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  • : Le Quotidien du Gri-Gri International, premier satirique africain francophone animé par la rédaction
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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 06:01

Cher Gri-Gri,

Un jour, pour provoquer son auditoire – mais il le pensait certainement – un ami a dit que les belles femmes étaient toujours intelligentes. À ce moment-là, j’ai seulement pris cette phrase pour un double compliment… et puis j’ai oublié. Mais depuis quelque temps, cette phrase me revient à l’esprit régulièrement. J’y repense, elle me fait toujours sourire mais jusqu’à il y a quelques jours je ne savais pas pour quoi elle surgissait inopinément. J’ai trouvé… C’est un petit ouvrage qui a réveillé ce souvenir. J’ai tendance à penser que, plus qu’aux femmes, cette petite affirmation convient parfaitement aux textes : les textes bien écrits sont forcément justes. Je me suis dit que ça te plairait pas mal de lire un bouquin qui peut affirmer son propos avec à la fois autant de justesse et de mauvaise foi que tu es capable de le faire…

Il y a donc, ce texte paru aux éditions La Fabrique, L’Insurrection qui vient.
Un texte tellement indéfinissable que toute tentative revient à l’amputer immanquablement d’une partie de sa définition… Essayons quand même : le terme peut-être le plus proche serait celui de pamphlet. Mais alors un pamphlet dans la plus pure tradition : un texte écrit, généralement court, dont l’auteur est souvent inconnu, dont le ton est virulent, parfois violent, souvent satirique. Un texte, en tous cas, dont la force tient à la fois à la forme et au fond. Les deux étant inextricablement liés pour servir, plus qu’un propos, un sentiment.

Ici, c’est une colère sourde, ancienne, profondément ancrée, un dégoût profond pour un modèle de société, un modèle de vie, qu’il faudrait accepter tel quel, sans dire mot. C’est un bouillonnement de force vive qui refuse de se laisser éteindre. C’est la force du refus ultime.
Le propos est juste : il n’est ni naïf, ni résigné. Il est solide : argumenté et engagé. Et pourtant, il met mal à l’aise, parce que l’humour ne sied pas au portrait désolant de la société urbaine, salariée, assagie car policée, du XXIème siècle. La tristesse, la révolte, la colère  iraient mieux. Mais la colère est en filigrane, elle suinte sous la drôlerie acide d’une comparaison absurde mais signifiante. Elle explose dans le lyrisme d’une phrase rythmée avec soin, dont la cadence croît comme les voix qui, petit à petit, d’un murmure, prennent courage et parviennent à hurler. À la violence quotidienne, celle du gouvernement et de sa politique policière, raciste, à la violence sociale que la pauvreté et l’exigence de compétitivité ne peuvent qu’attiser, répond la lucidité crue d’un texte qui semble jaillir d’un cœur et d’un esprit intelligent, informé, réfléchi, mais en colère, en révolte, et qui croit à la légitimité de sa révolte. C’est une parole qui jugule sa colère par sa propre sérénité, par la conscience de sa parfaite légitimité.

On n’adhère pas au propos de L’Insurrection qui vient, on s’y reconnaît, dans le refus dont il est porteur, mais aussi bien dans ce qu’il fustige. On culpabilise et on acquiesce tout à la fois. On est dedans et dehors. Comme ses/son auteur. Il y a une instabilité inexorable de ce texte c’est celle de ce que la rhétorique appelait la preuve éthique :
« Qui est celui qui parle ? » Ce n’est qu’à partir de la réponse à cette question que l’on peut réussir à savoir quel crédit accorder au propos. Ici, la négation même d’un auteur – le « comité invisible » –, mais plus encore cette impression diffuse que ceux-ci (ou celui-ci) ne se prennent pas tout à fait au sérieux tout au long du texte, cette impression de la multiplicité des voix, de l’absence d’une conduite à tenir, définie, dogmatique qu’il faudrait nécessairement adopter à la fin de la lecture, empêche de lire ce texte comme un manuel de l’insurrection, comme un petit pense-bête-et-méchant de la révolution. Ce texte fait tomber les écailles des yeux ; il permet la réflexion, il offre de ne jamais prendre pour définitif et véridique les discours, même pas lui-même.

A.

L’Insurrection qui vient, "pamphlet" dû au Collectif Invisible, paru aux Editions La Fabrique, à Paris et en 2007.



P.S. : Le petit extrait du film de Garrel, assez connu, que je joins n'est vraiment pas nécessaire, c'est juste que je n'arrêtais pas d'y penser en lisant et en écrivant.


« Personne ne sait ce qu’il se passe aujourd’hui parce que personne ne veut qu’il se passe quelque chose.

En réalité on ne sait jamais ce qui se passe on sait simplement ce qu’on veut qu’il se passe. C’est comme ça que les choses arrivent.

En 17, Lénine et ses camarades ne disaient pas nous allons faire la révolution parce que nous voulons la révolution. Ils disaient toutes les conditions de la révolution sont réunies la révolution est inéluctable. Ils ont fait la révolution qui n’aurait jamais eu lieu s’ils ne l’avaient pas faite et qu’ils n’auraient pas faite s’ils n’avaient pas pensé qu’elle était inéluctable uniquement parce qu’ils la voulaient.

Chaque fois que quelque chose a bougé dans ce monde ça a toujours été pour le pire.
Voila pourquoi personne ne bouge, personne n’ose provoquer l’avenir.

Faudrait être fou pour provoquer l’avenir.

Faudrait être fou pour risquer de provoquer un nouveau 19, un nouveau 14, un nouveau 37…
-    Alors il ne se passera jamais plus rien.
-    Si parce qu’il y aura toujours des fous, et des cons pour les suivre et des sages pour ne rien faire… »

Extraits du film Liberté, la nuit, de Philippe Garrel

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Published by Gri-Gri International - dans Littérature
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