Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
  • Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
  • : Né au Gabon en 2001, le Gri-Gri International, sur papier, sur le web ou en livres, a pour fonction d'empêcher de dormir les rois nègres, les ministres excessivement coopérants, les experts véreux, les vedettes en bois, les journalistes stipendiés, les marabouts escrocs...
  • Contact

 

  icone-Gri-Gri.jpg

Recherche

Compteur

medias
20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 08:45

Vergès Erika février 2011 www.legrigriinternational.com

Hier soir, avec mon amie ivoirienne (si, si ça a de l’importance), nous sommes parties au théâtre de la Madeleine voir la pièce de Maître Jacques Vergès. Un texte écrit et joué par lui au titre évocateur : Serial plaideur.
Le rideau s’ouvre, Maître Vergès est déjà sur scène derrière son bureau, des dossiers posés par terre et un immense fauteuil en face de lui. Il s’avance, passe devant le bureau, l’air frêle et d’ailleurs quand sa voix s’élève ce n’est qu’un murmure. Mais je connais cette tactique, Hannah Schygulla me l’a révélée quand je jouais avec elle Les Monologues du Vagin. Pour attirer  l’attention du spectateur, elle baisse la voix. Le spectateur tend l’oreille et le silence se fait. C’est exactement ce que fait Vergès. Au bout de cinq phrases à peine, il s’anime. Il nous propose d’abord deux procès, celui d’Antigone et celui de Jeanne d’Arc, mettant en parallèle l’œuvre judiciaire et l’œuvre littéraire. Toutes deux sont le reflet de la société, de l’évolution de ses mœurs et de sa pensée. Jeanne d’Arc arrive à son procès en guerrière et mourra en sainte sur son bûcher. Antigone rebelle à l’autorité de Créon et soumise à celle des dieux se pendra. Mais la fin tragique du roi qui revient sur sa décision trop tard, lui donne éternellement raison.
On ne peut pas gagner un statut d’icône ou de martyr sans payer le prix fort. On ne peut pas être juge et partie. On ne parle jamais du procès de la victime mais de celui de l’accusé.
Les exemples s’enchaînent. Le rôle de l’avocat, car c’est de cela dont il s’agit, n’est pas de défendre le crime, mais celui qui l’a peut-être commis. Les procès de rupture, commencés en Algérie, ou l’art de discréditer un jugement, sont la marque de fabrique de Maître Vergès. Quand Djamila Bouhired apprend qu’elle est condamnée à mort, elle éclate de rire. Pourtant la mort, c’est grave ! Mais décrétée par un jury qu’on ne respecte pas, c’est risible.

Vergès Erika 2 février 2011 www.legrigriinternational.com

Et l’avocat se doit de défendre tout le monde, même le pire des malfrats, sans en avoir honte. Car tout criminel a le droit d’être défendu. À un avocat s’excusant de défendre son client, le juge répondra par son éviction de l’affaire, car il estime que si le jugement doit être sévère alors la défense doit être sérieuse. On peut aussi défendre son pire ennemi nous rappelle-il. Comme dans le film En cas de malheur tiré du livre de Simenon, où Gabin prend la défense de l’assassin de sa belle Bardot.

Un jour, une femme l’appelle. Elle a été retrouvée agonisante auprès de ses deux fillettes qu’elle a tuées, elle veut qu’il soit son avocat. Elle était victime d’un mari alcoolique et violent. Jacques obtient son acquittement mais une semaine plus tard, elle se suicide… Son confrère regrette de l’avoir sauvée, pas lui. Vergès n’a ni regret, ni remord. Quand la lumière se rallume une fois le rideau rouge tombé, je regarde un peu la salle. Beaucoup de Noirs, d’Asiatiques, des personnes âgées, des jeunes femmes…. Bref un public large. Nous allons le saluer en coulisses, une petite queue se presse pour le voir. Dans sa loge, une forte odeur de cigare, il est ravi de recevoir deux jeunes femmes noires et nous demande si le spectacle nous a plu. Après lui avoir exprimé tout notre enthousiasme, nous le félicitons encore pour son intervention en Côte d’Ivoire contre l’ingérence française. Il se lance alors dans une discussion sur les ethnies ivoiriennes avec mon amie et finira par cette phrase : « L’alliance Ouattara /Bédié est contre-nature ». Sublime.

Photo - Ma Solange Oussou   Texte - Princess Erika

Partager cet article

Published by Princess Erika Ma Solange Oussou www.legrigriinternational.com - dans Le feuilleton littéraire de Princess Erika
commenter cet article

commentaires

Gri-Gri TV