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Le Gri-Gri International           Satirique africain francophone

Né au Gabon en 2001

En Afrique, pire que le paludisme : le passeport français !

Publié le 2 Juin 2009 par Gri-Gri International

Dounia Ben Mohamed est journaliste, a un passeport français et se déplace depuis quelques mois en Afrique francophone, d'un pays l'autre...

Jamais je n’aurai imaginé que l’on puisse un jour me reprocher d’être « trop Française », voire Française tout court. En terre françafricaine qui plus est… J’explique. 
Journaliste sac à dos, je me promène en Afrique subsaharienne depuis plusieurs mois. Après un mois et demi au pays des « Béni-dans-le-noir », je pars pour Abidjan. Avec deux haltes, la première à Lomé, au Togo, puis à Accra, au Ghana. Rien de bien compliqué. Des véhicules de transport collectif, sorte de taxi brousse en plus classe, avec la clim et sans passager sur la toiture, peu onéreux, traversent les frontières de la sous-région quotidiennement. D’autant que je dispose d’un sésame, le visa de l’Entente qui me permet, dans un délai de deux mois, de séjourner dans l’ensemble des pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine, UEMOA (Burkina Faso, Togo, Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Niger, Sénégal, Mali). Le Ghana n’en fait pas partie mais le visa n’est qu’une simple formalité que l’on peut effectuer à la frontière. Laquelle se trouve à quelques minutes du centre ville de Lomé. Là je suis accueillie par de beaux jeunes militaires en tenue kaki.
« No visa, no problem if you have money. » Une phrase que j’entendrais à de nombreuses reprises au cours de mon séjour ghanéen. Si le Ghana est considéré comme l’un des meilleurs élèves en terme de « bonne gouvernance » par les instances internationales, la corruption n’en demeure pas moins largement généralisée, une vieille habitude héritée des années Jerry Rawlings. On me conduit dans le bureau de l’officier supérieur. Lequel m’explique qu’ils ne délivrent pas de visa à la frontière. Tous les Etats d’Afrique de l’Ouest le font mais le Ghana, là encore, ferait exception… J’insiste.

- It’s ok if you have monney. 
-
Ok, how much ?
-
600 000.

S’agirait-il des anciens cedis, monnaie ghanéenne qui se chiffre en million ? Non, ce sont des Francs CFA qu’il veut. Je n’ai jamais su compter, encore moins en anglais, je lui demande de m’écrire le chiffre noir sur blanc. Il confirme. Ça représente quand même près de 300 €. Je remercie l’officier et cours à l’ambassade ghanéenne de Lomé. Le visa ne vaut que 10 000 fr., pour 10 000 de plus je l’ai dans l’heure et pas dans les trois jours habituellement nécessaires à la délivrance du cachet. Direction Accra. Le changement de décor est étonnant. Après huit mois en Afrique, c’est dans l’une des capitales les plus modernes, les moins insalubre, les plus agréables, que j’attrape le Palu ! Une fièvre carabinée, les dents qui claquent, des douleurs musculaires qui donnent l’impression d’être passée sous un train… Impossible de me tenir debout encore moins de voyager malgré les cachets de Malarone que j’avale à la chaîne de quoi me donner de terribles crampes d’estomac. Je décide de décaler mon départ d’un jour. Mon visa de l’Entente expire le jour même mais je me dis que je pourrais le prolonger à la frontière.  Là encore, les Ghanéens m’inventent une histoire à dormir debout. Pas le temps de palabrer, il est 18H15 et le sas pour Abidjan ferme dans 15 minutes. Je sors un billet et je passe. J’entre en terre ivoirienne.


(la suite des aventures de Dounia en Afrique dès demain et ici même)

D.B.M