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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 00:00

Trierweiler RDC 2013

L’absence du président Jacob Zuma du sommet parisien convoqué par François Hollande à Paris le 6 et 7 décembre montre bien qu’il s’agit d’une de ces manifestations dont la Françafrique – ce système à la fois violent et symbolique de domination – a le secret depuis un demi-siècle : allégeance et préparation d’intervention militaire.

Il en est d’autres : manipulation des opinions publiques dans l’urgence, instrumentalisation des institutions internationales, « kakisation des esprits », obéissent à des rituels réglés dont ni les observateurs extérieurs, ni les citoyens africains ne sont dupes ! Que n’a-t-on entendu encore récemment à propos de la Centrafrique : de la « somalisation » du pays à un début de « pré-génocide » jusqu’au très bushien « guerre contre le terrorisme » à venir à Bangui…

Le Quai d’Orsay est il vraiment obligé d’employer un vocabulaire aussi approximatif qu’irresponsable, pour soutenir une politique d’interventions militaires à répétition ?

À chaque fois, l’instrumentalisation des rébellions, les campagnes médiatiques, les manipulations des Services précèdent le corps expéditionnaire. Un curieux unanimisme idéologique apparaît : éditorialistes va-t-en-guerre, « chercheurs » instrumentalisés, politiques suivant aveuglément la dernière aventure coloniale. Une des étranges coutumes de ces guerres africaines semble relever d’un déni public qui relèverait de la psychanalyse collective : non, « ce n’est pas une  aventure coloniale », oui, la « Françafrique est finie depuis longtemps », non,  « cette fois c’est autre chose »… Unanimisme troublant qui relu rétrospectivement renvoie le lecteur à l’étonnement sur ceux qui, à chaque fois, profèrent les mêmes billevesées… L’essentiel est là : 50 interventions militaires françaises en Afrique subsaharienne en 50 ans !

Et ce, dans une grande continuité sarko-hollandiste, dans la lignée du mollétisme en Algérie ; avec des innovations qui sont autant de régressions idéologiques : ainsi du recours au vocabulaire abandonné par les USA de la « guerre mondiale au terrorisme », ou de la confusion volontaire de l’Humanitaire et du Militaire. Certes la permanence d’hommes du « complexe militaro-colonial » aux postes clefs de l’Armée et de l’Etat explique nombre de ces recommencements. Mais c’est qu’aussi ces interventions font système, entraînant la France dans une sorte de recolonisation accélérée, qui par ses formes et sa dynamique, singularise notre pays par rapport aux autres puissances en Afrique subsaharienne.

Ce qui se passe au Mali n’est que la conséquence de la catastrophique intervention libyenne, aussi mal pensée qu’agie : ainsi la « légion touareg » se réinstallant avec armes et bagages en « Azawad », la valorisation du MNLA par les médias...et par la DGSE, ou la dispersion des combattants djihadistes autour du pays dans une nouvelle « guerre nomade », sont autant d’erreurs stratégiques, occultées par une victoire éclair et l’incontestable élection d’Ibrahim Boubakar Keita - mais qui ne portent guère, à terme, à l’optimisme. Que dire de l’intervention en Cote d’Ivoire, bombardant présidence et résidence, envoyant les Forces spéciales arrêter Laurent Gbagbo, substituant par la force un pouvoir à un autre après un différent post électoral - et les milliers de morts d’une répression d’Abidjan et du Sud du pays sous couvert du corps expéditionnaire français ? Si ce n’est que depuis l’Algérie et le Cameroun, on n’a vu pareille intervention, aux conséquences géo-politiques encore à venir.

Car selon l’expression du politologue Bertrand Badie, le risque à terme, devant la faillite d’Etats qu’on soutient militairement en obérant leur peu de légitimité péniblement acquise, est bien qu’ils cherchent dans un transfert violent vers le religieux une alternative au modèle en échec, et qu’ils se transforment en « sociétés guerrières ».

Ce qui parait évident aux observateurs extérieurs, et qui par autisme françafricain semble ignoré par les « élites » françaises… Croit on que c’est seulement par lâcheté ou ignorance que pas un seul grand pays européen n’a accompagné nos armées en Côte d’Ivoire, Mali ou Centrafrique ? De telles interventions sont impensables par exemple pour la Grande Bretagne au Zimbabwe ou au Kenya.

Jusque à quand abusera-t-on des expéditions militaires en terre africaine ? Quand retirera-t-on les archaïques bases françaises en Afrique - que nous sommes le seul pays occidental à maintenir ? Sans doute quand les Princes qui nous gouvernent y seront obligés sous les pressions diplomatiques extérieures, sous l’influence d’une opinion pan africaine exaspérée, face à un mouvement montant - en France même - de citoyens déterminés à mettre fin à l’inadmissible : 150 ans de domination militaire et d’exploitation violente sous des formes diverses mais avec des résultats similaires. Notamment le maintien de dictatures ou de démocratures savamment instaurées, entretenues, louangées : demain à l’Elysée seront encore une fois reçus les autocrates, parfois héréditaires, des néocolonies africaines.

François Hollande a le choix : s’inscrire dans cette continuité anachronique, ou aider les peuples africains à se libérer ! Et si le départ des bases françaises doit se faire progressivement, un encouragement public aux démocrates africains, aux diasporas militantes et aux pan-africanistes peut contribuer à faire tomber publiquement les honteuses tyrannies africaines d’influence française. Un changement, maintenant, est là aussi possible… 

Photo - dr   Texte - Michel Galy

                    Politologue, Paris.

                    Dernière publication : Guerre au Mali, éditions La Découverte, 2013

PS : tribune initialement parue dans Le Monde

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Published by Michel Galy dr www.legrigriinternational.com - dans Politique
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