un film à budget important, produit par Gaumont avec un gros casting (Balasko, Gérard Jugnot, Mouss Diouf, Maurice Barthélémy...). 
Trois ans après : Il était une fois dans l’Oued : « Plus beau film sur l’Algérie depuis 20 ans » (voix d’adulte raisonné entendue dans un hall d’immeuble de Belleville). Venant d’une idée originale des mecs du 113, ce film a eu le flair de traiter du phénomène des « immigrés de l’intérieur » avant que Ribéry n’explose médiatiquement. Ça parle d’un Français blanc vivant dans une cité, qui se prend pour un Arabe et fait son retour aux sources imaginaires en Algérie avec la famille de son pote. Profondément drôle tout en parlant de tous les « ex-Marc devenus Abdel » : en somme le mieux qu’on puisse demander d’un film populairement intelligent.
Quatrième film de Bensalah : Big City. Western joué par des enfants, grosse production, Gaumont au contrôle et petit bide à l’arrivée. Pas vu pour ma part, Bensalah m’ayant déjà arnaqué avec Le Raid, je sais qu’avec lui c’est un film sur deux qu’il faut voir. Quoi de moins étonnant de la part de quelqu’un qui s’est fait sa culture cinématographique en fraudant et qui a dû figurer/jouer/faire des pubs pour apprendre à réaliser. Certains sont ainsi : ils font quelque chose de bien avec rien, tout ça pour décevoir dès qu’ils ont plus. Les budgets bien ficelés, les avances et les aides à l’écriture du CNC ne sont pas pour ces gens là. Bensalah est de ceux qui ont besoin d’être seuls contre tous pour aller jusqu’au bout de leur connerie. Neuilly sa mère est produit sur les économies de Bensalah. Il est réalisé par celui qui était jusque là son assistant réalisateur. Sous son apparence de comédie inoffensive, ce sera un excellent « summer movie ». Je serai parmi les rares à m’aventurer dans une salle obscure en plein mois d’Août.


EI

 

 

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Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /2009 15:30


Il aura fallu attendre 20 ans pour voir un groupe de rap français « à la française ». Iam
 : marseillais. NTM : mauvais. Assassin : encore pire. Tous les autres rappeurs français ? Chacun a su copier avec plus ou moins de réussite un cousin américain. Tous, sauf le 113, qui ne connaît pas de réel équivalent outre Atlantique. 
Le 113 c’est Rim-K : la plume la plus inégale du rap français et le grand maître de la caricature et des clichés efficaces. « J’ viens d’ la rue pas du Cours Florent », « grillé à cinq kilomètres », « la banlieue c’est dangereux : t’as raison de t’ chier dessus » ou bien « Heineken pour madame qui connaît pas le Dom Pérignon ». C’est aussi AP : modèle parfait du rappeur moyen. Auteur d’une des pires phases de l’histoire du rap français : « Dans un coin ça joue aux cartes comme au casino (le lieu), comme dans Casino (le film) ». Troisième rappeur du groupe : Mokobé qui justifiait dans une interview sa faible participation dans le groupe par son job de vendeur de vêtements à Châtelet. Enfin, le seul véritable artiste du groupe : le compositeur Dj Mehdi qui a su créer une couleur musicale de luxe pour un groupe de quartier. Résumé de carrière : commence par les MJC, crée un son propre au rap français de 1994 à 2003, maintenant collègue de Justice au sein d’Ed Banger

La profondeur de ce groupe : leurs faiblesses toujours exhibées et parfois sublimées. A l’écoute du très bon
« Hold Up » qui relate un braquage fictif : on comprend vite que l’on n’a pas affaire à des ex bons élèves en rédaction. Le récit est maladroit, répète et/ou saute des étapes... ce qui le rend frais et ludique. Même doigt d’honneur aux académismes pour les rimes : celles du 113 sont souvent riches car elle se basent sur la répétition de mots entiers (plus simple). « S’amuser en boîte, éviter de finir en boîte », « je me suis mis dans le bain, petit caleçon de bain », « ceux qui vendent en détail ou en gros, mon gros ! ». Leur second album, Les Princes de La Ville les collectionne. Le suivant : 113 fout la merde marque la découverte pour les membres du groupe de la conjonction de comparaison « comme » qui est devenue LEUR figure de style. « Un son à te faire sécher les cours comme miss France 2001 », « suspect comme l’arrière salle d’un restau chinois », « 113 : c’est comme le quinze de France dans ta chambre »
Apport objectif de groupes de rap comme le 113 : nous dispenser de certains films comme
Entre les murs. Ou comment en 16 mesures un rappeur moyen arrive mieux à démontrer l’échec de l’Education Nationale qu’un film de deux heures. Notamment en commençant son morceau par une phrase mal construite : « Ca fait longtemps, depuis j’sais même plus ». À ceux qui ont toujours des illusions sur l’école républicaine : merci d’écouter les 80 premières secondes du morceau « Les regrets restent »
113, c’est le génie du pauvre, l’œuvre d’art involontaire, le naturel le plus effréné. La hype ayant toujours un train de retard sur la rue, un morceau comme « Tonton du bled » ne pourra jamais venir d’une commande de maison de disque. 113 : c’est aussi venir en 504 sur un plateau télé en prime time ou récupérer deux victoires de la musique en « survet - casquette - basket » là où Kery James sort le costard du noir intégré à la moindre cérémonie de deuxième division (la défunte Année du Hip Hop). 

Le 113 a su rompre avec la vieille tradition des faux bons élèves qui domine historiquement le rap français. Parce qu’on ne peut pas parler de rue en employant l’imparfait du subjonctif comme le fait si bien NTM. On vient du bâtiment 113, on va s’appeler 113.
« Pas d’ingénieur dans mon équipe », « Pour ceux qu’ont pas Internet, matent les faits divers de leur fenêtre ». 113, c’est surtout ne pas avoir assez peur du ridicule pour pouvoir clamer dans l’hymne des campings de l’été 99 : « Et là j’ lève mon verre de Coca : j’ picole pas ; j’ porte un toast à tous mes frères d’ Africa et c’est comme ça » (Jackpotes 2000).

 

EI

 


 

 

Par Gri-Gri International - Publié dans : Les Théories d'Eiji
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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /2009 12:19

Chaque année : Roland Garros. Et tous ces industrio-banquiers qui vont divertir leurs clients le temps d’une après-midi ensoleillée (alternative à la boîte à putes des années fastes et au Pink Paradise des années frustration). Remarquez, le seul truc qu’il y a de bien avec le tennis, c’est que la connotation bourgeoise est marquée, historique et assumée. Contrairement au foot, pris en tenaille entre fanatiques de milieu populaire et occupants millionnaires des loges de la Premiere League.
Pour le rugby aussi c’est compliqué : en plus d’être incompréhensible, il reste populaire dans le Sud-Ouest mais fait de plus en plus concurrence au foot pour les rendez-vous d’affaires en raison de son côté « bon enfant ».

Le tennis est un sport irrationnel : son terrain est conçu pour deux joueurs, là où 10 personnes peuvent jouer au football. Qui peut se payer des cours de tennis pour perfectionner son revers ? Il est à mon sens 20 fois plus difficile de réussir dans le football que dans le tennis, son coût de pratique représentant une barrière à l’entrée. Ce qui explique la pauvreté de ses champions : le tennis a-t-il connu ne serait-ce qu’un semblant de Maradona, Muhammad Ali ou même Cantona ? Sampras, Agassi et Boris Becker : transparents. Noah et Michael Chang : des curiosités car pas assez bons. Les sœurs Williams : des jumelles. Mcenroe : j’ai pas connu. Ce qui fait un grand champion ou un artiste marquant : autant sa capacité à manipuler les foules que la maîtrise de son art. C’est pour cela que Muhammad Ali est le plus grand athlète de tous les temps. Je ne vois pas de grands champions marquants dans le tennis. Enfin, le fait que le meilleur mondial de tennis soit suisse ne peut que décrédibiliser ce sport.

Le tennis n’est qu’une boxe implicite : un sport de face à face où les coups ne sont pas directs. Il plaît à notre société parce qu’elle refuse de voir en face la dureté des rapports humains quotidiens (chose que fait bien la boxe). Elle admet le principe de ticket d’entrée et la non ascension sociale. On est pas supporter d’un joueur de tennis mais du beau jeu : autrement dit de la non ferveur. On ne peut que se satisfaire du spectacle offert et pas vraiment crier au scandale contre l’arbitre. Cela enlève 80% de l’intérêt du sport professionnel, celui qui entraîne irrationalité et folie chez les fanatiques.

Richard Gasquet aurait pu devenir un vrai champion marquant de son époque. Il aurait pu dire que le tennis est secondaire : qu’il préfère Miami et ses blondes, les soirées arrosées, la house. Mieux, qu’il n’aime pas vraiment le tennis, que ce sont ses parents qui l’ont poussé à en faire. Parce que c’est le sport où, si l’on est un peu doué et travailleur, on a le plus de chances de réussir à gagner d’importantes sommes. Au football : les chances d’atteindre l’élite sont trop infimes. Les salaires dans le cyclisme sont ridicules par rapport aux sacrifices consentis alors qu’ils sont inexistants dans l’athlétisme. Gasquet aurait pu représenter les riches moyens en tout : il joue moyennement par rapport à la concurrence, il porte un nom « presque à particule », va dans des soirées MP3, se droguerait... Un peu comme n’importe quel étudiant de grande école de D2 (et donc privée). Au lieu de devenir un symbole, Gasquet a préféré s’accrocher à sa chance de reprendre un jour sa carrière de moyen ou de jeune trop doué trop tôt.

 

EI

 

Par Gri-Gri International - Publié dans : Les Théories d'Eiji
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Vendredi 19 juin 2009 5 19 /06 /2009 15:23

Les théories d’Eiji #6: les japonais et la politique, United Red Army.

Franco-japonais : né et grandi ici, un parent né ici, un autre là-bas, j’ai eu la chance de faire un échange Erasmus autre part qu’en Espagne et de « retrouver mes origines » (comme disait mon prof d’histoire qui me demandait ce que voulait dire mon nom à chaque rentrée des classes) en étudiant un an à Tokyo. 
Plus que leurs trains bondés ou les cerisiers en fleurs, une des choses qui m’avait le plus marqué était l’absence d’intérêt des Japonais pour la politique. Toute bonne conversation, dans un bistrot PMU ou dans un dîner mondain, comporte son « quart d’heure politique ». Que ce soit pour se plaindre de notre dictateur africain à nous ou refaire le monde entre gens qui s’assoient par terre (lycéens-militants-distributeurs de tracts de la LCR), les Français aiment la politique. 
La politique fait partie d’un triptyque de tabous communs à la société japonaise avec les yakuzas et la secte Sôka Gakkai. De la même manière que la chasse était réservée aux intouchables en Inde, j’ai eu l’impression qu’une grande partie de l’activité politique visible au quotidien, comme les meetings publics, était déléguée aux Yakuzas bas de gamme. Toutes les personnes que j’ai rencontrées m’ont déclaré être « neutres» et accomplir le plus souvent leur devoir d’électeur. Le taux d’abstention, comme en France, varie de 15% à plus de 50%, selon les types d’élections. Autre consensus : l’ennui de la vie politique, logique quand on sait que le Parti Libéral Démocrate a gouverné quasiment sans interruption depuis sa création en 1955. 

Pourquoi un tel consensus dans la mollesse du débat, du non intérêt et du peu de place accordée dans les médias populaires ? United Red Army, film indépendant sorti le mois dernier, a le mérite de m’apporter un début de réponse à ces questions. Hormis le fait que ce film soit diffusé dans une seule salle à Paris (indépendante elle aussi), qu’il soit long et répétitif, il traite des mouvements étudiants japonais des années 60-70. Ces derniers sont très méconnus en France (les seuls rebelles en 68 c’était nous). En plus d’avoir lutté contre l’augmentation des frais de scolarité ou la guerre du Vietnam, l’élément central de ces mouvements fut le traité de sécurité nippo américain. Traité toujours en vigueur entérinant le Japon au rang de simple colonie américaine : le Japon n’a pas de réelle armée mais des bases américaines d’où peuvent se déployer des opérations militaires en Asie sans consultation du gouvernement japonais. 
United Red Army relate le parcours de la partie armée du mouvement de contestation : l’armée rouge japonaise. Une centaine d’étudiants qui avait mal assimilé certains principes communistes en ayant une attitude stakhanoviste finalement très japonaise. La « bande à Baader nippone » a commis plusieurs dizaines d’attentats au Japon et à l’étranger, le film parle du plus marquant : celui du « Chalet d’Asama », du nom d’un village de montagne japonais. Après une longue préparation au combat, les aventuriers politiques furent chassés par la police et se réfugièrent dans un chalet où ils prirent en otage la maîtresse de maison. Le retranchement dura une quinzaine de jours, retransmis comme savent bien le faire les télés nippones, de façon quasi permanente. Avant la prise d’assaut tardive par le GIGN local qui causa quelques morts. 

Bien mis en scène d’après les critiques, le film oublie de dire que depuis cette prise d’otage en 1972, le traité de sécurité liant le Japon aux USA n’a jamais été remis en cause et que la politique est devenue un sujet marginal au Japon. Chaque vulgaire essai nucléaire Nord Coréen met en état de psychose collective un Japon, sous équipé militairement, qui n’a pas la bombe atomique. Je n’ai jamais entendu un prof d’histoire géo ou un spécialiste en géopolitique faire le lien entre la faible influence japonaise en terme de gouvernance mondiale (au vu de son économie) et ce traité le soumettant à la force militaire américaine. L’affaire du chalet d’Asuma et son instrumentalisation par les politiques auront contribué à tuer trois choses : les mouvements étudiants qui ont été diabolisés, le rejet profond du traité de sécurité par la majorité de la population et, surtout, la conscience politique de tout un peuple.

 

EI

Par Gri-Gri International - Publié dans : Les Théories d'Eiji
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 08:50

Si le flipper est un objet familier pour la majorité des plus de trente ans, il fait figure de curiosité insolite pour les personnes de mon âge (la vingtaine). Rares sont en effet les jeunes de la génération Playstation à avoir écumé les salles de jeux défuntes de la Place Clichy ou du Boulevard Montmartre. Branlette solitaire et cachée (console de jeux) VS frustration exhibée en public (coups de reins donnés dans un flipper) ; domicile VS troquets PMU un peu louches ; bande son digitale en 16 bits VS juke box, geek VS loubard... Nombreuses sont les oppositions entre le « loisir inutile » des anciens et celui « des miens ». 
Tout mon passéisme et la nostalgie que j’éprouve pour une époque que je n’ai pas connue se reflètent dans le flipper. Celui-ci vient pour moi d’un autre temps. Il possède une esthétique disparue, un peu kitsch mais plaisante (son et lumière). Il est associé au charme des vrais bistrots et du couple défunt « clopes-petit noir ». Enfin, c’est un loisir réellement anticapitaliste. Il ne permet pas de mieux se porter comme le parcours de santé ou la piscine. Il n’offre pas de perspectives de gain (contrairement au poker ou au Millionnaire). Enfin, il n’est pas valorisé socialement, contrairement au théâtre amateur du festival off d’Avignon ou au golf (selon les milieux).
Au fond, à quoi sert le flipper ? A rien sinon à alléger ses poches et pour son propriétaire à faire fuir les bobos de son bar en en faisant un repaire à raclos (le joueur de flipper boit du café ou de la bière, pas de mojito). 
Au-delà de toute analyse symbolique, le flipper est en train de mourir progressivement, chassé par les bars lounge puis par les bars bondés de « l’Upper East Side » Parisien où il faut paraître pauvre. N’y a-t-il pas quelque chose de beau dans le spectacle que nous offre une mort lente et discrete ? Ce sont finalement les personnes qui y ont le plus joué qui se rendent le moins compte de la mort de leur ex-meilleure copine de galère. 

Lassé de devoir faire les choses de façon cartésienne (telle école pour tel boulot, tel boulot pour tel salaire, tel façon de parler pour telle fille...), j’ai décidé l’année dernière de faire une fois dans ma vie quelque chose qui ne puisse me servir d’aucune façon. Avec un ami, j’ai crée l’Amicale Populaire Des Joueurs de Flipper. Nous organisons des soirées dans des « vrais » bistrots avec des personnes « authentiques », le tout autour d’une saleté de flipper et d’un concours sans vrai cadeau. L’occasion pour nous de chercher les derniers flippers de la capitale, de faire enfin quelque chose pour la beauté du geste et de servir d’agence matrimoniale (véridique !). Tiens, la prochaine a lieu ce vendredi, ce sera au Trianon, dans le quartier de Belleville à Paris. Si vous êtes dans le coin et que vous êtes sûr de ne rien vouloir gagner, passez nous voir, c’est un événement Gri-Gri.

 

EI

 

La Flipper Renaissance Party Volume V : Fin d’hibernation. 
Bar Le Trianon, vendredi 12 Juin à partir de 19h30. 
69 Rue de Belleville 
Métro : Belleville (lignes 11 et 2) ou Pyrénées (ligne 11, bus 26)
Lien Facebook : www.facebook.com/home.php#/event.php?eid=101083537912&ref=ts


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