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Rosy Varte dans Peur sur la ville, en face de Minos déguisé en commissaire
Rosy Varte est morte. En ouvrant mon ordinateur ce matin, je vois plein de tweets mentionnant son nom, des RIP Rosy, des liens vers des
articles, des vidéos hommages, des photos d’elle partout et la triste nouvelle en titre : « L’actrice Rosy Varte nous a quittés »…
Ça me renvoie tout de suite fin 1987. Mon fils Julien a 3 ans et demi et revient d’un séjour aux Antilles de plusieurs mois. J’étais jeune, au
début de ma carrière, je l’avais envoyé en Guadeloupe le temps de me retourner et de m’installer dans un petit deux pièces du vingtième arrondissement. La première chose qu’il me demande avec son
fort accent créole ramené de là-bas en entrant dans l’appartement, c’est : « Maman'wou, tu as Maguy'wou dans ta télévision'wou ? ». En Guadeloupe, Maguy
est une super star, la musique zouk du générique peut-être… En France, c’est un peu comme la messe dominicale de Jacques Martin, un rendez-vous à ne pas manquer !
Du coup je me suis mise à regarder cette série avec lui, tous les dimanches. Rosy, l’actrice populaire par excellence, celle qu’on regarde en famille.
Parce que ce n’est pas d’aujourd’hui que je connais Rosy Varte. Bien évidemment, j’avais vu Peur sur la ville comme tout le monde à la
télé quand j’étais petite, sous l’œil vigilant de ma mère et celui plus réjoui de mon père. J’étais totalement fascinée par son sex-appeal débordant qui rend Minos complètement fou. J’ai réitéré
l’expérience tout à l’heure avec un ami, en visionnant cet extrait où elle fume en répondant aux questions du « commissaire » Minos. Et je confirme, lorsqu’elle dit : « Je
baise moi, monsieur le commissaire !… Et j’aime ça… », ça ne laisse personne indifférent. C’est une actrice sexuellement fédératrice, elle plaît aux hommes sans effrayer les
femmes. Bandante sans être vulgaire. Belle et accessible.
Plus tard encore avec Bébel dans Joyeuses Pâques, elle m’a bien fait rire en jouant la mère
hystéro-alcoolique.
En allant sur Wikipédia, où il n’y a d’ailleurs pas grand-chose sur sa vie, j’ai pu constater l’immense carrière de cette comédienne. Et me souvenir de toutes les
prestations que j’avais oubliées… Ses nombreux rôles au théâtre, et plus précisément le théâtre pour tous, celui qui arrive chez vous dans votre petit écran et qui vous rend tous ses acteurs
familiers. La Thénardier dans Cosette, ou encore Nina dans au Théâtre ce soir !!!
Paraît que Frédéric Mitterrand a parlé d’elle comme « d’une actrice populaire au sens le plus noble du terme »…
Pour une fois, on dit la même chose.
Quand j’ai annoncé à Julien que Maguy était morte, un bout de sa jeunesse a fui dans ses yeux.
J’ai aussi envoyé un message à Alexandre Thibault, qui joue mon amoureux dans Camping Paradis. C’est le fils de
Jean-Marc et je savais qu’il serait touché. Il m’a confirmé que son père était très triste…
Et en plus, un signe, dans Camping, je m’appelle Rosy.
Photo - cap Texte - Princess Erika
Bonus

Je suis tout à fait d’accord avec Audrey Pulvar. Pendant son interview de Morgan Sportès dans l’émission « On n’est pas
couché » du 3 septembre, elle lui faisait remarquer que tous les personnages masculins noirs de son livre Tout, tout de suite étaient systématiquement
décrits comme des molosses, des colosses, des grands baraqués, des gars balaises, des mastodontes, etc.… Pour mieux illustrer cette phrase de Sarkozy en pleine campagne présidentielle 2007 :
« Ces grands Noirs qui font peur à nos enfants » ?
C’est vrai que Morgan a choisi de nous narrer le violemment célèbre fait divers du Gang des Barbares. Ces jeunes ont enlevé, séquestré et torturé à
Bagneux pendant 24 jours un jeune juif de vingt-trois ans. N’obtenant pas de rançon, ils l’ont ensuite sauvagement assassiné. C’était au début de l’année 2006. Je ne vais pas vous raconter ce que tout le monde connaît. Sportès l’a fait. Il a à peine changé les noms des protagonistes.
Youssouf Fofana, le boss, le cerveau du gang, devient Yacef, Ilan Halimi, la victime, Elie, Yalda, l’appât, Zelda, Coup de
tête, un des geôliers, Tête de craie, etc…
Jouant sur le « non-fiction », il a quand même agrémenté l’histoire de détails un peu plus romanesques et de citations de Booba,
Seyfu, juxtaposées à celles de Semprun et Nietzsche en exergue des chapitres. Son récit reste très fidèle
aux déclarations qui nous ont déjà été rapportées par les médias, la police et toutes les sources ayant connaissance du dossier. Il a néanmoins un parti
pris. Il a une vision de ces jeunes selon lui paumés, violents, illettrés, cupides, stupides et incohérents, comme les tags qui recouvrent les vieux murs de la cité et même les arbres de La
Coulée verte.
Les filles sont mineures pour la plupart, vulnérables et soumises, terrorisées et admiratives, prêtes à tout pour une paire de chaussures et un petit succès dans
l’enceinte de leur collège. Mais d’après Yacef « les vraies filles c’est des vicieuses ». Mam’ (c’est la recruteuse) et Zelda sont
copines mais rivales. C’est Mam’ qui présente Zelda à Yacef qui cherche « une bête de meuf » pour piéger et dépouiller des « feujs » supposés
« riches et solidaires ». Cappuccino pour qui elles se sont battues est chargé du transport. D’enlèvements avortés en tentatives
d’extorsions de fond, d’intimidations en vols avec violence, Yacef peaufine ses méthodes. Il reçoit dans son bureau (une laverie), recrute dans la cité des complices désoeuvrés, des petits
délinquants à qui il promet 1500 euros pour garder « la marchandise ». Il cloisonne en recrutant aussi des gars de « Boboche » (Bobigny), des vrais durs à
qui il parle avec crainte et respect. Ce sont eux qui enlèveront Elie. L’opération ne doit durer que trois jours.
Chaque personnage est ethnographié, répertorié selon son origine sociale et ses pratiques religieuses (beaucoup de convertis à l’islam), parents et proches
également. Yacef a changé depuis ses séjours en prison et son retour d’Abobo (quartier d'Abidjan), il a même côtoyé les rebelles du Nord de Côte d’Ivoire. Il veut en découdre. Tête de craie, un
de ses lieutenants prénommé en vérité Christophe, sera un des premiers à lâcher l’affaire. Il a deux copines, une officielle Saïda, et Agnès une Française qui ferait tout pour lui plaire. Elle a
servi d’appât boulevard Voltaire avant Zelda. Un coup foireux avant le coup suprême.
C’est son visage d’abord à la mort d’Elie qui sert de portrait-robot aux enquêteurs. Elle ira se dénoncer, poussée par une amie. Dans la vraie vie, elle ne restera
que 9 mois en détention.
De Sceaux à Bagneux en passant par la Porte d’Orléans, roulant le plus souvent en Fiat Punto, de cabines téléphoniques en cybercafés pour brouiller les pistes, le
parcours chaotique et dramatique de Yacef, démontre un esprit malade et tourmenté. Alors qu’il s’est enfui à Abidjan, il continue d’appeler et de menacer le père d’Elie même après la mort de ce
dernier… Les flics ont conseillé à la famille de ne pas payer. Sportès met vaguement en cause leur responsabilité.
Je me demande si Morgan a rencontré Youssouf Fofana qui rêve du fond de sa prison d’écrire son histoire, peut-être même de l’adapter pour le cinéma. Et s’il compte
verser une partie de ses droits d’auteur à ces jeunes oubliés du système ? Tristes sires, victimes de l’atrocité de leurs exploits...
L’emploi quasi psychotique au début du livre de la locution « au demeurant », très utilisée dans les rapports de police, m’a d’abord agacée. Pour
me laisser enfin le goût amer d’un bien mal acquis.
Photo - DR Texte - Princess Erika
Kathryn Stockett est blanche. Cela explique sans doute la très suggestive traduction française du titre de son premier roman The
Help en La couleur des sentiments. Kathryn Stockett nous raconte une histoire de chez elle à trois voix à la manière de Zora Neale
Hurston ou d’Alice Walker. Trois femmes : deux noires, Aibileen et Minny, deux bonnes, pour une blanche de bonne famille, Miss Skeeter. Deus noires pour une blanche
comme en musique.
À Jackson dans le Mississippi, au début des années soixante, la condition des Noirs attend les droits civiques pour s’améliorer.
Aibileen travaille chez Miss Leefolt depuis que son fils Treelore est mort. Elizabeth Leefolt « n’a que vingt-trois ans, mais aime bien
s’entendre lui donner des ordres. » Aibileen sait aimer sa fille de deux ans Mae Mobley, comme elle ne le fera jamais. Quand elle la caresse, la petite « ronronne et sent
l’amour dans sa main ». Aibileen a de l’expérience, elle est futée, aime lire et sait écrire. C’est la véritable maîtresse de cérémonie.
Minny travaillait chez Miss Walters la mère d’Hilly. Hilly tient absolument à faire passer dans le journal local La Lettre, sa proposition de toilettes
réservées aux domestiques de couleur. Cette sorcière vient de renvoyer Minny à cause de son impertinence, et raconte partout qu’elle vole. « Je trouverai plus jamais de travail, Leroy va
me massacrer… », se lamente Minny qui en partant a fait une chose abominable. Heureusement grâce à une ruse d’Aibileen, elle a pu être prise au service de Celia Foot, l’ennemie jurée de
Miss Hilly. Elle lui aurait volé son Johnny d’après elle. Mais l’isolement moral et géographique dans lequel se trouve Miss Célia la préserve de tous ces ragots.
Miss Skeeter vient d’obtenir son diplôme à vingt-trois ans, alors que sa mère ne rêve que de « la voir marcher vers l’autel. » Tandis que toutes
ses amies ont arrêté leurs études pour se marier et faire des enfants, Eugenia Phelan (Skeeter) veut écrire. Et savoir ce qui est arrivé à Constantine, sa bonne, partie avant qu’elle ne revienne
de la fac sans lui dire au revoir. Elle décroche un travail au Jackson Journal et profite de sa rubrique ménagère pour se rapprocher d’Abileen. Skeeter n’est pas d’accord avec Hilly à
propos de ces toilettes réservées. Elle veut changer les choses, faire parler ces femmes noires qui élèvent toute leur vie des enfants blancs.
Encouragée par Elaine Stein, éditrice qui veut un projet original, mais ne promet pas de le publier, Skeeter va d’abord persuader Abileen que sa parole compte.
Abileen se chargera de convaincre Minny son amie. Mais il faut au moins dix témoignages !! Peut-être Louvenia, la bonne de Lou Anne, dont on a battu le petit-fils au point de le rendre
aveugle parce qu’il s’est assis sur les toilettes des blancs ? Yula May ne pourra pas témoigner, Hilly (décidément !!) l’enverra en prison pour quatre ans parce qu’elle lui a volé
« une affreuse bague ornée d’un rubis », sans valeur, pour envoyer ses deux fils à l’université. C’est ce qui déclenchera toutes les autres d’ailleurs : Winnie la timide,
Eulah … Il faut qu’elles soient prudentes ; pour garder leur travail et l’anonymat elles changeront le nom des bonnes et des patronnes. Medgar Evers vient de se faire
assassiner par le KKK devant chez lui, Carl Roberts est retrouvé pendu le corps marqué au fer rouge… Même pour Skeeter la situation est dangereuse, surtout quand elle commence à
sortir avec Stuart Withworth, le fils du sénateur.
Mais toutes travaillent pour que ce livre, qu’elles appellent sobrement « Les Bonnes », puisse voir le jour. Et pour que les habitantes de
Jackson ne se veuillent jamais se reconnaître dans le livre, elles ont un atout majeur, la tarte de Minny, pire qu’une gifle.
Si Zora avait raconté cette histoire ou Alice ou Toni ou Maya ou Terry, il y aurait eu tout autant d’anecdotes et
de personnages, mais je suis sûre qu’elle se serait mal terminée. Parce que ces paysagistes restent de l’autre côté de la barrière quand elles narrent. Katryn nous laisse espérer qu’Abileen
sortira libre des griffes d’Hilly, que Minny restera au service de Celia Foot bien que cette dernière soit folle. Katryn Stockett a certainement un sentiment de culpabilité et il est
définitivement blanc
Photo - dr Texte - Princess Erika