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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 08:49

Tout, tout de suitePrincess Erika Feuilleton littéraire www.legrigriinternati

Je suis tout à fait d’accord avec Audrey Pulvar. Pendant son interview de Morgan Sportès dans l’émission « On n’est pas couché » du 3 septembre, elle lui faisait remarquer que tous les personnages masculins noirs de son livre Tout, tout de suite étaient systématiquement décrits comme des molosses, des colosses, des grands baraqués, des gars balaises, des mastodontes, etc.… Pour mieux illustrer cette phrase de Sarkozy en pleine campagne présidentielle 2007 : « Ces grands Noirs qui font peur à nos enfants » ?
C’est vrai que Morgan a choisi de nous narrer le violemment célèbre fait divers du Gang des Barbares. Ces jeunes ont enlevé, séquestré et torturé à Bagneux pendant 24 jours un jeune juif de vingt-trois ans. N’obtenant pas de rançon, ils l’ont ensuite sauvagement assassiné. C’était au début de l’année 2006. Je ne vais pas vous raconter ce que tout le monde connaît. Sportès l’a fait. Il a à peine changé les noms des protagonistes. Youssouf Fofana, le boss, le cerveau du gang, devient Yacef, Ilan Halimi, la victime, Elie, Yalda, l’appât, Zelda, Coup de tête, un des geôliers, Tête de craie, etc…
Jouant sur le « non-fiction », il a quand même agrémenté l’histoire de détails un peu plus romanesques et de citations de Booba, Seyfu, juxtaposées à celles de Semprun et Nietzsche en exergue des chapitres. Son récit reste très fidèle aux déclarations qui nous ont déjà été rapportées par les médias, la police et toutes les sources ayant connaissance du dossier. Il a néanmoins un parti pris. Il a une vision de ces jeunes selon lui paumés, violents, illettrés, cupides, stupides et incohérents, comme les tags qui recouvrent les vieux murs de la cité et même les arbres de La Coulée verte.
Les filles sont mineures pour la plupart, vulnérables et soumises, terrorisées et admiratives, prêtes à tout pour une paire de chaussures et un petit succès dans l’enceinte de leur collège. Mais d’après Yacef « les vraies filles c’est des vicieuses ». Mam’ (c’est la recruteuse) et Zelda sont copines mais rivales. C’est Mam’ qui présente Zelda à Yacef qui cherche « une bête de meuf » pour piéger et dépouiller des « feujs » supposés « riches et solidaires ». Cappuccino pour qui elles se sont battues est chargé du transport. D’enlèvements avortés en tentatives d’extorsions de fond, d’intimidations en vols avec violence, Yacef peaufine ses méthodes. Il reçoit dans son bureau (une laverie), recrute dans la cité des complices désoeuvrés, des petits délinquants à qui il promet 1500 euros pour garder « la marchandise ». Il cloisonne en recrutant aussi des gars de « Boboche » (Bobigny), des vrais durs à qui il parle avec crainte et respect. Ce sont eux qui enlèveront Elie. L’opération ne doit durer que trois jours.
Chaque personnage est ethnographié, répertorié selon son origine sociale et ses pratiques religieuses (beaucoup de convertis à l’islam), parents et proches également. Yacef a changé depuis ses séjours en prison et son retour d’Abobo (quartier d'Abidjan), il a même côtoyé les rebelles du Nord de Côte d’Ivoire. Il veut en découdre. Tête de craie, un de ses lieutenants prénommé en vérité Christophe, sera un des premiers à lâcher l’affaire. Il a deux copines, une officielle Saïda, et Agnès une Française qui ferait tout pour lui plaire. Elle a servi d’appât boulevard Voltaire avant Zelda. Un coup foireux avant le coup suprême.
C’est son visage d’abord à la mort d’Elie qui sert de portrait-robot aux enquêteurs. Elle ira se dénoncer, poussée par une amie. Dans la vraie vie, elle ne restera que 9 mois en détention.
De Sceaux à Bagneux en passant par la Porte d’Orléans, roulant le plus souvent en Fiat Punto, de cabines téléphoniques en cybercafés pour brouiller les pistes, le parcours chaotique et dramatique de Yacef, démontre un esprit malade et tourmenté. Alors qu’il s’est enfui à Abidjan, il continue d’appeler et de menacer le père d’Elie même après la mort de ce dernier… Les flics ont conseillé à la famille de ne pas payer. Sportès met vaguement en cause leur responsabilité.
Je me demande si Morgan a rencontré Youssouf Fofana qui rêve du fond de sa prison d’écrire son histoire, peut-être même de l’adapter pour le cinéma. Et s’il compte verser une partie de ses droits d’auteur à ces jeunes oubliés du système ? Tristes sires, victimes de l’atrocité de leurs exploits...
L’emploi quasi psychotique au début du livre de la locution « au demeurant », très utilisée dans les rapports de police, m’a d’abord agacée. Pour me laisser enfin le goût amer d’un bien mal acquis.

Photo - DR   Texte - Princess Erika 

http://www.princesserika.fr/

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Published by www.princesserika.fr www.legrigriinternational.com - dans Le feuilleton littéraire de Princess Erika
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