Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

Opinions divergentes - René-Jacques Ligue à propos de Mugabe et de l'opposition au Zimbabwe

Publié le 18 Août 2013 par RFI dr www.legrigriinternational.com in Politique


robert_mugabe.jpg

  RFI a interrogé René-Jacques Lique, spécialiste de l'Afrique australe, ancien journaliste de l'AFP et auteur d'une biographie de Mugabe.

Le scrutin du 31 juillet a-t-il été truqué ? Les résultats vous paraissent-ils crédibles ?

 Truqué ? Je n’en sais rien. Avec des imperfections, c’est une évidence. Mais en Afrique, une élection totalement crédible et incontestable est une denrée rare. A la présidentielle du Mali qui vient d’avoir lieu, la Cour constitutionnelle a comptabilisé au premier tour 10% des suffrages exprimés comme étant des bulletins nuls : 390 000 bulletins sur 2 950 000. Cela fait beaucoup, et personne ne parle d’élection truquée. Quant aux résultats qui ont été proclamés, ils peuvent être perçus comme probants de l’évolution socio-politique du pays. Contrairement à ce qu’avaient prédit et même souhaité tous les observateurs du Zimbabwe, la réforme agraire relancée en 2000 par Mugabe a porté ses fruits et se révèle être un succès, tant du point de vue de la relance de la production agricole que de l’emploi. Quant on sait que la Zanu-PF a toujours eu, du fait de son implantation en zone rurale pendant la guerre de libération, une base électorale prioritairement paysanne, il ne faut pas s’étonner qu’elle réalise encore de bons scores électoraux, surtout après cette réforme agraire qui a porté ses fruits.

Je m’étonne un peu de voir qu’en 2008, les médias et les commentateurs mettaient en avant l’échec de la réforme agraire pour expliquer le relatif succès du MDC de Tsvangirai, et qu’en 2013, maintenant que des études ont prouvé le succès de cette réforme, ces mêmes médias et commentateurs n’estiment pas que la réussite de cette réforme a pu renforcer l’adhésion des populations à la Zanu-PF. Par ailleurs, le MDC de Tsvangirai a été présenté dès sa création comme un parti urbain, défendant les classes moyennes. Est-ce que l’on vit mieux dans les villes depuis que Tsvangirai est Premier ministre ? La réponse a peut-être été donnée dans les urnes.

Est-ce que la contestation des résultats devant la justice par l’opposition a-t-elle une chance quelconque d’aboutir ?

Ce serait là encore une première en Afrique. De plus, l’écart des voix est tel que même s’il y a des corrections de résultats dans certaines circonscriptions, cela ne changera pas le résultat global. Je m’étonne aussi des arguments mis en avant par le MDC et Tsvangirai pour contester cette élection. Ils affirment que des milliers d’électeurs n’ont pas pu voter, 300 000, puis 500 000 et même 750 000 pour certains. Au Zimbabwe, on est toujours dans la surenchère et on a la calculette un peu endiablée. Aux élections de 2005, Pius Ncube, l’archevêque de Bulawayo avait prédit qu’il y aurait « bientôt facilement 200 000 morts au Zimbabwe ». On ne les a jamais vus. A ces mêmes élections de 2005, David Coltart, un des Blancs du MDC, recensa, lui, 9 000 électeurs fantômes dans la seule circonscription de Bulawayo et il en conclut qu’il y aurait « plus d’un million d’électeurs fantômes » dans les 120 circonscriptions du pays. Par contre, le même David Coltart se frottait les mains cette année sur sa page Facebook et en direct le jour du vote en annonçant qu’il n’avait jamais vu autant d’électeurs dans sa circonscription. Qui croire alors ? L’opposition zimbabwéenne a un art certain pour recenser ce qui n’est pas comptabilisable…

Et le problème du Zimbabwe, c’est que les agences de presse ou les diplomates enfourchent sans aucune retenue ce qu’annoncent les opposants au régime. En résumé, je dirai que si les 61% des voix dès le premier tour à Mugabe ne sont pas forcément crédibles, le million d’électeurs interdits de vote comme le clame l’opposition ne l’est pas non plus.

Ses partisans tout comme les observateurs internationaux accusent Morgan Tsvangirai d’avoir fait preuve de beaucoup de naïveté face à Mugabe. Quel jugement portez-vous sur cet opposant qui a beaucoup déçu ?

Pour décevoir quelqu’un, il faut d’abord l’avoir séduit. Personnellement, je n’ai jamais été séduit par Tsvangirai et le MDC. Là encore, médias et commentateurs conservent des œillères quand il s’agit de voir ce qu’est le MDC. C’est un parti qui a été créé de toutes pièces par la Grande-Bretagne et les États-Unis, puis financé par ces gouvernements et des organisations comme le Zimbabwe Democracy Trust (ZDT), créé spécialement en avril 2000 au Royaume-Uni, la Westminster Foundation for Democracy, et les lobbys industriels qui étaient derrière. Dans le directoire du Zimbabwe Democracy Trust, on trouvait trois anciens ministres des Affaires étrangères britanniques, membres du Parti conservateur : Malcolm Rifkind, Douglas Hurd et Geoffrey Howe, mais aussi Sir John Collins, président du conseil d’administration du National Power, la puissante société d’énergie britannique qui contrôlait toute l’électricité au Zimbabwe ou encore Sir Malcolm Rifkind, un ancien de la compagnie minière australienne Broken Hill Proprietary (BHP). Il était clair dès le départ que le MDC n’était pas le parti du peuple zimbabwéen mais celui de puissants groupes internationaux qui voulaient mettre à bas Mugabe et la Zanu-PF.

Pire, Tsvangirai a emmené dans ses valises des Blancs comme Eddie Cross, Roy Bennett ou l’avocat présenté comme un « défenseur des droits de l’homme », David Coltart. Tous ces Blancs se seraient refaits une virginité en 1980, à l’indépendance. Hélas pour Tsvangirai, les Zimbabwéens les connaissent. Ils ont tous été membres de la terrible police politique du régime blanc de Ian Smith, la British South Africa Police (BSAP). Tous engagés volontaires dans une police qui a tué et torturé, pour défendre un régime sur le déclin. C’est un peu comme si, en Algérie, un parti politique avait comme hauts cadres des anciens membres de l’OAS. Est-ce que cela serait acceptable en Algérie ? Pourquoi, cela doit-il l’être au Zimbabwe ? Et ces Blancs ne sont pas restés dans l’ombre. Tsvangirai les a fait nommer ministres. Étonnamment, personne ne rappelle jamais le passé de ces gens-là, un passé qui pourrait aussi expliquer pourquoi le MDC est honni par une partie des Zimbabwéens.

Lire la suite et la fin de cet entretien passionnant ICI.