Nicolas Agbohou est auteur d'un livre intitulé "Le franc CFA et l'euro contre l'Afrique", aux éditions Solidarité mondiale A.S.
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De surprise, il n'y eût pas. Après 5 ans de campagne électorale aux frais de la princesse et au moins deux ans de lavage de cerveaux médiatique quotidien, le Sarkocu a gagné. Les 55% récoltés par le Non, lors du référendum sur le traité constitutionnel européen en mai 2005, ont explosé dès le premier tour (en additionnant les « ouistes », Ségo, Sarko et Bayrou, on dépassait les 75% !). La manœuvre lepéniste en direction des banlieues a, comme prévu, échoué. Fallait leur dire plus tôt, aux noirs et aux Arabes, qu'ils étaient des Français. Comme Nicolas Paul Stéphane Sarkozy de Nagy Bocsa.
Le fils de Pal le Hongrois rafle au passage programme, idéologie et électorat au vieux « pirate » breton.
Les banlieusards, puceaux électoraux, ont voté Ségo et Bayrou. Comme les aliénés politiques qu'ils sont : parce qu'il n'y avait pas de candidat noir ou arabe, et avec pour seule ambition de (se) rassurer. Ni misogynes comme des barbus, ni anti-blancs comme des grands noirs "extrémistes". Sans penser une seconde à l'Europe, à la mondialisation, au Moyen-Orient, à la guerre d'Irak, au Darfour, à la Françafrique que pérennisera notre nouveau Nabot-Léon - il l'a dit dans l'impayable, mais très achetable, Jeune Afrique.
Osera-t-on, après ça, nous refaire le coup du communautarisme islamo-nègre ?
Sans penser non plus, comme tous les Français - ce qui est à la fois inquiétant et, du point de vue de l'intégration, rassurant -, qu'un type qui vante les vertus du dieu Travail ne peut pas être l'ami de l'Homme, tant il est celui du Patron. Mais puisqu'on a convaincu les gens qu'en travaillant plus on gagne plus...
Pas de surprise, donc, mais pas mal de nouveautés... Pour la première fois, la France élit un président de la république issu de l'immigration. Occasion de rappeler que s'intégrer en France demeure globalement plus simple pour le chrétien blanc. Mieux : la première dame itou est issue de l'immigration. Elle est même fière de n'avoir « aucune goutte de sang français dans les veines » ? Etre fier d'être français n'est pas une fin en soi, ni un programme politique. Etre fière de ne l'être pas... c'est juste bête.
Je sais qu'on nous attend à ce tournant, aussi je ne le rate pas : c'est la première fois que la France élit un cocu notoire doublé d'un atlantiste aux ordres, d'une américanophilie vulgaire - en Camargue, sur son cheval, avec ses ray-ban de plouc, on l'aurait cru sorti de « Dallas ». Avec un physique de Playmobil - alors que depuis Giscard, on faisait plutôt dans le séducteur.
Pour la première fois aussi, la France élit un homme qui ne parle pas - bien - français. Fautes de syntaxe, de concordance des temps, des phrases commencées au féminin et achevées au masculin, des perles : « C'est depuis quand que... » (en ouverture du débat avec la Brigitte Bardot de gauche). Avec lui L'Education nationale est décidément bien partie !
Pour la première fois enfin, la France élit un homme chez qui le racisme - « Curieusement, les Noirs sont plus violents que les Arabes », son tube, son « détail », fin 2005 - est peut-être bien plus qu'une simple arme politique. Un vrai cynique, dont l'ambition n'a pas mis longtemps à dévorer l'intelligence et la culture.
Pour la première fois depuis longtemps surtout, la France a voté là où on lui a dit. Elle a vieilli.
Grégory Protche
Dessin Waga
La vérité n'est pas toujours là où on l'attend.
Récemment, un documentaire français, Antifa, Chasseurs de Skins se proposait de raconter la traque des skinheads nazis durant les années 80, à Paris
essentiellement, par des bandes d'adolescents antifascistes. Pourquoi pas ? Le pitch, très Villeneuve, avait de quoi exciter l'intérêt d'une génération n'ayant pas connu ces
années. Ce documentaire, après visionnage, n'en est finalement pas un. Succession d'entretiens et d'images d'archives, pauvrement filmé et sans la moindre intention de réalisation, il se propose
non pas de relater simplement les faits mais de glorifier l'action de quelques individus, sans malheureusement jamais donner la parole au camp d'en face (lâcheté préméditée ou manque total de
professionnalisme, le mystère reste entier...). On cite les "nazis", on les aperçoit au détour d'un vieux reportage télé mais jamais on ne les entend aujourd'hui. Comment alors prendre au sérieux
toute cette histoire ? Nous sommes en pleine propagande, plus de 20 ans après les faits. Passons. Pendant un peu plus d'une heure, on écoute donc des vétérans d'une petite guéguerre oubliée
se vanter de leurs actions héroïques. Ici, un certain Kim (photo de gauche) rappe ses souvenirs de bastons sanguinaires, desservi par un flow tout de même catastrophique, là, un
autre assure que lui et ses potes ont nettoyé les rues de la racaille extrémiste, évoque des descentes à la kalashnikov (on n'est plus à Paname mais à Beyrouth !), sans jamais vraiment
rentrer dans les détails. En guise de conclusion, la voix off assène un énième slogan débilitant. En gros, le fascisme, c'est mal et ne passera plus jamais par chez nous. Merci. Bref, une
rédaction adolescente sur des adolescents qui ont refusé de grandir. Un film bâclé et inutile, quand même vendu en Fnac pour la modique somme de 19 euro. On est habitué. Rien de grave.
Là où tout ça devient véritablement pathétique, c'est que l'ennemi brun a répliqué sans attendre en mettant gratuitement en ligne sa réponse. Pareil : une heure et quelques où des
anciens donnent leur version de la chose. Les skinheads soi-disant pourchassés témoignent, font le boulot qu'a refusé d'assumer le réalisateur. Là où les Antifa s'agitaient, les yeux brûlants,
les skinheads, eux, se contentent de raconter calmement, sans mythomanie. Juste avec de la dérision et de la précision. Que cela agace les bien pensants et les Jean Moulin
perpétuels n'est pas le problème. Quand les Antifa gonflent le torse et bandent tous leurs muscles, les skinheads, eux, préfèrent relativiser la violence d'une époque enterrée et évoquer
certaines de leurs erreurs de parcours. Surtout, ils démontent une par une les vantardises adverses et on rit, haut et fort, on rit à intervalle régulier, sans même rougir. Pire, on a tendance à
les croire. Peut-être parce qu'ils sont passés, depuis longtemps, à autre chose, en tout cas à une autre forme de lutte, plus politique, moins urbaine, alors que les Antifa, eux, ne parlent qu'au
passé, toujours, comme si leur présent n'était que vide et désillusion. Ils réclament des médailles, pauvres petits soldats instrumentalisés par un montage à la truelle. Et puis, quand
Serge Ayoub dit "Batskin" (photo de droite), leader nationaliste hautement médiatisé depuis 20 ans, rappelle, certes avec malice, que certains Antifa aimaient
bien, à l'époque, tendre le bras bien haut, on s'interroge. Pourquoi le documentaire Antifa, Chasseurs de Skins a dissimulé de telles informations ? Pourquoi a-t-il préféré, à une
réalité indiscutable et vérifiable en deux coups de fil, un manichéisme malsain ? Pour mieux se rassurer d'être du bon côté probablement. Quitte à réinventer l'histoire, à la travestir. La
médiocrité sera toujours l'ennemie du sens.
Jérôme Reijasse
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