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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 14:53
 
27 mai 2008 - REPORTAGE - France 24 : Les victimes du régime de l'ancien président guinéen Sékou Touré ont obtenu la mise en place d'une commission Dialogue et conciliation afin de se pencher sur le passé, depuis l'indépendance en 1958. (Reportage : F.-X. Freland). Le Gri-Gri a proposé son à grand Serigne de commenter ces images...

Demandez à Sékou Touré ce qui l’en coûte de dire merde à de Gaulle ! Vingt-quatre ans après sa mort, France 24 diffuse un reportage larmoyant sur ses introuvables victimes. L’Amérique tue trois millions de Vietnamiens, la France un million d’Algériens et l’on s’inquiète de savoir où sont les cinquante mille morts introuvables de Sékou Touré. On pardonne, par omission, à Ford et Eisenhower, à Kissinger et à Messmer, à Pinochet et à Suharto, et même à George Bush d’avoir brûlé des hommes comme on déracine des arbres, parce qu’il y a derrière leurs crimes tout un appareil bureaucratique qui les rend plus acceptables. Avez-vous visité les sites des victimes de bombardement à l’arme chimique au Vietnam, sous Johnson d’abord, et sous Nixon ensuite ? Où sont ces bourreaux ? Ils dorment tranquilles au panthéon des grands hommes. Criminels immortels. Étudiant à la Sorbonne, mon sujet de maîtrise portait sur l’échec de  la décolonisation Française en Guinée. Mon chargé de maîtrise à l’époque, fonctionnaire zélée à cinq années de la retraite, tricolore jusqu’au slip, fit tout son possible pour me décourager sans jamais y parvenir ; et ce qui au départ n’était qu’une simple suggestion devint une exigence Républicaine. Sékou Touré était mort depuis vingt ans, mais l’université française parlait de lui comme s’il buvait des cafés sur la place rouge à Moscou, en compagnie de Cabral ! La décolonisation, c’était pour la France, la cérémonie de clôture de la « mission civilisatrice », faire semblant de libérer pour éloigner la menace communiste et montrer au monde que la France malgré cinq ans de colonisation allemande avait su substituer en A.O.F l’Assemblée Nationale à l’arbre à palabre. Dans ce contexte, le Non de la Guinée au referendum de 58, pour reprendre le mot fameux d’Houphouët « faisait tache d’huile ». La cécolonisation pour les nègres, c’était comme dit Céline, « l’infini mis à la porté des caniches ». C’était une invention française trop grande pour eux, avec ses referendums, ses Lois cadres, ses décrets, ses propositions à choix unique, son langage « pile je gagne face tu perds » que Sékou Touré choisit d’ignorer. Il devint le Castro des Français : « Sékou Touré je le veux à plat ventre » (C.de Gaulle). Messmer, ministre de l’Outre-mer, dès que les résultats furent connus, ordonna le départ massif de tous les techniciens et fonctionnaires fédéraux : douane, police des frontières, sécurité maritime et aérienne. Les enseignants français qui revenaient de vacances, ainsi que les bateaux de vivres et de médicaments, furent détournés sur Dakar. Les formules de fabrication de la quinine disparurent de Sérédou ; à Bayla, les médecins s’emparèrent des véhicules neufs du centre sanitaire et des stocks de médicaments dans les hôpitaux et les acheminèrent vers la Côte d’Ivoire. On procéda à la destruction du mobilier des bureaux. À Dalaba, des parachutistes incendièrent les bâtiments administratifs. Les travaux d’équipement en voie de réalisation furent annulés. Les grues du port de Conakry disparurent. On dépouilla les casernes et on procéda à la destruction du matériel militaire que l’on ne pouvait pas emporter. C’est un autre visage de la France que le reportage de France 24 ne raconte pas, parce que son propos n’est pas d’informer mais plutôt d’épaissir la soupe que les sous-Lacouture de la presse française nous ont vendue pendant quarante ans !
Je ne  veux plus défendre ou excuser Sékou Touré ; du moins pas comme je l’ai fait auparavant, par le biais de références livresques et de témoignages. Je n’ai aucun argument à opposer au sentimentalisme des imbéciles. Je veux le comprendre et l’accepter par principe et pour ce qu’il fut. Vieux loup éreinté, amoureux de son peuple et toujours entre deux assassinats : Ruben Um Nyobe (1958), Félix Moumié (1960); Lumumba ; Okito ; Mpolo (1961), Olympio (1963), Nkrumah (déposé 1966) et Cabral (1973)…  Si la cause est noble, si elle vaut que  l’on meure pour qu’elle subsiste alors elle mérite également que l’on tue pour qu’elle triomphe. Je reviens de Dakar, et il ne fait aucun doute dans mon esprit que pour que ces peuples émergent et renaissent au monde avec une volonté réelle de vivre et de prospérer, il faudra tuer des hommes. Si la Terreur révolutionnaire a engendré la France Républicaine, alors vive la Terreur !

Texte – Sérigne Seck   Images – France  24

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