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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 05:53

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Christian d'Alayer

Auteur (Un crime médiatique contre l'Afrique). Longtemps journaliste (notamment chez l'impayable mais très achetable Jeune Afrique). Pamphlétaire. Pédagogue. Généreux. Débatteur. Sur son blog, sur facebook, mais aussi dans l'édition spéciale Côte d'Ivoire du Gri-Gri International récemment parue, lisez-le ! Le texte ci-dessous a été mis en ligne sur son blog le 28 mai 2012 sous le titre Théorie du complot ou pas théorie du complot.

Voici pour une fois un point de vue purement politique. Nombre de mes correspondants africains  m’inondent en effet d’informations plus ou moins contrôlées, plus ou moins sérieuses, sur les complots tramés par un Occident aux abois pour conserver ses matières premières à bon marché et plonger les pays non émergeants (pour les émergeants, c’est plus difficile) dans une situation de chaos propice, justement, au pillage des matières premières. Des Occidentaux participent d’ailleurs à ces accusations, telle la Canadienne Naomi Klein (La théorie du choc) ou tout un tas de personnages dénonçant l’influence néfaste de la Franc Maçonnerie ou de la diaspora juive sur la gouvernance mondiale.

Comme mes correspondants sont d’ordinaire des gens passionnés, certes, mais relativement raisonnables, je me suis dit que quelques évidences leur seraient de la plus grande utilité à l’égard des idées ci-dessus mentionnées. Commençons par le pillage des matières premières. J’ai écrit ici à plusieurs reprises que l’effondrement économique relatif de l’Occident face aux pays émergeants  venait justement d’un renversement total des termes de l’échange à partir très exactement du 10 décembre 1999. Pourquoi cette date précise : c’est alors en effet que le prix du baril de pétrole cessa de dégringoler. Il était passé au dessous de 10 $, il ne cessera plus de remonter jusqu’à la crise de 2008. Mais après avoir dépassé les 100 $, soit 10 fois plus que huit petites années auparavant. Depuis et malgré la crise occidentale, les prix de l’ensemble des matières premières, y compris alimentaires, sont restés à des niveaux historiques sur long terme.

Tandis que les prix des produits industriels et manufacturés n’ont cessé, eux, de se dégrader sous l’effet de la concurrence internationale. Une concurrence internationale mise en place, il faut le souligner, par les Occidentaux eux-mêmes ou du moins par leurs ultralibéraux : c’est cela, le renversement durable des termes de l’échange et vous conviendrez que si les Occidentaux avaient un complot visant à faire baisser le coût de leurs achats de matières premières, ils s’y sont pris comme des manches ! D’ailleurs, leurs ultra libéraux éventuellement comploteurs sont allés bien plus loin dans la bêtise crasse : songez qu’en même temps, ils faisaient tout pour priver leurs États des pouvoirs que ceux-ci avaient jadis sur leurs entreprises. Aujourd’hui, ce ne sont plus les États mais des multinationales qui fixent les prix. Et elles les fixent dans leurs intérêts, pas dans ceux des États en question, CQFD ! On l’a vu en France avec le prix de l’essence : Sarkozy étant alors président de la République donna l’ordre à son ministre chargé de la chose de taper du poing sur la table du patron de Total. Le type se contenta de venir expliquer à la télévision, jubilant dans sa moustache, que le gros du prix de l’essence venait des taxes imposées par l’Etat. Et ne changea pas un iota à la politique de l’entreprise, soit une anticipation des hausses et un fort retard sur les baisses…

Mais, rétorquerez-vous, quid des guerres d’Irak et de Libye ? Elles avaient quand même un lien avec l’or noir ? Ah, bon ! Vous avez vu baisser son prix, à cet or noir, depuis que les Américains contrôlent militairement les puits irakiens et que les Français contrôlent militairement les puits libyens ? Au mieux, ces prises de contrôle peuvent avoir été faites dans un but de sécurisation des approvisionnements. Mais là encore, la réalité démolit le raisonnement : car les vendeurs ont autant besoin de vendre que les acheteurs d’acheter. Et le même Occident qui, soi disant, s’empare des hydrocarbures arabes, se prive par contre volontairement du pétrole iranien, l’un des moins chers du Monde (les nappes ne sont pas à des kilomètres sous terre ou sous mer). Sachez en outre, partisans des théories du complot, que notre bien aimée planète n’est pas sur le point de manquer cruellement de pétrole. Simplement la consommation est telle que les sources peu coûteuses (nappes terrestres et maritimes à moins de 1500 mètres de profondeur) ne suffisent plus à fournir la demande. Il faut donc se tourner de plus en plus vers des ressources coûteuses, tels les bitumes vénézuéliens ou canadiens (en surface mais le raffinage est beaucoup plus cher) ou les forages maritimes profonds, comme au large de l’Angola et de la Guinée Equatoriale (on sait aller aujourd’hui jusqu’à 4500 mètres de profondeur) Et le fameux « pic de production » dont vous avez forcément entendu parler est avant tout un pic de prix : le pétrole a cessé d’être la moins chère des énergies potentielles et il devient rentable à présent de développer d’autres formes d’énergie. À commencer par le nucléaire qui, depuis la hausse du prix du pétrole, n’a jamais été aussi avantageux (à condition de ne pas trop se pencher sur les dommages collatéraux, démantèlement des centrales anciennes et gestion des déchets notamment). Mais là aussi, les prix de l’uranium ont augmenté tandis que la ressource n’est pas inépuisable, loin de là. Viennent ensuite les énergies dites « renouvelables » dans lesquelles se sont engouffrés les écologistes occidentaux. Y compris le méthane dont la production de masse est pourtant loin d’être écologique puisque concurrente de l’agro-industrie alimentaire… Le problème des deux principales sources d’énergie renouvelable, solaire et éolienne, est que l’on ne peut pas stocker l’électricité à ce niveau de production (il faudrait chauffer des lacs entiers !) tandis que la dite production n’est pas continue. Il ne s’agira donc jamais que d’énergies d’appoint, pas de système universel. Dans l’état actuel des choses, vous voyez vers où se tournent les grandes compagnies énergétiques : essentiellement le gaz de schiste dont les méthodes d’extraction sont à juste titre interdite actuellement dans un grand nombre de pays. S’il y a complot de ces compagnies, ce serait plutôt du lobbying en faveur du gaz de schiste !

Venons en aux guerres du Congo qui ont bel et bien été fomentées à Washington et Londres : les cadres militaires des forces ougando-tutsies ont été formés aux Etats Unis et en Grande Bretagne tandis que les déplacements des troupes profitèrent des satellites américains. Il y a trop d’éléments ici en faveur de guerres bel et bien orchestrées pas l’Occident pour qu’on puisse les nier : l’arrivée des Angolais par exemple, pour sauver et Kinshasa, et Brazzaville. Ce, tandis que les fournitures d’armes aux Angolais par les Français furent prouvées (affaire Falcone) « C’est à cause des terres rares, à commencer par le coltan », direz-vous. Mais quand les guerres démarrèrent, la consommation de coltan par les Occidentaux restait marginale, les Chinois leur en fournissant alors à des prix très corrects. Je puis vous dire, ayant enquêté moi-même sur ces guerres, que les mines congolaises pesaient peu, très peu, face au pétrole du Golfe de Guinée. Les Américains avaient décidé de porter à 25% la part africaine de leur approvisionnement en pétrole et les Européens continentaux faisaient obstacle, surtout les Français. Quand la guerre s’enlisa, les Ougando-tutsis contrôlant fermement l’est du pays et les Congolo-angolo-namibio –zimbabwéens, l’ouest, Jacques Chirac rencontra secrètement Bill Clinton dans une petite île du Pacifique sud. En moins de deux heures, la paix fut signée entre les deux clans occidentaux et, peu de temps après, ratifiée par les partis en présence sur le terrain. Au passage, papa Kabila, qui n’avait pas très bien accepté le film, fut liquidé. Un point donc ici pour les partisans d’un complot…

Avant de conclure sur les matières premières, je voudrais dire un mot des produits alimentaires qui ont fortement « alimenté », c’est le mot qui convient, les dits partisans des théories du complot. En l’occurrence, il n’y a jamais eu complot mais spéculation. Souvenez-vous des débuts de la crise occidentale, avec un effondrement des bourses de toutes les places, même en Afrique. Que pouvaient faire les « golden boys » de la planète pour gagner leur pitance sinon spéculer ailleurs qu’en bourse : les matières premières d’abord, dont les prix continuaient à rester élevés, donc les produits alimentaires (on peut perdre tout son argent en bourse tout en devant nécessairement continuer à manger) ; et les obligations d’Etat, pour la sécurité. Résumons pour que vous compreniez bien : jadis, les spéculateurs (fonds d’investissements, banques, compagnies d’assurance) plaçaient leur argent un peu partout mais beaucoup dans l’immobilier (qui grimpait à toute vitesse dans le monde entier) et dans les actions, notamment d’entreprise « high tech ». Bing !, arrive l’effondrement de l’immobilier américain, précédant celui d’Irlande puis d’Espagne. Les spéculateurs (les mêmes) se tournent alors vers les matières premières, alimentaires incluses et les obligations d’Etat : sécurité avant tout ! Badaboum !, les États s’avèrent surendettés et pas certains du tout de pouvoir rembourser leurs dettes. Prenez la France, par exemple, qui trouve encore des prêteurs à faible taux d’intérêt. Elle doit 1700 milliards € sur 7 ans et demi en moyenne. Soit quelques 230 milliards par an alors que son budget hors budget social est de…500 milliards par an : elle est donc condamnée à faire de la cavalerie, une cavalerie qui vous conduirait, vous, directement à la faillite frauduleuse (car non annoncée à temps) Et si les taux d’intérêt montent, alors c’est la catastrophe.

Les Américains ont réagi en faisant racheter une partie importante de leur dette par la banque centrale. De la planche à billet qui peut fonctionner car le dollar est la monnaie de référence du monde entier. Quelques milliers de milliards de dollars de trop imprimés ne plongent pas cette monnaie dans la surinflation… L’Europe aurait pu faire de même, avec probablement la même absence de conséquence sur l’inflation : l’euro est devenu lui aussi une monnaie de référence mondiale. Mais les Allemands s’y opposent et la zone euro est sur le point d’éclater. Où est le complot ici ? Si complot il y a, c’est surtout à Bruxelles où règnent des ultra libéraux trop idéologisés pour voir les réalités en face. Imaginez qu’en pleine tempête monétaire, au moment où les Européens ont plus besoin que jamais de leur puissance étatique, les dirigeants d’Espagne (oui, d’Espagne !), d’Angleterre et de trois autres pays moins importants ont écrit une lettre commune au président des Commissions européennes, Jean-Manuel Barroso, pour lui demander d’accélérer les réformes libérales de l’Union.  « No comment ».

Et vous voudriez que ces gens là soient des comploteurs fous, avec une sorte de société secrète judéo-maçonnique coiffant le tout pour asservir le monde ! Que les dirigeants africains les moins compétents ou les plus contestables soient francs maçons, je vous l’accorde. Mais ils ne sont pas juifs (!) tandis que la franc maçonnerie occidentale a perdu à la fois sa puissance du temps de la lutte contre l’absolutisme des rois et ses repères (il s’agit aujourd’hui et surtout de clubs d’affaire comme l’ont prouvé de nombreuses « affaires », justement, dont quelques-unes de célèbres dans le sud de la France). Il y a eu complot, jadis, en Occident, quand il s’est agi de combattre le communisme : le Maccarthysme aux Etats Unis en est une illustration frappante. De nombreux réseaux anti-communistes ont été soutenus, voire montés de toutes pièces. Et ces structures n’ont pu que se reconvertir dans la défense de l’ultra libéralisme une fois le mur de Berlin abattu. Des clubs de grandes entreprises existent ainsi, des rencontres informelles de chefs d’Etat et de gouvernement, le tout entouré d’officines qui ne savent plus quoi faire pour continuer à gagner de l’argent. Bon nombre se sont reconverties dans, le lobbying ou la sécurité, la plupart ont simplement disparu. Mais tout cela n’a pas empêché l’Occident de continuer sa dégringolade économique relative, jusqu’à la nécessité de recapitaliser d’énormes entreprises comme General Motor et la plupart des banques occidentales. Des comploteurs, ces dirigeants d’entreprise aussi libéraux qu’imprévoyants ?! 

En fait, je pense qu’il n’y a qu’un seul lobby véritablement puissant en Occident : le lobby militaro-industriel, « les » lobbies plutôt. Car ils opèrent encore à l’intérieur de leurs frontières, ayant besoin de leur Etat pour et gagner le plus gros de leur argent, et pour s’étendre à l’étranger. Boeing est ainsi la plus grosse entreprise américaine de matériels de guerre tandis que Dassault, en France, le fut longtemps, jusqu’à ce que Thalès, regroupement de plusieurs divisions militaires de grands groupes français, n’apparaisse. La France est assez particulière à cet égard puisque des entreprises militaires contrôlent ses plus puissants médias écrits : Dassault via le Figaro (et pas mal de quotidien régionaux) et Lagardère (Matra et EADS) via Hachette. Et si un BHL (Bernard Henry-Lévy) a pu avoir autant d’écoutes lorsqu’il prônait la guerre en Libye, la manipulation des médias n’y est sans doute pas étrangère.

Voilà, chers correspondants, ce que je voulais vous dire sur les théories du complot. Il est vrai que je n’ai pas ici répondu à vos nombreuses interpellations sur l’intervention française en Côte d’ivoire. C’est parce que le procès de Laurent Gbagbo vient de s’ouvrir à la Haye et que vous allez pouvoir disposer de tous les éléments de réflexion possibles. Vous pouvez d’ores et déjà trouver sur le net l’exposé préliminaire complet des avocats de l’ancien président ivoirien, exposé comprenant une grande partie des arguments du camp Gbagbo. Camp qui serait toujours au pouvoir, c’est vrai, si la France n’avait pas armé les (alors) rebelles et guerroyé elle-même à Abidjan…

Photo - J.Fiavoumo   Texte - Christian d'Alayer

PS : http://dalayer.kazeo.com/

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