Chaque année : Roland Garros. Et tous ces industrio-banquiers qui vont divertir leurs clients le temps d’une après-midi ensoleillée (alternative à la boîte à putes des
années fastes et au Pink Paradise des années frustration). Remarquez, le seul truc qu’il y a de bien avec le tennis, c’est que la connotation bourgeoise est marquée,
historique et assumée. Contrairement au foot, pris en tenaille entre fanatiques de milieu populaire et occupants millionnaires des loges de la Premiere League.
Pour le rugby aussi c’est compliqué : en plus d’être incompréhensible, il reste populaire dans le Sud-Ouest mais fait de plus en plus concurrence au foot pour les rendez-vous d’affaires en
raison de son côté « bon enfant ».
Le tennis est un sport irrationnel : son terrain est conçu pour deux joueurs, là où 10 personnes peuvent jouer au football. Qui peut se payer des cours de tennis pour perfectionner son revers ? Il est à mon sens 20 fois plus difficile de réussir dans le football que dans le tennis, son coût de pratique représentant une barrière à l’entrée. Ce qui explique la pauvreté de ses champions : le tennis a-t-il connu ne serait-ce qu’un semblant de Maradona, Muhammad Ali ou même Cantona ? Sampras, Agassi et Boris Becker : transparents. Noah et Michael Chang : des curiosités car pas assez bons. Les sœurs Williams : des jumelles. Mcenroe : j’ai pas connu. Ce qui fait un grand champion ou un artiste marquant : autant sa capacité à manipuler les foules que la maîtrise de son art. C’est pour cela que Muhammad Ali est le plus grand athlète de tous les temps. Je ne vois pas de grands champions marquants dans le tennis. Enfin, le fait que le meilleur mondial de tennis soit suisse ne peut que décrédibiliser ce sport.
Le tennis n’est qu’une boxe implicite : un sport de face à face où les coups ne sont pas directs. Il plaît à notre société parce qu’elle refuse de voir en face la dureté des rapports humains quotidiens (chose que fait bien la boxe). Elle admet le principe de ticket d’entrée et la non ascension sociale. On est pas supporter d’un joueur de tennis mais du beau jeu : autrement dit de la non ferveur. On ne peut que se satisfaire du spectacle offert et pas vraiment crier au scandale contre l’arbitre. Cela enlève 80% de l’intérêt du sport professionnel, celui qui entraîne irrationalité et folie chez les fanatiques.
Richard Gasquet aurait pu devenir un vrai champion marquant de son époque. Il aurait pu dire que le tennis est secondaire : qu’il préfère Miami et ses blondes, les soirées arrosées, la house. Mieux, qu’il n’aime pas vraiment le tennis, que ce sont ses parents qui l’ont poussé à en faire. Parce que c’est le sport où, si l’on est un peu doué et travailleur, on a le plus de chances de réussir à gagner d’importantes sommes. Au football : les chances d’atteindre l’élite sont trop infimes. Les salaires dans le cyclisme sont ridicules par rapport aux sacrifices consentis alors qu’ils sont inexistants dans l’athlétisme. Gasquet aurait pu représenter les riches moyens en tout : il joue moyennement par rapport à la concurrence, il porte un nom « presque à particule », va dans des soirées MP3, se droguerait... Un peu comme n’importe quel étudiant de grande école de D2 (et donc privée). Au lieu de devenir un symbole, Gasquet a préféré s’accrocher à sa chance de reprendre un jour sa carrière de moyen ou de jeune trop doué trop tôt.
EI
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