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Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

7 jours loin du monde - #25 - Jérôme Reijasse (Kadhafi, Louis de Funès, Chris Rock, Arnaud, Pierre, Mayel et Guitry dans le métro)

Publié le 5 Novembre 2011 par Jérôme Reijasse www.legrigriinternational.com in Jérôme Reijasse 7 jours loin du monde

Reijasse # 25  

Jérôme Reijasse n'a peut-être même pas 40 ans. Supporter du PSG, donc homme déçu. Écrivain (Parc). Journaliste chez Rock'n Folk. Traducteur pour les rockeurs à la télé. Lyrique. Exalté. Capable de trouver des raisons de vivre valables dans un groupe ou un artiste encore incontrôlé. Proposera chaque lundi (même si des fois ça tombe le mardi ou le mercredi) désormais ses 7 Jours loin du monde aux lecteurs du Gri-Gri.

Il suffit d’apercevoir à la télévision à une heure de très grande écoute ces images magnifiques de Kadhafi lynché, piétiné, humilié, ensanglanté, pour être convaincu des bienfaits de la démocratie. Ce corps brutalisé, déjà presque disloqué, là, alors que je donne le biberon à mon fils, c’est beau, non ? Voir mourir presque en direct un méchant dictateur… Après les infâmes Ceaucescu, le tyrannique Saddam, le terroriste Ben Laden, la France poursuit l’art du ménage démocratique.
Et le peuple respire, se sent soulagé.
Un peu comme ces salopes de prostituées en 1944 battues, tondues devant des badauds hystériques, déchaînés, jouissant sans entrave d’une liberté retrouvée et méritée. Lol, comme aurait pu dire, au hasard, Gengis Khan.
Humanité putride. Qui n’aime que quand ce sont les autres qui trinquent.
Il y a aussi cette fillette chinoise écrasée par divers véhicules alors que les passants défilent, sans se retourner. Aucune télé ne s’est interdit de diffuser ces images. Aucune. Jouir derrière les larmes. Les médias sont haïssables. Coupables. Sales.
Si la France avait du cran, elle assumerait sa force. Mais non, elle préfère passer par derrière, déployer le drapeau des droits de l’homme avant, en compagnie de ses alliés-complices, de bombarder le futur (les enfants, irakiens, afghans, lybiens, je continue ?). La farce a comme un goût de merde.
Nous sommes fin octobre. Le travail m’aspire, me dévore.
Plus le temps. Ni de lire, ni d'écrire, ni de respirer. Je ne suis pas fait pour cette vie. Je veux m’envoler. Ne plus collaborer à rien. N’être qu’une ombre. Même le jour.
Alors, dans le métro, quand mon corps trop lourd pour encore y croire se pose sur cette banquette moisie, couverte de milliers de germes et d’autant de souvenirs muets, je parle à Sacha Guitry. Je lui raconte l’homme que je ne suis plus, celui que je voudrais (re)devenir. Il m’écoute, me sourit. Ensuite, il pose sa main de géant sur mon épaule soumise, je ferme les yeux. Je ne me sens pas forcément mieux. Mais je peux avancer encore un peu. Il le faut. Je le dois ?
Heureusement, je souffre en bonne compagnie. En face de moi, au bureau, il y a Arnaud, qui cravache comme un damné. C’est un Toulousain aux racines catalanes. Fier, discret. Trop peut-être. Quand on le malmène, il préfère ne rien dire. Baisser la tête et repartir trimer. Presque comme si de rien n’était. Mais je sais qu’au fond, son sang bouillonne, qu’un jour, il préférera aux mots de fuite le coup définitif. La brutalité salvatrice. Droit, fidèle, dur à la tâche, Arnaud. Cette époque ne le sait pas mais elle est encore traversée par quelques individus qui préfèrent, aux discours au miel rance, les actes gratuits. Si demain je chute, j’aurais au moins croisé sa route. Déjà pas si mal. Il y a aussi Mayel, qui écrit des petits moments d’absurdité communicative pour l’émission. Il sautille, rebondit, élastique à la générosité pas bradée. Mayel, c’est un peu la rencontre de Louis de Funès et de Chris Rock, un diamant brut, jeune, qui ne veut pas cramer ses ailes en se goinfrant à la table de la facilité et de la vulgarité. Quand je le vois apostropher les invités sur le plateau, je ne peux m’empêcher de me dire qu'il dégage une poésie d’équilibriste, les mots parfois s’entrechoquent, des personnages aux noms improbables traversent ses petites histoires aux couleurs jamais criardes. Mayel ira loin. Je le suivrai, en retrait, me réjouissant de ses victoires. Il y a Pierre enfin : grand, blond, le sourire qui indique que sa gentillesse ne doit rien au hasard. Pierre qui supporte le PSG, Pierre qui travaille dans son propre silence qu'il a édifié sans rien demander à personne. Pierre qui ne se damnerait pas pour un billet en plus.
Il y a donc des hommes encore valables. Si.

Photo & Texte - Jérôme Reijasse
PS : et si on écoutait le duo MAGNETIX ? Nouvel album, Drogue Électrique disponible chez Born Bad Records. Une balle.