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Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

Ben Mohamed, ce n'est pas français... Et alors, Sarkozy non plus ! (2)

Publié le 3 Juin 2009 par Gri-Gri International

Dounia Ben Mohamed est journaliste, a un passeport français et se déplace depuis quelques mois en Afrique francophone, d'un pays l'autre...

Frontière ivoirienne, changement d’ambiance. Du kaki on passe au bleu nuit. De la nonchalance et l’humour ghanéens, on tombe dans la froideur et la rigidité des militaires ivoiriens. 

- Votre visa ?
- J’ai un visa de l’Entente.
- Il n’est plus valable.
- Depuis hier seulement, mais vous voyez j’ai attrapé le palu, je ne pouvais pas voyager… 

Un des hommes qui a fait le voyage avec moi tente de m’aider. Son oncle travaille là. « Elle est Française ? Elle ne passe pas ». Je commence à serrer les dents mais ne pipe pas mot. Il se rend chez une autre connaissance, le commissaire, autorité supérieur au poste frontière. Il lui explique. Il accepte. Une fois passée la porte, le commissaire regarde l’homme et lui lance : « Mais elle est Française ? Elle ne passe pas. » Impossible d’en placer une.

- Quand les Ivoiriens arrivent en France, sans visa, ils ne passent pas. 
-
Je sais bien monsieur, mais ce n’est pas moi qui fait les lois.

Le mot de trop, il s’emporte. « Pfff… Française ! » Qui ? Moi ? Cet Y-voit-rien n’a pas lu mon nom… « Ben Mohamed », plus arabe tu meurs non ??? « Pfff… Française ? » Moi, la beurette !!! Bien sûr on me confisque mon passeport pour éviter que je ne décide de passer la frontière clandestinement. Je tente d’apitoyer un officier.

- Je suis Africaine, moi, monsieur, mes parents ont émigré en France pour participer à la reconstruction du pays, je n’en demeure pas moins tunisienne d’origine. Ben Mohamed, ce n’est pas français...
- Et alors, Sarkozy non plus. Pourtant c’est le président de votre République de France. 

J’abandonne. Je suis contrainte de passer la nuit à la frontière avant d’être réexpédié à Accra. L’ambassade ferme à 15h. J’arrive tout juste. On me laisse entrer. La réceptionniste déjeune. « C’est fermé. » « Mais il est juste 15h ». Je lui explique, le palu, le visa périmé, les 600 km… « Revenez demain à 9h. » J’y serais mais je ne l’obtiendrais pas avant 15h. Et encore, dernière gentillesse pour la route, elle refuse de me laisser attendre dans la salle d’accueil. Il fait près de 40° dehors mais elle m’invite à aller faire un tour. Je lui rappelle que je souffre du palu, un mal dont on meurt en Afrique tout de même. Pas de pitié pour les Français. « Il n’y a pas de place. » La salle est vide. « Il n’y a pas de place pour vous. » Maudit passeport rouge. La prochaine fois, je prends mon passeport tunisien. Entre les Ivoiriens et les Français, c’est le divorce. Pas du racisme anti-blanc mais un renvoie d’ascenseur. Ce n’est pas l’esclavage, ni même la colonisation, encore moins tous ces Ivoiriens expulsés, c’est Marcoussis, la gestion de la crise ivoirienne par l’Elysée, l’ingérence française.
Résultat, il m’aura fallu six jours pour obtenir un simple tampon, (il en a fallu autant aux Israéliens pour mettre les Arabes K-O pendant la guerre des six jours), j’aurais payé trois fois le prix du trajet, les bakchichs, et en prime je me serais faite traiter de « Française ». Depuis quand c’est une insulte ? Sale Noir, sale Arabe, sale Juif, on connaît mais sale Français… Les temps changent…

 

D.B.M 

NB : cet article fait suite à celui publié hier, sous le titre "En Afrique, pire que le paludisme... le passeport français !"