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Non à une politique impérialiste mortifère : retrait de la Force Licorne de Côte d’Ivoire ! Arrêt des financements militaires illégitimes !
Fondation Frantz Fanon, Plate-forme Panafricaine
Les associations soussignées s’indignent de la signature d’un nouvel accord de coopération militaire, entre la France et la Côte d’Ivoire, à l’occasion de la venue d’Alassane Ouattara à Paris. Cela alors que l’université ivoirienne est fermée pour un an, cette mesure arbitraire mettant en jeu l’avenir de toute une promotion, et qu’une manifestation légale à l’initiative du FPI, parti de l’ancien président Laurent Gbagbo, a été récemment réprimée dans le sang. La répression des manifestants ivoiriens et panafricains à Paris à l’occasion de cette visite est également inadmissible. Est-ce là la politique démocratique et de réconciliation nationale revendiquée par les dirigeants à Paris et à Abidjan ? Nous soutenons les demandes de création d’une commission d’enquête parlementaire qui fasse le bilan des responsabilités de la force Licorne dans la guerre civile qui a endeuillé la Côte d’Ivoire depuis 2002 et demande son retrait du pays. Soutenons également la collecte d’informations menée par Survie à destination de la CPI pour que toute la lumière soit faite et les sanctions prises concernant le drame de 2004, dans lequel l’armée française serait impliquée.
Dans le cadre de la campagne présidentielle, il s’avère indispensable que les relations franco-ivoiriennes et au-delà entre pays d’Afrique francophone et France soient l’objet d’un débat. En effet, cette politique criminelle participe d’une offensive impérialiste généralisée, menée à l’encontre des souverainetés des pays du Sud, cela par la violation du droit international et pour le compte du lobby militaro-industriel et des grandes entreprises franco-occidentales. Dans le cadre de l’audit sur la dette publique, la part des budgets militaires illégitimes doit être établie pour l’assainissement des finances, tant en France que dans les pays du Sud. Inverser cette tendance mortifère passe aussi par la mise en place de démarches authentiques de coopération entre les sociétés civiles et entre les peuples, pour la restauration à terme de la paix civile et de relations internationales plus équitables.
Fondation Frantz Fanon, Plate-forme Panafricaine
CPI / Côte d'Ivoire :
pour un examen de l'action de l'opération française Licorne (communiqué de Survie, 24 janvier 2012)
http://survie.org/
Enseignement supérieur en Côte d’Ivoire : pas d’université fermée
! (communiqué du SNESUP, 25 janvier 2012) (ici)
L’information, qui circulait dans les milieux spécialisés depuis le week-end dernier, est désormais confirmée. Contactés par une responsable d’association
ivoirienne, des membres du cabinet de Jean-Pierre Bel, le président socialiste du Sénat français, ont concédé que leur patron n’avait pas honoré l’audience qu’il devait accorder à
Alassane Ouattara, dans le cadre d’une visite d’Etat à laquelle Nicolas Sarkozy désirait donner tout le lustre républicain possible. La sous-direction du Cérémonial
et la cellule protocole de la présidence de la République française tenaient à ce que Ouattara soit reçu par le président du Sénat, deuxième personnalité de l’Etat selon la Constitution
et troisième personnalité dans l’ordre protocolaire. Mais vendredi dernier, les observateurs ont constaté que les services de Communication du concerné ont diffusé les photos de Ouattara
avec le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et avec le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer... mais pas avec le président du Sénat. Les
collaborateurs de Jean-Pierre Bel sont gênés aux entournures. Ils ne veulent pas assumer un boycott pur et simple, et mettent l’absence de leur patron au sein de son institution sur le compte
de « problèmes de calendrier ». Oui, mais voilà. Vendredi dernier, Jean-Pierre Bel était à Lavelanet, une bourgade au fin fond de l’Ariège, dans les Pyrénées Atlantiques,
bien loin de Paris, pour remettre la médaille d’Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Mady de la Giraudière, une artiste peintre locale dont la distinction avait été octroyée
depuis le 5 juillet 2011 par le ministre Frédéric Mitterrand. Les connaisseurs des arcanes et des usages de la vie politique française sont formels. Jean-Pierre Bel a été informé
bien à l’avance de la visite de Ouattara, et s'il avait opposé un désaccord ferme, son « rendez-vous » avec Ouattara n’aurait pas été inclus dans le programme officiel d’une visite d’Etat, qui
est un exercice où l’improvisation n’a pas vraiment de place. Jean-Pierre Bel aurait aussi bien pu repousser sa cérémonie à Lavelanet ou alors y déléguer un de ses collaborateurs.
Il a boycotté Ouattara, visiblement à la dernière minute, sous la pression militante de ceux qui relèvent les nombreuses violations des droits de l’Homme du régime ivoirien. Mais ne va pas
jusqu’à s’en vanter.
Son attitude correspond à peu près à l’état d’esprit du Parti socialiste français aujourd’hui. Alors qu’elle a soutenu hier les aventures néocoloniales de Nicolas Sarkozy
en Côte d’Ivoire et en Libye, la première formation d’opposition française ne veut pas donner à Sarkozy, qui s’annonce comme le principal adversaire de François Hollande et
dont le bilan est désastreux à tous points de vue, des raisons de faire campagne sur ses prétendus succès sur la scène internationale. Une sorte de partage de rôles entre un Bel
abstentionniste et un Delanoë coopératif semble donc avoir été choisie. Cette gêne, qui ne va pas encore jusqu’à des prises de position fermes contre les dérives dictatoriales du protégé
de Nicolas Sarkozy, pourrait évoluer et se transformer en une vraie prise de distance au fil de la campagne en vue du scrutin présidentiel. Une chose est sûre : la voix de militants de gauche
au départ bien isolés, mais qui mettent constamment en garde contre le vrai visage de Ouattara se fait de plus en plus entendre. Bon à noter : les conseillers de Paris et
parlementaires communistes invités par Bertrand Delanoë à la cérémonie de réception de Ouattara n’ont pas répondu présents.
Photo - dr Texte - Philippe Brou (Nouveau Courrier n°431 1/2/2012)