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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 11:20

Pour les fêtes de fin d'année, le Gri-Gri relit son passé de papier... Nouvelle rubrique : À l'époque il nous avait semblé utile d'en parler (même en mal). Pour l'inaugurer, la critique de Noirs et Français, cochonnerie de Stephen Smith, négrophile au Monde, à Libé, etc, parue dans nos colonnes en juin 2006.


1. Le titre.

Y’ aurait-il, M.Smith, une différence entre la condition de « Noir » et celle de « Français » ? La couleur naturelle du Français, c’est donc, comme vous, « blanc »... puisque « Noir » chez vous se juxtapose et passe avant « Français ».

2. Sa co-auteur et compagne.

Mme Faes dirige le magazine gratuit de la FNAC, Epok. Est-ce pour cette raison que le livre est si bien mis en valeur sur les tables du supermarché de la culture et, donc, M.Smith si souvent invité à la télé (le copinage parisien valant bien le népotisme des rois nègres) ?

3. Incohérences de la démarche intellectuelle

Un certain nombre de pages sont consacrés aux « Étrangers » statutaires. À quoi servent-elles, à part entretenir les amalgames (que vous ne manquerez pas, M.Smith, j’en suis sûr et vous en remercie par avance, de dénoncer dans la bouche d’un Sarkozy) ?

4. Les approximations conceptuelles.

« France noire », « conscience noire », « galaxie noire »... Qu’est-ce pour vous qu’un « Noir », M.Smith ? Votre « conscience noire », c’est celle de Francky Vincent, de Samory Touré, de Yannick Noah ou celle d’Ibrahima « Bibi » Seck, mon ami designer français, fils d’un Sénégalais et d’une Antillaise, présentement époux d’une résidente américaine de nationalité turque, avec qui il a eu deux petites filles métisses - très claires, mais aux traits quand même un peu négroïdes - et trilingues, élevées à New York ?

5. Tenir l’écume pour une lame de fond.

À part Karl Zéro (et vous), cette fameuse tribu afrocentriste, qui en fait Ka ? Vous ne vous êtes intéressé qu’aux people noirs, M.Smith. Imaginez un livre intitulé Blancs et Français, qui prétendrait rendre compte de la situation des Blancs de France à travers les destins de Vercingétorix, Nicolas Sarkozy, Roland Magdane et Philippe de Villiers...

6. À propos du Bal nègre.

P.45 : « Il faudrait au moins un livre » pour raconter l’histoire du Bal nègre de la rue Blomet. En bossant un peu, vous connaîtriez Ernest Leardée ou le roman de la Biguine, l’admirable documentaire de Christiane Succab-Goldman, diffusé des dizaines de fois sur TF1. Euzhan Palcy, réalisatrice de Siméon le connaît, elle.

7. Senghor et Césaire.

« Président-poète », comme d’habitude. Senghor est chez vous angélique et pas autoritaire... Demandez à Cheik Anta Diop, privé par lui de chaire à Dakar, à Mamadou Dia ou à Blondin Diop s’il était peu autoritaire, le colonisé de Joal ! Ignorez-vous les prises de position de Césaire en faveur de Sékou Touré, ennemi fervent du « garde suisse de l’impérialisme français » Senghor ? Vous parvenez, M.Smith, à citer le nom du footballeur Manuel Amoros (p.122), mais pas celui de Stanislas Adotevi, auteur pourtant d’un  Négritude et Négrologues dont vous sûtes si bien vous inspirer du titre jadis...

8. Leur passé est trop présent.

Vous dénoncez, M.Smith, en quatrième de couverture, le recours maladif au passé dont vos Noirs seraient coupables. Vous avez raison. Mais alors pourquoi consacrer vous-même plus du tiers de votre essai à ce même passé ?

9. Smith, le cancre las.

Félix Eboué n’est pas guadeloupéen (p.74), M.Smith, mais guyanais. P.94 : « En 1956, la loi-cadre Deferre accorde l’autonomie interne aux colonies d’Afrique subsaharienne. » Non, M.Smith. La loi-cadre Deferre « africanise » les cadres. Elle n’accorde pas d’autonomie. P.100 : « Frantz Fanon, en militant martiniquais... » Non, M.Smith. Fanon est un psychiatre français engagé dans l’anti-colonialisme et l’anti-impérialisme. C’est d’ailleurs lui qui vous a probablement le mieux résumé : « C’est le Blanc qui crée le Nègre. »

10. Little Mbala Mbala

« Dieudonné X » (p.227). Le X dont Malcolm Little s’affubla avait un sens : se débarrasser d’un patronyme dû, souvent, au maître de la plantation, en vue de recouvrer le sien originel (et africain). Dieudonné tient son patronyme de son père. Pas d’un maître. À vouloir plaquer des grilles d’interprétations comme on plaque des grilles d’accords en musique, on finit par commettre des couacs intellectuels proches de l’arnaque pure.

Texte - Grégory Protche

Noirs et Français, de Stephen Smith & Géraldine Faes. Éditions Panama (20 euros, ce qui est beaucoup)


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