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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 07:02

TOF 7 JOURS N°34 

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Météorique rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

La première fois que j'ai entendu Whitney Houston, je ne savais pas que sa peau était plus sombre que la mienne. C'était à la radio. À l'époque, je n'avais pas de goût, pas de référence, aucune certitude, juste des coups de coeur, des émotions sauvages. Capable de vénérer Huey Lewis and The News, Mozart et les Cure dans la même journée. 1985, je crois. “Saving All My Love For You” déchire les ondes sur mon mini transistor, là, en plein Limousin sinistré, terre de l'ennui titane. J'aime tout de suite. La voix bien sûr, la caresse de princesse-putain, la douceur d'une mère à distance également. C'est beau, c'est puissant, c'est Whitney. Je tanne ma grand-mère qui finit par m'acheter le vinyle de cette chanson d'amour pas comme les autres. En boum (pour les plus jeunes, c'est ainsi que l'on baptisait les après-midi dansants dans les années 80), je fais à chaque fois le forcing pour que celui qui est en charge de la platine, (à l'époque encore, on acceptait ce silence délicieux qui marquait le changement de 45 tours), joue ma Whitney. Restant à côté de lui une fois que le disque tournait, pour être sûr de ne pas me faire piquer le précieux objet. Peine perdue : il disparut une journée d'automne, entre un slow maladroit avec une jeune fille depuis oubliée et une razzia sur des cookies encore chauds... Très vite, Whitney devient ma chose. Ma petite protégée, ma femme idéale à moi, le puceau campagnard. “I Wanna Dance With Somebody” finit de me convaincre, quelques mois plus tard (1987?), moi, l'anti danseur ! Alors que désormais, j'ai affiné mes influences, que j'écoute Joy Division, Jesus & Mary Chain, Bauhaus, en cachette, je guette toujours Whitney. J'ai honte, bien sûr, mes amis cold wave ne m'auraient pas pardonné une telle déviance et aujourd'hui, alors qu'elle n'est plus, je rougis dans mon salon, au moment d'écrire ce texte. J'aurais dû la défendre. J'ai préféré les rendez-vous intimes, secrets, lâches. Pardonne moi, Whitney, pardonne moi. Je suis en fac, quelques années plus tard. Le film BodyGuard sort en salles. Kevin Costner en garde du corps discipliné et Whitney en diva capricieuse. Une fois, deux fois, trois fois, je défie du regard l'ouvreuse la même semaine pour revoir, en VF, ce film horrible, lourdingue, troupier où Whitney n'est même plus belle, non, simplement sublime. La scène du sabre et du foulard, celle où Whitney, pour attiser la jalousie de son protecteur, simule une partie de jambes en l'air avec un couillon de passage, celle finale où l'avion, au ralenti, freine sa course pour que Whitney enlace enfin son héros sauveur. Et cette pluie de tubes ! La reprise de Dolly Parton, “I Will Always Love You”, mais toutes les autres aussi. J'achète le single, je l'ai encore et il m'arrive de l'écouter, toujours avec la même joie intérieure, mêlée d'une mélancolie tenace. Quand la batterie frappe une ultime fois, comme si les fûts étaient couverts d'une rosée prophétique et qu'elle se met à honorer les anges... “And IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII Will Always Looooooooooooooooooove You ou ou...” Impossible de résister, évidemment.
Madonna, que j'ai aimé jusqu'en 1985, ne vaut rien à côté. Elle a eu un jour honte de vendre à un public de galeries marchandes. Elle a voulu jouer les branchées, les défricheuses, les reines de ghetto. Les nouvelles riches. Résultat : elle vit toujours, ne chante en playback que des chansons bâtardes, asexuées, détestables. Clône d'elle même, conne revendiquée au corps effroyable. Whitney, elle, n'a jamais abandonné son peuple ni les supermarchés. Elle ne chantait pas pour impressionner les médias ou séduire les décideurs. Non. Elle chantait pour nos âmes. Et contrairement à la blonde zombie, elle parlait peu. Quand Madonna insultait son personnel, prônait le libéralisme le plus coupable dans les colonnes des quotidiens anglais, Whitney chérissait son dealer. Aimable, aucun doute.
Le monde pleure aujourd'hui sa disparition. Le monde, je veux dire par là les fans, les gens, les anonymes, moi. Certains journalistes français, eux, lui manquent déjà de respect alors que la police californienne n'a peut-être pas même encore complètement quitté la scène du drame. On lit des choses sales, idiotes, faciles. Amy Winehouse était moins noire, plus moderne, plus tatouée, moins divine, elle avait de quoi exciter les petits branleurs à la plume molle. Les filles ont toujours aimé les voyous. Les journalistes les dingues inoffensives. Whitney, elle, ne se bradait pas. Elle préférait le sacrifice. Le sien. Winehouse est une victime. Whitney une offrande. Pas pareil.
J'avais regardé sur le net une vidéo de l'un de ses derniers concerts. Je n'avais pas tenu 30 secondes. Elle était déjà ailleurs. Sa voix comme étoufée par trop de larmes et de rêves piétinés. Je n'ai pas pu. On ne lui a rien pardonné à Whitney. Trop de succès, trop rapidement, un sourire trop vainqueur, une voix trop céleste, une peau peut-être encore trop claire... Rien.
Moi, je l'ai aimée et je l'aime encore. Plus fort même que Bobby Brown.
Flash. Je revois Gainsbourg jouer les porcs avec elle sur un plateau télé. Comme je l'avais haï à cet instant. Une créature difforme qui parle de cul à table pour choquer et arracher une petite part de lumière. Enfant monstre. Dégueulasse.
Entendre Reagan ou Nixon lui rendre un dernier hommage, voilà qui n'aurait pas manqué de charme. Que va dire l'autre con ? J'ai déjà peur... Obama ne vaut rien. De Guantanamo à Gaza, on fait bien de le maudire. Qu'il se taise. À jamais. No, You Can't. Et qu'il laisse Whitney partir, loin. Là où les coeurs fidèles se souviennent avec un sourire bienfaisant. Les baignoires sont des dévoreuses d'étoiles. Des trous noirs avec robinets. Il faudrait les interdire.

Photo & Texte - Jérôme Reijasse

Version vidéo du texte de Jérôme Reijasse lu par Grégory Protche

(Double) Bonus


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Published by Jérôme Reijasse www.legrigriinternational.com - dans Jérôme Reijasse 7 jours loin du monde
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