Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
  • Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
  • : Né au Gabon en 2001, le Gri-Gri International, sur papier, sur le web ou en livres, a pour fonction d'empêcher de dormir les rois nègres, les ministres excessivement coopérants, les experts véreux, les vedettes en bois, les journalistes stipendiés, les marabouts escrocs...
  • Contact

 

  icone-Gri-Gri.jpg

Recherche

Compteur

medias
30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 06:41

Il y a un an disparaissait Mariano Beuve. Il était en train de produire et d'enregistrer le nouvel album de Princess Erika. Il avait, quelques années plus tôt, produit les deux mythiques albums du Ministère AMER. Puis les titres avec lesquels Doc Gynéco ira se faire découvrir par Virgin. Déniché Assia et sa voix enjôleuse. Réalisé le tube "Raide dingue de toi" des G-Squad. Puis le duo Youssou Ndour / Axelle Red, qui ouvrit la coupe du monde de foot... tout le hip-hop français ou presque passa un jour dans les studios de Mariano. Pour autant, si l'on excepte Kenzy, Stomy, Jimi Sissokho, Assia et son frère Khalil, ce même hip-hop, ingrat comme un enfant gâté, ne vint pas lui rendre le dernier hommage qu'une musique doit à un glorieux pionnier.

Comme souvent dans l'histoire des arts, la suite, entre les ayants droits et l'artiste, fut plus déroutante, délicate, douloureuse. Au point que Princess Erika a du se résoudre à réenregistrer les titres de cet album... Il lui a semblé dès lors évident que la personne la plus indiquée pour réaliser Juste Erika à la suite de Mariano Beuve n'était autre que Khalil Maouenne... Qui chez lui fit ses premiers pas dans la prod... au lieu d'aller à l'école !

À l'annonce de la mort de Mariano Beuve, le Gri-Gri avait demandé à Princess Erika, en marge de son feuilleton littéraire, d'écrire une manière d'hommage à son producteur. Nous le republions, à l'occasion de cet anniversaire. Ainsi qu'une interview d'elle à propos de Mariano réalisée par StreetPress, quelques Questions du Gri-Gri et, toujours en exclusivité, "On s'en va", le premier titre extrait de ce nouvel album.

 

Mariano Beuve, producteur, par son artiste Princess Erika

 

 

Ce lundi soir, j’ai refusé d’aller au concert de Sizzla Kalonji. J'ai envoyé Julien, mon grand, à ma place. Ce lundi soir 26 octobre 2009, c’est officiel : j’ai vieilli. Ou plutôt je me suis rendue compte que je vieillissais. Première et unique cause : la mort d’un proche.

Oui, Mariano est mort depuis six jours. Brutalement. Même si il y avait eu au printemps cette alerte qui l’avait laissé un temps à moitié paralysé. Et qu’il avait refusé d’aller se soigner. D’après lui, il avait pris un coup de jus à cause de son halogène… Sans toucher ni la prise, ni l’interrupteur… C’était un magicien, Mariano. Tous on lui avait dit d’aller consulter ; parce qu’un coup de 220 volts, ça ne peut pas continuer de vous gêner trois semaines après… Mais Mariano, à part la musique, il n’écoutait pas beaucoup. J’ai réalisé, devant ma télé, qu’il avait raison. On a besoin de confort à un moment donné et lui voulait vraiment s’assurer une petite rente en travaillant énormément. À n’importe quelle heure de la journée, je le trouvais derrière l’ordi, pas forcément à faire du son mais toujours à chercher quelque chose. Des images, les Gibson d’époque et les barrettes de fret qui vont avec, des bios, des films… Tout pour se nourrir de tout.

Je me suis dit aussi que son chat Rahan devait tourner partout dans la maison à se demander où il était passé. Puis qu’il avait dû se résigner.

Je ne pensais pas que les héros mourraient avant la fin de l’histoire…

Quand Mariano est venu me trouver chez moi dans mon petit pav de Montreuil, j’étais dans une phase assez désabusée, j’avoue. J’aimais toujours la musique mais aller m’exposer avec des chansons, vu l’expérience douloureuse que je venais de traverser et qui portait bien son nom (À l’épreuve du temps), j’étais pas vraiment pour. Lui, il cherchait une artiste à la hauteur de ses ambitions (sic) et me répétait tout au long de notre rendez-vous :


-  Non Princess, ce que je veux, c’est une bête d’album, un truc qu’on a jamais fait pour toi !


Au début, il me parle comme un homme qui veut séduire une femme. Puis après, comme à un bonhomme avec qui il doit bosser sans se formaliser. Mariano en studio, c’est souvent très cru : il me recommande les « sacs de frappe », c’est-à-dire des mecs pour baiser et s’amuser, mais surtout pas d’histoires d’amour qui prennent la tête et du temps. Un vrai producteur qui sait être stimulant et protecteur. Je suis son artiste et j’aime ça.


Mariano Beuve, fin 2008


Parfois, il m’énerve à critiquer les gens autour de moi, comme si rien n’était jamais assez bien, ou à être épais avec une choriste, amie de surcroît, à qui il envisage un instant de mettre le jack du micro dans le … !!! Vieilles habitudes de son époque Ministère, même si je sais qu’aujourd’hui c’est plus une posture, un statut à honorer. J’en ai entendu tellement sur leurs frasques et leurs exploits, les tentatives de meurtres, les cavalcades sur les toits, les locks arrachées, les tromperies… j’entendais surtout qu’il a dû beaucoup les aimer. Trop même. Je me dis que Stomy, mon préféré, Kenzy, Passi et Bruno doivent pleurer.

La photo, je l’ai prise au petit café du coin de l’avenue Gambetta tout près de chez lui. On se retrouvait là avant de commencer le travail, ou pour faire une pause, sortir de l’antre, manger un bout (lui commande toujours un Schweppes agrumes), parler… Il sait être réconfortant quand je suis chiante aussi.

 

 

Oudima et le chat Rahan


J’emmenais souvent Oudima (le petit dernier), au studio quand on mixait avec Groucho à Marnes la Coquette. C’était cool, il y avait un lac avec des cygnes, on faisait des concours de bouffe : qui cuisine le meilleur plat ce soir ?

Quand je lui ai annoncé la nouvelle, Oudima m’a attrapée par le bras, choqué : « Qu’est-ce que tu me racontes ? » Ben je te raconte la fin de l’histoire, mon fils.

 

 

Gabrielle Beuve, la maman de Mariano, le jour de son enterrement

 


 

 

 

Texte - Princess Erika  - Photos - Princess Erika - Ma Solange Oussou

Partager cet article

Published by Princess Erika StreetPress Ma Solange Oussou Grégory Protche DailyMotion Max www.legrigriinternational.com - dans Arts & culture
commenter cet article

commentaires

jcmp 15/11/2009 18:14


Merci Princess Erika pour cet article et votre présence à la messe en honneur de Mariano... vous avez touché le coeur de bien de monde.


Nathalie 03/11/2009 11:49


MERCI pour ce superbe hommage criant de vérités sur ce personnage aussi "mystique" qu'attachant, que je pleure aussi....


kathy 31/10/2009 23:04


merci pour ce commentaire! c'est totalement vrai!!


Gri-Gri TV