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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 00:36

7 jours loin du monde - Reijasse - épisode 6 - 6 jouin 201

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.
Lundi. Mathieu, un ami volubile à l'humour souvent très fréquentable, que je croise dans les couloirs des télévisions privées trois fois par an depuis qu'on ne travaille plus pour la même boîte de disques, Mathieu, que j'ai connu décoloré blond, moustachu narquois, skateur casse-cou, batteur foutraque et orléanais, Mathieu, croisement presque psychédélique de Bagou des Goonies et Timsit dans le film La Crise, pour ceux qui voient de quoi je parle, une voix erraillée et primesautière, Mathieu, attaché de presse ouvert 24h/24, tatoué de partout même là où il ne faudrait pas, le débit mitraillette, l'argument jamais en rupture de stock, Mathieu donc me convie à une valse infernale, à un cauchemar du genre INDÉLÉBILE. Alors que nous attendons de questionner le groupe Cat's Eyes (c'est Mathieu qui se charge de leur promotion), duo anglo-canadien super valable, comme si Nick Cave s'était entiché des Ronettes, blablabla, Mathieu tapote sur son ordinateur l'adresse d'un lien mystérieux. “Jérôme, viens voir, Tu vas devenir fou. C'est le pire truc jamais enregistré...” Je dirige mon regard sur l'écran de son ordinateur portable. J'aurais pu dire son laptop mais je ne suis ni un connard de jeune, ni une pétasse d'Américain. Là, effectivement, une vision d'horreur, la blague la plus vertigineuse de l'histoire de la musique, peut-être la preuve que le ridicule finira par tuer, un jour... Christophe Hondelatte qui chante le blues, sans chaîne au pied ni delta en fond, le visage déchiré d'ignobles grimaces, entouré, je devrais écrire encerclé, de musiciens-croque-morts de Tourcoing. Il murmure, l'air pervers comme il faut, un refrain terrible “Docteur House, Docteur House, c'est pas Mickey Mouse”... Blues, soul, rythm&blues, tout y passe et rien ne reste. À part ce refrain absurde, mantra maléfique ! Une infâmie. Faîtes sortir l'accusé. Et vite !
Mardi. Envie de mourir. Je fonce au Franprix acheter dix kilos de concombres espagnols. Je les dévore, avec la peau, sans sel ni rien. Et puis j'attends. Ni diahrée ni sang. Encore raté ! Olé !
Mercredi. Je rencontre en studio Orelsan. Il peaufine son nouvel album, sortie prévue en septembre. Ses cheveux ont poussé. Sa prose a gagné en assurance. “ Si j'écoutais toutes les juments, je ferais du rap équestre”. Il raconte la jeunesse de 2011, celle qui s'ennuie, qui multiplie les errances parce qu'elle a senti que le beau, le sublime, c'était pour ceux d'avant. On navigue entre des ambiances à la Blade Runner et Apatow, des histoires d'un quotidien rongé par  une clairvoyance qui n'apaise rien, on croise une Chinoise du bitume qui aurait pu vendre des allumettes au coin d'une rue, un autre siècle. Les rires, les larmes, tout se mêle, sans jurer. Jamais. On se dit qu'après le faux scandale lancé par des féministes avides de chasses à l'homme (libre) et des journalistes complètement à côté de la plaque, Orelsan a plus que rebondi. Il rayonne tranquille. Il leur met, à tous, les effrayés de la fiction, les poètes du pénal, une quenelle taille grosse Bertha. Il a même osé une complainte bien salope, sorte de slow. Je lui dis, ironique : “C'est ton Heal The World. Il sourit. Cet album en est un. Il faudra l'écouter.
Vendredi. Dans un très bon restaurant irakien pas loin de Beaubourg, je fête deux anniversaires. Un gentil mec aux sandales de cuir absolument repoussantes, geek cinéphile, me dévisage, moqueur. “Mais enfin, SOS Fantômes, c'est nul ! Tu devrais plutôt voir Les Rapaces, de von Stroheim.” Moi : “Je n'aime pas les films muets. Tous les acteurs sont morts et ça me rend triste...” Lui : “Tu adores Guitry et pourtant, tous ceux qui ont joué dans ses films sont morts, eux aussi.” Moi : Silence. Mais dans ma tête : “Pauvre connard. Guitry, c'est un pharaon, un baobab, une éternité...” Je pars vexé et soulagé. Je préfère ma vie à la sienne, que je devine encore plus monotone et Vélibienne...
Samedi. Mais d'où me vient aujourd'hui cette sensation de vide intersidéral ? Peut-être cette chaleur qui m'oblige à arpenter les pièces de mon appartement uniquement vêtu d'un short... Yéti sans montagne, corps abandonné à un soleil vengeur. Non. Je sais ! Pas de football. Plus de football. Attendre maintenant juillet et la Copa America sur Canal +. Le mois de juin est une salope.
Dimanche. Je caresse le ventre de Caroline. Je l'embrasse. Les amis perdus, les cancers et les joueurs du PSG n'existent presque plus. Entracte.

Texte & Photo - Jérôme Reijasse

 

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Published by Jérôme Reijasse Grégory Protche www.legrigriinternational.com - dans Jérôme Reijasse 7 jours loin du monde
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