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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 07:34

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Mercredi 16 mai 2012.

Aujourd'hui, à 15 heures à l'ULB, était invitée Angela Davis, fraîchement proclamée docteure honoris causa, à une séance de questions réponses avec les étudiants. Il est évident que cette rencontre était cruciale pour poser quelques questions urgentes, questions auquel l'aspect solennel et pompeux de la remise du titre de doctorat honoris causa, la veille, ne se prêtait pas.

C'était donc l'occasion de préciser certaines choses. Et ça l'a été avec brio.

Après une brève présentation et biographie par une étudiante, Angela Davis délaisse le speech qu'elle avait préparé, pour entrer dans le vif du sujet et engager le débat. Plusieurs questions défilent, assez intéressantes, auxquelles Angela Davis répond en anglais, avec ce charisme et cette malice qui font décidément sa personnalité.

Mais il manque quelques chose, on reste sur notre faim. C'est à ce moment qu'une chercheuse en sciences politiques prend le micro et pose cette question (en substance et de mémoire, comme le seront les autres interventions retranscrites dans ce texte): "On parle beaucoup d'espace de libertés et de résistance, mais parlons du lieu où nous sommes en ce moment-même, de l'ULB. C'est le débat qui concerne les universités, de l'espace de liberté potentiel qu'on peut y trouver mais aussi des imbrications entre l'université et le système dominant. Exemple, ici, il y a quelques semaines, des étudiants et des militants ont chahuté la conférence d'une essayiste française. Ils ont ensuite directement été traités de tous les noms, on leur a dénié le caractère de militants de gauche et progressiste, et on a interprété leur action comme étant celle de musulmans intégristes, maghrébins, etc. Qu'en pensez-vous?"

Angela répond, d'abord de manière assez large sur les université. Puis, revenant sur l'épisode de la Burqa Pride, dit ceci : "Je ne connais pas tous les détails de ce qui s'est passé." Puis elle esquisse un sourire malicieux : "Mais j'en ai entendu parler ici et là". Et de continuer : "Ce que je peux dire c'est que, dans mon campus en Californie, quand un officiel du gouvernement israélien était venu s'exprimer, les étudiants qui l'ont chahuté ont tous été arrêtés. Or, ça ne se passait pas de cette manière pour les autres chahuts, il n'y avait pas d'arrestations policières. D'autre part, je me souviens d'une action de protestation où une militante noire a été arrêtée. Il est certes évident qu'elle a été arrêté parce que protestataire, mais il est tout aussi évident que c'était parce qu'elle était Noire. Enfin, je voudrais dire que, dans les universités, on ne devrait pas s'étonner que les étudiants protestent. C'est même ce qu'on leur demandent, de protester! Les aînés ne se rappellent-ils pas leur jeunesse militante? On devrait demander aux étudiants de protester et résister, pas s'en étonner".

Au moment où la chercheuse avait posé sa question, quelques professeurs et autres étudiants avaient bruyamment protesté. Certains professeurs ont même lancé quelques phrases désapprobatrices. Et pendant la réponse d'Angela Davis, leurs mines se décomposaient. Je ne citerai pas de nom (parmi ces profs que je ne citerai pas, il y avait Anne Morelli, historienne, et Serge Jaumain, vice-recteur de l'ULB).

Mais les mines n'allaient pas s'arrêter de se décomposer. Question suivante, préparée par deux étudiants : "Nous sommes des étudiants engagés pour la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). A ce titre, on revendique le boycott académique, c'est-à-dire le boycott des institutions universitaires israéliennes, en tant que complices de l'occupation. Or, l'ULB collabore avec certaines de ces universités, sur des questions de technologie militaire, etc. Que pensez-vous du boycott académique, et pouvons-nous compter sur votre soutien pour la mise sur pied d'un cercle BDS à l'ULB, dans la mesure où les autorités de l'ULB refusent la création d'un tel cercle ?"

Angela répond sans ambages qu'elle connaît BDS et soutient. Puis elle aborde la question du soutien à l'initiative d'un cercle BDS-ULB : "Sur ce point, c'est votre université, c'est à vous de décider!" Puis elle réfléchit avec ce sourire décidément facétieux : "Mais, maintenant que j'y pense, je suis docteure honoris causa de cette université, je suis donc également concernée, alors oui, je suis pour". Sourire éclatant, étudiants réjouis.

Les mines vont-elles s'arrêter de se renfrogner ? Pas de si tôt. Les choses commencent à être délicieuses. Et ce d'autant plus que, avant même que Angela Davis entre dans la salle, se tenait un débat entre quelques étudiants, débat auquel j'avais pris part, sur la question du fameux foulard. Un militant prétendument de gauche, et bien en vue, à l'ULB assis devant moi soutenait, avec arrogance et aplomb, que les filles portant un foulard sont aliénées, que la religion les rendent bêtement soumises, et qu'en tant que marxiste il se devait de lutter pour leur libération en soutenant une législation prohibitionniste. Je lui ai rétorqué que c'était un bien étrange raisonnement pour un "féministe", et que certaines des plus respectables féministes soutenaient l'avis contraire. Il me demande d'en citer. Je lui parle de Christine Delphy (il fait la moue) ; puis Judith Butler (il ne me croit pas) ; puis, mieux, Angela Davis, qu'il s'apprête à écouter. Il bondit sur son siège, me disant que ce n'était pas possible, et que si elle soutient le droit pour les femmes de porter le foulard, c'est qu'elle "était tombée bien bas".

Or, la question suivante est posée par l'étudiante qui débattait contre ce soi-disant gauchiste du dimanche, et dit ceci dans les grandes lignes : "Que penser de ce féminisme qui prétend libérer les femmes soumises par d'autres cultures et religions ?"

Angela Davis regarde quelques secondes... Puis elle affirma avec force : "Vous savez, je n'ai même pas envie de débattre avec ce genre de féministes. Ce féminisme est le féminisme qui a mauvaise presse depuis longtemps déjà, ce féminisme universaliste qui prétend libérer les femmes empêtrées dans leur culture et imposer des normes. Vous savez, ce féminisme, est un féminisme utilisée par les franges les plus réactionnaires". Angela Davis regarde à nouveau la salle, et déclare, scande presque : "C'est un féminisme de droite"!

Applaudissement nourris sont de mises après chacune de ces interventions. Et à chaque fois, quelques mines déconfites font plaisir à voir. Au bout d'un moment, ces mines sont si pathétiques, si drôles à voir, que je ne tiens plus et profite d'un moment de silence pour crier : "ANGELA, I LOVE YOU !". La salle applaudit, semble rejoindre ce sentiment, et Angela Davis rit aux éclats.

L'ULB a voulu quelque peu se redorer le blason, un blason terni après la vague réactionnaire qui la frappe depuis quelques années. C'était sans compter qu'Angela Davis n'a rien perdu de son mordant.

Bref, j'ai dit à Angela Davis que je l'aimais.

Photo - dr   Texte - Abdellah Boudami (facebook)

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Published by Abdellah Boudami dr www.legrigriinternational.com - dans Politique
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commentaires

thorgal 21/07/2014 09:33

Texte de fans de...

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