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Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

Haïti. Wyclef Jean, la quenelle américaine

Publié le 7 Août 2010 par DR Grégory Protche www.legrigriinternational.com in Dom-Tom - Caraïbes & Amériques

Wyclef Jean dr www.legrigriinternational.com-1

 

  Wyclef Jean a annoncé s'être rendu en Haïti, y avoir déposé sa candidature au bureau du Conseil électoral et prononcé un discours (en anglais, puisqu'il ne parle ni créole ni français...). Depuis 2004 et la tempête Jeanne, qui ravagea les Gonaïves, Wyclef a mouillé le maillot, collectant des fonds, faisant venir d'autres vedettes sur son île natale. Encore plus après le séisme du début 2010. Vivant à New York depuis sa neuvième année, il n'en a pas moins fondé une association, Yélé Haïti qui lui permet d'entretenir des relations permanentes avec Haïti. Au point d'y être venu voter René Préval en 2005 - il n'a donc pas pu voter Obama, en 2008, en principe. Préval qui, en retour, fit de lui un "ambassadeur de bonne volonté". Des amis de trente ans, quoi. La rumeur dit que les deux ne s'aimeraient plus trop. La consitution haïtienne, elle, dit que Préval ne peut pas se représenter. Mais : "La candidature de celui qui ne cache pas son désir d'être le Bob Marley du XXIe siècle n'est pas sans embûches.", selon le quotidien de révérence, Le Monde, d'habitude plus subtil dans son paternalisme (Marley n'ayant jamais eu de mandat ni de velléité politique, on se demande bien d'où vient cette comparaison à cet instant précis... des locks, de la musique ?). Parmi les majeurs soucis techniques : la Constitution ne reconnaît pas la double nationalité et impose que les candidats aient résidé sur l'île au moins 5 ans avant l'élection. En bon américain, les frontières, les constitutions et usages des pays envahis, Wyclef s'en fout, il ira quand même ! Il a des dollars et la morale du coeur pour lui, il a donc tous les droits. (Parlant de dollars, l'acteur Sean Penn, s'il reconnaît l'activité du bonhomme, dénonce néanmoins le détournement de 400 000 $ sur les 9 millions levés par Yélé Haïti, et le chanteur d'admettre des déclarations fiscales fantaisistes). La présence, parmi les candidats déclarés, de l'oncle du musicien, Raymond Joseph, ambassadeur d'Haïti à Washington depuis 2005, ne semble pas déranger, fut-ce au nom de la morale, du népotisme ou de la contre-productivité, un Wyclef qui apparaît presque aussi ahuri, ivre de lui-même, de sa notoriété et de son argent que le pauvre George Weah, génial joueur de football, se ridiculisant lors des dernières présidentielles libériennes...

Bien entendu, et avec le cynisme d'un organe officiel d'ex puissance coloniale, Le Monde ne manque pas de le noter, la rue haïtienne (laquelle ?) n'a d'yeux que pour l'immigré de retour rempli de bagouzes, de bagnoles et de promesses de destins comparables au sien. Tout sera bon pour tuer de l'opposition le moindre embryon. Définition de l'impuissance en 2010 : être un honnête député haïtien. Un mis sous tutelle qui ne s'ignore même pas. Comment être de gauche ou de droite, proposer un modèle de société, un contrat social en face de Wyclef Jean ? Il est à conjecturer que, sur tous les modes, de l'ironie droitière à la compassion démocrate, les médias occidentaux vont entériner la candidature du gogol ménestrel. Les bénéfices sont évidents... pour le candidat d'en face. Vulgaires promoteurs de boxe, les Oncle Samiens, avec les Français, cutmen tragi-comiques, poussent un poulain surestimé, illégitime et incapable jusqu'au championnat. Sous les yeux ébaubis d'un sentimental public mondial. Weah, Wyclef Jean... et pourquoi pas Youssou Ndour à Dakar, (in)volontaire et très utile idiot des Wade fathers and son. Tiken Jah le "Ouattarien" en Côte d'Ivoire. On trouvera bien un bantoustan à refiler à Bob Geldof, au nom du passé. Et pour le vieux Renaud, l'Éthiopie... Il y a quarante ans, le mari de Christine Ockrent apportait sur le plateau occidental le colonialisme new age, avec ses dégueux french doctors. Wyclef finit le boulot. Comme en 1956 : la négrification des cadres.

 

Photo - Dr   Texte - Grégory Protche