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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 10:07

l'art nègre 2010

 

L’Art Négro-africain, c'est-à-dire l’art des Africains, revu, corrigé, vendu et édité par les Blancs, faisant l’objet d’un festival organisé par des Noirs diplômés qui en français fantasment l’Afrique. Ah je vous le jure ! Il faudrait être aveugle et sourd. Quand Alioune Diop proposa pour la première fois, en 56, à la conférence des écrivains noirs à Rome, l’idée d’un Festival des Arts Nègres, il parlait depuis le colonialisme en un temps ou les intellectuels noirs étaient en quête d’un brevet d’humanité. C’était eux les Nègres ! Ce n’était ni les Xhosas, ni les Ndebeles, les Sérère, les Touaregs, les Dogons, les Peuls, les Noubas, les Bétés, les Baoulés, les Afars ; ces peuples se contentent d’être, ils sont parce qu’ils existent, ils n’ont pas besoin d’un festival pour se définir, ou d’affirmer de façon obsessionnelle une Africanité qui n’a pas su s’affranchir du racisme blanc qui l’a créée ; ils ne sont pas africains, ils ne réfléchissent pas en fonction des postulats de l’anthropologie coloniale, parce qu’ils n’ont pas été perfectionnés par l’Instruction publique, c'est-à-dire que leurs origines, et leur devenir, ne participent pas de l’érection maitrisée d’une contestation acceptée, réduite, normalisée et livresque (J.-G. Bidima), comme le fut la Négritude. « …si nous avons  assumé la terrible responsabilité d’organiser ce festival, c’est pour la Défense et l’illustration de la Négritude » (Senghor, mars 1966). Donc  tout ceci n'était qu'un prolongement de la pire des négritudes ! Mirages parisiens, désirs d’eunuque, le choix des lâches ; la négritude des syllogismes, des billevesées, celle des néologismes à trait d'union (Adotevi), qui préfère la poésie a la lutte armée et aux vertus du sang répandu, la négritude de Léopold Sedar Senghor, ce traitre suprême. Car c’est bien lui le père qu’il faudra tuer !

 

senghor alioune diop malraux dr www.legrigriinternational.com

 

Senghor qui a su si bien théoriser l'infériorité des Noirs dans un verbiage cousu d'adjectifs, a été le véritable artisan de la faillite du nationalisme en AOF et ce n'est pas pour rien que Sékou Touré l'appelait "le garde suisse de l'impérialisme français". Il a su, avec la complicité du peuple qui l'a élu, focaliser les attentions sur une "Renaissance Africaine" par le biais de la promotion d'une culture mythifiée, en lieu et place de la création d'une véritable unité nationale. Car enfin pourquoi les arts negro-africains perçus ici comme un ensemble homogène auraient-ils nécessairement pour fonction de rehausser la dignité de l'homme noir ? De qu'elle originalité, de quelle liberté l'art peut-il se réclamer lorsque la survie de l'artiste est assurée par un budget ministériel ?


Mais Senghor a pour lui de n'avoir jamais dissimulé ses intentions : "Je suis français de culture et un homme de bonne volonté, je m'inquiète uniquement d'une absence française." (Marchés Tropicaux Du Monde, septembre 1958). Le Festival de 1966, aussi scandaleux qu'il fut, avait au moins une fonction : faire oublier Dien Bien Phu (1954), les accords d'Evian (1962) et, sous couvert de célébrer les Arts Nègres, célébrer la Mission française qui fut la première à les promouvoir à travers l'ethnologie. L'édition de 2010 quant à elle est une ineptie à la mesure de ce que nous sommes. Nous, comme dirait Césaire, nous les culbutés de la grosse houle.

 

Wade le Domenech du Senegal 1 www.legrigriinternational.com

 

D'abord, et de façon plus terre à terre, quand on vit dans une ville inondée, sans électricité et aussi sale que Dakar, on n'invite personne - ne m'en voulez pas de ne pas succomber à l'exotisme de la pauvreté qui s'exhibe. Ensuite, ce festival suggère une harmonie africaine que l'intrusion coloniale aurait profanée et propose de retrouver (renaitre) à travers l'expression artistique une unité culturelle qui en Afrique n'a jamais existé. En réalité, il n’est que le résultat de la collusion d'intérêts entres un pouvoir impopulaire à la recherche de procédés de légitimation et des artistes en quête d'une reconnaissance internationale qui leur apportera conforts et privilèges. Quand à l’adhésion populaire, la foule toujours en liesse au rythme des scandales financiers … Si le juge était juste, peut être que le blanc serait moins coupable.





Texte - Sérigne Seck   Photos - dr

 

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Published by Sérigne Seck dr www.legrigriinternational.com - dans Les considérations du grand Sérigne du Gri-Gri
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cHb 17/01/2011 19:40


En 1958, Senghor était bel et bien français de culture comme de nationalité. Encore que, si l'on devait concéder le fait qu'il y a beaucoup de "verbiage" chez Senghor, l'on devrait alors se poser
la question quelle est l'essence de culture chez notre homme?
Pour juger l'utilité du FESMAN de 1966, il faut faire l'inventaire de ses réalisations et le bilan des politiques culturelles de Senghor. Senghor a mis en place des politiques de sauvegardes du
patrimoine immatériel (politiques reprises par l'UNESCO aujourd'hui. Mais dépassons le cas des intellectuels qui auraient besoin "d'affirmer de façon obsessionnelle leur africanité". Jusqu'en 1975,
les populations appelées aujourd'hui Diola au Sud du Sénégal ont refusé qu'on leur colle cet ethnonyme issue de l'anthropologie racialiste du colon... On peut alors se permettre de dire que s'il
avait existé des intellectuels pour sublimer l'identité que ces populations mettaient en avant, on aurait eu une autre réalité historique.
En outre, il était évident qu'il existait un mépris du dominateur sur les besoins des populations locales et supposer que ces populations n'ont jamais cherché à manifester leur altérité, c'est
verser dans l'erreur.
Bref, une contestation reste une contestation, c'est-à-dire la manifestation d'un débat d'esprit qu'il soit confiné sur un livre (connaissance livresque) ou tenu oralement.
J'insiste donc sur le fait que, c'est une insulte grave de dire que les Africains "sont parce qu'ils existent" !
Akan


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