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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 12:27
C.bergeret912264943 l

Première chose, j’aime ce titre : Ma passion africaine. Je peux sentir dans ces premiers mots de l’auteur, française blanche protestante, toute la volupté de son péché et le prix que ça lui a coûté. Claude Bergeret est née en 1943 au Cameroun et sera toute sa vie camerounaise. Même lorsqu’elle reviendra pour 18 ans en France, au moment de son adolescence, même lorsque, durant tout ce temps, elle oubliera « sa langue », le Bangangté. 
Claude est une petite fille rebelle élevée à l’air libre des collines du pays bamiléké, avec son frère aîné Jean-Pierre et sa sœur cadette, Mireille. Ses parents missionnaires, persuadés du bien fondé de l’évangélisation (la leur), créent à Mfetom une école pour filles que son père construira pratiquement de ses mains. Sa mère, parfois hystérique, lui administre de sévères corrections quand elle désobéit. Claude grandit avec ses « sœurs africaines » et se prend pour une petite négresse. Mais il faut quitter la maison de son enfance car ses parents n’ont pas eu l’affectation souhaitée au Cameroun et préfèrent rentrer. Sur le bateau qui la ramène en France en hiver 1956, elle fait le serment de revenir au pays. 
Première mesure d’européanisation radicale : interdiction de parler le bangangté
Arrivée chez la grand-mère dans un Cognac austère, Claude se soumet plus ou moins à sa nouvelle vie française, redouble, oscille… Après le déménagement à Pons, et avec de bons résultats scolaires, sa vie est « réglée comme une pendule » : judo, peinture, musique… 
Elle tombe amoureuse de Paul à seize ans. Et deux ans plus tard, contre la volonté de ses parents, préfère son amoureux à de brillantes études en Californie…  Mariage puis départ à Aix-en-Provence. Deux garçons  naîtront de cette union : Serge et Laurent. Après le constat rapide de l’échec de son mariage, Claude reprend des études de géographie. Mais son pays lui manque. Divorcée et de passage à Paris, elle se retrouve devant le 102 bd Arago,( je connais bien cette adresse, la Société des missions)… et signe un contrat de 3 ans d’enseignement au Cameroun !
Ses parents sont réinstallés depuis peu à Mfetom. Le « retour au village », malgré quelques déménagements successifs, s’effectue très naturellement. En cette fin d’année 1974 le nouveau chef Njiké Pokam François vient d’être « attrapé ». Claude succède à ses parents au collège de Mfetom. Et le chef Pokam tombe fou d’elle. Au grand dam de sa mère ! L’heure de la retraite ayant sonné, les parents quittent définitivement le Cameroun bien avant que leur fille ne se marie avec le chef… Un chef séduisant qui tentera quand même de la violer un soir où il était aviné… Et après le mariage, où l’Église a fait preuve d’une grande hypocrisie, Claude s’installe à la chefferie.
Ils sont nombreux les religieux camerounais écartelés entre les traditions ancestrales et les lois de leur Église
Dix ans s’écoulent, la vie à la chefferie n’est pas de tout repos : deux autres grossesses, Sophie et Rudolph (la dernière…très difficile), le travail aux champs, les cours au collège, la maladie et le chef instable et violent parfois… La solidarité entre coépouses est de rigueur. Elles l’appellent d’ailleurs « notre mari » car elle fait souvent le travail du chef. Elle respecte les rites et la tradition, même quand elle n’y croit pas. Mais, à la mort du chef, elle refuse de pratiquer les rituels du deuil : « j’ai épousé un homme pas une dynastie ». Installée finalement dans la vallée florissante de Noun, elle réalise enfin son projet de ferme africaine.
Elle me plait parce qu’elle me rappelle ma grand-mère. Forte, brillante, éperdue de liberté, prête à se mettre sa communauté à dos plutôt que de renoncer à l’homme qu’elle aime, mais naïve aussi et sentencieuse, s’attribuant souvent le beau rôle qu’elle a forcément. N’est-ce pas elle que le chef réclame sur son lit de mort ?

Texte – Princess Erika

 

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Published by Princess Erika pour le Gri-Gri International - dans Le feuilleton littéraire de Princess Erika
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