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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 02:00

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Désolé, chers amis, cette fois-ci je crains de ne pouvoir refléter le moindre humour. Il me faut en effet vous parler du grand cadavre de votre foutu placard africain, ce cadavre dont l'odeur vous incommode tant qu'aucun historien africain n'a osé vous en parler : tels les singes de la fable, vous refusez d'entendre, de voir et de parler ! Songez que les livres d'histoire maghrébins n'en font même pas mention et que le mythe de l'Unité africaine a tenté désespérément de l'enfouir sous des torrents de fausses bonnes intentions : "tabou" ! Songez aussi que les toubabs, eux, jouent le jeu à fond : tant que vous fermez les yeux, vous baissez la tête ! Mais les tombereaux d'inepties déversés à l'occasion du naufrage de la Séléka en Centrafrique me titillent trop : il est temps, pour moi en tous cas, d'ouvrir la malle de vos souvenirs enfouis, aussi nauséabonds puissent-ils être. Et je me fous de vos réactions furibondes : ne suis-je pas autre chose qu'un con de blanc ?! 

Il était donc un temps où, au sud des terres inhospitalières, les hommes, les "Bantous", vivaient tranquillement du fruit de leurs labeurs et évoluaient, toujours tranquillement, au rythme de civilisations fondées sur l'agriculture vivrière. Ces cultivateurs avaient découvert les échanges interrégionaux, fondé des villes où ils pouvaient écouler le surplus de leur production et acquérir des biens qu'ils ne produisaient pas eux mêmes. Certains, tant à l'est qu'à l'ouest, avaient même franchi le cap de sociétés plus évoluées encore, inventant l'écriture et, malheureusement aussi, la chose militaire. Comme toutes les civilisations de l'époque...  

Globalement toutefois, le sous continent restait à l'écart de la guerre : si vaste était-il que les populations pouvaient aisément aller voir ailleurs au cas où les pressions du présent les stressaient trop. Ça n'était certes pas le Paradis, il n'empêche que, dans ces contrées, il n'y avait pas de prison : les Hommes avaient compris que la réparation des fautes suffisait à imposer la paix civile. Une sorte de grille de réparations avait ainsi vu le jour un peu partout tandis que les décisions importantes des communautés étaient prises par des assemblées de vieux, les chefs n'ayant que l'attribution des terres comme raison d'être et les "chamans", que celle de guérir les gens et de s'assurer que les vieux et les chefs avaient toute leur tête. Plus de pouvoirs auraient forcément poussé les "sujets" à aller voir ailleurs...

Les cultivateurs régnaient ainsi de Saint-Louis au Sénégal jusqu'au sud de l'actuel Angola et de l'actuel Soudan au sud du Mozambique. Les cœurs de ces civilisations se situaient au centre et à l'ouest du continent en sus des descendants des Pharaons noirs qui continuaient à vivre paisiblement au Soudan, christianisés, certes, mais jamais vaincus au contraire de leurs frères sémites du nord. Pour schématiser, les fleurons des civilisations subsahariennes de l'époque préislamique étaient le royaume d'Aksoum au nord est, les descendants de la civilisation pharaonique reconvertis dans le commerce avec l'Inde, la vallée du Limpopo dans l'actuel Zimbabwe et centre de la culture bantoue "forestière" et, enfin, l'actuel Nigeria où les Yorubas furent les premiers ouest Africains à développer très tôt une civilisation urbaine disposant d'une écriture aristocratique. Au nord ouest existait le "royaume du Ghana", une série en fait de zones franches de culture bantoue reliées entre elles par des commerçants sahéliens.

Et puisqu'on en parle, il y avait aussi, errant de pâtures en pâtures, des pasteurs sahéliens, buveurs de lait certes et donc plus grands que leurs contemporains, mais également frustres : ils ne vendaient pas leur bêtes, estimant que leur richesse résidait dans leur accumulation inutile. Ils avaient aussi des traditions agressives, rivalisant de force brute dès le plus jeune âge. Ce pourquoi les paisibles cultivateurs des contrées moins arides ne cherchaient pas vraiment à entrer en contact avec eux : leurs maigres pâturages sahéliens ne leur étaient guère contestés, les cochons, les volailles et les animaux sauvages suffisant amplement, à l'époque, à contenter les besoins en viande des cultivateurs...

Sur ce, arrivèrent les disciples de Mohamed. Aux environs du 7e siècle après Jésus Christ, les premiers commerçants arabes quittèrent d'abord leur Yémen natal pour entrer en contact avec les Soudanais pharaoniques. Puis, très vite, avec leurs voisins sudistes : les côtes érythréennes puis somaliennes furent probablement les premières à être islamisées, d'abord pacifiquement. À l'ouest en revanche, les Maures furent moins amènes et la colonisation de la Mauritanie fut d'entrée agressive : les Arabes payèrent et armèrent les frustres éleveurs transhumants pour razzier, déjà, les contrées de cultivateurs avant même de s'installer en nombre dans les cités mauritaniennes.

Le système se généralisa très vite tellement l'appétit d'or et d'esclaves des Arabes était grand : en moins de deux siècles, les sociétés bantoues furent anéanties au profit, à l'ouest, de royaumes et d'empires guerriers sahéliens et, à l'est, de royaumes dits, déjà à l'époque, "marchands" dont la marche triomphante ne fut arrêtée réellement que par la forêt équatoriale impénétrable pour les chevaux aimablement vendus par les Arabes aux armées sahéliennes. C'en était fini de la paix bantoue ! Dont la civilisation devint définitivement forestière, les rescapés se réfugiant en lisière de forêt aux conditions sanitaires effroyables (mouche tsé-tsé notamment). Les Aksoumites se réfugièrent sur les plateaux abyssiniens et toute la frange sahélo-forestière de l'Afrique se trouva mélangée entre rescapés de divers endroits, forestiers originels et envahisseurs sahéliens.

Puis vinrent les Européens qui, en fait, figèrent cette situation au détriment des Bantous qui avaient pourtant commencé à réagir : en envahissant à leur tour les terres australes (les fameux guerriers zoulous) et en entamant la reconquête du nord ouest (les guerriers ashantis cette fois-ci, cousins des Yorubas). Et qui la figèrent connement, si vous voulez bien me passer cet adverbe, en créant des pays "dingues" où se mêlaient des peuples conquérants et conquis, reconquérant et anciens vainqueurs. Bref, une pétaudière évidente qu'unifia toutefois, mais pour un temps seulement, la soumission forcée au monstrueux pouvoir blanc.

"Mais que fait Soundjata là dedans ?" me direz-vous. J'y viens mais ça n'est qu'anecdotique, que démonstratif : Soundjata fut l'un des empereurs du Mali, un Mandingue qui décréta que les razzias humaines ne devaient pas toucher les Maliens. Car il arriva ce qui devait arriver dans ces razzias : à force de prélever des hommes et des femmes pour les vendre aux Arabes, il n'y eut plus assez de Bantous vivant hors des forêts. Les razzieurs s'en prirent à leurs propres compatriotes et Soundjata, ce héros, interdit cette pratique au 13e siècle. Mais pas la razzia des Bantous ! D'où sa "chanson" chez les Sahéliens. Notez que la razzia des populations sahéliennes par les bandits sahéliens (car il s'agissait de bandits, pas de gens civilisés !) reprit de plus belle avec l'arrivée des Européens, lesquels prirent langue aussi avec des roitelets des côtes bantoues pour qu'ils leur vendent leur propre population : les navires au long cours des Blancs leur permettait de pénétrer plus au sud...

Ça y'est, vous avez enfin ouvert les yeux ? Il le faut si vous voulez réellement comprendre ce qui se passe aujourd'hui tout au long de la ligne de séparation entre la forêt et le Sahel. Le comprendre au delà de l'explication stupide des Européens qui voient Al Qaida partout. Ou qui préfèrent voir Al Qaida plutôt que les conséquences de leurs saloperies passées et présentes... Car ne vous trompez pas d'histoire : les guerres civiles en Côte d'Ivoire, au Togo, en Centrafrique, au Soudan sont toutes issues de ce cadavre dans votre placard. Hier à Abidjan, c'était les Sahéliens qui reprenaient le pouvoir que leur avait confisqué les Ashantis. Avec l'aide des Français pour qui Gbagbo n'était pas assez maniable : courte vue et imbécilité... Aujourd'hui, c'est Bangui où les Français ont viré manu militari un chef certes fantasque mais qui arrivait à faire vivre ensemble Sahéliens et Bantous, Musulmans et Chrétiens, j'ai nommé Bokassa. Dont l'empire reflétait une réelle situation impériale, soit des peuples différents vivant au sein du même pays. Les même Français firent tomber le seul président jamais élu là bas, Patassé, un chrétien qui avait compris qu'il lui fallait une caution musulmane pour gouverner tout le pays. Son rapprochement avec Kadhafi lui fut fatal. Et Paris finit par mettre au pouvoir une espèce de satrape sanguinaire, Bozizé, que les Français soutinrent au delà de l'acceptable : dès le départ des troupes françaises au Mali, la Séléka, une alliance des rebelles sahéliens financée par la diaspora centrafricaine, mit facilement en déroute les troupes de pillards de Bozizé et s'empara du pouvoir central. Où il n'y avait malheureusement plus un sous vaillant. Les différents membres de l'alliance reprirent alors leur liberté et n'eurent que le pillage pour payer leurs hommes. Il s'agissait de Musulmans et, forcément, humainement, ils pillèrent les villages chrétiens. Lesquels, on est tout de même en Afrique, se défendirent en créant des milices à leur tour. D'où non pas un début de génocide comme le dirent les Français pour justifier leur intervention, mais un début de guerre civile sur fond de religion.

En fin de compte, on voit que ce sont les Français qui ont créé le chaos en virant successivement Bokassa et Patassé puis en adoubant un sombre dictateur de pacotille (il ne dirigeait que Bangui) Qu'ils reviennent aujourd'hui "remettre de l'ordre" a quelque chose d'incongru, même si ça n'est pas inutile. D'autant plus incongru d'ailleurs qu'ils ont par ailleurs foutu le bordel en Côte d'Ivoire au détriment cette fois-ci des Chrétiens ! La "Puissance tutélaire", comme on dit, fait n'importe quoi, n'importe quand. On a même l'impression que Hollande n'agit que pour tenter de gagner quelques points dans ses sondages catastrophiques, pour tenter d'apparaître comme un chef...
Ça n'est pas Al Qaida qui est derrière la Séléka, comme ça n'était pas Al Qaida qui était derrière Ouattara avant que celui-ci soit porté au pouvoir par les troupes françaises. Il s'agit malheureusement des conséquences du cadavre dans ce placard que vous vous refusez à ouvrir parce qu'il mettrait à mal "l'unité africaine" Il n'y a pas d'unité africaine mais des puissances sous-régionales qui, seules, sont réellement à même d'évincer rapidement les anciens colonisateurs de vos contrées : l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Ethiopie, l'Angola. Oubliez l'Afrique du Nord, elle n'a jamais été africaine et ne le sera jamais : elle fut sémite, grecque, romaine puis arabe. Et elle appartient au monde des prédateurs qui ont bousillé vos civilisations des siècles durant sans jamais vouloir le reconnaître : comme je vous l'ai déjà dit, les razzias ne sont pas enseignées historiquement à leurs bambins. Mythe de l'unité africaine à l'appui. Un mythe vraiment sympa pour eux, non ?

Si vous voulez la paix des ménages, vous devez impérativement ouvrir le placard. Les rancunes silencieuses sont en effet les plus tenaces, les plus mauvaises. Mieux vaut quelques fortes engueulades au lendemain desquelles on peut relativiser ses rancœurs, les surmonter. Les pères des Indépendances africaines ont eu tort d'imposer une lourde chape de silence sur l'histoire du continent : on ne raye pas par décret la mémoire de peuples dont les traditions orales sont plus que fortes. Et, aujourd'hui, faute d'une nécessaire catharsis, renaissent des oppositions que la raison ne peut plus contrôler : ouvrez donc le placard et engueulez vous pour ne pas vous entretuer !

Photo - dr   Texte - Christian d'Alayer

PS : Son blog ICI.

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Published by Christian d'Alayer http://dalayer.kazeo.com/ www.legrigriinternational.com - dans Con de blanc
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