Présentation

  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction et son Ambassadrice Ma Solange Oussou.
  • Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction et son Ambassadrice Ma Solange Oussou.
  • : journal afrique Sarkozy international média Politique
  • : Depuis 2001, année de sa naissance au Gabon, le Gri-Gri International empêche de dormir les rois nègres, les ministres corrompus ou excessivement coopérants, les experts internationaux véreux, les personnels d'ambassades incompétents, les journalistes propagandistes et simplificateurs...
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Recherche

Compteur

medias

Le feuilleton littéraire de Princess Erika

Jeudi 22 avril 2010 4 22 /04 /2010 13:04

Another Country (Un autre pays) James BaldwinPrincess Erika Feuilleton littéraire www.legrigriinternati

 

Rufus Scott « hurlait de son instrument la musique de ses vingt ans ». Il s’est jeté dans l’eau  noire et glacée du fleuve. « Un nègre, disait son père, vit toute son existence sur un rythme, il meurt sur ce rythme, il baise sur ce rythme. » Ida Scott cherche son frère. Et se présente chez Cass et Richard Silenski, romancier qui déçoit sa femme. Elle sait qu’il ne sera jamais un grand écrivain contrairement à Vivaldo dont il est jaloux. Tous les trois l’ont vu la veille de sa mort pour fêter la signature du roman de Richard. Eric, exilé en France depuis deux ans, est acteur et vit avec Yves. Il rentre au pays pour un rôle. Lui aussi est un ami de Rufus ou plutôt, « Rufus avait osé le connaître ». Ellis est un producteur de télévision, il veut adapter le dernier roman de Richard. Il veut aussi aider Ida qui se lance dans la chanson et à la recherche du malheur qui poursuivait son frère. Comment personne n’a pu soulager sa solitude ? Après ses turpitudes avec Leona (ils se battaient sans cesse), devenue épave, internée (elle se baladait nue dans les rues en cherchant son bébé), puis renvoyée dans son Sud natal, Rufus avait disparu des semaines. En ce temps-là, Vivaldo traînait avec Jane, plus âgée, toujours saoule, elle lui occupait trop l’esprit et le corps pour qu’il se rende compte de quelque chose. « L’amour est un domaine dont il ignorait absolument tout »  jusqu’à ce qu’il retrouve Ida. Elle n’a jamais aimé de Blanc. Elle l’apostrophe souvent : « Vous autres, vous ne saviez rien de Rufus ». Pourtant « il a subi les mêmes souffrances, absolument les mêmes. »

Vivaldo n’aime pas le dernier roman de Richard. C’était son maître au début, puis Richard est devenu un « individu de second ordre ». Cass sait qu’il a toujours été ainsi, c’est elle qui l’a forgé à son goût. Richard a vendu son roman pour être une épaule pour Cass… Depuis son retour, elle couche avec Eric. Qui couchera avec Vivaldo à l’occasion… Avant, quand  Vivaldo traînait à Harlem, c’était pour « déposer son fardeau et donner de l’argent ». Maintenant qu’Ida et lui sont amants, « comment vivre avec elle, comment vivre sans elle ? » Ida maudit souvent Leona, « cette salope de blanche qui vit encore alors que son frère est mort ». Elle n’en veut pas à Vivaldo d’être blanc, elle lui explique juste qu’il ne saura jamais ce que signifie être noir. C’est parce qu’elle est noire qu’elle comprend mieux que quiconque  ce qui est arrivé à son frère. Elle aurait pu le prédire même en étant à des kilomètres. « Jamais les garçons ne voyaient Eric comme lui les voyaient tous ».  Yves lui rappelle Rufus. Une candeur maltraitée. Yves le rejoindra plus tard, il l’a expliqué à Cass dès la première fois. Ils n’ont pas d’avenir ensemble de toute façon. Elle veut juste aimer un homme qu’elle admire. Elle admirait Richard auparavant…C’est ce qu’elle dira en lui avouant le tromper avec Eric. Eric… Lui qui craignait Vivaldo… Ida est la maîtresse d’Ellis, elle pensait pouvoir gérer deux amants blancs à la fois. Mais pas tomber amoureuse de celui qui ne sert à rien, celui qui n’a pas empêché la mort de son frère…

Dans Un autre pays, tout est complexe, douloureux et rédempteur au même moment. James Baldwin n’est pas un écrivain noir homosexuel. Ses héros sont fragiles, torturés, avec un appétit de vivre qui les dévore et les tue parfois. Ils se touchent, se rencontrent, s’interrogent, s’abandonnent et Baldwin sait comment l’écrire à m’en faire couler des larmes. Ida c’est moi, Eric c’est moi, Rufus c’est moi, Cass c’est moi. James c’est moi.

Texte – Princess Erika

Par Gri-Gri International - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika - Communauté : Afrique panafricaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /2010 15:02

Chester Himes La fin d'un primitifPrincess Erika 

 

La fin d’un primitif est une furie meurtrière. La colère d’un homme noir et d’une femme blanche, enfermés trois jours dans un appartement. Leurs raisons sont différentes voir opposées, mais leurs cœurs sont tout aussi brisés. Kriss Cummings est importante : promue directeur adjoint depuis peu à l’Institut de L’Inde, elle occupe un bel appartement entre la troisième avenue et Lexington, mais redoute la solitude plus que tout. « Les filles blanches toutes puissantes couchent avec des nègres parce que leurs maris sont homosexuels ». Kriss en a épousé un à son insu, Ronny, « il veut sauver les nègres » de surcroît. Pour se venger de cet affront (mais elle en avait déjà le goût avant), « elle résout le problème nègre au lit ». Au moins ses amants nègres la traitent comme une femme alors que « les blancs la prennent pour une bête à plaisir »… Plus tard elle essaiera de se faire épouser par Dave mais la mère de ce dernier veut une vraie juive pour son fils… Pas épousable par un blanc donc. Et Harold, noir et érudit, a déjà sa femme blanche et, « même à Chicago en ce temps-là, deux blanches pour un noir », c’était trop. Pour supporter sa détresse mentale et sentimentale Kriss boit beaucoup, baise pas mal et prend des petites pilules en tout genre.

Jesse Robinson est écrivain. Il habite une pension crasseuse à Harlem, remplie d’homosexuels et vit séparé de sa femme Becky depuis un an. Il ne supportait plus la vie qu’il lui imposait. Aujourd’hui, elle est passée récupérer la literie, pourtant il est sûr de l’aimer encore. Les « libations excessives » ont brouillé ses traits, mais il reste très attractif. Après avoir touché une avance, il apprend que son manuscrit est finalement refusé : trop protestataire, et d’après l’éditeur, les gens en ont marre du désespoir des noirs, ils veulent entendre l’histoire d’un noir qui réussit. Mais Jesse lui répond « qu’il n’a pas assez d’imagination pour ça. » Jesse est rarement sobre, fait « des cauchemars remplis de meurtres violents, de viols, de combats furieux. » Tous deux ont besoin d’alcool pour plonger dans « l’hébétude qui arrondit les angles ».

C’est Jesse qui rappelle Kriss. Après plusieurs années, il a toujours envie de « baiser cette garce ». Il se souvient des trois jours passés à Chicago, où ils avaient baisé et bu comme des dingues ne s’habillant qu’une seule fois pour sortir manger. Ils se sont connus sept ans auparavant, il était jeune écrivain, elle croyait en lui… Kriss se souvient qu’il lui avait promis de quitter sa femme et de revenir vivre avec elle. Elle lui rappelle bien à cet « enfant de putain » que s’il baise encore sa femme, elle le tuera. Elle n’a pas envie qu’une de « ces salopes de négresses lui coure après avec un couteau ».

Jesse pense savoir que les blanches veulent toujours être violées par les noirs parce que c’est interdit. Il se vend, qu’elle paye de son corps. Kriss est autoritaire, elle aimerait qu’il soit encore son esclave. Elle a des fulgurances de passion et des orgasmes rapides sans même qu’il la pénètre. Jesse a de nombreuses absences et parle tout seul sans s’en rendre compte. L’appartement ne désemplit ni d’amis (Dave, Harold, Walter et Lucile sa femme) ni d’alcool. Des discussions animées et avinées s’enveniment, Kriss jouit des disputes qu’elle suscite, s’excite du malheur des autres et de la violence. Elle aimerait voir Jesse, qui l’insulte enfin à haute voix, la gorge tranchée par un Walter vengeur, étendu sur son parquet, baignant dans son sang. Mais c’est « le Nègre qui tue la Blanche ». Sans en avoir conscience, dans un semi coma éthylique, une fois tout le monde parti, sur fond de télévision et, fait étrange, sans l’avoir violée.

C’est le premier roman de Chester Himes que j’ai lu.

 

Texte – Princess Erika


Par Princess Erika Le Gri-Gri International - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika - Communauté : Afrique panafricaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /2010 13:27
C.bergeret912264943 l

Première chose, j’aime ce titre : Ma passion africaine. Je peux sentir dans ces premiers mots de l’auteur, française blanche protestante, toute la volupté de son péché et le prix que ça lui a coûté. Claude Bergeret est née en 1943 au Cameroun et sera toute sa vie camerounaise. Même lorsqu’elle reviendra pour 18 ans en France, au moment de son adolescence, même lorsque, durant tout ce temps, elle oubliera « sa langue », le Bangangté. 
Claude est une petite fille rebelle élevée à l’air libre des collines du pays bamiléké, avec son frère aîné Jean-Pierre et sa sœur cadette, Mireille. Ses parents missionnaires, persuadés du bien fondé de l’évangélisation (la leur), créent à Mfetom une école pour filles que son père construira pratiquement de ses mains. Sa mère, parfois hystérique, lui administre de sévères corrections quand elle désobéit. Claude grandit avec ses « sœurs africaines » et se prend pour une petite négresse. Mais il faut quitter la maison de son enfance car ses parents n’ont pas eu l’affectation souhaitée au Cameroun et préfèrent rentrer. Sur le bateau qui la ramène en France en hiver 1956, elle fait le serment de revenir au pays. 
Première mesure d’européanisation radicale : interdiction de parler le bangangté
Arrivée chez la grand-mère dans un Cognac austère, Claude se soumet plus ou moins à sa nouvelle vie française, redouble, oscille… Après le déménagement à Pons, et avec de bons résultats scolaires, sa vie est « réglée comme une pendule » : judo, peinture, musique… 
Elle tombe amoureuse de Paul à seize ans. Et deux ans plus tard, contre la volonté de ses parents, préfère son amoureux à de brillantes études en Californie…  Mariage puis départ à Aix-en-Provence. Deux garçons  naîtront de cette union : Serge et Laurent. Après le constat rapide de l’échec de son mariage, Claude reprend des études de géographie. Mais son pays lui manque. Divorcée et de passage à Paris, elle se retrouve devant le 102 bd Arago,( je connais bien cette adresse, la Société des missions)… et signe un contrat de 3 ans d’enseignement au Cameroun !
Ses parents sont réinstallés depuis peu à Mfetom. Le « retour au village », malgré quelques déménagements successifs, s’effectue très naturellement. En cette fin d’année 1974 le nouveau chef Njiké Pokam François vient d’être « attrapé ». Claude succède à ses parents au collège de Mfetom. Et le chef Pokam tombe fou d’elle. Au grand dam de sa mère ! L’heure de la retraite ayant sonné, les parents quittent définitivement le Cameroun bien avant que leur fille ne se marie avec le chef… Un chef séduisant qui tentera quand même de la violer un soir où il était aviné… Et après le mariage, où l’Église a fait preuve d’une grande hypocrisie, Claude s’installe à la chefferie.
Ils sont nombreux les religieux camerounais écartelés entre les traditions ancestrales et les lois de leur Église
Dix ans s’écoulent, la vie à la chefferie n’est pas de tout repos : deux autres grossesses, Sophie et Rudolph (la dernière…très difficile), le travail aux champs, les cours au collège, la maladie et le chef instable et violent parfois… La solidarité entre coépouses est de rigueur. Elles l’appellent d’ailleurs « notre mari » car elle fait souvent le travail du chef. Elle respecte les rites et la tradition, même quand elle n’y croit pas. Mais, à la mort du chef, elle refuse de pratiquer les rituels du deuil : « j’ai épousé un homme pas une dynastie ». Installée finalement dans la vallée florissante de Noun, elle réalise enfin son projet de ferme africaine.
Elle me plait parce qu’elle me rappelle ma grand-mère. Forte, brillante, éperdue de liberté, prête à se mettre sa communauté à dos plutôt que de renoncer à l’homme qu’elle aime, mais naïve aussi et sentencieuse, s’attribuant souvent le beau rôle qu’elle a forcément. N’est-ce pas elle que le chef réclame sur son lit de mort ?

Texte – Princess Erika

 

Par Princess Erika pour le Gri-Gri International - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika - Communauté : Afrique panafricaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 12:36
912264943 l

 

C’est en rendant visite à ma mamie de 97 ans, (je l’admire, elle lit et tricote énormément), pour lui souhaiter une bonne année que j’ai récupéré mon super livre relié : L’ABEILLE, Journal des Cadettes de France. Quand j’étais petite, je le dévorais régulièrement et avec fierté parce que ma mamie, (ma mamie en Jésus-Christ, comme elle aimait le dire), Erica Brucker, avait participé à sa rédaction. En fait, mon livre se compose de toutes les brochures mensuelles parues entre 1940 et 1944. Et arrivées avec l’armistice quand les journaux ont été interdits en zone occupée. D’ailleurs, dans une lettre adressée aux lectrices, fillettes d’une moyenne d’âge de dix ans, la rédaction explique parfaitement le combat de résistance qu’elle mène contre l’oppresseur où qu’il soit ; et là, sont évoqués les pays d’Afrique du Nord aussi bien que la Lorraine et la Belgique… Petite donc, je prenais mon livre, tournais les pages et m’arrêtais sur un numéro au hasard. Déjà les dates : juillet août 1944, août septembre 1941, me faisaient rêver. Ensuite, il y avait les histoires avec mes héroïnes récurrentes : Christine, Colette, Françoise, Jacqueline, je voulais ressembler à ces petites protestantes. Il leur arrivait toujours des choses simples mais formidables.

Christine rentre en classe, mais sa mère n’a pas pu lui acheter un tablier neuf faute de points. "Alors on a mis une bande au bas de celui-ci… je trouve ça affreux…" Et au fur à mesure les écolières racontent le jour de la Libération. Maryse déplore l’absence de Christine au moment où son père est parti "tondre ces espionnes qui avaient vendu de bons Français, des patriotes !" Mais Monique pense qu’on aurait dû les punir autrement. Jacqueline, en colonie, et de sortie exceptionnelle ce jour-là, a croisé les derniers Allemands sur la route. "Ils n’avaient qu’une envie : de se faire faire prisonniers." Christine n’a pas vu grand chose. À la ferme où elle était, "on suivait les évènements grâce à la T.S.F. Un jour, Claude, le domestique, est parti rejoindre le F.F.I." Elle a entendu les batailles de loin. Monique affirme "en baissant la voix que leur maîtresse a perdu un fils parti pour l’Algérie et mort sur le Front d’Italie." La cloche retentit, Jacqueline et Christine se rapprochent, mais non, la maîtresse annonce qu’elles seront rangées par ordre alphabétique aujourd’hui. Les deux amies ne seront pas côte à côte. En plus la voisine de Christine est une nouvelle à l’air sale et pouilleux. Mais lorsqu’elles doivent se lever pour chanter la Marseillaise, "émue sans regarder sa voisine Christine prend spontanément la main sale dans la sienne." Ça c’était ce que je préférais dans la gazette.

Bien sûr il y avait plein d’autres récits : sur des musiciens par exemple : Pâques avec Jean-Sébastien Bach, pas mal d’histoires venues d’ailleurs, (n’oublions pas que nous sommes dans un journal de missionnaires protestants) ; Oiseaux africains ou encore Ngashili, petite fille du pays Bamoun, des conseils, des recettes, des jeux ; Une journée de camp à la maison. Évidemment le feuilleton saga fleuve, La croix huguenote ou Les enfants Pèlerins, à suivre… Et comme dans tout magazine illustré digne de ce nom une petite BD à la fin : Buzzy-Buzzy la petite abeille. Ce petit journal protestant pour fillettes prônait l’œcuménisme et la solidarité en temps de guerre, le courage et la débrouillardise, et l’amour égal pour tous les enfants de celui pour qui n’existe aucune barrière ni ligne de démarcation : notre seigneur Jésus-Christ.

Texte - Princess Erika

 

PS : http://www.myspace.com/princesseerika

Par Gri-Gri International - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika - Communauté : Afrique panafricaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /2009 16:21
Scott


Je n’avais pas relu Francis Scott Fitzgerald depuis longtemps. Alors quand je suis tombée dans ma librairie montreuilloise Folies d’Encre, sur le pocket de ces deux nouvelles à 1 euro 50 (oui, il y a deux nouvelles, l'Étrange histoire de Benjamin Button et Un diamant gros comme le Ritz), je n’ai pas hésité. Au même moment, le film l’Étrange histoire de Benjamin Button battait son plein et la bande-annonce un peu trop fournie ne m’avait pas donné l’envie d’y aller. Première constatation, le film doit être une extended version, vu qu’il dure plus de deux heures alors que la nouvelle fait à peine 56 pages.
Une petite histoire pour raconter la vie d’un homme à l’envers.

À Baltimore, l’été 1860 les Button sont en avance sur leur époque. En effet, contrairement à l’usage, M et Mme Roger Button veulent que leur enfant naisse dans une maternité. Grand effroi du père découvrant un nourrisson de 80 ans, qui se plaint qu’on l’ait emmailloté dans une couverture qui gratte et réclame une canne…

De retour à la maison tout est compliqué. Le vieux bébé est bien embarrassant, préférant la compagnie de son grand père et les cigares aux jeux de hochet et autres niaiseries auxquels son père voudrait qu’il s’adonne. Le temps qui passe n’arrange pas encore les choses. À l’école maternelle, il s’ennuie à coller des feuilles de couleur les unes sur les autres. À douze ans, il remarque que ses cheveux blancs deviennent gris, le processus de décroissance est en marche. À 18 ans, il en paraît cinquante et réussit son examen d’entrée à Yale. Mais n’ayant pas pu se teindre les cheveux, il est ridiculisé par le chef de la scolarité, et chassé sous les quolibets de ses pairs. Il se vengera trente ans plus tard, profitant de son allure juvénile, pour à cinquante ans, s’inscrire en première année à Harvard et battre Yale lors d’un match de football extraordinaire. À vingt ans, il s’entend à merveille avec son père, on les prend souvent pour des frères. C’est au cours d’une soirée où ils se rendent ensemble qu’il rencontre sa femme Hildegarde Moncrief 20 ans, qui croit qu’il a l’âge idéal pour elle : cinquante ans.
Il ne la détrompe pas.
Les années suivantes sont les plus profitables pour Benjamin, dans tous les domaines. Les affaires sont florissantes, il est de plus en plus attiré par les bons côtés de la vie. Il semble rajeunir d’année en année tandis qu’Hildegarde se fane et se délave, jugeant qu’il aurait "dû mettre fin à tout cela depuis longtemps par fierté", mais qu’il est trop "entêté et vaniteux pour le faire." Pour combler son malheur conjugal, il multiplie les activités : la danse, la guerre américano-espagnole, au point de délaisser ses affaires de grossiste et de passer la main à son fils Roscoe. "On les prenait d’ailleurs souvent l’un pour l’autre." Après deux brillantes années passées à Harvard, il ne sera plus sélectionné dans l’équipe de football. La décroissance suit son cours. Son fils, agacé "qu’un garçon de quinze ans l’appelle par son prénom", lui demande de l’appeler désormais : "Mon oncle"… Il devient un enfant taciturne, mis à l’écart et qu’on évite de présenter comme le grand-père du nouveau-né. C’est pourtant avec son petit-fils qu’il passe ses journées au jardin d’enfant où fabriquer "des nattes avec lanières de papier coloré est le jeu le plus fascinant du monde."

Dans cette nouvelle semi fantastique, Scott Fitzgerald se pose une question existentielle. L’homme, peut-être, devrait commencer sa vie par la fin, en ayant conscience de tout dès le début, pour pouvoir mourir sans en être inquiété…

Texte - Princess Erika

Par Princess Erika - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika - Communauté : Afrique panafricaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /2009 14:40


Le livre de James Mc Bride sonne comme une chanson de Bob MarleyBuffalo Soldiers, Dreadlocks Rasta ! De la chair à canon égarée dans une guerre qui n’est pas la leur. 
En 1944, la 92éme division, composée essentiellement de soldats de couleur, est envoyée au casse-pipe en Toscane. Quatre rescapés sont obligés de faire la route ensemble. Train, le géant en chocolat, Stamps, le superbe sous-lieutenant et Bishop, le faux pasteur de Kansas City, sont noirs ; seul Hector, le radio, est Portoricain ; mais pour le capitaine Nokes, c’est du bétail, tout juste bon à franchir les lignes adverses, mais pas assez précieux pour qu’on lui envoie du renfort. Et pour un officier blanc américain, il est plus facile de traiter un nègre, fut-il lieutenant, de menteur, que de lui accorder du crédit, de l’artillerie…ou de l’avancement. 
Après la boucherie du canal Cinquale,Train sauve un enfant italien coincé dans une grange bombardée par les obus allemands. Et il ne veut plus s’en séparer. Pas plus que de la tête de la statue ramassée au bord du fleuve Arno. La tête de la Primavera de la Santa Trinita. Elle a coûté un bras à son architecte et la santé mentale de son sculpteur mais était restée entière jusqu’à ce jour. 
Jusqu’au massacre de Santa Anna. Un petit village, Bornacchi, situé en contrebas du hameau de Santa Anna, où chaque habitant a quelque chose à cacher, se trouve être l’endroit idéal pour soigner l’enfant à moitié mort et attendre les nouveaux ordres de leurs supérieurs. 
Ludovico et ses lapins planqués sous son plancher, Renata, sa fille habillée en homme, Ettora la sorcière, accueillent cette drôle de troupe. Tous, malgré eux, apprennent à vivre ensemble. Tout s’échange. L’enfant se rétablit. Des fêtes s’organisent. Tous s’attachent aux uns et aux autres. Les partisans et les fascistes s’entretuent, les Américains et les Allemands se combattent, mais les quatre soldats apprécient cette vie italienne où ils sont traités comme des hommes. Où la couleur de peau n’importe pas. Nettement mieux qu’en Amérique. 
Mais la guerre continue. Il faut ramener un Allemand au camp pour l’interroger. 
Justement Peppi, le Papillon noir, le grand partigiano, son bras droit  Rodolfo et ses camarades passent par là avec un prisonnier. Peppi, que sa légende précède mais qui ne fait pas l’unanimité, vient aussi régler des comptes. Qui a vendu Santa Anna aux Allemands ? Qui a trahi pour un malheureux sac de sel ? Ludovico, le forgeron fasciste ? Peppi, qui le connaît depuis l’enfance, espère le contraire. Qui peut vivre avec le sang de cinq cent soixante personnes sur les mains ? L’enfant qui enfin révèle son nom, Angelo Tornacelli, reconnaît l’Allemand qui tombe en pleurs à ses genoux. 
Les traîtres, les ennemis ne sont jamais ceux qu’on imagine.
Mc Bride raconte les conditions extrêmes, les rapprochements inattendus, avec délicatesse et onirisme. Il nous emmène dans l’Italie de Mussolini où la grappa ne délie pas forcément les langues et où les ventres vides trompent la faim en se gavant de châtaignes. 
Quand l’Ange-enfant  touche le visage de Train, comme jamais personne ne l’avait touché, nous entrons aussi alors dans la dimension impalpable du respect et de l’amour de l’autre, qui fait la force de ce livre.

Texte - Princess Erika

PS : le roman de
James Macbride, Buffalo soldiers, a été adapté, par Macbride lui-même, pour le film de Spike Lee, toujours pas sorti en France, Miracle à Santa Anna.
 

Par Gri-Gri International - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 10:35


Maryse Condé sait raconter l’histoire caribéenne. Depuis longtemps. Qu’importe la façon dont elle l’aborde, elle sait choisir le lieu où le drame se déroule et dépeindre parfaitement les personnages malheureux qui le jouent. La colonie du nouveau monde, menée par son prophète Aton, est échouée à Santa Marta, sur la côte caribéenne de la Colombie et attend depuis plusieurs années le bateau qui les emmènera vers la terre promise… L’Egypte… Aton, fils du Soleil. Un fou, Le Loco comme on l’appelle en ville. L’illuminé ou l’élu ? Lui-même ne sait plus, le Soleil a arrêté de s’entretenir avec lui. Ses disciples, pour le suivre et entendre les saintes paroles à la gloire du Globe Solaire, ont abandonné leur vie passée. 
Tiyi, sa femme, fille de la bonne famille guadeloupéenne Lameynard, anciennement Tanya, n’y croit plus. « Elle est Tiyi, mère des deux princesses Néfertiti et Méritaton, enceinte d’un nouvel enfant du Soleil Aton. » Ils se sont trouvés sur le banc d’une consultation psychiatrique de l’hôpital Saint Louis, à Paris. Ils souffraient tous les deux de troubles schizophréniques selon le docteur Timon. 
Mandjet et Mesketet, les derniers fidèles dévoués, commencent aussi à douter ; surtout quand Aton initie ces deux Allemands fraîchement débarqués, Rudolph et Ute, rebaptisés Hapou et Satamon. Alors qu’eux fouillent sans relâche le ventre en sang de cette terre généreuse pour nourrir la colonie. Sans avoir le droit d’en faire commerce. 
Mandjet, c’était Francesca. Abusée depuis l’âge de sept ans jusqu’à dix-huit par son beau-père, Esnard Boisfer. Aton a changé sa vie et « comme la plupart des gens qui vénéraient Aton elle n’appréciait pas Tiyi. » Mais il n’est plus le même depuis qu’en sortant de la geôle, il a trouvé sa femme « dans le lit du béké. » 
Mesketet est José Meriot de Port-Louis ; même si il a du mal à s’en souvenir. Arrimé depuis si longtemps à Mandjet…  
Quatre Haïtiens à la recherche de leur président et d’un Dieu vivant, viennent s’ajouter à ce nouveau monde qui n’a plus trop de liens avec la réalité et l’extérieur. Mis à part Enrique Sabogal, « le seul et unique conseiller municipal  communiste de Santa Marta » et responsable de leur venue à la Ceja, un quartier de la ville. S’il n’était pas fou amoureux de Tiyi et prêt à tout pour elle, la colonie serait expulsée depuis longtemps. 
« Le Soleil est un geôlier qui ne connaît pas le pardon. » 
Rudolf ne peut réprimer ses pulsions brûlantes et coupables pour Néfertiti. Tiyi tombe gravement malade et manque de mourir plusieurs fois. Elle erre entre rechutes et démence. Loin d’Aton et sous la protection d’Enrique. Ute croit, dans les bras de Mesketet, oublier que  Rudolf se détourne irrémédiablement d’elle. Mesketet, fort de cet amour et de l’argent volé à Rudolf, s’aventure jusqu’en ville. Des espoirs renaissent pour s’éteindre aussitôt. Les Haïtiens s’entredéchirent et s’enfuient. On retrouve le corps de Néfertiti « là où le sel de la terre se mélange à l’eau douce du rio. » Aton s’immole par le feu détruisant en même temps que son enveloppe charnelle tout espoir de rédemption. 
Personne n’est épargné. Même l’argent n’achète pas la misère. Les illusions prennent le goût d’une racine amère. Même l’innocence explose en plein vol quand Aton est en colère. Maryse Condé, comme une conteuse lors d’une veillée, éclaire d’un trait lumineux le destin funeste d’une colonie perdue. 


Texte – Princess Erika
 

Par Gri-Gri International - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /2009 15:30


Déjà le titre en français - La conversion - m’a trompée. Je me disais, le premier roman de James Baldwin et je ne l’ai pas lu ? Bon, c’est vrai, je ne me suis pas tout de suite rendue compte que j’étais en train de (re) lire… Go tell it on the mountain.
Je m’étais beaucoup attaché à la construction du livre, son découpage plus exactement. Trois parties : la première pour le héros John ; la deuxième - subdivisée en prières - pour Florence, la tante, Gabriel, le père et Elizabeth, la mère - ; et la troisième partie pour Dieu. Car c’est lui qui te choisit. Mais La Conversion pour aller dire que tu as vu la montagne, ça manque d’allure.

Ce samedi de mars 1935, jour de son anniversaire, John sent que quelque chose d’irrémédiable s’est produit en lui… : « La noirceur du péché de John ressemblait à la noirceur de l’église le samedi soir. » Prédicateur comme son père ? Tout le monde attend beaucoup de lui. On vante ses mérites et pas que chez les gens de couleur. 
Pendant ce temps, il brûle. De découvrir les secrets de famille que Deborah la première femme de son père, qui n’est pas le sien, a emporté dans sa tombe des années auparavant. De sentir son corps qui s’éveille à la vue d’autres garçons, plus vieux, plus courageux… 
Comme le corps d’Elisha, le beau jeune homme qui joue du piano et chante à l’église et qu’on a réprimandé avant qu’il se perde sur la mauvaise route avec Ella Mae … C’est sa voix qui l’accompagne au moment de « passer de l’autre côté ». Son deuxième frère. Parce que Roy, le vrai fils de son père, est déjà perdu pour la conversion. Cet après-midi, il a pris un méchant coup de couteau à l’œil. Roy est un voyou. Son père est furieux : lui seul a le droit de le frapper. 
Florence connaît bien son frère, Gabriel. Elle sait qu’il n’a jamais vu la montagne et qu’il a pêché. Son ambition depuis toute jeune, franchir le seuil de leur case pour ne plus jamais revenir. Elle le fera à l’âge de vingt-six ans. En attendant, elle sera très proche de Deborah. À seize ans, des blancs l’ont sauvagement violée puis ont battu son père à mort parce qu’il menaçait de les tuer. Toutes les deux détestent les hommes. C’était bien avant que Deborah épouse Gabriel.

New-York. Franck chantait le blues et buvait trop
Pour Florence, des années de lassitude plus tard, le Nord n’a plus le même attrait. Franck est mort en France alors qu’il l’avait quittée depuis bien longtemps. Deborah a continué à lui écrire et c’est comme ça qu’elle a su pour le fils de Gabriel. 
Gabriel est tourmenté. Dans sa chair, dans son esprit. Il s’est débattu comme un beau diable le jour de son baptême. Quand il épouse Deborah, il pense être sauvé puisqu’il accomplit un acte de contrition presque, au moins un sacrifice. La femme que tout le monde désire secrètement mais dont personne ne veut. Il est révérend, marié, mais ne résiste pas à Esther. Elle succombe en mettant au monde toute seule son fils, le premier Royal. Il mourra dans une taverne de Chicago sans savoir qui était son père. Aucun de ses vrais fils n’est sur l’aire de vannage - d’ailleurs, en anglais, « the threshing floor », qu’on pourrait traduire par le plancher des moissons, là où on sépare le bon grain de l’ivraie, a encore une fois beaucoup plus d’allure -, aucun n’est choisi.

La terre entière devenait une prison pour celui qui fuyait le seigneur
Elizabeth a aimé deux hommes avant Gabriel : son père et Richard. Inconditionnellement. Richard est le père de John. À la sortie de l’église, tout le monde la félicite. Un de mes moments préférés, où  Baldwin laisse chacun s’exprimer du même endroit avant de rentrer chez soi. Après cette reconnaissance publique et sans équivoque du fils par son père, elle sait qu’il devra affronter son père physiquement, comme d’habitude, mais encore plus spirituellement. Mais surtout comme il le dit lui-même, il est prêt. 
Une petite traduction pour un grand livre… Alors, sans vouloir faire ma maligne, je vous conseille la version originale : Go tell it on the moutain. Blessed. 

Princess Erika


Go tell it on the mountain (La Conversion) est un roman écrit par James Baldwin et paru en 1953. 

 
Par Gri-Gri International - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /2009 10:24



Je ne peux pas vous raconter Les Assassins d’Elia Kazan. Chaque personnage a une histoire dont on pourrait faire un livre et tous ont quelque chose à perdre ou à gagner. Dans les années 70, au Nouveau-Mexique, on juge un homme, le sergent-chef Césario Flores, membre de L’Air Force, pour le meurtre de Vinnie, jeune dealer et amant de sa fille Juana. Flores, en bon Mexicain, n’a pas supporté que la perle de ses yeux suive un hippie violent parfois, à partenaires multiples, qui la détourne de son chemin, l’initie à la drogue et au sexe.
Son procès est le prétexte à une charge violente contre une société américaine malade au point d’absoudre ses criminels, de pousser les plus faibles au désespoir  et où seuls les fous disent la vérité.
« Toute ivresse a ses lendemains ». Michael Winter, un doux dingue, fils de bonne famille qui refuse le viatique paternel, est l’ami de Vinnie. Au début, lui et le sergent se plairaient presque. Mais, au fil de ce procès mascarade, il se rapproche du lieutenant Allan Kidd, le gendre du colonel Dowd, supérieur de Flores.  Le colonel, pour faire plaisir à sa fille, lui confie l’enquête. Un désillusionné lui aussi… Quand il s’implique trop, on lui retire l’affaire. La base est un lieu clos. On s’y marie, on y habite, on y baise. Allan Kidd a baisé Juana. Don Wheeler, avocat vedette du plus gros cabinet du comté, a sa femme en sursis. Lui et Gavin, son associé, qui se révèlera être bien plus par la suite, assurent la défense de Flores. Gavin aussi va baiser Juana. Pour la ramener à la raison. Pour la ramener à son père.

Cy Walker, le procureur général voudrait expédier l’affaire sans en avoir l’air. C’est sa dernière, après il part à la retraite. Au début, il accepte de recevoir cette bande d’illuminés minables qui demande justice, Michael en tête. Le juge Thurston Breen, qui rêve d’être gouverneur, a déjà changé de nom et ne recule devant rien, même quand sa femme lui assure pourtant qu’il est du mauvais côté…  Il dit : « Je représente les habitants de cet état. » Elle demande : « Quels habitants ? » Tout tourne et se retourne. Allan veut sauver Michael malgré lui. Mais ce dernier, de plus en plus paranoïaque et dépenaillé pendant les audiences, ne croit plus personne. Il trouve quelque réconfort dans les bras de Donna, l’assistante de Cy Walker - qu’elle trahit sans aucun scrupule, mais pas assez pour empêcher ses cauchemars de l’assaillir. 

Flores a tué un Noir. Le jour où il a descendu Vinnie. Ce ne sera même pas évoqué au procès. Pourtant des manifestations de jeunes se tiennent aux marches du palais… Que vaut le prix d’une vie ? La vie d’un autre homme ? Qui assassine qui ? Encouragé par ses supérieurs et avec l’approbation du jury, le droit de prendre deux vies est-il plus acceptable ? Certainement. « Le jury vota le verdict en quelques minutes : non coupable. » Les Assassins, oppose la légende d’un système à sa réalité gisante et inutile comme la flotte aérienne de l’Air force : un cimetière de bonnes intentions. Parce que quelqu’un doit payer pour cette injustice et qu’une étreinte suffit pour tout dénouer ou peut-être rien du tout… Parce que les innocents finissent coupables, les fous en sains d’esprit, les salopes en saintes, tout en violence, tout en douceur… Parce que, même si j’en évoque les contours, je ne peux pas vous raconter Les Assassins d’Elia Kazan.

 

Princess Erika

Les Assassins est un roman écrit par Elia Kazan, publié en livre de poche.

 

Par Gri-Gri International - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /2009 11:15
Mano est invité aujourd'hui dans l'émission de Frédéric Taddéi sur France 3, "Ce soir ou jamais".
(Ce texte est déjà paru ici même, le 9 février 2009) 



« Le bonheur est un flingue chaud. » Comme les Beatles, Léa en est persuadée. C’est pour cette raison qu’à la 25ème page seulement et en dépit d’y avoir été violée, elle décide de partir vivre dans la Zone. Samuel par amour l’accompagne. Voilà le début d’Un monde parfait.
« Il fallait créer les Zones, il n’y avait pas d’autres choix. » La Zone, lieu de non-droit où l’on a  getthoïsé toute la lie des villes. Villes sans cigarettes, sans alcool, sans graisses, sans armes et sans saveur, dont on s’échappe pour justement satisfaire son besoin d’émotions fortes dans la Zone.
On peut tout y faire, se défoncer à cette nouvelle drogue, le Fly Me II The Moon, tuer des femmes et des enfants moyennant récompense…
Franck Duluth, c’est le genre d’écrivain cynique et apeuré qu’un jour on découvre son imposture.

« Je ne lis pas les livres, je les écris. »

Il fait des virées meurtrières dans la Zone avec le Président, un certain Stéphane Vescraut, maltraite par pure méchanceté un jeune garçon venu lui demander un autographe dans un train, ne baise plus sa femme si compréhensive…
Léa par ennui a pris la plus importante décision de sa vie.
Elle adopte avec Samuel et sous l’égide d’Hector, leur voisin qui fabrique des meubles, le code de la Zone et se prend d’affection pour ses deux fillettes. Souvent high grâce au Fly elle pense pourtant « dompter le réel…et l’écraser comme une mouche dès qu’il vous mord. »
La violence aidant toujours, Franck et Léa finiront par se rencontrer.

Mais avant, Mano jeune écrivain déjà trois fois publié, ne leur laissera aucun répit.
Je ne sais rien de Mano, mais j’ai lu son livre comme on suce un bonbon. Enfin, un bonbon qui t’explose par surprise dans la bouche pétille et crépite longtemps avant de te laisser un goût très acide au fond de la gorge.
Ça va vite, c’est immoral et violent, pas science fictionnel, malgré les Oder, et très proche dans l’imagerie que je m’en fais d’un jeu vidéo. Léa un peu Lara Croft va d’ailleurs décider, suite à un drame terrible, de rentrer en action… armée, tandis que Franck se rendant compte qu’il ne compte justement pas dans le monde du pouvoir qu’il côtoie, va se découvrir très malade.
Entre ce subtil mélange de réel-virtuel, des innocents vont mourir, oui, mais défoncé on peut les retrouver et passer de doux moments à leur côté. Quand la drogue vient à manquer même le pouvoir tremble. Tout bascule.

Mano nous oriente sans jamais nous pousser à bout. À l’affection évidente qu’il a pour les Zonards attendant leur Messie, il ajoute cette vision pragmatique : « Qu’un riche qui nous dise d’y aller, nous montre le chemin. On le suivra. Immédiatement. »
Des angoisses d’hommes et de femmes qui cherchent à s’extraire d’une condition pour mieux rentrer dans une autre. La lutte armée ou le renoncement. Le sacrifice ou l’égocentrisme. Joëlle Aubron ou Révérend Moon.  On se balade de cités sales et grises en villes ultra-aseptisées comme dans Ville noire, ville blanche de Richard Price  sans que jamais elles ne s’interpénètrent au risque d’explosion. Et jusqu’au Sénégal, grande banlieue parisienne.
Si la sécurité est menacée comme on essaie de nous le faire avaler depuis quelques décennies, Mano sans être visionnaire a trouvé une solution. Qui pourrait devenir un gros problème si des politiques peu scrupuleux lisaient Un monde parfait et décidaient de copier coller la création des Zones aux abords de nos villes. Ce temps ne semble pas si lointain… Mais tant que je peux retrouver  dans son livre intact le parc Montsouris et RTL, je garde l’espoir que ce monde parfait n’est pas pour demain.

Princess Erika
Photo de Mano :
Jean-Marc Gourdon

Un monde parfait, un roman écrit par Mano et publié par les éditions Léo Scheer en janvier 2009 et à Paris.

Par Gri-Gri International - Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    

Calendrier

Juillet 2010
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés