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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 09:09

Michel Galy mars 2012 www.legrigriinternational.com

Michel Galy, politologue, auteur - tribune parue le 13/04/2012 in Le Figaro

L'actuelle implosion du Mali était-elle en partie prévisible ? Si de l'avis de nombre d'observateurs, le coup d'État des putschistes contre ATT ne l'était pas, la descente vers le Sud des guerriers touaregs a été anticipée, peut-être encouragée, par des géopoliticiens en chambre qui, en continuant, risquent de mettre le feu aux poudres de toute l'Afrique de l'Ouest.

La situation peut s'apprécier non seulement par rapport à la spécificité touareg et à leur longue histoire de révoltes pour créer un foyer national, mais aussi comme conséquence perverse de l'aventure libyenne ; cependant la configuration entre régimes autoritaires et oppositions en l'Afrique de l'Ouest, en interdépendance croissante, vient de changer très vite, et ne se réduit pas à l'opposition apparente « démocraties » vs régimes putschistes : Burkina et Niger, Algérie et Mauritanie, pour des motifs différents, sont concernés par une éventuelle extension du conflit, tandis que la Côte d'Ivoire et les autres pays sahéliens appréhendent les retombées de l'implosion malienne.

Dans cette géopolitique ouest africaine, on constate clairement un nouveau vecteur Nord / Sud dans l'extension des conflits, qui résume d'ailleurs les deux obsessions de l'administration américaine : l'extension d'Aqmi (et des autres mouvements islamistes comme Ansar El Dine) vers le Sud et le pétrole du Golfe de Guinée, à travers l’expansion d'un islam de moins en moins confrérique et consensuel ; migration religieuse historiquement liée aux migrations dyoula, dont l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara il y a un an à Abidjan marque un point d'orgue. Car si cette accession à la présidence, grâce à l'intervention franco-onusienne d’avril 2001, après des élections contestées, n'est en rien religieuse, une dimension interne Nord/Sud, ethnopolitique, apparaît clairement : les guerriers nordistes (du Nord ivoirien ou de l'aire d'influence mandingue, comme ceux venus du Burkina) rebaptisés FRCI commettent jour après jour des exactions sur les populations sudistes - au point que des organisations des droits de l’Homme plutôt pro-Ouattara comme Human Rights Watch commencent à s'impatienter.

Si l'on ajoute, par le biais d'un « rattrapage ethnique » discriminatoire, une construction d'un « Etat dyoula », le fait que le camp RDR pro-Ouattara - et son armée - soient très majoritairement musulmans, les pro-Gbagbo dans l'ensemble chrétiens ou partisans de religions ivoiriennes spécifiques (prophétismes, mouvements religieux locaux, etc..), provoque un sourd malaise : le conflit qui n'est en rien calqué sur des divisions idéologiques « à l'occidentale » (nul ne vote pour M. Ouattara en tant que champion du néolibéralisme...), mais comporte un clivage ethno-régional que les analystes occidentaux feignent d'ignorer, et qui risque de dégénérer.

Si nul ne parle de djihad, des insultes réciproques inquiètent : les sudistes seraient pour les dyoula : « infidèles », « sauvages », des hommes du « bush », de la forêt ; l'inverse est tout aussi méprisant. Plus concrets sont les liens de certains « com-zones » (Commandants de zone) nordistes avec des trafics sahéliens, de drogue ou d'armes, qui tissent des liens ambigus avec Aqmi ou d'autres mouvements islamistes, tandis que fleurissent les posters de Ben Laden parmi les combattants sahéliens et ivoiriens nordistes.

D'où la volonté du pouvoir ivoirien actuel, lié plus encore aux Etats Unis qu'à la France, de contenir ses propres troupes, et via la CEDEAO de mettre au pas les putschistes de Bamako aussi bien que les indépendantistes touaregs ou islamistes d'Aqmi qui risquent à terme de les déstabiliser en basculant leur pays dans des conflits à dimension confessionnelle plus forte - ce qui leur ferait perdre très vite l’appui des puissances occidentales.

Le Mali est effectivement à mi-chemin des deux interventions françaises de 2011, entre Côte d'Ivoire et Libye. Au delà des problèmes éthiques, électoraux, ou militaires, il semble que l'on n'ait pas mesuré à Paris l’influence de la déstabilisation de ces deux pays sur les relations internationales africaines, même du point de vue des intérêts français. L'absence d'Etat en Libye (la Jamahiriya, Etat des masses de Kadhafi, correspondait aussi à la segmentarité, la violence continue des tribus libyennes sur la longue durée) aboutit à un risque d’affrontement généralisé dans ce pays, tandis que l'énorme arsenal sans contrôle, après le conflit, menace tout le Sahel, de l’Algérie à la Mauritanie, du Mali au Niger - probablement le prochain pays touché, ne serait-ce que parce que l'Azawad, cette esquisse d’État touareg, s'appuie sur le nord de ce pays, menaçant les riches gisements d’uranium gérés par Areva au profit de la consommation française.

Tout se passe comme si des considérations médiatiques ou politiques d’intérêt immédiat : faire tomber le « Roi des rois » libyen - il y a peu reçu en grande pompe à Paris -, ou un président critique quant aux charmes de la Françafrique    - Laurent Gbagbo -, avait fait mal analyser les conséquences des deux interventions. Notamment celle des milliers de missiles libyens disséminés dans la « zone grise » sahélienne au profit, entre autres, des mouvements islamistes ; ou de l'armement des indépendantistes touaregs implicitement encouragés à revenir au Mali avec armes et bagages ; le « lâchage » discret du président Toumani Touré et l'encouragement à négocier avec la rébellion touareg a aggravé la situation : le coup d'Etat à Bamako en est la conséquence. On ne peut impunément encourager la rébellion ivoirienne depuis 2002, l’armer et l'encourager à prendre le pouvoir, mettre au point un modèle français d'interventionnisme - digne des USA en Irak -, en créant des oppositions armées en Libye ou Syrie, et s'étonner que la rébellion touareg se sente autorisée à abattre l’armée et même l'Etat malien. Le résultat de cette politique de Gribouille géopolitique n'est pas brillant : outre les milliers de nos compatriotes qui sont littéralement assignés à résidence dans les pays sahéliens pour cause d’insécurité, la progression des mouvements islamistes fortement armés fait craindre un no-mans-land sahélien : comme si on avait installé, à force de maladresses, un Afghanistan nomade aux portes de la France ! Les intérêts français, pétrole, uranium notamment, sont menacés dans une zone autrefois stable ; le ressentiment augmente contre l’influence française chez les Africains francophones, bien au-delà du Sahel.

Jouer le MNLA touareg contre Aqmi, encore une brillante idée de stratèges bien parisiens, capable d'enflammer la zone sahélienne ! Confier l'embargo contre des putschistes à des présidents qui ont accédé au pouvoir par des rébellions ou des coups de force serait savoureux si ce modèle n’était tragique : famine et conflits risquent de provoquer dans les semaines à venir une catastrophe humanitaire d'une ampleur jamais vue.

Remettre en question la légitimité déjà fragile des États ouest africains par des interventions militaires et des ingérences à répétition, 50 ans après les Indépendances, parait un jeu très dangereux sur cette « ligne de fracture » Ouest/Est séparant des populations négro-africaines à la tête des nouveaux Etats, qui s’affrontent à travers des siècles avec les populations touaregs - cherchant aujourd’hui leur revanche à leurs humiliation et relégation. Il faudra désormais en gérer les conséquences. Notamment le retour vers la Côte d'Ivoire de cette « guerre nomade », qui depuis 1989 a touché bien des pays ouest africains, et qui vient de trouver, un nouveau champ d'action – qui n'est pas exclusif d'un embrasement bien plus large.

Photo - dr   Texte - Michel Galy

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Published by Michel Galy Le Figaro www.legrigriinternational.com - dans Mali
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