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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 17:04

Reijasse 7 jours 31 11 01 2012 

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Rédacteur en chef d'une émission culturelle quotidienne. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

On nous parle de fin des temps, de Mayas Mystiques Visionnaires.
Connerie. Et bonne année !
Le monde a crevé il y a bien longtemps.
Il tressaille encore un peu, ici ou là, quand il se rappelle qu’il a, un jour, existé.
Mais ce ne sont que des réflexes électriques, des sursauts gazeux, des souvenirs secoués, qui expulsent une dernière larme avant d’accepter les Ténèbres.
Une preuve ?
Free qui lance aujourd’hui son forfait téléphonique à moins de 20 euros. Et même un autre, spécial pauvres, à 2 euros (comprenant je crois une heure d’appel et 60 sms) ! Comprendre : Tous les opérateurs nous sodomisent depuis toutes ces années. Ils baisent nos cadavres de Terriens, étouffés par autant de cynisme et de profit malade. Que nous sommes bêtes, soumis, détestables !
Pas convaincus ?
Les nouveaux propriétaires du PSG n’y pensent même plus, ils avancent carrément sur le dossier. Ils veulent que le prochain PSG-om se joue au Stade de France. Le Parisien en a fait sa couverture, sans mentionner les supporters, tristesse... Là, on touche à quelque chose de sacré. On profane une tombe, on se moque des Dieux de l’Ancien Temps, on joue avec le feu. PSG-om au SDF ? Faut-il être sale pour avoir de telles idées ? Le peuple, celui récemment abonné, l’autre qui se moque de tout, celui, enfin, le mien, qui sait que le symbole reste le dernier combat : Qui va suivre, qui va aller à l’abattoir, en chantant, en se marrant, la passion et l’appartenance en berne ? Je hais évidemment nos nouveaux propriétaires, je hais avec encore plus de vivacité et de certitude Leonardo, qui n’est pas un mercenaire mais bel et bien un envoyé de Satan. Je déteste surtout les abonnés ou sympathisants qui vont adhérer au projet. Et quel projet ! Abandonner leur foyer, leur pays, leur foi pour aller communier dans le temple de la fin des espérances, dans ce stade mou, bâtard, anti-football et pro-rentabilité. Aller simple. Cimetière. Fin. Peut-être pas. Il y a pire. On parle de détruire le Parc pour construire au même endroit d’autres tribunes. Ils veulent casser notre église, les infidèles ! Je ne peux y croire. Je ne peux y croire. Hier, à la télé, un con de l’Équipe dit : “Regardez Arsenal avec Highbury ! Ca dérange qui aujourd’hui ?” Tous les vrais passionnés, connard ! Mais l’époque n’est pas aux cœurs qui vibrent. Non. Tristesse encore. Toujours. Et merde.
Oui, le monde est bien mort parce que sinon, je respirerais encore, non ?
Ah, Jérôme Reijasse et son romantisme rance, son désespoir oxygène, son incapacité à accepter l’évidence !!! Toujours le premier à refuser en bloc, jamais le dernier pour tirer sur la modernité !
Suis-je le seul à voir que tout est crevé ? À voir que notre vie n’est qu’un décor pour un film qu’il n’aurait jamais fallu tourner ?
Nous évoluons dans une sorte d’immense Theresienstadt, figurants d’une mascarade morbide. Nous savons que nous nous faisons du mal et nous célébrons encore nos bourreaux, nous sommes nos propres bourreaux. Aujourd’hui, un SS serait obsolète. Un Hun au chômage, un mec de la Stasi recyclé en vendeur de téléphonie mobile. Besoin de personne d’autre à l’heure du grand vide. Aujourd’hui, on tweete son appétit de gouffre, on fessebouc son existence riquiqui, on textoïse sa connerie. On affiche sa culpabilité. Pire, on la revendique, on la fait circuler, on l’incarne. On ne mérite pas mieux.
Il n’y a plus de victimes. Le gamin en Chine qui fabrique mes Nike, le Syrien qui lèche les chenilles d’un tank, l’ingénieur bourguignon qui explose à Karachi, la connasse qui chiale en terminant son Gavalda, le blaireau qui applaudit Pastore, quoiqu’il fasse. Tous responsables, tous morts je vous dis. On danse, zombies à la chorégraphie jamais enivrante, on célèbre quelque chose que l’on devrait pleurer. Haïr. Combattre ?
Pfff. À quoi bon ? J’ai perdu. Et qui a gagné ? Qui ?
Bien sûr, le tableau est noir, comme d’habitude chez moi. Je n’aime pas relativiser. Mais quelques étincelles offrent parfois un certain répit. En tout cas une évasion, minutée, vite essoufflée mais indispensable. Je lis, privilégié que je suis, le prochain Patrick Besson, Au Point, recueil des chroniques de l’écrivain français dans l’hebdomadaire du même nom (sortie le 18 janvier, chez Fayard). Et c’est bien, c’est drôle, c’est écrit, c’est mille pages de délicatesse mordante au cœur de la fange. Je joue aux gorilles avec mon fils, qui rit sans plus s’arrêter avant de me regarder gratuitement, intensément, éternellement. Je sers contre moi ma femme qui, après une année de souffrance, sans jamais se plaindre, recommence à vivre. Je partage quelques phrases silencieuses avec mes derniers amis. Et après ?
Je vais quitter dans dix jours mon boulot. Enfin ! Je vais perdre pour toujours le Club et le Parc de mon cœur. Je vais vieillir au milieu d’un monde que plus jamais je ne pourrai défendre. Je veux rire encore aux bêtises lumineuses de l’immense Will Ferrell… Je veux croire encore en mon âme.

Photo & Texte - Jérôme Reijasse

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Published by Jérôme Reijasse www.legrigriinternational.com - dans Jérôme Reijasse 7 jours loin du monde
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