Juin 2006. Le ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy, expose son projet au sujet de « l’immigration choisie ». Les réactions sont nombreuses en
France et en Afrique. Triste constat : 50 ans d’indépendance… et quand un ministre français propose une loi, les Africains réagissent comme s’ils étaient encore français ! L’historien
sénégalais Sérigne Seck, depuis Washington, nous avait proposé une tribune demeurée douloureuse dans bien des mémoires.
« La liberté rend libre, la servilité rend servile. » (Ahmed Sékou Touré)
Ah ! Depuis le temps que j’attendais qu’un événement nous révèle enfin le Malien ! Des Maliens qui descendent dans les rues de Bamako pour protester contre une décision prise par un
ministre français en vue de réformer la politique d’immigration en France, c’est quelque chose. J’ai attendu et espéré lire dans la presse française une dépêche qui aurait fini de nous expliquer
l’anarchie malienne, mais cette presse, tantôt cynique, tantôt paternaliste, qui a une vision si exotique de l’Ouest africain qu’elle y excuse la bêtise la plus criarde, s’est défaussée !
Alors je me dévoue !
L’Afrique de l’ouest colonisée depuis les indépendances, dirigée par des gouverneurs africanisés depuis la Loi cadre de 1956, nous révèle à travers le drame malien cinquante années de
vanité nègre. Ils sont là, ceux qui pensaient l’indépendance se réclame et s’obtient, ceux qui croyaient aux bienfaits des référendums gaullistes et à la majesté de la France. La liberté a un
prix, la fausse liberté coûte encore plus cher. Les Maliens pensent avoir leur mot à dire quand à la décision d’un ministre français qui mettrait en péril l’économie malienne… les Maliens savent
donc ce qu’il faut penser du Mali ! Ils hibernaient. Ils viennent de se réveiller à la dure réalité que leur inflige leur absence d’existence : le Mali est une imposture. Le nom d’une
Fédération qui ne s’est pas faite, un « pays » où s’utilise encore une monnaie, CFA, qui signifiait « Colonies françaises d’Afrique », et, enfin, le Mali, c’est
un passeport qui vous ferme toutes les portes.
Dans l’euphorie folklorique des phallocraties africaines, l’homme, surpris par des indépendances imposées par la France, pensait la nation comme on pense l’administration d’un canton.
Gouvernements fantoches qui avaient avec la République française des rapports de jeunes filles entretenues et retour à la case départ ; c’est à dire à la fameuse « Tradition »,
sublimée, avec Dieu pour nous justifier dans chacune de nos pratiques culturelles.
Or, la culture ne se régénère que lorsqu’elle a formulé les éléments de son propre dépassement. Elle doit être négociable, elle ne peut pas incarner un absolu. Elle ne peut en aucun cas
être réduite à des fixations obsessionnelles, dans lesquelles le « blanc » représente une contre-référence qui déterminerait « la personnalité africaine ». Être malien ne
peut pas se résumer à tout mettre en œuvre pour ne pas ressembler à un « Français » mythifié, que, par ailleurs, l’imaginaire populaire en AOF a su magnifier jusqu’à l’infernale
importance.
L’avenir, c’est le réveil aux réalités du monde, c’est l’éducation des hommes, qui passe nécessairement par celle des femmes. Tenez-le de quelqu’un dont la mère a sauvé la vie. On me lira au Mali
avec le dédain qu’ona pour une âme perdue, blanchie à la chaux occidentale, un Toubab. On dira : « Il ne comprend pas ce que c’est de vivre ici ! » Je doute fort que
vous le compreniez vous-mêmes. C’est de l’étranger que l’on voit le mieux et de là où je vous observe, vous n’avez même plus à craindre un regard qui vous juge.
SS
PS : ce texte est paru initialement dans le numéro 53 du Gri-Gri International, en
date du 15 juin 2006.
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