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Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

7 jours loin du monde - épisode 1 - Jérôme Reijasse

Publié le 2 Juillet 2013 par Jérôme Reijasse www.legrigriinternational.com in Jérôme Reijasse 7 jours loin du monde

Reijasse 1 2 mai 2011

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

Hier samedi, je suis revenu au Parc. PSG défiait Valenciennes. Avec Karim, on ne voulait plus aller dans ce bar proche de Gare de Lyon où l'on avait pris l'habitude de visionner les matchs parisiens les soirs d'exclusivité Orange. Trop glauque. Le Parc donc... Mon église, à 32 euros l'entrée. Malgré la victoire 3-1, que du blues, du vertige de mort. Des milliers de gogols sans âme, des animations à faire rougir une kermesse de province, le sacré s'est définitivement fait la malle. Le divertissement a gagné. J'ai perdu. Dans le métro qui me ramène dans mon bunker, je suis vidé. Mon passé en est bien un désormais. Le Parc est à eux, aux autres. Pour toujours. J'ouvre un Parisien oublié sur une banquette. Laurent Blanc serait raciste. En tout cas, c'est Plenel qui le dit. Et si on rappelait Domenech ? J'abandonne la réalité. Je me saisis de La Défense, l'autobiographie d'Arletty achetée pour rien en début de semaine (éditions Ramsay Poche Cinéma). Arletty? Oui, l'actrice, la comédienne, celle qui avait offert son cul et son coeur à un officier allemand. Elle écrit comme elle parle. Parisienne, de tous les faubourgs, femme droite et au parcours tortueux. Aujourd'hui, il n'y a plus que des vagins sur pellicules. Arletty, elle, promettait beaucoup mais ne se bradait pas. “Un vrai bonhomme” aurait pu dire Gabin. Quand elle raconte le jour où son père est mort, écrasé par un tramway, c'est juste sublime: “De sa main déchirée, il caresse mon front, et, dans un ultime sourire: “Je suis foutu, mon petit gars.” Transporté à Beaujon, il meurt en arrivant. Je blindai mon coeur.”
Je vais revoir cette nuit Désiré du grand Sacha. La moindre des choses. Sur Canal, mercredi, je mate un documentaire sur un groupe de heavy metal, Anvil. La presse en avait fait des tonnes à la sortie en salles, l'année dernière. On avait fait des comparaisons moisies, “le nouveau Spinal Tap”, les mêmes conneries bâclées, toujours. Dieu que les journalistes sont paresseux et incultes... L'histoire de deux potes d'enfance canadiens qui décident dans les années 70 de faire du hard rock. Deux mecs pas franchement intelligents, juste habités par une foi inébranlable. On les retrouve aujourd'hui, paumés, endettés, anonymes. Toujours sur la route, entre deux emplois minables. C'est beau, touchant, drôle aussi. Ça parle de la mort, de la vie qui file, d'engagement gratuit. Des héros. Dans une époque de rien, qui aime filmer les perdants, comme pour mieux se faire pardonner sa propre saloperie. À la fin, Anvil parvient à financer son nouvel album. La soeur riche du chanteur qui accepte de verser les 13 000 dollars nécessaires. Là aussi pour rien. Le disque est en boîte. Les labels n'en veulent pas. Les médias non plus. Les deux amis s'insultent, se menacent, se frictionnent. Trop de pression, de tristesse, de frustration, de certitude du gouffre. Avant de s'enlacer et de repartir, plus motivés que jamais. Classe à chialer ! Dimanche, le peuple défile en bas de chez moi. Troupes clairsemées, banderoles molles, CRS avec lunettes de soleil et sourires pas crispés. 1er mai. Dernier sursaut.

Texte & Photo - Jérôme Reijasse

Initialement mis en ligne en juillet 2011.
Bonus : le recueil des chroniques de Jérôme Reijasse, 7 Jours loin du monde
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