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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 17:42

NOUS NE CRÈVERONS PAS ENSEMBLE

 

Jérôme Reijasse Parc PSG Parc Jérôme Reijasse PSG

 

Jérôme Reijasse fut abonné de nombreuses années au Parc des Princes. C'est fini. Hier soir se jouait la première journée du nouveau PSG. Sans hooligans, sans ultras, sans certains abonnés. Un PSG dorénavant privé de public mais doté de clients. Papa, maman et les enfants. Il y en avait trop pour qui, au fond, c'était fatal et mieux comme ça. Ils ont gagné. Reijasse et les siens ont perdu.

 

Il faut ne plus vraiment être un homme ou ne jamais l'avoir été tout à fait pour être capable de communier ainsi. Il faut être de la race des monstres pour se satisfaire de ça. Célébrer sa propre déchéance. Tout ce soir, au Parc des Princes, pour la reprise du championnat, transpirait la souffrance, l'abandon. Le viol. Ces familles presque en tongues, ces enfants impitoyables armés de vuvuzelas, ces tribunes totalement vides, comme punies par la main d'un dieu de pacotille, ces V.I.P. venus jouir en nombre de la pacification, ces animations de kermesse pour obèses gavés à l'ennui et à l'amnésie, ces nouveaux sponsors pour des sites de paris en lignes, affichant avec une arrogance à vomir leur nouvelle puissance (winamax, losealot), ce thermomètre numérique en forme de Tour Eiffel censé jauger la ferveur sonore du public qui a envahi les écrans géants à chaque début de mi-temps, ces chants lointains, clairsemés, fatigués trop vite, bouteilles dans une mer de larmes contenues pour ne pas dire la déchirure éternelle. Monde parallèle où rien n'est à sa place. Un vertige. Demain, nous vivrons encore. Nous marcherons, nous saluerons ou nous fuirons, nous rirons même, nous aimerons, nous mentirons, nous mangerons, nous prierons, pourquoi pas ?
Nous n'irons plus au Parc.
Je n'irai plus au Parc.
Avec Karim (1), dans le métro qui ne nous ramenait encore pas assez vite dans nos appartements-refuges, il n'y avait plus ce sourire en coin que nous étions capables de brandir même les pires soirs au Parc des Princes, quand la vie avait encore son mot à dire. Les trois illuminés avinés de la banquette voisine n'y ont rien changé. Nous savions. Le Parc venait de s'effondrer. Ils avaient osé. Voilà, c'était fait. On avait maquillé le Prince en clown. Et à la truelle évidemment. Nos dirigeants ont préféré y aller franchement. Chirurgie éthique ridicule, atroce, boursouflée. Puant la gangrène. Et ils ont réussi. Ce soir, malgré une victoire, malgré une drôle d'ambiance, malgré la pluie parfaite, malgré les quelques âmes en peine aperçues ici et là, qui semblaient avoir accepté, les épaules basses et le regard crevé par mille tessons traîtres, qu'ici, c'était désormais chez quelqu'un d'autre, tout avait un goût de cendres. Il y avait des couillons heureux d'être là, dégustant cette paix retrouvée sans arrière-pensée, le cul posé, le ventre plein, la soirée tranquille. Il y avait des ex ultras maudissant Colony et offrant tout de même à Leproux, Bazin et tous les autres fossoyeurs, une collaboration active, en supportant, même à contre-coeur, en positivant, en en ayant juste rien à foutre, maladie contemporaine. Rien n'est grave. Jamais. Plus jamais. Il y avait aussi des fascistes disséminés, la tristesse et la frustration encore plus en bandoulière. La race supérieure, la tronche tirée.
Qu'ils se rassurent, tous, les rasés et les banlieusards, les Auteuil et les Boulogne, les petits et les grands, les cons et les moins cons, avec ou sans bras levé, avec ou sans cadavre, ils étaient déjà condamnés. La machine à divertir l'esclave moderne est vorace. La passion est un frein au veau d'or. Elle ne rapporte pas assez. Un converti vaut désormais moins qu'un client. On s'en doutait. On en est persuadé. Il va falloir apprendre à ne plus rien attendre, à vivre de rien, pour rien. Karim en parle comme si c'était déjà presque validé. Je crois qu'il a raison. Ils saliront tout. On sait pourquoi. Combien coûte une âme ? Combien vaut mon honneur ? Serait-je assez fort pour ne savoir qu'en rire ?
Je n'ai ni le courage de Drieu la Rochelle, ni le choix d'un athée : je vivrai donc.
Je deviendrai peut-être même un père. Bientôt. J'écrirai peut-être quelques lignes qui m'offriront l'apaisement. Je traverserai, sans trop y croire, des moments agréables, délicieux, formidables. Heureux ? Je n'oublierai jamais ces années au Parc. Je pleurerai même parfois, quand le passé ne voudra rien entendre. Je ne le raconterai pas.

 

Texte - Jérôme Reijasse   Photo - Ma Solange Oussou

 

PS : 1) = Karim Boukercha

PS 2 : pour acheter Parc, le livre de Jérôme Reijasse :  http://www.parc-lelivre.fr/

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Published by Jérôme Reijasse Ma Solange Oussou www.legrigriinternational.com - dans Comptes à régler et compteurs à relever
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commentaires

JR 13/08/2010 13:05


Et puis, vouloir assainir les tribunes, pourquoi pas? Mais pourquoi ne jamais vouloir, dans ce cas-là, assainir aussi les instances, les directions? C'est toujours au peuple (dans toute sa
diversité) de payer le prix fort, au propre comme au figuré. Comme dirait Elie Semoun: Pourquoi?


JR 13/08/2010 13:02


J'allais oublier: il faudrait faire de savants calculs mais si le PSG ne remplit qu'à moitié cette année mais avec des places plus chères, ne parviendra-t-il pas à gagner finalement plus d'argent,
quand on sait qu'autrefois, les tarifs abonnements en kops étaient vraiment bas?


JR 13/08/2010 13:00


Maurice, on est d'accord sur le fond, j'ai l'impression. Mais pas sur les remèdes. On ne protège pas une partie du public en punissant une autre partie, toute aussi innocente. On sait qui fout la
merde, on sait qui tape, qui agresse mais on a laissé faire de longues années (Demandez à Denisot par exemple comment il a géré tout ça à l'époque Canal sauf qu'alors, personne ne se plaignait,
malgré la violence réelle, parce que l'équipe était belle, bizarre, non...) et voilà le résultat: on vire les supporters. C'est ça qui me rend triste. Ca pue tout de même l'hypocrisie et la morale
à deux balles. Cher Maurice, je vous quitte, je pars en Auvergne, pour tenter de fuir toute cette agitation. Bien à vous.


Maurice 13/08/2010 12:48


Jérome, pensez-vous REELLEMENT que la direction croit décupler la rentabilité avec le plan en question ? Pensez vous SERIEUSEMENT qu'ils n'aient pas tablé sur un stade à demi-vide avant même que
l'info ai filtré ? Et surtout pensez vous VRAIMENT que le boycot contrarie une quelconque strategie tarifaire ? Je ne vous crois pas naif à ce point. Nous savons tous les deux que le seul but non
avoué est de montrer patte blanche pour se porter acquereur du stade au final, ce que je ne souhaite pas dans l'absolu. Mais si ça permet d'assainir quelque peu les tribunes, je suis bien
evidemment preneur.
Secondo Jérome, personne n'a parlé de hooliganisme ici, mais il y a eu au parc depuis toujours des us et coutumes qui rendent l'experience au parc désagreable. Je n'entrerais pas dans les détails
mais j'ai été et je suis encore accompagnateur de groupes de jeunes dont beaucoup ont des origines africaines. Je n'ai probablement pas assisté à autant de matchs que vous mais juste assez pour
notifier la mauvaise foi dont vous faites preuve là dessus...


JR 12/08/2010 00:20


Maurice, je sens (je suis aussi un peu mentaliste à mes heures perdues) que vous avez eu entre les mains mon livre "Parc" (dont je suis malheureusement très fier, peut-être d'ailleurs l'une des
seules réelles fiertés dans ma pauvre existence). Une question? N'avez-vous pas été soufflé, estomaqué, bouleversé, conquis par le prix d'achat, qui était de 9 euros? Donc, à peu près 2 fois moins
cher que n'importe quel livre (aussi merdique que le mien) qui sort chaque jour en librairie? Non? Même pas un tout petit peu? Sinon, quand vous allez au Parc, combien payez-vous votre place, comme
ça, en passant? Plus cher que mon livre, hein? Allez, dîtes moi, je veux tout savoir


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