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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 10:11

cap célestine hollande 10 mars 2012 

Article paru initialement à Abidjan in Le Nouveau Courrier n°461 (8/3/2012)

Mardi 6 mars 2012. Comme chaque jour ou presque, dans la résistance ivoirienne de Paris, le mot d'ordre est à la Réconciliation. Comment mieux signifier qu'il y a des divisions, au moins des tensions et des divergences. On ne se réconcilie qu'entre adversaires. Les patriotes ou résistants ivoiriens ne sont pas des adversaires. Juste des gens rendus fébriles par l'amertume, l'impuissance et l'injustice. L'infiltration. Le travail de sape médiatique. Rendus parfois aussi aveugles et sourds. Au point de ne même pas s'apercevoir, petites souris orange-blanc-vertes, qu'ils ont déjà déplacé des montagnes. Des gens aussi qui aiment les mots. Trop. Surtout les grands un peu vains.
Réconciliation en est un. Un mot qui tue. Presque autant que Vérité.
Puisqu'ils avancent déjà dans la même direction, dans le même sens, celui indiqué par Laurent Gbagbo (qui disait aussi "Si je tombe, enjambez-moi")… pourquoi faudrait-il qu'ils aillent en plus "unis" ? Est-ce qu'à vouloir fédérer à tout crin on ne fait pas fuir les modérés, est-ce qu'on ne décourage pas les timides, est-ce qu'on ne favorise pas, paradoxalement, des divisions qui paraissent au final plus dommageables lorsqu'on les évoque pour les dépasser que lorsqu'elles s'expriment réellement… est-ce qu'on ne perturbe pas les initiatives et actions individuelles productives ?

La puissance insensée des clichés et des lieux communs à exégétiser. L'union ferait la force. "L'oignon aussi !", disait mon grand-père en imitant Mazarin. Mais si on additionne cent mille mollassons, on a… cent mille mollassons. L'ambition commune globale doit suffire pour rallier. Et n'est-il pas plus urgent de rallier que de s'unir ?
Le seul moment où les résistants ivoiriens parisiens se réunissent vraiment spontanément, c'est quand il faudrait précisément qu'ils se divisent en petits groupes et s'éparpillent en s'éloignant les uns des autres : quand les volatiles en bleu commencent à les encercler pendant leurs rassemblements…! Et aussi, j'avoue, lorsqu'ils entonnent l'Abidjanaise.

Qu'on l'envisage en termes de mythologie ou de storytelling, il est bon de rappeler que la résistance française durant la seconde guerre mondiale n'était pas unie. Qu'elle eu son lot de trahis et de dénoncés. Que Jean Moulin, comme Jésus, eût besoin d'un Judas pour accomplir son destin...

Célestine fait partie de la résistance ivoirienne. Héroïne du quotidien. Qui laisse chaque mois plusieurs forfaits téléphoniques dans l'organisation des mouvements, le raccommodage de sensibilités, le rapprochement d'énergies constructives, la conjugaison d'enthousiasmes et d'emplois du temps. Délaisse les siens plus qu'elle ne le souhaiterait pour battre le pavé, stationner devant le Salon de l'agriculture, quitter Bastille pour la Nation ou la République. Renonce à aller chercher ses enfants à l'école, coincée douze heures de suite par la police parisienne, place Victor Hugo. Son mari, sa belle famille, ses ami(e)s, tous respectent son engagement. Dans combien de foyers la même assiduité conduira aux drames à répétitions, à des séparations. Combien d'Ivoiriens ont cessé toute autre activité sociale depuis décembre 2010. "Inutile d'y ajouter des palabres puisqu'on veut tous la même chose", dit-elle souvent. Pour Célestine, c'est assez simple : "Le président Gbagbo a nommé un porte-parole. Justin Koné Katinan. Celui-ci a nommé à son tour un représentant pour l'Europe. Bernard Houdin. C'est auprès d'eux qu'on attend des nouvelles du captif de La Haye." Le reste, elle le lit, l'entend. Militante moderne, elle s'est abonnée au Nouveau Courrier. Elle le reçoit chaque nuit vers 4h du matin, en pdf. Autant pour s'informer sérieusement, échapper aux tout puissants TF1, France 24 et autres AFP, que parce que l'information est une arme de guerre et qu'il faut en aider les soldats. Elle a acheté le livre d'Onana, le mien, celui de Blé Goudé. Elle achètera celui de Théo, qui va arriver.
Les marches, quoi qu'on dise de leur efficacité supposée, et quelles que soient leurs modalités, pour Célestine, sont devenu physiquement indispensable. Le seul moyen de canaliser l'énergie désespérée, c'est de marcher, de crier, de scander, de chanter, de danser. De discuter avec les badauds qui cherchent à savoir ce que veulent ces Nègres braillards exubérants. Distribuer des tracts quand elle rejoint la Ronde patriotique interminable initiée chaque samedi par Christine Zékou, aux pieds du Centre Pompidou (Christine Zékou, un autre grand bonhomme !). Célestine sait qu'Houdin est pas fan des marches. Il redoute les fracas, tumultes et tracas. Elle admet facilement "que d'autres négociations, d'autres discussions, loin au-dessus de nous", ont besoin du silence feutré diplomatique des cabinets politiques et des bars de grands hôtels. Plus que de la gouaille aigüe et perceuse de tympans des enragées qui, lors d'un "Khodjo rouge" anthologique place de l'Opéra sidérèrent à jamais policiers, homme-sandwichs coca-cola et touristes présents par centaines ce jour-là… "Je suppose qu'il faut lutter chacun à sa place, avec les instruments dont on dispose. Nous sommes plus forts que nous ne le croyons. Il a suffi qu'on aille à une grosse poignée manifester, chanter, gueuler notre indignation devant la Fédération Internationale des Droits de l'Homme pour que le surlendemain ils pondent un communiqué, le premier, sur la situation en Côte d'Ivoire aujourd'hui… au lieu d'en conclure que nous devrions multiplier les actions bien ciblées, bien montées, bien organisées, nous en sommes à nous demander si nous avons raison de marcher quand on est que 300… Les Sénégalais, les Gabonais ou nos frères Camerounais, on leur inspire le respect, à cause de notre foi, de notre constance, ils nous le disent… ils viennent de plus en plus nombreux à nos marches."

Alors, depuis sa place et avec les instruments dont elle dispose, Célestine agit. Par exemple : remettre à diverses personnalités une copie de la lettre ouverte envoyée à Elisabeth Badinter à propos de Simone Gbagbo. (voir ci-dessous). Elle et quelques-unes de ses amies ont conçu ce nouveau projet.

Mardi 6 mars 2012. Parmi les mails qu'elle a rapidement consultés avant de partir travailler, un retient son attention. Une invitation à la soirée annuelle organisée par Paroles de Femmes, en partenariat avec les Marianne de la Diversité, "Ce que veulent les femmes" : "Nous vous proposons un moment de débat avec de nombreuses personnalités, une soirée festive et de rire avec de nombreux humoristes, un moment de partage. D’autres personnalités nous rejoindront comme Nicolas Sarkozy (sous réserve), François Hollande, François Bayrou, Arnaud Montebourg, Nicolas Dupont-Aignan, Patrick Lozes, Corine Lepage…" Exactement the place to be !

Elle imprime le carton-mail d'invitation. Problème : il fallait s'inscrire avant le 29 février… Autant changer de chaussures tout de suite, puisque le soir, en sortant du boulot, elle va aller poireauter devant l'ESG Management school, où se déroule la sauterie, en essayant d'entrer malgré tout. Une heure et demie. À relire la lettre. À regarder passer des gloires plus ou moins confirmées. À discuter. À chercher l'innocente âme à convaincre. Mais une fois dedans : jackpot ! Des personnalités accessibles. Certaines avec qui même elle a pu discuter plus sérieusement. Corinne Lepage, écolo incompatible avec les Verts. Aimable et attentive. Patrice Pelloux, médecin urgentiste devenu star médiatique et chroniqueur depuis un fameux mouvement social. Comme tant de Français, il commence à comprendre. Et critique vertement Sarkozy. Est-ce pour Célestine et ses grands yeux ou à cause du sort de Simone "Jeanne Dark" Gbagbo qu'il se montre si "réceptif". Comment savoir. Il a dit qu'il rappellerait. C'est là qu'il faut y croire. Retrouver audace, témérité et insolence. Être ferme dans la requête et souriante juste derrière. Ou le contraire. Ça dépend. Y retourner. Tamponner. Rama Yade se laisse piéger. Elle écoute. Assure qu'elle lira la lettre. La comédienne et écrivain Sylvie Testud est impressionnée. Le rappeur Rost, très bon à la télé et à la radio sur les crises ivoirienne et lybienne, lui aussi est réceptif. Pas moins que la réalisatrice Yamina Benguigui. Célestine choisit au dernier moment, à l'instinct, à la première impression, au premier regard, le chemin qu'elle va emprunter. L'émotion, avec le sort humiliant de "Madame Simone Ehivet Gbagbo". L'indignation devant l'indifférence du féminisme international face au traitement infligé à une universitaire, une femme politique au plein sens du terme, co-fondatrice du FPI, et donc co-responsable de l'instauration du multipartisme et de la démocratie dans son pays. La politique, en dénonçant la véritable et catastrophique fuite des cerveaux que représente l'exil d'une large partie de l'élite ivoirienne…

Quand soudain… alors qu'elle croyait avoir réussi à rater tous les politiques importants, une onde a parcouru la foule. Annonciatrice. Pas loin, elle perçu que ça brouhahatait. Elle s'est approchée. A vu un nuage de caméras, de micros, d'appareils photos et d'êtres humains. Le dernier intervenant. Qu'est-ce que percer une entourage d'homme politique français en campagne pour remettre une lettre lorsqu'on s'est fait gazer place du Châtelet ! "Monsieur Hollande !" Il a fait l'erreur de se retourner. C'était fini. Célestine avait gagné. Elle l'a tout de suite su. "Il s'est arrêté. Il y avait plein de journalistes, ses gardes du corps. Je lui ai dit : je vous remets ce courrier pour vous interpeller sur la situation des femmes en Côte d'Ivoire. Il a dit O.K., je la lirai avec attention. Je te jure, quand il parlait de la dignité des femmes à la tribune… si j'avais eu le courage, je l'aurais interpellé sur la dignité de la femme politique ivoirienne en prison à ce moment-là. On aurait été deux, j'aurais eu le courage."
Peut-être bien, finalement, que l'union fait la force. À condition d'unir des forts.

Photos - dr    Texte - Grégory Protche

 

PS : La lettre à Elisabeth Badinter au sujet de Simone Gbagbo remise à François Hollande par Célestine Ô

Simone-Gbagbo-300x237-copie-1  

Paris, le 6 mars 2012           

Madame,

Ce sont des ami(e)s français(e)s qui nous ont conseillé de nous adresser à vous, de vous écrire cette lettre. Nous qui avions, peu à peu, perdu l'habitude de nous tourner vers les Français. 
Qui sommes-nous ? Des femmes. Des Africaines. Des Ivoiriennes. Des femmes qui ont perdu des enfants, des soeurs, des frères, des mères, des pères, des tantes, des oncles, des cousin(e)s, des ami(e)s, des collègues.
Des femmes qui depuis 2000, début officiel de "la crise ivoirienne", ne dorment que d'un oeil, redoutent chaque jour qui se lève et pestent quotidiennement devant les médias simplificateurs, sûrs d'eux et de leurs explications dès qu'il s'agit d'Afrique… Des femmes qui pestent aussi quand ces mêmes médias cessent ou presque, du jour au lendemain, de parler de la Côte d'Ivoire.

Il n'est pas dans notre intention ici de vous demander d'intervenir ou de prendre part d'une quelconque manière dans une crise politique qui a, entre guillemets, "trouvé une issue" avec l'intervention française en avril 2001 et l'arrestation de Laurent Gbagbo. En même temps que lui furent arrêtés des centaines et des centaines de personnes. Des proches, des familiers, des cadres du régime… Jusqu'à son fils, Michel Gbagbo, universitaire, citoyen français né d'un premier amour de Laurent Gbagbo à Paris. Dont le seul crime est de porter le nom de son père.
Jusqu'à sa femme, Simone Gbagbo.  

Comme son beau-fils, Simone Gbagbo est aujourd'hui encore en détention provisoire et en résidence surveillée. Sans contact ou presque avec sa famille. Aucun motif officiel n'ayant été invoqué, aucune juridiction n'ayant été définie, elle se trouve dans un véritable no man's land juridique, humain, politique. En plein arbitraire. À la merci du bon vouloir du prince. Nous avons en mémoire les photos ignobles parues dans Paris Match, et diffusées jusqu'à la nausée par toutes les télévisions vampires du monde, d'une femme violentée et exposée. Venus Hottentote contemporaine, la moitié des cheveux arrachés, en haillons.

Sans considération ni pour son rang, ni pour son statut politique de député et de membre fondateur du parti qui obligea Félix Houphouët-Boigny à accepter le multipartisme et donc la démocratie, le Front Populaire Ivoirien, membre de l'Internationale Socialiste et récemment invité au centenaire de l'ANC Sud-Africaine.  

Ni pour sa condition de femme. De mère. De grand-mère.  

Une femme universitaire, linguiste de formation.  

Une militante politique qui, en 1992, déjà était jetée en prison et déjà aussi par… Alassane Ouattara.

Une femme politique de premier plan qui n'est certainement pas la sainte que certain(e)s d'entre nous dépeignent, mais qui ne saurait être le monstre, l'illuminée, "la sorcière" décrite par Mme Malgradis dans Libération Une femme qui aurait mérité que les médias appliquent les lois que Mme Guigou fit voter, qui protègent, en principe, les individus et leur image. Mais ces lois protègent-elles toutes les personnes ? Toutes les femmes ?

Une femme ivoirienne, fut-elle mariée à un président, se trouve-t-elle de fait au-dessous de lois qu'avec elle on ne serait pas tenu de respecter ?

Pourquoi, Madame, n'avons-nous entendu aucune femme française, européenne, américaine, à part vous, dénoncer les humiliations, les violences et les brutalités subies par Simone Gbagbo et toutes les femmes qui avaient trouvé refuge avec elle à la résidence présidentielle durant les bombardements français de fin mars-début avril 2011 ?

Ces humiliations, ces violences et ces brutalités ont été ressenties dans leur chair par toutes les femmes africaines. Et, pensions-nous, par toutes les femmes.

Notre démarche, Madame, est humanitaire et féministe. Par-delà toute considération politique.
Nous avons décidé d'alerter les opinions publiques internationales sur le sort subi par une femme noire, africaine, première dame, universitaire, député et membre fondateur du parti qui instaura la démocratie dans son pays.

Nous espérons pouvoir vous rencontrer plus longuement, afin de vous exposer notre action plus en détail et échanger avec vous à cet égard.

Photo - dr  Texte - Association HGMJ

cap lettre Badinter 8 3 2012 

PS 2 : une page Facebook réclamant la libération de Madame Simone Gbagbo a été ouverte

cap fb sg 4 mars 2012 

PS 3 : le lien vers cette page facebook

PS 4 : la lettre lue et mise en images

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Published by HGMJ dr Grégory Protche www.legrigriinternational.com - dans Côte d'Ivoire - Élections 2010
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