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Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

En plus du PSG, Jérôme Reijasse adorait John Hugues

Publié le 14 Août 2009 par Gri-Gri International in Arts & culture

John Hugues vient de crever. Le coeur qui a lâché. John Hugues. 

John qui ? Les journalistes, juste remis de la tragédie Bambi, ont à peine honoré la mémoire du réalisateur américain. Vite fait, on a évoqué ses deux plus gros succès en salles, le marrant Maman J'ai Raté l'Avion et le lourdingue Beethoven. Voilà, la messe était dite, le cercueil recouvert de terre, les esprits déjà en quête d'un nouveau cadavre, plus lumineux, plus rentable.

Pourtant, John Hugues avait, au choix, écrit, produit et (ou) réalisé plusieurs pépites destinées aux adolescents durant les années 80. John Hugues avait su capturer le malaise teenage, sans jamais s'embourber dans une morale de papa aigri, sans non plus se prendre pour un éternel boutonneux. Zéro démagogie du quarantenaire qui joue les cool histoire de se taper une petite jeune. Son truc : réduire le temps et l'espace pour mieux raconter les voix qui muent, les coeurs qui s'emballent, les croisements impossibles (une prolo tombe amoureuse d'un richard, un geek brise le cercle de la peur...). Sans star ni blue screen, toujours en musique (Psychedelic Furs, New Order, The Smiths, Simple Minds...), John Hugues, depuis une banlieue blanche endormie et à peine fictive, célébrait l'insouciance reine et tous les possibles. Avant le grand saut. Et la mort.

Capable de transformer l'eau de rose en huis clos palpitant, le quotidien en délire quasi psychédélique, il faisait beaucoup avec très peu. Il découvrait des nouveaux talents (Molly Ringwald, Matthew Broderick, Anthony Michael Hall, Jon Cryer, Andrew McCarthy...), qui rarement confirmaient par la suite (pas grave), il se moquait (pas aussi gentiment que ça) d'une Amérique alors bouffée par l'appât du gain (en pleine zone Yuppies, il fallait oser privilégier, à la rentabilité, les sentiments!!!), et inventait, sans même le savoir, un genre, "la teensploitation", ou quand le 7ème art regardait ses enfants comme des Humains à part entière plus que comme de simples moutons juste bons à tondre.

John Hugues est mort. 

Comment alors (parce qu'on peut attendre longtemps une soirée spéciale de ce côté-ci de l'Atlantique) lui rendre un hommage digne de ce nom ? En s'enfermant à double tour et en regardant, la nuit, sa trilogie romantique, où la quête d'un baiser l'emporte sur tout le reste et où le temps accepte de stopper sa course maudite. 4 ever.

1: Breakfast Club
2: Pretty In Pink (Rose Bonbon)
3: Sixteen Candles (16 Bougies pour Sam)

Ensuite, s'allumer une cigarette, souffler, fermer les yeux. Attendre que la magie soit retombée. Et puis, enchaîner avec La Folle Journée de Ferris Bueller et Une Créature de Rêve. Ses deux comédies déjantées, où sécher le cours devient une quête initiatique totale et où deux puceaux deviennent les rois du monde.
R.I.P John.
R.I.P douce et lointaine jeunesse.


Texte - Jérôme Reijasse