Mardi 15 décembre 2009
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Je n’avais pas relu Francis Scott Fitzgerald depuis longtemps. Alors quand je suis tombée dans ma librairie
montreuilloise Folies d’Encre, sur le pocket de ces deux nouvelles à 1 euro 50 (oui, il y a deux nouvelles, l'Étrange histoire de Benjamin Button et Un diamant gros
comme le Ritz), je n’ai pas hésité. Au même moment, le film l’Étrange histoire de Benjamin Button battait son plein et la bande-annonce un peu trop fournie ne m’avait pas donné
l’envie d’y aller. Première constatation, le film doit être une extended version, vu qu’il dure plus de deux heures alors que la nouvelle fait à peine 56 pages.
Une petite histoire pour raconter la vie d’un homme à l’envers.
À Baltimore, l’été 1860 les Button sont en avance sur leur époque. En effet, contrairement à l’usage, M et Mme Roger Button veulent que leur enfant naisse dans une maternité. Grand effroi du père
découvrant un nourrisson de 80 ans, qui se plaint qu’on l’ait emmailloté dans une couverture qui gratte et réclame une canne…
De retour à la maison tout est compliqué. Le vieux bébé est bien embarrassant, préférant la compagnie de son grand père et les cigares aux jeux de hochet et autres niaiseries auxquels son
père voudrait qu’il s’adonne. Le temps qui passe n’arrange pas encore les choses. À l’école maternelle, il s’ennuie à coller des feuilles de couleur les unes sur les autres. À douze ans, il
remarque que ses cheveux blancs deviennent gris, le processus de décroissance est en marche. À 18 ans, il en paraît cinquante et réussit son examen d’entrée à Yale. Mais n’ayant pas pu se
teindre les cheveux, il est ridiculisé par le chef de la scolarité, et chassé sous les quolibets de ses pairs. Il se vengera trente ans plus tard, profitant de son allure juvénile, pour à cinquante
ans, s’inscrire en première année à Harvard et battre Yale lors d’un match de football extraordinaire. À vingt ans, il s’entend à merveille avec son père, on les prend souvent pour des
frères. C’est au cours d’une soirée où ils se rendent ensemble qu’il rencontre sa femme Hildegarde Moncrief 20 ans, qui croit qu’il a l’âge idéal pour elle : cinquante ans.
Il ne la détrompe pas.
Les années suivantes sont les plus profitables pour Benjamin, dans tous les domaines. Les affaires sont florissantes, il est de plus en plus attiré par les bons côtés de la vie. Il semble
rajeunir d’année en année tandis qu’Hildegarde se fane et se délave, jugeant qu’il aurait "dû mettre fin à tout cela depuis longtemps par fierté", mais qu’il est trop "entêté et
vaniteux pour le faire." Pour combler son malheur conjugal, il multiplie les activités : la danse, la guerre américano-espagnole, au point de délaisser ses affaires de grossiste et de
passer la main à son fils Roscoe. "On les prenait d’ailleurs souvent l’un pour l’autre." Après deux brillantes années passées à Harvard, il ne sera plus sélectionné dans l’équipe de
football. La décroissance suit son cours. Son fils, agacé "qu’un garçon de quinze ans l’appelle par son prénom", lui demande de l’appeler désormais : "Mon oncle"… Il devient
un enfant taciturne, mis à l’écart et qu’on évite de présenter comme le grand-père du nouveau-né. C’est pourtant avec son petit-fils qu’il passe ses journées au jardin d’enfant où fabriquer
"des nattes avec lanières de papier coloré est le jeu le plus fascinant du monde."
Dans cette nouvelle semi fantastique, Scott Fitzgerald se pose une question existentielle. L’homme, peut-être, devrait commencer sa vie par la fin, en ayant conscience de tout dès le début, pour
pouvoir mourir sans en être inquiété…
Texte - Princess Erika
Par Princess Erika
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Publié dans : Le feuilleton littéraire de Princess Erika
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